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Critique(s)/Commentaire(s) de
L.Ventriloque

Voir ses 500 films notés
  • SOMEWHERE (2010)
    Note : 14/20
    Beau beau beau et c... à la fois. D'abord ce bolide qui se mord la queue suivi de près par les blondes bien dressées. On sent à peine l'ironie derrière la caméra au point de se dire fichtre, ça remplit bien la pellicule tout ça... Couper, dévier de ce constat tout de suite, non ?... Bien capté l'état du rêve américain version années 2000, l'acteur pantin livré aux filtres féminins, cet éternel malentendu quant aux modalités, marche au pas mon garçon, tu es cadré, mécanisé, privilégié aussi, on a compris. Bande-son irréprochable, idem les prises de vue, toutes pertinentes comme Sofia Coppola sait faire. Son intrusion chez ce bellâtre formaté a au moins le mérite de rappeler les distances à parcourir aux Etats-Unis pour la garde alternée d'un enfant. S'occuper de son corps et compter les points, c'est court et limite f... de gueule comme menu sinon... Peuvent imprégner le spectateur la petite patineuse dans son jeu sobre de débutante, le désarroi affectif commun père-fille qui donne fuite ou recherche l'un de l'autre plus tard. On atteint des sommets avec le générique, véritable chamallow pour se consoler de ce trop-plein de vide.
  • LE SKYLAB (2011)
    Note : 17/20
    Si c'est moins abouti que le cruel "La Comtesse", c'est on ne peut plus enlevé grâce au plaisir de jouer de la palette d'acteurs. Chacun peut se retrouver petit(e) en vacances lors des grandes tablées au jardin... Un dédale naturaliste qui remémore la cruauté dans les fratries ou envers les cousins tempérée par la poigne parentale (très bien vues !) pour déboucher sur encore plus cinglant (l'oncle qui se sait différent ou bien les séquelles des guerres indicibles, retour sur les séquelles des "têtes brûlées"!). Un joli patchwork des années pré-mitterrandiennes défile dans les ambiance passant du sucre au vinaigre... Ni la menace du Skylab, ni l'introduction ni même l'issue en train, et pas plus l'épisode "nudistes" ne m'ont pesé. J'ai davantage soupiré pendant les chansonnettes ou le slow en version intégrale et toujours sous le même angle, sans parler de la démo aspirateur !
  • ALILA (2003)
    Note : 16/20
    Alila, titre et tête d'affiche se confondent... Avec l'événement de "La Flottille" au large de Gaza, la droitisation d'un régime israélien qui s'isole de la scène internationale, on aurait vite l'impression en 2010 que ce film est une antiquité... Avec sa cohabitation de bric et de broc, ses trafics, ses drames de couples, son amazone centrale flanquée d'un courant d'air (un type même pas sexy), circulez !... Renseignements pris, le scénario serait librement inspiré d'un livre décrivant la promiscuité vécue par les Israéliens. Une trame respectée à l'écran, chacun des principaux personnages vivra une transformation, utile pour supporter le labyrinthe qui y conduit... On peut déplorer l'atmosphère anecdotique, l'utilisation de constantes métaphores en complets zigzags, la mise en valeur de la belle plante qui s'allonge sur commande, les coups de gueule incessants... On peut regretter pareilles diversions et ne voir que la tension croissante dans ce coin du monde aujourd'hui (ce que la presse veut bien en rapporter)... Ou bien accepter le va-et-vient que le réalisateur utilise avant de préciser sa pensée (l'interview d'Amos Gitaï en bonus sur le dvd est plus touchante que son film à bien des égards)... Chaos pour moeurs trop différentes, réveil après des années de futilité, des points de détails si on veut... Quant à la croyance ancestrale comme quoi "la guerre fait l'homme", le débat est plus ouvert que jamais.
  • DANS LA VILLE DE SYLVIA (2007)
    Note : 15/20
    Découvert au festival espagnol nantais de mars 2008. Culte du beau et goût du lancinant. Le plus pesant : les longueurs inutiles. Le plus accrocheur : le physique de l'acteur masculin, il rêve d'absolu et on se demande bien sur quoi ça va déboucher. Parfait évaporé, rempli d'entêtement amoureux adolescent(e), cette névrose alimentée par le fantasme et qui fait se décliner les partenaires comme autant de modèles féminins à immortaliser sur papier. Voyeurisme de bon ton. Suite de tests à partir d'un souvenir édulcoré. Convoitise (du peintre ou du photographe ici, accessoirement du mâle). Délire de l'assaut sans cesse remis pour préserver l'enchantement de petit garçon tout-puissant, volonté de se diluer dans l'extase obsessionnelle. Les esthètes peuvent adhérer, dommage qu'il y ait ce brin de maniérisme, cette non-vie dans les personnages réduits à l'état de pantins par moments (splendides jeunes filles cependant). Bavards, hyperactifs, passez votre chemin... C'est austère et plein de vacuité, mais savamment orchestré par ce "plus que Rohmer" espagnol. Peut-être comme moi, tiendrez-vous toute la séance grâce au jeune Apollon, mince mobile, digne des midinettes ou des grands dadets des Ecoles de Dessin snobs. Le personnage principal est la seule carte de ce cinéaste (un peu comme dans le film "Mort à Venise"), en plus de savoir filmer avec art. Il importe d'avoir beaucoup gambergé soi-même à des périodes par ennui ou suite à des déceptions cuisantes (rupture, exil, pensionnat, longue maladie, emprisonnement)... Flatteur et/ou exécrable pour Strasbourg en tant que ville ! Envoûte, endort, tiraille ou fait hurler !
  • L'UNIVERS N'OUBLIE RIEN (2010)
    Note : 17/20
    Découverte Univerciné Nantes Cycle allemand de novembre 2010. Elle a un de ces p... de caractères, Kathrin, suffit de la voir tancer une de ses congénères trop mère poule ! Alors si un quidam la suit, Messieurs garez vous... La dame (elle ronfle comme un sonneur !) affiche une joie de vivre certaine autant qu'une décontraction suspecte. Car c'est la même qui dévore des livres hautement philosophiques quand personne ne la voit. Lui à la cuisine - et sur son roman enfin nourri de quelque chose - et elle au boulot dehors qui finance tout : marché conclu... On admet que ces deux-là, rage organisée et hésitation chronique, puissent se télescoper. Et même s'investir puisque tout les y invite, un médecin tout prêt à assurer les lendemains. On rit beaucoup, mais silence et grosse émotion sur les dernières images.
  • LA RIZIÈRE (2010)
    Note : 19/20
    C'est, déménagé chez les Dong, ethnie chinoise de la province du Guangxi, dans le sud de la Chine, aussi familier, aussi délicieux comme ambiance que les meilleures oeuvres de Pagnol portées à l'écran, avec un zeste de western dans la façon de balayer le décor. On est emporté dans le mouvement : ce vent dans la végétation, les glouglous de l'eau, le meuglement des buffles, tous ces petits bruits de la nature que l'enfance capte pour la postérité. Subtile mélodie de Bruno Coulais incorporée, voilà une Chine plus attirante que d'habitude ! Des couleurs chatoyantes (les bleus vifs et l'ocre jaune du riz), du flou sur les toits sombres et les cultures étagées, l'harmonie est partout. On se sent chez des cousins chinois. La ville ouvre encore des perspectives, pas franchement une menace (le camion paternel). Ils ont leurs humeurs, ces braves gens : la mère chante à tout propos, son mari s'impatiente... Quelle bonne idée d'avoir choisi cette adorable fillette (léger reniflement, battements de paupières rappelant Bambi...), en parfait contraste avec son cadet, un ahuri qu'il faut traîner... Exilée en France depuis les années 90, la jeune réalisatrice Zhu Xiaoling (présente dans la salle) dit s'être inspirée du cinéma de Jean Renoir, même sens des couleurs et grands chambardements à l'image. On ne compte plus les décalages entre ce qu'on entend et ce qu'on voit, ni les effets de miniaturisation rappelant la bande dessinée. Moderne et enchanteur. Anti-blues de la famille. Le dvd très indiqué comme cadeau de fin d'année 2010.
  • GRAVITATION (2009)
    Note : 18/20
    Petit bijou de dérision découvert au Cycle allemand Univerciné de novembre 2010 à Nantes. Le réalisateur Maximilian Erlenwein instille, un peu à la manière des Frères Coen, une pointe de "trash" déclenchant l'identification immédiate au personnage central, la bonne petite gueule de celui qui débute en essuyant quelques revers. Mais s'abstient du côté "n... en riant" en revanche, ce que c'est que l'affection pour ses personnages. Le monde intérieur de son héros subit des turbulences, mais demeure soft par le flegme des dialogues. On le sent à la manière empathique de filmer. Par les temps qui courent, ce jeune tout fou déboulant dans une banque fait l'effet d'un bain frais par canicule extrême. Aucun mal à accepter la surenchère, on en rajouterait plutôt ! Très tendance aussi, la suspicion de l'entourage, pour qu'un client se tire une balle, sûr que ce blanc-bec dérapa... Jamais la porte n'est montrée, un peu de transgression relève le niveau d'une équipe, donc le faux frère a droit aux ménagements d'un poupon à ses premiers pas... Collègues ou chefs directs peu enclins à malmener un collègue s'offrant l'escalade qu'ils n'osent tenter eux-mêmes, le film ne dit pas autre chose. Grinçant mais gentil... L'ancien pote passerait bien à la vitesse supérieure. La dulcinée va-t-elle craquer, enfin, tout ce cirque c'est pour elle : "du bist meine Katastrophe"
  • L'IRLANDAIS (2011)
    Note : 16/20
    Tout dépend de quoi on se permet encore de rire en 2011-2012 sans risquer la camisole de force... Bière, whiskey et amuse-bouches ouvrent cette balade en côte ouest irlandaise. De gros effets picturaux situent le flic de la vieille école, la scène cruciale restant celle de la bande-annonce autour du demi-milliard... L'Irlandais pure souche Boyle (Brendan Gleeson) et l'envoyé étasunien noir issu de milieu aisé (Don Cheadle) se heurtent pour le principe, tout comme la blonde Croate amorce pour les besoins de la cause. Côté dialogues, un accent respecté (et même du gaëlique !), des inégalités. C'est parfois brillant, parfois plat, entaché d'un fond sonore qui peut devenir un peu assommant. Par bonheur, trône la carrure de Brendan Gleeson comme en énième mission pour "Bons baisers de Bruges". Sa personnalité bien mise en valeur face à son comparse du FBI amuse plus qu'elle ne fâche (à moins d'être un incorrigible chatouilleux), donne tacitement la mesure de la corruption contemporaine, tous sous addiction atténue le réalisateur... Bien grinçant, quoique sain (plaisir bien différencié de la douleur). Il faut que débarque la parodie de western (brillante dernière partie) pour qu'on y voie à peu près clair. J'ai souri et ri vers la fin, dieu me damne !
  • LE SANG DE KOUAN KOUAN (2008)
    Note : 17/20
    A l'heure où le Golfe du Mexique enregistre un désastre par la multinationale BP tandis qu'il serait question de forer en Arctique, là où on sait pourtant que les secours interviendraient avec difficulté, les déchets pétroliers recouverts de terre en Equateur, où la végétation repart en trompe-l'oeil, semblent "de la gnognote"... En plus de ces traces indélébiles, les atteintes à l'environnement peuvent dégénérer en graves accidents... Il semble clair qu'alentour, on meurt, des cancers pullulent, qu'on peut toujours mettre sur le compte d'un manque d'hygiène comme des excréments mélangés aux cours d'eau (parole de lobby !)... Le présent documentaire relate la confiscation d'une parcelle de l'Amazonie par Texaco qui céda au moment opportun son cadeau empoisonné à Petroecuador... Maintenir que les essais nucléaires de Mururoa nécessitaient juste une petite douche, ou que la radioactivité apportée tout d'un coup mais à petite dose immuniserait contre les cancers comportent le risque de ne pas être cru aujourd'hui... Pas comme au début des années soixante en forêt amazonienne : les autochtones prenaient des bains de pétrole puisque les envahisseurs assuraient que c'était indiqué pour la peau ! Ils en sont morts tout en transmettant les pires séquelles à leur descendance ! Hormis ces dégâts, on bondit quant à la permissivité des politiques !... Dommage que le film s'est détruit de manière définitive sur la fin (film cassé deux fois) et que les intervenants n'en savaient guère plus que les spectateurs sur l'actualité en ces régions... Cette coupure nette a précipité le débat. Brillant intervenant (avocat de la défense concernant l'Erika), documenté sur ces questions, convaincu que les pouvoirs (de tous bords) sont depuis longtemps aux ordres des lobbies, ces tyrans internationaux : dommage que le public ait dû s'aligner sur la langue de bois des obligés à un devoir de réserve présents dans la salle de citoyens attachés aux "droits de l'homme". Dès que le profit comme prioritaire en tout a été admis par quasi inertie politique, la jeune communicante de service a craint le pire, réancrage express sur le très jeune public présent de manière à garder une discussion présentable... Ont commencé les théories consensuelles dignes des pires chaînes de télé nationales, place à l'angélisme scolaire du style "il existe pourtant une loi"... Quand on sait que Texaco a fait traîner le procès, l'a renvoyé à Petroecuador qui le laisse s'éterniser à son tour... J'ai quitté la salle en précisant "avoir tout dit et n'avoir plus rien à dire". Ambiance !
  • MY OLD LADY (2014)
    Note : 15/20
    De forme un peu terne par moments, sur le fond c'est quand même plein de bonnes petites choses qui ne sont pas dites dans tous les films et sans qu'on ait l'impression d'être instruits par un prof en mal de démonstration, réaliser par exemple que "le viager" typiquement français pose quelques difficultés d'adaptation à un héritier british aux bons soins d'un agent immobilier vivant sur l'eau. D'avance l'issue se devine avec les personnages de Kevin Kline, Dominique Pinon, Kristin Scott Thomas et Maggie Smith, acteurs tous attachants bien que peu surprenants dans leurs missions respectives. Une petite musique intimiste semble conduire le spectateur et c'est filmé avec beaucoup de virtuosité. De quoi passer un moment instructif avec un pic émotionnel in-extremis, avant que l'ennui affleure. Côté décors, donne envie d'aller flâner, tuer le temps dans des quartiers à taille humaine préservés de l'uniformité des grandes villes contemporaines, de grimper dans ces appartements nichés au creux de jardins plus grands que prévus, tout le charme du petit Paris immortel, feutré, sans files de voitures.
  • WEEK-END (2011)
    Note : 19/20
    19,5/20 : Magnifique film-flash entre deux êtres qui vont s'apprendre l'un de l'autre durant un week-end. Du ton cru de cette rencontre à la pulsion, on attend d'abord du plus salace, voire du sordide. Sauf qu'on va virer en quelques plans et une explication brève à une adhésion totale. Emotion grandissante... La manière de filmer y est pour beaucoup (le champ contrechamp pendant les paroles décisives, ou la plongée sur la petite silhouette qui se retourne, repart...). Mais sans doute en premier l'assortiment des deux acteurs principaux, soit Russel, un jeune sans référence parentale précise, réfléchi, souvent partagé entre intime et public et Glen, le gars de passage qui dit ce qu'il veut de lui, un tantinet hâbleur, attention, c'est le plus surprenant ! Des scènes affectueuses de défi, d'autres un peu hot avec le recours aux expédients pour monter très haut, mais jamais porno décérébrées ni même homo collectionneur frotti frotta. Le regard de Andrew Haig se veut frais sur ces êtres livrés corps et âmes, parce que c'est plus fort qu'eux et parce que c'est leur heure. L'homosexualité version amour universel, une merveille à offrir aux homophobes !
  • WINTER SLEEP (2014)
    Note : 19/20
    C'est un beau voyage une fois qu'on admet le décor bien réel (et non en carton-pâte) grandiose et pourtant avec un propos terre-à-terre aussi, pas seulement métaphysique, le genre d'histoire qui nous parle. L'identification à tous les personnages fait qu'on reste accroché même quand c'est redondant, que ça patine un peu parce qu'on a compris et que le réalisateur continue d'appuyer, d'en rajouter encore une couche pour se faire plaisir. Composition des plus fines, mais en tout 3h16 d'attention requise ! Les pics de très grande intensité rachètent les creux de vague, on tient. Ensuite il vient à l'esprit que la même chose pouvait être formulée à l'aise avec une heure de moins !
  • MOONWALK ONE (1970)
    Note : 19/20
    "Pas de vent sur la Lune" et autres erreurs au montage, le plus grand "bluff" que l'humanité ait connu, avancent les détracteurs. Nombre de terriens se pincèrent plusieurs fois en ce mois de juillet 1969, mais on peut d'abord douter, des années plus tard c'est mon cas. Se dire que les images télé de ce temps-là, l'alunissage du genre échographie avec son pouvaient avoir été inventées par des cinéastes talentueux. En fait, il y a plusieurs degrés d'images, celles prises sur le vif lors de ces premiers pas laborieux et les autres... bien nettes celles-là, intérieur de la fusée (la cuillère !) ou extérieur (ces éléments qui se séparent, se rejoignent, le fameux "LEM" !), des scènes arrangeables par l'outil informatique. L'ensemble ne brille certes pas par ses chansonnettes et la technique omniprésente peut aussi déranger. Finir par les cailloux ouvre à la réflexion mais fait un peu retomber l'émerveillement... N'empêche, il reste ces "bip" entêtants entre les voix de la régie et de l'équipe, de grand moments, les cérémonies de décollage et retour des héros... le branle-bas pour traverser l'atmosphère, ces étonnants clairs de Terre sans doute pas sortis d'une pochette-surprise, plus ces mouvements de foule jamais égalés en nombre depuis. Donc, sauf preuve irréfutable dans l'avenir, on a marché sur la Lune, le film en retrace bien les étapes, ce fut un projet discutable quant aux motivations mais pas banal comme expérience pour l'humanité !
  • LEVIATHAN (2014)
    Note : 19/20
    Plusieurs niveaux de lecture dans ce petit tour au nord de la Russie contemporaine. Peut-être en fonction du degré d'acceptation des horreurs que l'on se forge concernant notre jolie planète ? Quoi qu'il en soit, beaucoup plus grinçant que "Le Retour" sorti en 2003, une époque où on était moins "c... par dessus t..." au plan des valeurs. L'environnement vire au personnage à part entière, bateaux échoués, mer houleuse, car matinal de zombies, poissons coupés en deux comme par un robot invisible, un nid douillet condamné à la pince "Volvo" moyennant somme indiscutable ... La vodka en lampées jusqu'au délire, des désirs de désespérés. Le film, qui souffre juste de quelques longueurs au début, se reconnaît à ses récitatifs judiciaires et religieux façon opium du peuple. A la fois pathétique et comique. Les ravages du tout permis d'une caste, l'esprit de troupeau qui en résulte, un mélange de collectivisme mâtiné de capitalisme. Alerte à la brebis égarée, il en faut une... Le spectateur, qui sait tout de la machination qui se pointe entre pique-nique et tir à la carabine, n'a aucun mal à s'identifier et sans malaise aucun car il se glisse une grande pudeur à l'image et aucune scène n'est insoutenable. Autre point fort, la bande-son de concert avec la caméra braquée sur cette mer lourde du mystère qu'elle gardera. Un grand film et qui devrait faire son chemin, ce qui est une bonne nouvelle !
  • IN THE FAMILY (2011)
    Note : 19/20
    "In The Family", on s'attend à un énième mélo sur la sacro-sainte famille. Or, c'est un beau et grand film d'auteur étasunien sur la garde d'un enfant suite à un décès de l'un de ses deux papas du quotidien : quand la famille porte plainte et qu'il convient de trouver un arrangement à l'amiable une fois passée la douleur de tous. Possible de déplorer l'aspect caricatural du huis-clos vers l'issue, cette charge un peu invraisemblable, quoique... Les prises de vue tapant "dans les coins" sont un régal en revanche, on est embarqué, pris par ces émotions rentrées que seule l'image révèle, et encore, par à-coups ! A noter, le jeu subtil du réalisateur également acteur premier rôle, d'une énergie à toute épreuve. Rarement au cinéma est traité avec autant de minutie l'art de l'écoute active de l'adversaire, non pour le descendre, mais pour arriver à un compromis le plus humainement viable : ah, ce dernier plan qu'en toute logique on cultivait dans son for intérieur sans le savoir !
  • MAGIC IN THE MOONLIGHT (2013)
    Note : 18/20
    C'est un bon tour de magie, savamment illustré à l'image et au son (ces morceaux de jazz !), d'apparence légère, fustigeant les travers des époques régressives, ce règne des esprits "forts" sur les masses avec ce recours aux croyances pour distraire des souffrances incurables. Nouvelle prise de distance teintée d'espièglerie. Woody veut visiblement redonner le moral à ses semblables. Avec cet art d'embarquer sur des coquilles de noix par gros temps... Il s'en tire avec brio et par acteurs finement interposés, l'ours mal léché et la madone fûtée déployant des stratégies avec variantes assurées de faire mouche... On est loin du bavardage mitraillette de certaines productions antérieures. Des cadrages éloquents s'y substituent, relayés par une lumière digne d'un conte, avec quelques scènes qui égratignent sens du devoir et autres impasses pour rester dans le troupeau. Le feeling pour seul gouvernail ?... Un deuxième niveau de lecture peut venir à l'esprit. En attendant, c'est comme si le magicien de notre enfance passait nous rappeler qu'en tout temps, aucune rencontre n'étant fortuite, quand les boussoles s'emballent, se fier aux ondes peut sauver du désastre.
  • LA BELLE JEUNESSE (2014)
    Note : 15/20
    Le titre à lui seul résume les dégâts sur les mentalités et davantage encore les obstacles pour une partie de la jeunesse face à la régression économique européenne voulue par l'ordre mondial des affaires. Est décrite la dérive vers les boulots vertigineux gommés par une énergie à toute épreuve, est pointée la question de savoir s'il est préférable d'avorter ou de garder un enfant quand les codes sociaux et familiaux créent l'inégalité du couple, que la jeune fille devient femme tandis que le jeune homme reste un petit garçon qui joue tant qu'il a gîte et couvert d'assurés. Quel bénéfice à vivre entre deux pays dans des situations acrobatiques, avec les parents comme béquille tant qu'ils sont là et que l'outil technologique permet de croire à une vraie famille chaque soir où qu'on soit. Au spectateur ensuite de déduire l'avenir d'enfants nés d'un pareil renversement de valeurs et d'une société construite sur des sables mouvants.
  • PAR SUITE D'UN ARRÊT DE TRAVAIL... (2008)
    Note : 16/20
    Si ça faisait petite histoire plaquée sur le résumé d'actualités télévisées en 2007 et rien de plus, aujourd'hui, l'eau a coulé sous les ponts de l'économie. C'est très regardable... Départ alerte, sans trop de bla-bla, vachard juste ce qu'il faut. Peut-être un peu trop de plain-pied dans nos réalités, avec son trajet voiture aussi barbant qu'un vrai. Il importe d'apprécier le tandem Berling/Timsit pour embarquer, d'accepter l'intrusion récurrente des mouvements sociaux, bref pouvoir entendre que "la grève est un droit" sans prétexter avoir quelque chose sur le gaz... User plus de deux fois du "comment t'as traversé, j'ai sauté" est une erreur par contre, tout comme le tube anglo-saxon du générique (entêtant et creux au possible alors que le reste de la bande-son est si fin !). Les deux compères au bout du rouleau finissent par accrocher, font rire et virer vers l'attendrissement le plus pur. Filmés hors manifestations tout en s'y frottant, ce sont aussi deux petits poucets perdus sans s'abreuver à la source féminine (toutes ces créatures croisées d'office offertes !). Comédie, oui et non... La lettre, le lien rugueux né des frictions et surtout Dominique Blanc en femme de tête relèvent le niveau sans dissiper l'amertume d'ensemble.
  • LE SOMMEIL D'OR (2011)
    Note : 19/20
    On se demande si on rêve à suivre ce deux-roues qui roule à l'envers. Et à découvrir les façades grignotées de cinémas dont le nom se lit encore. Des lieux spacieux, moitié délabrés même si reconvertis en commerces ou en foyers. Une ville ravagée, l'impression d'un peuple peinant à recoller les morceaux, volontaire pourtant mais revenu de tellement loin. Les survivants, à Pnom Penh ou à Paris racontent le succès fou des 30 cinémas de la capitale du Cambodge au moment des conflits. Une ancienne star confie qu'elle a joué toujours un peu la même histoire de manière différente. Une autre précise que "Les riches, les personnes célèbres" étaient les premières cibles des Khmers Rouges. Le parcours d'un producteur passé par la case Citroën puis taxi est hallucinant. Comment étaient ces quelques 400 films rayés de la carte ? Peut-être un genre parfois un peu soap si l'on s'en tient aux chansons (qu'on a l'impression d'avoir maintes fois entendues dans les restaurants asiatiques français tant elles seraient reprises), des mélodies pour la postérité. Soit il ne reste vraiment aucune pellicule, toutes confisquées et détruites ou bien ce serait encore trop douloureux pour les ressortir de leur cachette (Yvon Hem laisse planer le doute). Documentaire délicat à l'image, aussi bouleversant que frustrant.
  • QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS (2012)
    Note : 19/20
    Après "Le sens de l'âge", mini portraits d'octogénaires philosophes de Ludovic Virot et avant le redoutable "Aimer" de Haneke, cet effleurement de la radicalité est idéal comme transition. Un vrai précis familial côté relations humaines, les mesquineries pour délimiter les territoires, le report sur l'animal trait-d'union afin de maintenir la chape de malheur, c'est très juste tous ces gestes du quotidien. Quand on sait que la morphine en soins palliatifs a ses limites, l'idée de fond peut s'entendre, encore faudrait-il qu'elle devienne accessible aux plus démunis et nationalisée, les tabous ont la vie tellement dure... Le monde du travail actuel vient s'intercaler dans toute son horreur sélective, ce qui ajoute encore des mises au rebut à venir, probablement des difficultés à traiter la maladie incurable, voilà à quoi on réfléchit chemin faisant... Ils sont de toute façon, mère et fils, bouleversants en fin de course, on n'en revient pas du naturel à humer, à s'installer après le périple, ce havre là ou chez soi après tout, et puis bien sûr le sursaut... Tout dépend de l'expérience qu'on a des souffrances extrêmes, soit on sort de la salle inspiré avec l'envie secrète de contracter dès que possible pour l'au-delà et non pour ses seules obsèques, soit on soupire plein d'embarras, soit on crie à la lâcheté en filant à ses petites affaires !
  • ON THE ICE (2011)
    Note : 19/20
    Un thriller dans Le Grand Blanc... ou un western polaire, aussi dépaysant qu'a pu l'être le premier western réalisé par une femme "La dernière piste". Acteurs non professionnels, conditions climatiques extrêmes, esprit amérindien, trop rare encore, pas assez tapageur pour le box office, dommage car c'est une oeuvre tous publics qui apporte du sang neuf. Un genre de thriller du froid, happant d'un bout à l'autre... Si toutefois on garde en tête le repli de cette communauté d'Alaska, soit le désert dès la sortie du hameau, les éléments mouvants, eau, glace, la crainte de l'ours, l'inconvénient d'un jour interminable... Vite isolé, vite repéré sur l'immensité, ronde d'hélicoptère et intelligence humaine à l'affût des traces. Avec des soucis d'éducation, de jalousie amoureuse, d'envie de se prolonger comme tout le monde. Ils sont encore très Indiens de culture, très "eux-mêmes" malgré l'apport de la modernité économique, matérielle, inclus les poisons contemporains (artifice d'une religion étrangère, drogues, chômage). Simple, direct, sans bavardage superflu, avec images de glisse et atmosphère musicale exceptionnelle, des personnages attachants (le père et son fils embringués dans l'indicible). Un sacré beau voyage en plus du frisson !
  • LA VIE DOMESTIQUE (2013)
    Note : 15/20
    Chronique familiale douce-amère sauvée par l'interprétation d'Emmanuelle Devos. Avec plein de ces petits malaises entre devoir envers le cocon familial et les quelques petits plaisirs individuels féminins comme de s'acheter un joli chemisier rose un peu ajouré qu'on hésitera à porter pour sortir en couple... A l'heure de la mondialisation, ce que l'on peut retenir de ces intrigues parallèles est bien le retour aux bons vieux schémas sociaux puisque, faute de travail pour tous, des femmes intelligentes, instruites, se retrouvent à la maison. Proches de leurs grands-mères. On se croit revenu après la dernière guerre. Pères nourriciers et mères tendant à se surpasser entre les soins aux maris, aux enfants, et leur vocation première de femme au foyer. Sauf que le regard est plutôt grinçant (l'épouse qui aime fumer sa petite cigarette avant de rejoindre monsieur au lit, la mère jouée magistralement par Marie-Christine Barrault). Si l'ensemble pèche par trop de "piques" tacites envers les hommes que cette rentrée dans le rang arrange forcément, malgré la lucidité de la réalisatrice qui signe en filigrane sa sympathie pour ses congénères, il manque le coup de sang humoristique capable d'envoyer promener cette inertie (un fracas quelconque, une bonne fugue par exemple) !
  • J'ENRAGE DE SON ABSENCE (2011)
    Note : 17/20
    C'est un film grand public, adroit, alerte... Une famille recomposée d'aujourd'hui, et qui va de l'avant. Banale cave, quelques reliques stockées avec le vélo du fiston, 7 ans, adorable. Les dialogues ne restent pas rêver, les prises de vue virevoltent dans et autour de l'immeuble, au ras de cette vitre basse où le drame se noue... Le charme du petit garçon (Jalil Mehenni) opère tout de suite (le chut, sa manière très vive d'occuper l'espace...). Mise en scène, direction d'acteurs, tout sent la passion du travail bien fait en droit fil des expériences de l'actrice. Sandrine Bonnaire pour la deuxième fois derrière la caméra est à son affaire, dans la manière de peaufiner les angles, glisser dans le décor une forme de signature (silhouettes féminines proches de la sienne, boutique et galettes biologiques) sans jamais perdre le fil narratif. Nombre de diversions permettent pourtant de souffler, rendant fluide le recentrage sur l'enfant avec son fantôme au caveau (William Hurt), le nouveau copain adulte en tant que "père de son frère mort" autant que complément bienvenu de son vrai père (le long Augustin Legrand), ce type réglo, joueur, enfin tant que rien ne l'énerve ! Et puis Mado, la mère terre-à-terre (Alexandra Lamy), personnage ambigu avec son secret qui n'en est pas un. Elle craque, remet le couvercle sur sa gêne jusqu'à ce que... Lors du déchaînement des derniers plans, l'attitude féminine peut même jeter un peu d'ombre sur l'ensemble.
  • ELLE S'EN VA (2012)
    Note : 16/20
    Vaut le déplacement malgré les clichés glamour, la Miss Bretagne mûre, les grands communicants, le drame d'une plastique en perdition... L'introduction montre donc notre Catherine nationale bouffie, l'envie démange de la planter là avec ses cigarettes improbables. Heureusement pointe assez vite un phénomène de société majeur, le petit fils infâme et sa mère insupportable (jouée avec talent par la chanteuse Camille !), avec quelques astuces pour s'en accommoder...Mais c'est surtout un portrait de femme en roue libre (dans l'esprit John Cassavetes filmant Gina Rowland). A moins d'être soi-même "la tête dans le sac", soudain les silences, les mimiques, le petit rire incrédule (ah, ce petit rire !) se justifient. Assez pour donner envie de jeter l'éponge, lâcher prise sur les points qu'on n'arrive plus à maîtriser. De prendre ce qu'il y a à prendre si ça plaît et sans nuire, à grandes bouffées, aller à l'essentiel, la vie se chargeant de résoudre l'insoluble. Catherine Deneuve campe l'ultime sursaut de la femme de caractère. Incroyablement radieuse sur la fin.
  • DANS LA MAISON (2012)
    Note : 16/20
    Comme d'habitude, on est à la fête côté narration et mise en scène, les acteurs jubilent, ça défile, ça déménage... pour ensuite osciller entre pics et creux de vague. En sortant de la projection, peut persister une impression d'avoir été un peu promené dans ces rattrapages in extremis après des kilomètres dans le flou... Jean qui rit, Jean qui pleure, ou alors le rire jaune de Woody Allen version française. C'est un aperçu des monstruosités latentes de l'individu. On sent bien qu'Ozon s'amuse à exhiber son petit fouille-m..., le copain qui louche l'annonce d'emblée... A repenser hors séance aux échanges verbaux du couple Fabrice Luchini et Kristin Scott Thomas, êtres réfléchis, douchés par les revers, on se dit que les régressions nées du plongeon économico-financier se traduisent un peu comme ça, l'uniforme inviterait plutôt à se rendre singulier qu'à marcher avec le troupeau... Sont passés au tamis jargon, poses, clichés de réussite... chacun coche la case selon son milieu (la femme "de la classe moyenne" terme méprisant d'un bord, enviable de l'autre). Sans doute est-ce trop le genre de clivage en marche, ces clans qui se manipulent ou s'évitent soigneusement, d'un côté les intellos bourgeois avec leur tic de cataloguer et, de l'autre les hyperactifs, plus heureux au prix de se décérébrer, pas très palpitant sur le fond, assez inquiétant même... On est pourtant diverti, invité à rire plusieurs fois d'eux, de nous-mêmes. C'est divinement démontré, avec des cadeaux de consolation exquis (les exultations littéraires, Yolande Moreau extraordinaire en double !). Dommage qu'entre dérision et réalisme le dosage soit inégal et fasse que la tristesse l'emporte.
  • LES SAVEURS DU PALAIS (2011)
    Note : 17/20
    Divertissement honorable, on se croit dans le secret des dieux au fil des portes ouvertes, des cours traversées, chacun poussé du col pour passer avant machin, les caprices de la politique conduisant au chômage technique puis au rappel nocturne limite grossier... Catherine Frot et Jean d'Ormesson plus vrais que les vrais avec leur intimité tacite, leur goût du meilleur, vite suspects... On se dit pourtant qu'il vaut mieux que nos élus se nourrissent bien, il y va de leur humeur, de leur lucidité à négocier présent et avenir, qu'ils économisent donc sur plus aléatoire... Le chou au saumon fait saliver le premier, et salut également à ces coques fraîches ! Ensuite morceler les repas vient à l'esprit plutôt que de renoncer au raffinement, un sorbet au lieu des gros desserts à garder pour les goûters ! Le plus difficile à incorporer à l'ensemble serait peut-être la Nouvelle-Zélande, elle fait un peu trop pénitence jusqu'à la mention des truffières. Film à l'honneur des femmes de tête aux fourneaux et non reléguées aux épluchures ! Libre adaptation à partir d'une expérience vécue, à la fois éblouissante et frustrante. Pas petit film pour autant, en tout cas pour qui préfère bonne chère bien dosée à nourriture douteuse ou régimes qui rendent idiots. L'interprétation séduit, les dialogues sonnent juste et puis il y a cette intégrité d'Hortense confirmée par la lettre... Sans être un cocorico has been pour bourgeois pansus, plutôt un pied de nez à Monsanto et aux OGM !
  • TEMPETE SOUS UN CRANE (2012)
    Note : 18/20
    Instruire les classes de quatrième, âge = 15 ans en collège public. Des êtres en devenir, au sens pratique démesuré, des atrophiés du raisonnement, des endormis affectivement si nul ne les sauve (les exercices assez surprenants de fraîcheur affichent ce constat). Là où le comportement collectif est constitué d'une infinité de bruits et gesticulations dans la classe comme une maternelle qui n'aurait pas évolué, il faut trouver le pont, et pour cela tâtonner tel un chercheur... Afficher la bonne pâte qui répète, redresse comme on le fait de tout petits, avec en arrière-plan les clés de l'autonomie. Au demeurant, c'est plus facile pour un professeur d'arts plastiques comme celle que nous fait découvrir ce film que pour l'enseignante en lettres (deux personnages qu'on aurait voulu avoir comme profs !). Tout porte à croire qu'elles ont autant l'une que l'autre trouvé la combine... A quel prix pour les nerfs du spectateur ! Par mille et un détours elles remplissent leur mission, déjouent les défenses de ces cerveaux baignés dans le seul rapport de forces. Une incroyable proximité physique, à l'image de bons parents, les cours, les contacts verbaux sont chargés d'affects, ces grands massés au ras du pupitre du prof montrent une fragilité insoupçonnée, en dehors des fatals meneurs et des trafics louches de quelques-uns bien entendu, et qui finissent par passer au rapport... L'enjeu étant que cours et vie réelle n'en fassent qu'un, sifflet et punitions traditionnelles sont remisées, fermeté, maîtrise... il importe d'user d'un langage commun aux moments fatidiques "tu sors de mon bahut" dit la directrice ! Ce documentaire montre une avancée possible en matière de résultats, de là à prétendre s'appliquer partout, il faut quand même être d'acier... au moins au départ, l''espoir de récolter les retombées étant la récompense ultime si récompense il y a... Respect des programmes balayé, retour de la jugeote... Silence sur les fameux "moyens matériels" et "effectifs insuffisants" dont il est fait état concernant l'enseignement public actuel. Belle démonstration de patience, attitude héroïque pour nombre d'enseignants. Plus facile si entente cordiale des adultes qui encadrent !
  • ENFANTS VALISES (2013)
    Note : 16/20
    Documentaire assez inégal. Quelques temps forts, des moments un peu étirés, des redondances. Les entretiens avec les formateurs et les étudiants permettent d'entrer dans le labyrinthe éducatif, ludique afin de faciliter l'assimilation inconsciente de ces jeunes êtres en stand-by, quelques minutes émouvantes sans jamais tomber dans le misérabilisme... Les enfants valises et leur devenir après les cours pris en commun paraissent disproportionnés en revanche, il resterait à vérifier sur le terrain ce constat (ce cliché ?) que les filles sont majoritairement bien plus sérieuses que les garçons puisqu'elles s'accrochent, réussissent et que les garçons tendent à retomber dans leur laisser-aller faute de volonté sur le long terme.
  • LE SENS DE L'AGE (2011)
    Note : 18/20
    Merveilleux octogénaires que ceux choisis par le jeune Ludovic Virot ! Qu'ils vacillent, aient mal ici ou là, on les sent prêts à muer comme lors de leur naissance. Alors certes nul sans-logis, ni immigré clandestin parmi ces silhouettes bien conservées. Que des moments positifs (à la différence de "Vieillir femme" et "Vieillir homme" de Chloé Hunzinger par exemple). Ici se devinent des milieux et des porte-monnaies variables, valeurs oubliées tant la philosophie a changé. Les spectateurs "d'un certain âge" et les jeunes étudiants en gériatrie sourient dans la salle, rient aux mêmes moments (échangeront avec beaucoup de spontanéité lors du débat public après la séance gratuite du cinéma Concorde de Nantes)... De la table de ping-pong au patin à glace, de la sortie en scooter aux grands arbres, chacun(e) écoute avec attention, pas loin de souhaiter la même chose pour soi, surtout avec ce plongeon dans la chlorophylle au ras de la terre nourricière (très poétique moment !). Ce film déculpabilisant (soutenu par un assureur mutualiste) décrit le maintien dans le cadre de vie des anciens. Ils osent tout, n'ont plus rien à perdre... A la fois sensibles et détachés, autonomes encore... ce serait, malgré la cancérophobie galopante et autres alertes (qui font le miel des lobbies médico-pharmaceutiques relayés par les grands médias) le sort de la majorité des personnes âgées moyennant sans doute de discrètes mesures d'accompagnement. Aucune envie de "s'excuser de n'être pas plus loin" ou d'avoir peur de coûter dans ces témoignages. On aborde le tabou de l'amour à quatre-vingts ans et au-delà, la passion, le désir sexuel, très variable d'un personnage à l'autre... Questions débattues avec délicatesse afin que les générations en parlent ensemble.
  • NOUVEAU SOUFFLE (2011)
    Note : 18/20
    Découvert à Univerciné Allemand 2012 Nantes. Qu'importe sa faute et qu'il crache au vent en voiture. Droit et bien bâti, entraîné avec ses longueurs en piscine, Roman Kogler (attachant Thomas Schubert) bonne tête et gestes à l'économie, rallie le public (comme "Le Fils" des Frères Dardenne en 2002). Sont passées en revue les affres de la prison et des sites mortuaires, les fouilles, le froid, les odeurs, la brusquerie, l'hostilité d'un collègue. Il faut se faire à ces détails rappelant la vie carcérale ou les entreprises les plus ingrates d'aujourd'hui... Plans coupés fréquemment, dialogues minimalistes, le milieu autrichien hivernal, terne, se devine moins impitoyable que de prime abord... De la chaleur derrière la rudesse, suffit de patienter le temps que Roman Kogler se rode entre chambres mortuaires et urnes de crémation, lui qui peine à nouer sa cravate... Le premier point d'interrogation vient avec cette femme macchabée cousue par le milieu, une Kogler... Ensuite une deuxième créature plus âgée, silhouette encore bien faite, traitée comme une reine après, pourtant, un bref lancer de chausson (surprenant Georg Friedrich !), moment magique du film avec la balade en voiture au sortir d'Ikéa... Encore un peu de transgression à cause d'un policier trop zélé, une bière moyennant perte d'un gant et alcootest. On est instruit sur le métier de fossoyeur contemporain, un travail éprouvant comme celui des soignants, des sauveteurs en urgence... Les bruits de glissements de cercueils, le souffle du train incorporés à la musique sont aussi langage. Quant à Madame Kogler mère, au trot sur ses mini-échasses ou allongée sur literie avant achat, elle "décoiffe" !
  • OH BOY (2012)
    Note : 19/20
    C'est un morceau de roi que ce film à fleur de peau... Aussi émouvant et simple que son réalisateur sur la scène du Katorza au cycle Univerciné nantais 2012, Jan-Ole Gerster, un jeune homme souriant, presque gêné de l'admiration générale, d'office sympathique ! Sans jamais peser ni racoler, son film expose les caractéristiques humaines principales, l'art de se rendre agréable à autrui, l'altération du caractère à force de contrariétés, les dérapages de comportement, le fatal glissement vers les haines collectives. Côté forme, quelque chose de "A bout de souffle", le noir, l'anthracite prédominant sur le blanc, deux ombres profilées sur un lit dans une chambre, de germaniques allures "Nouvelle Vague"... Quelques emprunts aux films noirs d'Hollywood aussi, avec la subtilité chaplinesque d'user d'une légèreté de façade pour y incorporer finement une gravité. Humour distancié puis lâché jusqu'au délire, catastrophes par poussées (le golf du père, la blonde qui a placé son surpoids dans un autre registre). Et quelle musique ! Souvent relancée avec l'image comme une manivelle, en plus d'être indispensable comme une signature, c'est un régal de tous les instants ! Expressions des visages appuyées, qu'on s'attache au front lisse et à la tête juvénile de Tom Schilling... Première allusion à l'antisémitisme sous forme d'extrait télé, un amour caché... Le point culminant en coude à coude sur le zinc. Vieux radoteur bien imbibé, plus distingué que la moyenne, son père et son vélo, tout ce verre cassé : une confidence autorisant toutes les interprétations si ne venait à l'esprit la "Nuit de Cristal" berlinoise, que les jeunes générations tentées par le radicalisme n'oublient jamais... Séquence stupéfiante quoique sans parti pris explicite à bien y repenser, que le public déduise ! Ouste la légèreté de "trouver un bon café" ! Les grands voyageurs, les familiers des tournants de désespoir se retrouveront pleinement dans Niko, aventurier d'aujourd'hui, apte à s'installer dans un fauteuil inclinable auprès d'une mamie mélomane, rouler avec un dégoûté de l'environnement qui rit si ça le démange, retrouver une ex-ronde en pleine révolution, accompagner un parfait inconnu à l'hôpital.
  • JIMMY P. (PSYCHOTHÉRAPIE D'UN INDIEN DES PLAINES) (2013)
    Note : 17/20
    Le duo formé par l'ethnologue et son patient indien fonctionne, inclus quelques résidus de préciosité propres au décortiqueur Despleschin. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer ou au contraire, ils étaient faits pour s'entraider et devenir des amis pour la vie ? D'autant plus qu'on découvre à travers ce "cas", le grand drame des peuples colonisés par des gouvernants avides, des mafias organisées sur fond de paupérisation, éternelle rançon du dieu argent. On y trouve un écho certain avec la colonisation contemporaine, aussi insidieuse, aussi niée. Un film parti d'une histoire vraie... J'avoue que c'est l'étonnante présence à l'écran de Benicio del Toro filmé sous tous les angles qui accroche et maintient. En fait, je m'attendais à ce que le sort du peuple amérindien soit évoqué de manière plus large, moins par le petit bout de la lorgnette. Autre grosse surprise, les électrochocs présentés comme la secousse salutaire ! D'excellents moments quoi qu'il en soit, la jeune Française, ou bien Mathieu Amalric débarquant avec son écoute, ses doutes, ses déductions, sa passivité stratégique face à la carrure de son patient qui argumente à sa manière d'ours mal léché.
  • TRANSPAPA (2012)
    Note : 19/20
    Découvert au Cycle Allemand Univerciné Nantes 2012. Un plaisir de tous les instants, dû pour une large part aux dialogues percutants et aux acteurs principaux. La jeune fille avec ses sourcils qui doutent et ses exigences d'ado régressive, et ce père aux manières douces qui a fui pour se refaire, avec lequel il faut repartir à zéro, homme devenu femme, père qui n'est pourtant pas une mère... A l'heure française de la polémique concernant le "mariage pour tous", le discours "trans" même s'il peut être entendu et toléré rencontre des réticences. Ce film tâche de dédramatiser les efforts à fournir. La stupeur fait place à un lent ré-apprivoisement. Quelques moments pimentés, quelques idées reçues balayées, le conformisme et les tricheries de l'adolescence rencontrent complicité tacite ou fermeté, exactement comme entre deux parents hétérosexuels. Un état des lieux que le bourgeois préfèrera pourtant voir chez les autres... Cette rencontre d'un père devenu femme, aussi attendrissante soit-elle, trouble les saintes familles. Succès garanti en revanche auprès des aspirants au bonheur et à la liberté individuelle (homos, mères ou pères célibataires...) les individus régulièrement ignorés des statistiques familiales... La famille traditionnelle est ici campée par le voisinage, aimables et précautionneux comme on l'est devant des animaux de cirque (le fiston vend la mèche en voyant du détraqué là où il y a initiation). Très fine analyse des impératifs sociaux des jeunes générations, se sexuer clairement, être fier de ses parents auprès des copains... Honte à ce géniteur devenu complet par son mix des deux genres, avoir un père médecin à succès a tout de même une autre g... ! La relation à la mère est chamboulée si elle était responsable du virage paternel... C'est riche d'une infinité d'angles... Le style des échanges verbaux et la gestuelle, toujours très soft, invitent à relativiser, à en sourire. Ce n'est pas plus dramatique qu'un divorce... Film plein de santé, de sens pratique, d'entraide, avec son ancêtre qui héberge "la gouvernante"... On rit énormément des émois que les métamorphoses apportent aux personnages (du végétarisme austère, du système patriarcal qui fait bouder les jupes...).
  • UNE FENÊTRE SUR L'ÉTÉ (2011)
    Note : 15/20
    Vu à Univerciné Cycle Allemand Nantes 2012. Pas mal, sans plus, la musique du générique de fin assommante autant qu'impersonnelle... L'esthétisme global, la présence de Nina Hoss, la magie du lien amoureux qui se régénère, la mère dépassée, le petit bonhomme avide d'histoires, le père qui rappelle la Finlande d'antan, ne peuvent sauver l'ennui de ce va-et-vient dont on a du mal à saisir les enjeux. J'ai dormi sur la dernière moitié, réveillée à temps pour voir l'issue... Un petit peu trop "trois petits tours et puis s'en vont" à mon goût, en droit fil de la chansonnette aux deux extrémités. C'est très hollywoodien cette chimie des corps (elle s'évapore juste après l'assemblage du côté masculin et il faut croire que c'est afin de ménager des retrouvailles toujours aussi magiques). Bien lisse, bien propre en regard du couple usé depuis neuf ans. Seulement, malgré l'envoûtement qui gagne devant le soleil estival et la tiédeur du soir, il y a lieu d'espérer un miracle. Car l'enfant et la dulcinée sont charmants surtout parce qu'ils tendent le pouce en sortant du ferry. L'émotion est trop mince en regard des expériences précédentes... A moins d'être très fleur bleue ou avide de vacances dans le style agences de voyage, rien n'atteste que le prince charmant assume davantage qu'avant, on y croit donc à moitié.
  • LA GRACE (2012)
    Note : 18/20
    Perle découverte à Univerciné Cycle Allemand Nantes 2012... On plane au-dessus des rondeurs géographiques au coeur de la nuit polaire (novembre à février), une rencontre terre/océan crépusculaire qui donne presque envie de continuer le survol... Car que vont recéler tout au fond de l'écran là-bas ces cubes noirs aux points lumineux à part des ours en hibernation ? Bande-son en apesanteur, mer mouvante, horizon pour le moins dégagé et... Descente dans une fracassante multinationale, des tenues orange flashy, le stress, un rapprochement physique proche du rut tant il est rageur. Des choeurs de toute beauté s'intercalent et c'est heureux ! Comme de faire un tour par l'école, où, nouveau réveil, deux enfants crachent dans un sac de loser... Comme lien au monde, le filet de route qui longe la côte, on y va constamment, toujours dans la pénombre, des collines neigeuses pour tout repère. De brefs coups de fils chargés d'électricité... Visible qu'un chat et une souris cherchent ici un second souffle, maison de bois individuelle, job des deux signant intégration totale, sauf qu'on ne donne pas cher de leur peau ! Leurs repas sont trop lugubres à cause de papa, si caractériel... Et voilà que la voiture heurte "quelque chose", ce que c'est que d'accepter des heures d'affilée auprès de grands malades ! Inconstance contre délit de fuite, secret de plomb en même temps que retour du soleil nuit et jour pour plusieurs mois et fiston qui déjante avec sa manie de filmer en douce... Aucune baisse de régime dans ce menu excepté le va et vient sur la route fatidique vers l'issue, quoique l'ironie du réalisateur finisse par en relativiser la perception. De belles frayeurs régulières ! Dans la libellule d'acier avec la fille d'Oslo, les deux pilotes muets comme des tombes... Ou sur les terrasses, cigarettes au bec pour se croire réchauffés. Ou lors de la tardive visite ! Sans omettre ces crissements de pas qui cisaillent la glace... Une atmosphère fascinante doublée d'un récit à rebondissements des plus fins. Jürgen Vogel et Birgit Minichmayr campent avec justesse ce duo assez humain pour qu'on puisse le défendre, petite mort de l'amour physique et assistance à la mort véritable entrant en résonance de manière tout à fait crédible.
  • LORE (2012)
    Note : 17/20
    Découvert à l'Univerciné allemand Nantes 2013... L'écrivain suédois Stig Dagerman dans "Automne allemand" avait osé décrire l'Allemagne de 1946, oeuvre discrète. La jeune Rachel Seiffert établie en Grande-Bretagne, née de père australien et de mère allemande, revient dans "La Chambre Noire" sur la confusion entre "nazisme et nationalité allemande". Visiblement emballée par ce récit, l'Australienne Cate Shortland fait exulter à l'écran cette Lore impétueuse (Saskia Rosendhal), symbole de l'adolescence sur fond de débâcle après la chute d'Hitler en 1945. On est frappé par la frénésie familiale... Les deux parents, dignitaires déchus sont montrés comme deux ogres qui vont cacher leur progéniture loin de tout, le père jette un froid, au plus peut-on compatir pour la mère qui fume, pauvre pantin désarticulé... On est au ras du conte fantastique. Avec une grande finesse dans les étapes. La réalisatrice excelle à montrer le naturel de ses personnages. Cette Lore au caractère bien trempé s'empare du rouge à lèvres maternel... La grande soeur et les petits poucets doivent faire dans la discrétion. Il faut contenir l'exubérance, les larmes du plus jeune qui ne comprend rien à ce qui lui arrive. Et puis manger, durer. Au fil des jours, l'impact des ascendants et la fraîcheur du jeune âge se livrent bataille. Le moment le plus fort est peut-être Thomas, ce loupé pour la postérité, véritable crève-coeur puisqu'il cristallise tout l'antisémitisme... Vigilance, transmission intergénérationnelle... C'est ce qu'aborde ce film dur, picturalement superbe, mettant en exergue la chaleur estivale avec ses robes d'été bien propres. On n'ose pas penser à un tournage hivernal !
  • ATTILA MARCEL (2013)
    Note : 15/20
    L'équipe de tournage, les acteurs, le réalisateur, chacun prend visiblement plaisir à dérouler l'histoire de cet individu plus ours que sa peluche. L'aspect distraction et les subtilités techniques sont au rendez-vous, avec le sentiment qu'Amélie Poulain est dans les parages. Tout cela peut suffire, est de toute façon respectable, bien qu'on puisse décrocher passé la première heure. Un match de boxe, une comédie musicale sur la plage, c'est envoyé dans le désordre. Les dialogues sont de qualité variable, la caméra acrobatique refait sans cesse surface sur les yeux bleus, après moult va et vient sur les parents vus à partir des menottes enfantines... Des gags qui font mouche (l'obsession chinoise, le concert final !), ceux qu'on n'a pas eu le temps de bien saisir. De temps à autre un tour de passe-passe pour virer de la bande dessinée en papier à l'écran de cinéma. L'humour très personnel de Sylvain Chomet plane comme une signature mariant ses deux vocations. Dommage qu'il y ait léger surdosage, qu'au lieu du suspense escompté, un peu d'impatience se devine dans la salle, tourner plus vite la manivelle vers le futur démange. Car si on voyage bien comme enfant dans les livres d'images, l'inattendu récolté fait assez peu avancer l'intrigue... Une suite d'images rappelant le dessin animé. J'ai surtout raffolé des deux tantes et de la marchande de légumes, tout est fait pour. Le mutisme du protagoniste le rend un peu tête à claques à la longue... En toute dernière partie, l'histoire se tient pourtant. Il y manquerait juste la communication profonde avec les demandeurs d'émotion au cinéma. A défaut de tout à fait convaincre, ce film peut aider à "décompresser"
  • THE WORLD (2004)
    Note : 19/20
    Un bonheur bu comme du petit lait à sa sortie française en 2005. Toujours plaisant à condition de se laisser emmener dans un système qui dédouble. Berce d'emblée par une musique venue du cosmos, réplique terrestre où s'imbriqueraient des images virtuelles. Rien à voir avec un conte de fées. Plus proche de la fête foraine. Y défilent les tendances monstrueuses des conditions de travail et l'envie individuelle d'exister quand même (besoin d'être respecté, soigné, éduqué, aimé, consolé). Sauver la face quoi qu'il arrive. Curieux mélange de paillettes et de misère. Pointe la détresse humaine derrière l'apparat. D'une rare élégance pleine d'humour pourtant, signal que le réalisateur assume. Il semble dire, tenez, voici de quoi anticiper la mondialisation à son paroxysme. Depuis le tournage (2004), sa vision du monde s'avère moins caricaturale. Au point qu'on puisse s'en offusquer tant la réalité tend à y conduire nombre d'entre nous.
  • THE TERRIBLE COUPLE (1980)
    Note : 16/20
    La baignoire carrée (le plouf qu'on jurerait en direct du parapluie sous les trombes d'eau !), l'accent du professeur, la première photo (et, plus tard, la seconde !) signent le ton espiègle global... C'est fluide. Avec une caméra parfois déchaînée, aux virages à 180 degrés dans l'appartement, quand on craint pour la facétieuse locataire. Las, en 122 minutes, traiter de frictions adolescentes, de performance à chaque plan, était percutant en 1980. Lassant en 2012 où on réalise à quel point ce système déferle. Il manque un peu de drame ou de piment. Kei émue de deux seniors croisés ? On est dubitatif. Que ces jeunes chiens rompus à l'affrontement biberonnent, chahutent, c'est de leur âge. Déjà bien séparés en classe chacun sur leur rangée, ils sentent à plein nez la famille traditionnelle japonaise. Incarnent le basculement du collectivisme à sa version capitaliste. Cours d'anglais via l'embrigadement au travail. Force physique pour les mâles, retour aux valeurs féodales... De surcroît, la détente de cette jeunesse pour elle-même vaut de l'or. L'érotisme discret, le roller commun aux deux sexes (ce filmage en zigzags sur plusieurs niveaux !), le vélo féminin, la chansonnette "Lorelei", sont d'une grâce infinie.
  • NANA BENZ (2012)
    Note : 16/20
    Projeté à l'Univerciné Cycle Allemand de Nantes en novembre 2013. Voici Lomé, l'ambiance des rues marchandes, le défilé des tissus, aussi attirants que le fond musical toujours léger d'Aly Keita, le roi de la musique togolaise et son balafon, de quoi donner l'envie d'aller faire un petit tour au Togo ! Le tournage remonte à 2012, soit avant l'incendie du marché d'Adawlato le 12 janvier 2013 (coup de grâce pour le commerce des pagnes !). Derrière nous "la Suisse Africaine", les affaires à 450 000 euros par jour, on sent un peu d'amertume dans l'hommage mais la volonté d'aller de l'avant. Evoquer les "Nanas Benz" (Nana signifierait "mère") invite de toute façon au dépassement de soi. Les "Amazones de la mercerie togolaise" d'il y a quarante ans auraient largement contribué au rebond de l'économie d'alors, autant par leur tempérament, leur savoir-faire, la qualité de leur marchandise, que par le prêt de Mercedes Benz au Président de la République ! Les intervenants à l'image décrivent chacun à leur manière cet âge d'or et l'économie dégradée d'aujourd'hui avec laquelle il faut composer. Se diversifier, le maître-mot. La débrouille pour survivre ! Les tissus se déploient, riches coloris, motifs extravagants ou simplissimes, accompagnés de légendes en direct des croyances, vif plaisir pour l'oeil du spectateur... A peine un silence pour évoquer la dictature... Calme, mesure, quelque pics d'humour. Ce documentaire de l'Allemand Thomas Böltken dit surtout haut et fort que les Togolaises sont des battantes !
  • TATANKA (2010)
    Note : 17/20
    Découvert à l'Univerciné Italien Nantes de 2012. Une adaptation de "La beauté et l'enfer" de l'écrivain Roberto Saviano qui part tel un classique d'action. Ebauche des caractères, narration et dialogues ultra-compactés, caméra nerveuse qui court à l'essentiel. L'acteur principal adolescent change (Lorenzo Scialla), devient adulte (Clemente Russo) : une durée de 8 ans exprimée par des grilles et les deux compères face-à-face en plus affirmés, soit l'incorruptible silencieux et le magouilleur un peu trop répandu en largesses. La première partie se constitue d'un défilé d'images appuyées par la bande-son (parfois un peu trop forte) mais pas pour le plaisir de gros effets gratuits. Plus ça se déroule et cogne, mieux on perçoit les grincements du réalisateur à décrire les dérives contemporaines décuplées par la mafia sur le sol italien. Le champion daigne s'encanailler un moment auprès de masseuses, terrasse même en bon Tatanka (bison) une femelle buffle. Il faudrait qu'il perde. Ne lui reste que l'exil... Rugueux avec les dames passée l'approche (une brute épaisse !), il est si bien mis en valeur d'un professeur de boxe à l'autre avec des retours sur son grand-père aux oiseaux qu'on reste de son côté malgré quelques soudaines longueurs en Allemagne. Exceptionnel au cinéma, le boxeur Michele à l'origine du film et du livre EST le boxeur Clemente Russo himself, un beau taiseux efficace qui peut faire acteur !
  • SUR LE CHEMIN DU RETOUR (2011)
    Note : 18/20
    Univerciné Nantes lors du Cycle Italien 2012. Un film percutant qui méritait de remporter le prix du public. Atmosphère et musique accrocheuses, économie de paroles lors d'un petit tour dans la maison, les enfants chahutant au lit des adultes le matin, l'époux (aussi crispé que Pasolini, visage et dégaine) cachant ses ennuis professionnels à son épouse trop lisse, trop offerte aussi (Donatella Finocchiaro). Leur différence d'univers est révélée par de très courts intermèdes qui vont s'avérer précieux. Défilent de somptueuses images invitant à la béatitude plutôt qu'à la vigilance (Alberto circulant au soleil couchant par exemple). Deux intrus créent l'étau qui va serrer, serrer sans jamais faire décrocher le spectateur identifié à celui dont la mine annonçait du risque. Rien de limpide quant au sens et aux motivations des divers intervenants extérieurs, un peu comme chez David Lynch, ils sont teigneux et liés à vie, c'est la seule certitude. De curieuses ellipses à certains moments, quoique le fil central soit toujours maintenu. Vrai que la petite voiture rouge intrigue longtemps pour une issue imaginée dans le même style haletant. Et que l'enfant retrouvé pouvait d'un mot espiègle alléger les semelles de plomb qu'on a en sortant de la salle. Il ne s'agirait nullement d'une caricature mais de l'effet domino en mafia calabraise, là où éducation et culture générale brillent par leur absence !
  • PERSONNE NE PEUT ME JUGER (2011)
    Note : 16/20
    Découvert à Univerciné Cycle Italien Nantes 2012. Très habile tour de passe-passe pour forcer à convenir que l'argent n'a pas d'odeur s'il sert des causes moralement irréprochables. Ou bien comédie grinçante ? C'est toute l'ambiguïté de ce film intégrant que le coût de la vie galope et que payer ses dettes en composant avec les réalités enrichit. La dame, une vautrée sûre de ses lendemains, dégringole de son piédestal, gourde qui peut bien apprendre un peu à vivre : l'exemple interdit toute contestation. La voilà en formation sur le tas et de plus en plus sexy... C'est traité en ironisant sur les deux sexes, sans machisme sournois ni sororité pleine de fiel, au contraire, ils s'arrangent de tout, le sentiment véritable couve, dureté des temps, douleur au jour le jour font qu'on s'épaule dans une complémentarité idyllique. L'interprétation et la mise en scène, la sensualité bon enfant, tout fleure bon la chanson dans la vie faut pas s'en faire. Mais voici un partenaire trahi par ses sentiments sincères qui s'offusque. Des billets lui sont tendus à ce rabat-joie malvenu d'hésiter. Les spectateurs sont sur la sellette, soudain très partagés alors que, jusque-là, ils riaient de cette comédie inconséquente... En sortant de la salle, la jeunesse dit toujours oui puisque ce genre de débrouille dure le temps de se retourner. Les parents sous décrue financière ont déjà mille questions subsidiaires en tête, demandent à voir, imaginent leurs propres enfants ou petits-enfants demain, au train où va la mondialisation.
  • WADJDA (2012)
    Note : 19/20
    Découverte majeure du Festival des Trois Continents 2012. Un bijou humoristique qui aurait gagné à figurer en compétition tant il rallie hommes et femmes si l'on en juge par les applaudissements nourris lors de sa projection au Concorde. Quel talent à dû déployer Haifaa Al-Mansour pour trouver comment conter l'obscurantisme saoudien ! Sa petite Wadjda ressemble à toute fillette, à toute femme (tout individu) bloqué(e) parce que des règles nées des non dits, des usages, lui échappent. Egalement au menu le malaise de devoir faire avec un papa illimité, une maman rétrécie. Beaucoup de chaleur humaine. Des décors, des personnages dignes d'un conte des mille et une nuits mâtiné de modernité. Si les mâles sont en roue libre, l'exemplarité fait terriblement défaut du côté féminin dans cette plongée au coeur de Riyadh. Les belles enseignantes qui somment la retenue, maquillées, à visage découvert, ouaille !... Quant aux petites, il leur faut réciter le Coran pour exister dans une école où regarder une malheureuse photo est un crime, afin de correctement psalmodier (exercice nettement plus attachant quand c'est une voix délurée qui s'y colle). La communauté se gagne à force d'épreuves, même si l'avenir, sauf miracle, est l'époux courant d'air, l'épouse répandue en blablas et artifices. Etrange écho dans l'occident contemporain... Le vélo, jurant avec la faute d'être simplement "vue par des hommes" est l'oxygène du film avec ses rubans au vent, un cadeau aux jeunes générations des deux sexes ! Sortie officielle prévue en février 2013 en France.
  • ROYAL AFFAIR (2012)
    Note : 16/20
    16,5/20 : Les avides de sentimentalisme sur fond historique ressortent globalement satisfaits de ce film beau, crédible en matière de décors et costumes, instructif sur un pan de l'histoire du Danemark et même de l'Europe. Tragique sur le fond. Plein d'espoir sur la capacité à rebondir des jeunes générations. Echo possible avec le monde d'aujourd'hui, son bipartisme galopant et typique des récessions. La loi du plus fort, "l'ordre" des possédants, contradicteurs d'abord mis à l'écart puis supprimés. Qui refuse de signer s'entend répondre de signer, point ! Par moments on se demande qui est dérangé, le roi ou son encadrement. Un souverain qui ne peut qu'exacerber son monde, la reine-mère ou ce Struensee têtu, oublieux de surveiller le sens du vent... Le trio Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Folsgaard ont, au négatif, un numéro archi-prévisible. Au positif une justesse et un charme fous... Ils consolent du baîllement de milieu de séance. Une bonne demi-heure de trop, cette manie de croire qu'en faisant durer on captive à coup sûr... Certes, dialogues et silences sont aussi importants dans les intrigues souterraines. Seulement une fois qu'on a compris la tournure des événements, les réparties manquent de piment dans un style pictural aussi lisse. Beauté de plans qu'on se surprend à gober sans en retenir le texte à l'oreille ou sous-titré. La galopade toutes jupes au vent et la danse au ralenti avec claquements de mains sont de sublimes moments avec, en toute dernière partie, la douche encore plus froide qu'attendue !
  • L'ÉCLAT DU JOUR (2012)
    Note : 14/20
    Projeté à l'Univerciné Allemand Nantes 2013. Nettement moins convaincant que "La Pivellina" sorti en 2010. L'introduction, mettant en scène deux personnalités que tout oppose est pourtant prometteuse. Concernant "l'ambiguïté" signalée dans le synopsis, on s'attend à tout autre chose qu'une importante différence de valeurs. D'abord les points communs de toute rencontre et, petit à petit, les premières frictions en principe sources de rebondissements. Or, rien de vraiment fracassant entre ces deux personnages excepté qu'ils représentent deux tendances lourdes de notre monde contemporain. Les comédiens jouent leur propre rôle, l'oncle raisonne souvent le plus jeune qui se réfugie dans ses représentations narcissiques, lesquelles virent au grand n'importe quoi. Les deux se tiennent en respect au bout de leurs anicroches... L'écho rencontré chez le spectateur est bien ce tiraillement entre l'art, vecteur de rêve (ou le virtuel en général) et la rudesse de ceux qui affrontent les aspérités du quotidien. La dernière partie ternit l'ensemble. Non seulement on est déçu parce qu'on peine à rester éveillé(e) (est-ce dû aux scènes théâtrales trop creuses ?) mais on souffre de ce que le plus âgé, avec son sens des réalités pures et dures, ses anecdotes de terrain (ce corps à corps avec les plantigrades !) reste beaucoup plus digne d'intérêt que son fanfaron de neveu.
  • CHASSE FERMEE (2012)
    Note : 18/20
    Prix du Jury Univerciné Allemand 2013 au Katorza de Nantes. Une belle histoire ! Des personnages en or... Le mari proche du sanglier, l'épouse qu'on croirait extraite d'un tableau de Georges de La Tour, le Juif candide et ennemi numéro un. Pour cadre, l'épaisseur des bois, quelques fusils de chasse aux abords de cette grosse maison où l'on s'isole ou s'épie, une taverne où se lâchent les copains, un vélo qu'on enfourche... Il faut aider la nature, on mène bien la vache au taureau si nécessaire, soit...Des attitudes, des mots tranchants au bout des silences. Dans ce microcosme de la Forêt Noire, suspense, Emma et ses deux hommes, gros plans sur les traits, attendrissement, puis gestes ulcérés. Délicieux comme la réalisatrice pousse le bouchon... Je n'ai pu m'empêcher de penser à "Ander" de l'Espagnol Roberto Caston, même cocasserie de situation, même émotion qui pousse chacun dans ses retranchements avec, ici, l'inexorable sablier décidant de l'heure des héritiers. L'idée de ramener au présent cet épisode datant du nazisme est louable sauf que je comprends mal le choix des acteurs qui a pu être fait au plan physique. Ils sont si peu ressemblants aux "originaux" ! Si l'introduction (l'ado cherchant son père biologique) arrive à s'incorporer au flash-back, l'issue (retour en Israël) est instructive mais mal incarnée. Du coup, le trio de départ seul reste en mémoire.
  • POUR TON ANNIVERSAIRE (2013)
    Note : 18/20
    Très apprécié en clôture du Cycle Allemand de l'Univerciné Nantes 2013. Les trajectoires de Paul et Georg, deux copains allemands de l'Est "du temps du Mur", seize ans, âge de lucidité sur les performances avant tout. La musique de Jérôme Lemonnier jure soudain, ce pacte d'ado, invraisemblable, on pouffe... Avec sa musique mélo, le ton du film serait donc ironique... Lequel des deux gagnera ? Les filles sont-elles aussi dupes ? Le scooter semble aller vers l'incertitude, on se dit que ces bêtises de coqs cèderont la place aux sentiments véritables... Vient la Chute du Mur et Georg chez son copain d'antan.Ténébreux (inquiétant en contre-plongée) qui entend montrer le jeune homme qu'il est demeuré... Et chacun(e) y va de sa séduction, non sans cruauté, je pense à Anna (Marie Baumer) tellement sûre d'elle, ou à la compagne de Paul (Mark Waschke), la brunette aux décapantes réparties (Sophie Rois). On est forcé de devenir funambule dans cette trame pince-sans-rire. Sans cesse jalonné de renversements de situations. Illuminé par la jeune Saskia Rosendahl dans le rôle de l'éternelle jeune fille. Pas une goutte de sang, aucune déflagration, juste un bon petit incendie filmé dans le détail. Les dialogues, le fil narratif, l'intrigue, tout cela est gobé d'office tant c'est bien empaqueté. On se surprend à attendre avec délectation la prochaine trappe ménagée par Denis Dercourt, scénariste et réalisateur, ah comme cela se sent !... Film à plusieurs niveaux de lecture, progression machiavélique des plus fines. A déplorer peut-être l'accélération soudaine des tout derniers plans qui laisse un peu sonné !
  • SLEEPLESS NIGHT (2012)
    Note : 19/20
    Mention Spéciale des 3 Continents Nantais 2012, le très pointu "Sleepless Night" (Nuit Blanche). Une atmosphère intimiste. L'intérieur douillet d'un petit couple très uni. Elle, chatouilleuse sur la qualité de vie car son activité s'y prête (art et techniques de bien-être). Lui, conciliant, pragmatique avec ce boulot alimentaire qui pourrait bien déborder sur les dimanches. Toujours ensemble en dehors de leur travail, amateurs de verdure, de vélo, ils discutent sans se démonter, "sifflent" leurs nouilles en choeur (à grand bruit !). Les tâches ménagères partagées, du bonheur au lit, un espace vital harmonieux. Pour ce qui est d'avoir un enfant, c'est le flou, la mère de la jeune femme martèle à sa fille que c'est mieux jeune parce qu'on est plus en forme ! Voilà le premier écueil véritable. De moue en désaccord, les tourtereaux cherchent de l'air auprès d'un couple d'amis. Occasion d'une scène violente de rangement, la deuxième si l'on fait exception de l'éclat central (l'entretien avec le patron) à voir comme une allégorie. Film sud-coréen à cadence régulière, discours applicable à n'importe quel pays "mondialisé". La loi des marchés et la survie de l'espèce, vaste chantier... On sent que les deux trentenaires de Jang Kung-Jae, acrobates refusant de se lancer sans filet, sont différents après leur nuit blanche !
  • DEUX MERES (2013)
    Note : 15/20
    Présenté à l'Univerciné Allemand nantais 2013. Deux lesbiennes dont l'une veut davantage être mère que l'autre ? L'objectif est de défendre la cause des exclues des cliniques de fertilité, ces malheureuses condamnées à user de la clandestinité. Le soignant qui le premier les traite avec bienveillance met un peu d'humanité mais prévient. Seulement 30 % de réussite pour des efforts sur la durée. Intéressant plongeon chez les donneurs potentiels, les excités par l'acte en double, les intéressés du porte-monnaie, soit quelques centaines d'euros à chaque tentative. Isabelle et Katja sont bien dirigées par la réalisatrice, leur sensualité est saine, rien ne peut choquer le grand public. C'est de l'amour, point ! A l'ère de la débrouille résultat d'une mondialisation sans états d'âme, comme on les voit garder un jeune enfant par moments, il aurait été intéressant que ces deux intrépides creusent du côté des bébés tout faits. Zohra Berrached créait ainsi moins d'embarras chez les spectateurs. Parce qu'au final, cette destruction forcenée de ce qu'elles avaient de meilleur pour un enfant rêvé sans plan B donne un film un peu vain.
  • SMALL CREATURES (2010)
    Note : 16/20
    Univerciné Britannique Nantes 2012. C'est dur et pourtant mignon. En perpétuelle oscillation entre "la mauvaise graine" et le foyer comme refuge, en témoignent les photos de famille. Avec une tension qui plane dès le début. Coggie en crise (et qu'on devine sans père) s'éloigne du giron maternel, combat sa grande soeur, charpentée, face rebondie, une gendarmette. La personnalité du film est qu'aux pires moments de violence hors champ, sont montrées les "petites créatures" symbolisant l'enfance, ce temps d'avant d'être déçu. Hamsters duveteux en plan très rapproché, bon gros chat tacheté. La maison, ses habitudes ont l'air de promettre qu'un jour tout s'arrangera. Le processus de cruauté arrive lentement et sûrement (un peu trop, on baîlle !). D'abord les insectes en deux morceaux. Et puis des tergiversations. Coggie a peur de lui-même, bien qu'il veuille se distinguer d'une façon quelconque, que sa seule possibilité se trouve à l'extérieur, ces copains-là, s'il ne veut plus, eux l'y obligent. Bandes de jeunes ni sportifs ni imaginatifs, société malade en recherche de boucs-émissaires, on peut penser à tout cela ou en rester à ce coin de Liverpool où un couteau signe le commencement d'une escalade. Steve et sa gueule d'ange devraient ulcérer les spectateurs. Coggie, fluet à figure ingrate mais vulnérable laisse partagé. Autant de teigneux que de doux dans cette histoire qui fait penser aux "Quatre cents coups" ou à "Fish Tank" !
  • ELENA (2011)
    Note : 19/20
    Le petit jour sur les baies vitrées d'une maison confortable. Lueurs solaires qui s'amplifient aux bords du long plan fixe, un oiseau pour l'animer, on est en temps réel chez des Russes un matin parmi d'autres. L'intérieur est de bon goût, ces lames de parquets très larges, bien cirées, tout respire la maison confortable. Qu'est-ce que c'est bien de voir des gens ordinaires au cinéma, ce couple avec chacun son lit pour connaître le repos, soudé par mille petits riens, dont l'hommage gaillard quand les désaccords terrassent... Une tension, les grands rejetons. Elena, physique solide d'ex-infirmière, première levée, dernière couchée, bichonne époux, enfants et petits-enfants, son mari à fille unique et caractérielle s'avérant surtout sportif. L'environnement rend dur, nombriliste, pragmatique au possible. Du coffre au train, les billets se déplacent. Un cheval blanc à terre symbolise la fin de quelque chose, de hautes cheminées surplombent des terrains vagues où des bandes nocturnes s'appliquent mutuellement les combats des jeux vidéo. Tableau au vitriol de la Russie contemporaine que cette affiche de la mamie avec bébé au giron ! Chômage et corruption commencent à griller les cerveaux dans un sens pratique invitant à ne plus avoir de scrupules du tout. Petits calculs de survie des anciens et des nouveaux, attention à sauvegarder la respectabilité de façade. A quel point est-ce russe et exclusivement russe, hum... Possible de trouver la mise en scène un peu trop délayée, franchement ce serait le seul défaut ! La jeunesse hyperactive, les très optimistes n'y verront qu'un nouveau délire de l'âme slave tourmentée qui réalisa "Le Retour" en 2003. Les patients et les réfléchis trouveront au contraire beaucoup de sens à cette anticipation de notre société à deux vitesses.
  • LA CHASSE (2012)
    Note : 15/20
    Thomas Vinterberg récidive dans son traitement des secrets de famille avec cette douceur d'éclairage aux tons chauds propres aux films scandinaves. A la proximité physique des enfants dans le jeu, répondent le puritanisme et l'arbitraire du collectif. Cette fois le cadre figure, non seulement le contournement des tares parentales, mais aussi bien, en seconde lecture, les réflexes induits par la récession, lisser, uniformiser... Un poison qui part de la directrice du centre, épaulée par un expert local... A partir d'une rumeur. L'art d'écarter un gêneur, trop singulier, trop indépendant. A croire que ces gens étouffent tous tacitement le véritable scandale local (le savent-ils, s'en doutent-ils, on en a la libre interprétation). Le rictus de la fillette renseigne le spectateur. On pense au procès d'Outreau, la parole de l'enfant, ce petit ange incapable d'arranger la réalité. Même impasse que dans Festen, fautif démasqué, éducateur rendu à lui-même. J'ai trouvé la petite amie d'une approche étrange, comme si Lucas s'en servait plus qu'il n'en était attiré. L'épouse du vrai grand malade et le fiston sorti de ses gonds sont en revanche très convaincants. Le bémol est que, malgré l'atmosphère très naturelle, l'excellente direction d'acteurs, les scènes de chasse et les traques, on tourne en rond à baigner dans l'obsession du réalisateur. Le dernier coup de feu qui fait mystère de son auteur est celui de trop.
  • LOS MUERTOS (2004)
    Note : 12/20
    Festival des Trois Continents nantais 2013. Pour être morts, ils sont morts... Quoique les grands mouvements de caméra du début forcent l'admiration. Chacun est happé, se dit que ces magnifiques morceaux de nature vont recéler quelque autre merveille. Point du tout. Voilà l'écrin d'humains décérébrés. A part l'ironie grinçante du titre, ne pas compter sur la joie. Encore moins sur l'humour. De l'intrigant on vire au sordide. Respect pour le choc énorme qu'on devine à la base, sauf que le réalisateur fonctionne comme un avare. Le quinquagénaire Vargas, belle g..., petit bedon, la liberté hors des murs. Or, impossible de s'identifier à ce drôle de zigue, il finit par révulser. Et puis tous s'avèrent trop mécaniques chacun à leur manière. La splendide nature prend des allures de pieuvre. Le cinéma argentin contemporain maniant le cynisme pourrait bien, du rire sardonique escompté, virer au rejet pur et simple de ses plus fervents spectateurs. Attention à la surdose, celle qui met dans un état nauséeux... Les amateurs d'effets sophistiqués, les techniciens de cinéma, les snobs peuvent aimer, raffoler même... De nombreux spectateurs, de réjouis à l'introduction devraient passer à l'hébétude... ou dormir. Trop lancinant, cru, pervers... Fortement déconseillé au grand public.
  • SCIALLA ! (2011)
    Note : 17/20
    Prix du Public à Univerciné Italien Nantes 2012. Le fait que le rôle du vieux soit tenu par Fabrizio Bentivoglio et que la porno-star soit Barbora Bobulova obligent à embarquer. Ils portent le film. C'est tout de suite efficace, très enlevé, ce qui gomme la caricature de jeune, sauvée par des scènes à scooter délicieuses, mais aux caractéristiques un peu trop convenues. Pour ce qui est du vieux prof ne reconnaissant pas une ancienne conquête en face à face à une table de café, hum, là aussi, à moins que ce soit pour renforcer le comique sous-jacent, son degré d'émotion jure avec sa myopie ! Ensuite dans la tension entre générations, toute la batterie des armes réciproques se déploie, les deux forces en présence usant de tous les codes pour arriver à l'efficacité. A noter que la gent féminine libérée de toute entrave sexuelle passe ici pour égale au partenaire puisqu'il va jusqu'à mentionner sa décrue libidinale, à saluer, c'est trop rare en ce moment ! Quelques lenteurs sur la dernière partie font croire que tout est bouclé... Erreur ! Surtout rester devant le générique dévidé à toute allure ! Il faut en guetter la toute dernière image au bout des palabres avec l'ex-étudiant tout à son affaire... Sans doute arraché de haute lutte pour ménager la sacro-sainte production ? C'est pourtant le point culminant de ce film !
  • TANGO LIBRE (2012)
    Note : 14/20
    Embarrassant, brouillon, chaotique, qui fait l'effet d'un patchwork mal assemblé. Dans le désordre, les scènes cruciales sont pourtant parfaites à l'image, il y a de l'ambiance, une lumière qui irradie l'endroit et les gens. On a envie de s'attacher aux trois protagonistes appelés à se mesurer, d'autant que Sergi Lopez débite quelques bons mots et rit en gros plan, on s'attend à une montée d'adrénaline, quelqu'un d'autre ou un événement qu'on ne pouvait pas deviner. Bien gentille la petite femme libre pour occuper l'écran. Préciser le pourquoi du comment afin de dérouler l'écheveau, ça va quelques minutes... On finit par souhaiter que le plus suicidaire disparaisse (trop de cirque !) afin d'avoir autre chose à se mettre sous la dent. Incompréhensible par exemple que le réalisateur se soit autant privé de l'acteur argentin le plus récalcitrant à danser au départ et qui finalement se décide. Il a "une gueule" et de la présence ! Dès le braquage de la caméra sur cet acteur précis, on s'attend à ce qu'il ajoute sa partition à l'intrigue amoureuse. Comparé à "Une liaison pornographique" et "La femme de Gilles" si aboutis, c'est un demi-film.
  • UN TRANSPORT EN COMMUN (2009)
    Note : 15/20
    Projeté au Festival des Trois Continents Nantais 2013. Pour ce qui est de la forme revisitée à l'africaine, on croit débouler chez Jacques Demy. Et un peu plus loin dans West Side Story... Toujours vivant, harmonieux et explicite (acteurs choisis dans la rue !), c'est un spectacle fluide, aux cadrages impeccables... La réalisatrice Dyana Gaye, également à l'origine de la bande-son confiée à des virtuoses, donne l'impression de savoir tout faire. On est pris dans son tourbillon de voyageurs. Déluge de mouvements auquel, pour reprendre souffle, manquerait peut-être un peu plus de langage parlé ? Peu de place pour l'imagination du spectateur. Le style comédie musicale made in Hollywood frôle presque le maniérisme, seul petit défaut de ce moyen métrage pour qui ne raffole pas de ce genre-là... Le bon petit coup de griffe envoyé à la France en déplorant l'inertie du Sénégal prouve en revanche qu'on est loin d'une intention frivole.
  • DEWENETI (2006)
    Note : 16/20
    Projeté au Festival des Trois Continents nantais 2013 sous le titre "Deweneti" (= bonne année en wolof ?). Joliment filmé par le tandem Dyana Gaye (Franco-Sénégalaise) et Rémi Mazet, chef opérateur-scénariste. Un conte qui invite, avant Noël, à se pencher sur ceux qui n'ont rien et se consolent avec les croyances qu'on leur a léguées. La morale de fond s'adresse aux enfants, ou aux adultes persuadés que l'éducation religieuse console de tous les maux (une brève réflexion et l'on réalise que les prières d'un jour ne sauraient empêcher la faim au ventre le lendemain de Noël, le surlendemain et les jours d'après)... Heureusement, la petite bouille d'Ousmane, qui n'est pas un enfant-soldat mais un échantillon d'enfants des rues de bien des nationalités possibles, invite à prendre conscience que la charité, valeur d'origine bourgeoise, devient la norme quand le Grand Capital broie les pouvoirs publics, les protections sociales, l'aide à l'enfance, avec la barbarie au bout du processus... Les dialogues, la façon de cadrer Dakar sous tous les angles, la verve de l'issue veulent laisser une impression de légèreté. On n'était encore qu'en 2006... Ce court-métrage remplacerait avantageusement la publicité dans les salles !
  • LES TROIS SOEURS DU YUNNAN (2012)
    Note : 18/20
    Prix du Public et Montgolfière d'Or du Festival des Trois Continents nantais 2012. Clair-obscur dans un réduit sordide, plans larges sur les déambulations au dehors entre troupeaux et chiens. Attention, le réalisateur fait jouer à ces trois enfants leur rôle véritable. Sur la forme, constamment splendide. Sur le fond, insoutenable. Et en même temps touchant. Soit, on se gratte la tête, l'hygiène se résume à quelques rinçages à l'eau froide. Cependant il flotte une réelle affection entre ces gens, chacun fait ce qu'il peut dans un univers de toute façon ingrat. La jeunesse doit apprendre à se dépêtrer. Une mère démissionnaire, un père en ville pour son emploi, trois fillettes qui travaillent chez les voisins (on vient les chercher !) contre nourriture et compagnie. Une maison incendiée. De petites ombres frigorifiées qui durent plus qu'elles ne vivent. Tombées très bas, un rien les ranime. Ainsi, leurs chaussures neuves sont comme des ailes avec papa vers la ville. L'aînée seule, elle ira à l'école, l'oeil du grand-père pas loin. C'est elle qui pourrait inquiéter le plus, sans défense parce que sans repères familiaux pendant un long moment... BIen entendu, ce n'est pas une vie d'enfants telle que le revendique le poème "Les petits damnés de la terre". De petites existences aussi rudes, ces sauve-qui-peut des femmes lassées de lutter. La région de Yunnan sans combat quotidien rendrait neurasthénique si l'on en juge par d'autres films chinois ayant dépeint ces sommets à perte de vue battus par les vents. Un point positif, cette troupe d'endurcis en réunion au milieu de nulle part et qui entend garder son dernier moyen de subsistance !
  • IT'S A DREAM (2012)
    Note : 16/20
    Découvert au Festival des Trois Continents Nantais 2012. C'est filmé façon Asghar Farhadi dans "Une Séparation", par paliers, avec des éclats débarquant violemment et retour au système D, ce revers de la mondialisation. Nouveauté, des espiègleries comme le fou rire nerveux de la jeunesse. Le personnage central voilé, au visage gracieux affiche une expression plus voyouse que d'habitude. Elle fonce, tient tête de toute sa grâce à l'homme d'affaires, à ses sbires. Pour autant, au lieu du cuisant revers attendu, ses larmes, ses trajets avec ce copain en voiture. Toute jeune créature touchant aux liens du sang jette le trouble dans le regard masculin, aussi complice soit-il avec son épouse. On reste un peu sur sa faim... Le spectateur a toute latitude pour passer du drame intime, universel, à celui du peuple iranien, là où la transgression conduit à des peines sans commune mesure avec les fautes commises. Le titre "C'est un rêve" justifierait les nombreuses ellipses ? En toute dernière partie, fort malaise. Sans doute la lassitude des issues "grand ouvert". Crainte de la censure iranienne ou limite imaginative du réalisateur ? Certains spectateurs préfèrent dire "je n'ai pas tout compris" et plébisciter un film plus net.
  • AUGUSTINE (2011)
    Note : 16/20
    Plus que la lourde introduction (ce crabe, ces verres de vin), c'est le fil entre Charcot et sa patiente, sous l'oeil de lynx de l'épouse (impeccable Chiara Mastroianni) qui captive. L'hypnose émane d'un spécialiste, pas de Charcot, quel dommage ! On se croirait dans une arène avec spectateurs gourmands des débordements féminins. Le regard éhonté du médecin alors que la créature se fait applaudir dévoile l'essentiel (la démonstrative Stéphanie Sokolinski s'avère parfaite pour ce rôle). On peut dès lors savourer la mise en scène, éclairages (lumière quasi biblique sur le visage de Vincent Lindon), costumes d'époque (les affriolants dessous de coton blanc !), ne rien perdre des chuchotements ni des changements de place du mal, avancer dans l'intimité encore masquée d'Augustine et son sauveur, quoique de plus en plus copains sans le montrer. Une avancée médicale certaine à l'époque où l'hystérie féminine se diagnostiquait, silence sur le reste. La chute d'escalier a le mérite de relativiser la supposée guérison de la demoiselle. Surprise que l'affaire faite (soi dit en passant drôlement "à la hussarde" pour une cinéaste !), Augustine s'éloigne telle une souris qui aurait volé du gruyère. Les expressions des époux culminent à ce moment-là, dans le style échevelé de leurs soirées... Ce qui frappe chez Alice Winocour est le sens du détail.
  • JOURS DE PECHE EN PATAGONIE (2012)
    Note : 17/20
    Le réalisateur de "Bonbon El Perro" récidive dans le style affectueux qu'on lui connaît. Même subtilité, même atmosphère de bons vieux potes. Il faut aimer la beauté des cadrages plus que l'action. Les poissons ne grouillent vraiment pas... En revanche, on a la bonhomie du personnage central, le type attachant d'emblée (quelle expression craquante !). Un gars qui se devine ancien tombeur malgré lui, sa femme et fille bâties en conséquence. Le parfait innocent des retours de manivelle. Des situations quotidiennes d'une apparente banalité défilent, on se croirait dans sa propre famille ou chez Pagnol revisité argentin. Bien observer la gestuelle, ces tout petits moments d'hésitation que l'usage fait rattraper poliment. En toile de fond, la sauvagerie de la Patagonie. La surprise est la première virée en mer après le choc, quand le corps, cette mémoire puissance mille, fait des siennes. Beau et fraternel. On peut juste déplorer quelques longueurs.
  • WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN (2011)
    Note : 15/20
    Grande marée à la tomate, un gros effet... Puis peinture rouge en veux tu en voilà. Alerte au sang ! Une multitude d'allers-retours passé et présent montre l'effroi de cette femme. Déjà in utero, elle avait mal à son Kevin. Ils contribuèrent l'un et l'autre à se scinder dans des hurlements lourds de présage. Très vite le diablotin aux sphincters régressifs, nargue, cause comme un adulte, en éternelle provoc. Une incompatibilité d'humeur incurable, la crise d'ado puissance mille tant qu'aucun événement gravissime ne vient rompre la dyade. Et chacun(e) de charger la mère ou l'enfant, elle a ruminé trop de trucs et il a écopé... Rien sur le père, occupé à viriliser son fils pollué par le malsain giron. Or, le très gros plan des deux pupilles du monstre changées en cibles jette un léger froid pour qui songe à l'actualité récente du côté d'Oslo... Dommage pour Tilda Swinton et Ezra Miller dont l'aura commune permettait davantage côté dialogues, avec une musique qui colle un peu plus à la situation aussi tant qu'à faire.
  • THÉRÈSE DESQUEYROUX (2012)
    Note : 15/20
    Enfin Audrey Tautou dans un rôle qui lui va. Mature, très convaincante, le mythe Amélie Poulain enfin derrière elle. Une raillerie de la famille provinciale à peine formulée... Déjà un grand classique. Ô que c'est respectable, pétri de l'oeuvre romancée, convenable en dehors des petites fioles justifiant cette noire larme sur l'affiche. Le couple mal engagé se révèle dans le renversement des situations, c'est tout l'intérêt du film. Car Thérèse devient rengaine dans ses petites manies par en-dessous, pas assez de sang dans les veines !... Sans l'interprétation irréprochable, le retournement des rôles et ce supposé oxygène parisien, on frôlerait la platitude.
  • LES BÊTES DU SUD SAUVAGE (2011)
    Note : 17/20
    17,5/20 : Etrange atmosphère entre foutraque et fantastique. Quelques inégalités de régime sauvées par la magie des derniers plans... Possible d'être dérouté d'entrée de jeu par l'apparence brouillonne... On oscille entre "Uncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures" et l'éprouvant "Three Sisters" chinois pour l'atrocité du cadre. Un hommage aux oubliés des catastrophes naturelles, à ceux qui connaissent le retrait progressif de la terre sous les pieds. La terreur des tempêtes, l'obligation d'habiter sur l'eau dans des embarcations de bric et de broc, la hantise d'être parqué dans des enclos aseptisés... On est saisi par ces vaisseaux de fin du monde, bouleversé de l'entêtement à refuser les secours afin de rester là où jeta la naissance. D'un côté c'est merveilleux parce qu'on voyage ferme, que les troupeaux d'aurochs captivent... et que la bande-son entraîne comme une courroie (somptueux accords !). De l'autre, c'est désespérant... Sans cesse la caméra se pose sur la petite fille, incarnant à elle seule la jeunesse qui fait face au pire. Visage et silhouette d'une douceur infinie comparée à la rudesse des échanges...Toujours lutter, casser ce qui reste pour se défouler malgré l'envie d'être prise dans les bras. Il se glisse des minutes veloutées entre père et fille, la caméra en champ contre-champ livre leurs regards, interdit de pleurer, mon oeil.
  • THE DEEP BLUE SEA (2011)
    Note : 17/20
    Cycle Univerciné Britannique Nantes 2013. Ce qui frappe dans cette romance des années Cinquante (tirée d'une pièce théâtrale) c'est que l'image fabriquée en 2011, cette impression de perpétuel couvre-feu, un je ne sais quoi d'atmosphère lourde réussissent à acclimater passé un moment. Très beau, un peu dans le style des films américains des fifties, mais tout de même la manie de l'introspection à pas de velours très appuyée. Le réalisateur dépeint ses étapes dans une chronologie de gestes quotidiens, par petites touches productives, rien ne manque... Le labyrinthe sentimental une fois appréhendé, le crime passionnel vient même à l'esprit... Peu de lumière (comme s'il n'y avait qu'un petit jour au fin fond d'une grotte), des prises de vue très inspirées dans des intérieurs pour la plupart, toujours dans un souci esthétique mais qui apporte du sens, on s'en rend compte après (la séquence de la caméra qui tourne autour de la jeune femme à l'esprit chaviré marque la mémoire). Beaucoup de minutie dans les choix musicaux, les décors, très respectueux de l'époque décrite. Cerise sur le gâteau, Rachel Weisz, diaphane ou effondrée, toujours un peu "absente à elle-même" ou feignant de l'être, . Le mari très adulte, touchant parce qu'avec toutes les facettes d'un homme fait. On a souvent envie de conduire Freddy à son avion... En résumé, si on ne dort pas dès les premiers plans, embarquement possible avec ce trio infernal, du dialogue redouté aux arrangements de bric et de broc vers l'ultime poigne morale.
  • BLUE JASMINE (2013)
    Note : 17/20
    Un bon petit cru de Woody, à fond dans le genre cocasse et désespéré. Interprétation attachante. Aucune souffrance cette fois-ci du débit verbal vitesse grand V, et pas plus de méandres qui égarent inutilement. Les étapes traversées par Jasmine défilent de manière fluide (très convaincante Cate Blanchett) en attendant sa transformation profonde. Ce reflet pertinent de nos sociétés mécanisées rend fraternel par sa façon de frôler le quotidien de tout un chacun. On retrouve bien l'éternel malentendu entre les sexes cher au réalisateur, je pense à l'épisode d'assistante dentaire transposable dans tellement d'autres contextes de la vie professionnelle ou de la vie tout court.
  • SUZANNE (2013)
    Note : 18/20
    Etonnante Katell Quillévéré qui récidive aussi bien sinon mieux que dans "Un poison violent" ! Même habileté à faire entrer dans son histoire par pans, nonchalamment avec d'habiles coupures. Mêmes dialogues minimalistes. Davantage de profondeur, le seul amour encore crédible étant l'alchimie des corps, ultime bastion contre le pourrissement collectif (ce refus d'accorder sa confiance comme si les mots étaient devenus la porte ouverte à toutes les trahisons)... Musique sur mesure, y compris au niveau de la signification, on est vraiment gâté, non seulement les compositions de départ, tout à fait à la hauteur de l'enjeu, mais cette version de "Suzanne" par Nina Simone qui reste entêter ! Le récit biographique comporte plein de blancs dans la vie de l'héroïne marquée par d'horribles coups du sort, (Sara Forestier dirigée ainsi promet autant que Sandrine Bonnaire !). Et puis ce père veuf qui fait son possible avec ses deux filles (rarement traité sous cet angle !) ne peut que taper dans le mille... La passion irrépressible est surtout prétexte à introduire "la débrouille" comme un dédoublement nécessaire... à la survie de l'espèce. Ensemble incroyablement mature de la part d'une trentenaire polie, lisse sous ses allures de mannequin ayant l'absolue maîtrise de son sujet, de ses acteurs. Déterminée autant que passionnée ! Portrait de femme à l'enfance fracassée certes, + charge sourde contre l'économie actuelle, l'officielle, pas l'autre !
  • THE MASTER (2012)
    Note : 14/20
    Brillant techniquement parlant peut-être, quelques fulgurances desservies par des dialogues qui en restent aux petites touches" qui en jettent" et rien de plus, comme s'il fallait ne se fâcher avec personne. Film pas aimable et pas non plus émouvant. Plein de tics de comportements comme pour meubler. En plus du trop plein de bien-pensance dégoulinante étasunienne derrière les situations ! Vraiment rien à en tirer si ce n'est une espèce d'enchaînement de deux hommes, ce à quoi on arrive à force se frotter l'un à l'autre faute de perspectives. Même fatras global que "Magnolia" dont on pouvait déplorer la pesante démonstration mais jubiler en seconde partie pour cause de "point sur les i"... Ici on s'embourbe toujours plus (pauvre Joaquin Phenix en type tordu, pitoyable Philip Seymour Hoffman en prêcheur autocrate !). Défilent tous les côtés "crades" du puritanisme américain du nord... Ce qui froisse est la totale opacité du point de vue du réalisateur. Complaisance ? Vacuité ? Bien la peine d'employer un tandem de cette trempe pour un numéro aussi fadasse.
  • LA TÊTE EN L'AIR (2011)
    Note : 16/20
    Projeté au Festival Espagnol de Nantes 2012. Un banquier refusant un prêt que l'image change en vieux gâteux refusant de manger sa soupe. Et pan, bon pour la maison de retraite ! Là où finissent les atteints d'Alzheimer, le pensionnaire Emilio anticipe tout en privilégiant son présent, scène équivoque de la piscine et doutes sur l'honnêteté de Miguel, le compagnon de chambre débrouillard. Le style est en tous poins fidèle à la bande dessinée de Paco Roca, mise en scène efficace, pour les connaisseurs en animation peut-être un peu trop simple ? Cela se laisse regarder, le sujet est à prendre avec des pincettes... C'est suffisamment expressif, joli, les angles variés, les dialogues à la hauteur du sujet de fond, lequel s'avère traité avec délicatesse malgré plusieurs flèches à l'intention de ceux qui certes s'occupent de leurs hôtes mais en imposant leurs rites. Un genre de liberté surveillée tant qu'on ne perd pas trop la boule. Car passé un cap, une mystérieuse chape est mise. Consolation, l'équité absente la vie durant est enfin à l'honneur... Les parachutés en maison de repos revoient le temps de leurs premières classes quand il fallait parmi les autres trouver sa place. Au prix de renoncer à tout repère de la vie d'avant, et cela quels que soient grade et pécule. Tout cela est parfaitement distillé, avec un Miguel sans attaches qui, de gros malin, s'adoucit plus la maladie d'Emilio gagne. L'objectif est atteint. N'importe quel spectateur peut sentir le progressif passage de la vie au néant sans être choqué.
  • ESPAGNOLS ! (2010)
    Note : 16/20
    Festival espagnol Nantes 2012. La voix-off du réalisateur Carlos Iglesias rappelle cette décision des pouvoir espagnols républicains (juste après Guernica) d'éloigner 30 000 enfants du territoire, dont 3 000 gagnèrent la Russie qui devait alors entrer en guerre contre les nazis, ce qui n'était pas du tout prévu... Le commissaire communiste et l'ex-aristocrate incarnent, après une altercation de principe, le juste milieu, honni quand le patriotisme refait surface et pourtant le seul apte à contenir les extrêmes. On suit donc ce train traversant les étendues neigeuses, le petit groupe avec les inévitables rapports de force et puis la faim qui fait courir des risques... En dehors de quelques haussements de ton, de plusieurs jolies scènes aussi (l'accueil réjoui après pourparlers, la singerie de marivaudage des trois jeunes, cette cigarette allumée par terre !), on se détache volontiers de ce convoi toujours plus effiloché pour se pencher sur les rescapés qui tentent le retour en dépit du franquisme... Les affres météorologiques rencontrées au tournage en Suisse feraient presque autant compatir que le sort des petits déplacés avec leurs guides dans les imprévus de la Seconde Guerre. Facture linéaire, style réaliste. Les échanges verbaux du groupe partent bien, attention à les capter vite sous la traduction allemande en bas de l'écran. Tout cela s'essouffle dans l'errance au milieu de nulle part. Dommage que l'émotion bien amorcée se raréfie... Instructif, infiniment respectable mais... classique comme un cours d'histoire !
  • BLANCANIEVES (2012)
    Note : 19/20
    Comme l'industrie cinématographique produit une quantité astronomique de films chaque année, rien n'oblige à rapprocher celui-ci de "The Artist" ni même à anticiper côté oscarisation 2013... Ce muet noir et blanc de 2012 librement adapté du conte de Grimm remanié par Perrault, peut embarquer par la seule force qui s'en dégage. D'emblée, le traitement s'avère ultra-sophistiqué sur des thèmes ultra-simples. Naissance/mort, servage/cupidité, paralysie/mobilité, normalité/nanisme.... En prime, la corrida burlesque et en contrepoint une fillette sexy flanquée de sa mascotte, un coq, il rend végétarien au moins sur le moment. Des grincements réguliers... Le principe de plaisir des années Vingt est néanmoins présent, la finesse, l'espièglerie. On se croit par instants chez les meilleurs muets de Lubitsch, ou chez Chaplin pour l'aspect moral. Les rationalistes regrettent que "ça parte dans tous les sens", les puristes sont affligés qu'on ait osé (quelle insolente liberté !) et les amateurs d'action pour l'action ont un avis mitigé... Le "point de vue de l'auteur" serait trop dilué au fil des séquences ?... Vrai que c'est tellement bien ficelé qu'on en reste... muet ! Marginalité et liberté se confondent et puis voilà... Etonnante dernière partie, le sursaut et cette larme d'impuissance ! Si l'expressivité des personnages en plus de la minutie picturale et sonore captivent, l'oeuvre rejoint la bande dessinée contemporaine, on se f... de tout le reste, seul importe le regard particulier de Pablo Berger sur les contes de notre jeunesse, j'en redemande !
  • BONNE ANNEE GRAND-MERE ! (2011)
    Note : 18/20
    Maritxu ! Découvert ce merveilleux film au festival espagnol nantais 2012. Franchement, pourvu qu'il rafle le prix Fondation Borau Opera Prima ! Maritxu ! Un prénom repérable crié d'une pièce à l'autre et fifille qui obtempère alors que son époux trouve qu'elle s'esquinte. Ce film familial traite du sort des anciens en fin de course, comment s'arrange-t-on de devoir soudain être assistée après tant d'années de don de soi ? Moitié Tatie Danielle avec des béatitudes à la Harpo Marx suivies d'une forme d'autisme, la dénommée Mari n'est jamais à court de gags, pire qu'un apprenti marcheur découvrant la maison, car même la nuit... Ce n'est pas pour rien que le symbole des scènes de chasse revient en boucle... Ils changent tous progressivement, ces enfants et petits-enfants. Autour de la vieille au petit pas chaloupé, les trajets voiture occupent une large place avec ce bébé sur les bras et un garçonnet qui cause d'homme à homme, la vérité sort de la bouche des enfants. Vrai, c'est lui qui fait avancer le film ! On traque chaque suite de plans en accéléré, sûr de rire un bon coup lors de la prochaine vacherie de la vieille coriace... Et puis subrepticement, virage à 180 degrés vers plus grave, une ambiguïté qui fait l'effet d'une claque après caresse dans le sens du poil... A la mamie inoxydable s'ajoute une concurrente, comme le temps passe !
  • N'AIE PAS PEUR (2011)
    Note : 16/20
    En compétition pour plusieurs prix au festival espagnol de Nantes édition 2012. A nouveau le thème de l'enfance saccagée par des adultes en pleine confusion mentale. L'an dernier, c'était "Elisa K" amnésique, cette année Silvia qui somatise. Elle est flanquée d'une mère aussi navrante que papa qui joue à on se regarde dans les yeux le plus longtemps possible, brrr ! Le film martèle l'indicible de rigueur dans ce milieu où la douleur s'anesthésie, où bouder s'apparente à une faute de goût, une chape sur tout ce qui peut demander réflexion, des demi-mesures tacites qui font perdurer le malaise. L'introduction montre la petite toute enjouée entre papa et maman. La promenade se solde en yeux largement ouverts sur un canapé. S'intercalent des témoignages d'autres victimes une fois adultes... Michelle Jenner joue parfaitement sa partition, renversée volontaire sur la chaussée pour extirper son poids et être secourue par une fée soignante. La faiblesse de la démonstration (ou sa force pour les très bcbg ?) est que le propos finit par se placer prudemment "en creux" (peur de froisser la sacro-sainte dentisterie ?). Le spectateur déduit beaucoup, laissé en plan comme un vulgaire analysé. Et Silvia a souvent moins de 25 ans dans l'histoire !
  • PAPADOPOULOS AND SONS (2012)
    Note : 13/20
    Univerciné Britannique Nantes 2013. A nouveau cette école du lisse caractéristique des téléfilms et de la pub ! La crise, la crise, langage de la bonne presse. Veuf millionnaire déchu et blonde business woman, enfant binoclard complice du tonton de retour, on les voit venir à des kilomètres... Bande-son et caméra omniprésente dans les coins et recoins, action mastiquée, aucune place pour l'imagination. Parfois un petit rire, "se faire plaisir", la philosophie des temps présents. C'est quand même une suite de figures imposées une nouvelle fois, tendance lourde du cinéma britannique contemporain ?... Des acteurs principaux très mannequins par rapport aux rôles secondaires mieux campés. Beaucoup de balayages de caméra, des gros plans hyper expressifs, avant d'en arriver à la voiture au milieu de rien avec les deux frères, le must du film. Suivi du "hello goodbye" hospitalier, assez étrange... Deux séquences qu'on croirait extirpées d'un film plus abouti. Car en dehors des infos bancaires, immobilières très accessibles à toute la famille, l'agitation et les questions pratiques font un ronron bavard, meublent. Débarquent pêle-mêle le son cristallin de la musique apparentée à Théodorakis, l'album photo, le renoncement au kébab, les danses issues de l'actualité réelle. Tous se voulant l'hommage britannique au peuple grec ou autres sacrifiés de la finance. Le glamour en moins peut-être !
  • PLEURE, Ô MON PAYS BIEN-AIMÉ (1951)
    Note : 15/20
    Découvert aux Trois Continents Nantais 2013. Grand classique des fifties offrant à cogiter avec le cas de conscience qu'il pose. C'est certes convenu côté forme, on peut s'ennuyer un peu tout en étant admiratif des cadrages, se dire que "pour l'époque" c'était de l'excellent cinéma. Très moralisateur. Au moins une histoire qui respecte le livre d'Alan Paton, les bons et les mauvais campés comme il se doit (admirables révérends !). Le plaisir de voir Sidney Poitier et Canada Lee ensemble à l'écran dans des rôles complémentaires. En situation politique troublée (début de l'Apartheid), un jeune transgresse, forçant son pasteur de père à une situation inextricable. Un déroulement où protagoniste et antagoniste en prennent pour leur grade. Toujours sur fond de discrimination et coups du sort, la foi occupe une place honorable sans plus dans ce film à portée universelle. On est instruit du plus important, ce que la misère à son point culminant finit par faire des individus.
  • A ALEGRIA (2010)
    Note : 13/20
    Projeté aux Trois Continents Nantais 2013. L'idée de fond séduit. Affiche et bande-annonce attirantes, toujours précieux quand une bande de jeunes décide de créer pour faire passer sa colère. Sauf que c'est un peu "tiré par les cheveux" côté déroulement de l'histoire ! Il y a bien quelques bons moments si on parvient à se dédoubler, à entrer dans les jeux de rôles aidant à faire passer les croyances. Mais à aucun moment, ce fantôme qui débarque parmi des ados ne déclenche d'émotion. Bien trop fumeux à moins de s'enliser dans le retour des croyances actuelles, chloroforme des sociétés en récession... Belle réussite des masques à l'écran toutefois, le fantôme animal sur la plage a beaucoup de g..., fait un instant s'évader du frelaté global. Quoique la conclusion rachète un peu l'impression brouillonne par son sursaut de vitalité, je reste décidément sceptique sur un partage possible avec des spectateurs de cette manière détournée d'encaisser les violences existentielles. Ou alors traité plus finement.
  • LA ROUILLE (2011)
    Note : 18/20
    Découvert à Univerciné Nantes 2012. Dans l'Italie d'aujourd'hui, des immigrés, un notable (téméraire Filippo Timi !). La façon dont c'est traité fait songer à Barbe Bleue, Le Petit Poucet, La Petite Fille aux Allumettes. Possible d'aller jusqu'à Dracula si l'on compatit pour ce raide toubib qui, de chanteur d'opéra doucereux, dès qu'il prend sa voiture, peut virer ogre remonté avec une clé. Un grand distrait dès qu'il reste longtemps à l'air libre (scène des enfants spectateurs au ras du comique !). On navigue entre grotesque et démoniaque sans qu'aucune scène ne révulse, à part la gêne éprouvée pour l'individu qui déjante... En parallèle, cette zone rouillée loin des HLM fait l'effet d'un terrain de jeux s'il n'y avait cette terreur ambiante. La visite sur toute sa surface et dans les tréfonds alterne avec plusieurs comportements adultes et leur impact. Le jeu qui dégénère jusqu'à faire peur (Stefano Accorsi), la constante réprimande, on a droit à toute la gamme de la responsabilité parentale. La lumière poussiéreuse des premiers plans faisait craindre l'installation dans le morbide, d'autant qu'il y a quand même des meurtres... On reste pourtant en pleine sensorialité enfantine, bruitages métalliques, passage du jour au noir complet. Quelques lenteurs mais en tous points esthétique. L'issue assurée par les enfants ne lasse pas non plus de réjouir. Tout comme cette prof d'arts plastiques rivant son clou à un collègue normatif (magnifique Valeria Solarino !), un très grand moment !
  • UNE JOURNÉE À ROME (2012)
    Note : 16/20
    Programmé à Univerciné Cycle Italien Nantes 2013. On sent bien que la fille de Luigi Comencini en connaît un rayon au plan technique. L'atmosphère est bien créée, avec des gags qui pimentent, un couple d'une plastique assez convaincante pour qu'on salive bien à les voir se mesurer, le féminin se taillant la part du lion. Le scénario fait longtemps léger en revanche, la drague qui monte qui monte se voit à des kilomètres, le problème est que se cantonner dans les fanfreluches et les minauderies ça demande une cervelle d'oiseau s'il n'y a rien d'autre... A mi-chemin on commence à craindre que l'idylle s'enlise, pitié quelque drame plutôt qu'une liaison banale !... L'épaisseur accourt après la robe à 5 000 euros qui voltige, le monologue de la jeune fille allongée sur les marches (très beaux instants). Ce pourrait être le charme d'une impro comme on peut en vivre parfois dans la réalité et qui laisse des souvenirs impérissables s'il n'y avait cette redescente vers les immeubles où Gina retrouve sa mère. Et là, un ange passe... La manière de s'attarder sur les apparences pour mieux amener du sordide rappellerait assez le style de Sofia Coppola, autre fille de réalisateur... Comme Cendrillon qui voit son carrosse se changer en citrouille, toute la démonstration de cette journée en roue libre (et qui a le tort de balader un peu trop les spectateurs) se mue en désespoir de la jeunesse italienne contemporaine, empoisonnée par les frasques du Cavaliere, de la Camorra en plus des décisions à l'échelle européenne et de la mondialisation.
  • HAVING YOU (2013)
    Note : 14/20
    Univerciné Britannique 2013 Nantes. On dirait un téléfilm bien ficelé, distribution ultra lisse, le terme "amazing" prononcé avec gourmandise, niaiseries autour du mariage, léger surjeu des acteurs, la bague dans son écrin, n'en jetez plus... Photo et cadrages variés, complets autant qu'irréprochables. De deux choses l'une, cela respire l'élève appliqué... ou bien c'est pour mieux nous faire tomber de l'armoire ! Comme c'est bien fait côté forme, on hésiterait presque à en traiter le fond... Pourtant, piétiner entre atermoiements du protagoniste et minauderies de son entourage peut gonfler, pressuriser. C'est ne voir qu'un seul aspect de la situation... Tarde cette scène cruciale de la mère et l'enfant par exemple, un peu trop. On se résoud certes aux accidents de la vie, on s'incline le mouchoir prêt à moins d'être un monstre. Justement, m'indispose cette manière de forcer le spectateur à adhérer. D'autant que surfer sur le compassionnel en laissant tomber un personnage fait un peu règlement de comptes... à bon compte. D'accord pour l'enfant qui représente l'avenir en marche, mais que devient le vieux père, ce grincheux impardonnable dont la souffrance est passée à la trappe, c'est sans doute la question à éviter.
  • LES SOLDATS DE SALAMINE (2003)
    Note : 15/20
    Projeté au Festival Espagnol nantais 2012. C'est assez laborieux d'entrer dans ce récit inspiré de la nouvelle de Javier Cercas (Actes Sud). Parce que le fil conducteur qu'est la romancière-journaliste déconcerte... On sent la volonté de rendre accessible, charnel, d'apporter de l'assimilable à destination de la jeunesse qui "zappe" si facilement. Résultat, une dérive qui vire au délayage... Le jeu de séduction entre les deux jeunes femmes figure un angle hédoniste marqué de la société contemporaine espagnole, soit. Que la demoiselle reste de marbre face à ses rencontres dérisoires par rapport à son sujet, soit. Sensibiliser le spectateur le plus récalcitrant afin qu'un fasciste en sale posture puisse l'émouvoir demande certes des gants... Pari tenu ! Elle se fait désirer la séquence d'une beauté qu'on sent à couper le souffle ! Autre diversion longue durée, le périple vers Dijon. Des à-côtés aidant à accepter les paradoxes gênants de l'histoire, ceux-là même que les enseignants hispaniques ont eu longtemps ordre de taire. Dommage que ces excès fatiguent au détriment des archives et des reconstitutions. Quelques coupures et on avait un chef-d'oeuvre ! Exceptionnelle chanson sous la pluie, soldat qui tourne sur lui-même, ces deux regards rivés l'un à l'autre après le summum de l'horreur, merveilleux ralenti, de quoi rêver de la bonté faite homme !
  • LES EQUILIBRISTES (2012)
    Note : 16/20
    Projeté à Univerciné Italien Nantes Edition 2013. Quand Madame ne pardonne pas à Monsieur de l'avoir cocufiée, que la débâcle économique s'y rajoute, avec l'impossibilité de se loger, le cumul de boulots, le film semble conseiller de faire un choix radical plutôt que de se laisser glisser... Ce sont surtout les enfants qui paient le prix fort de ce dérapage d'un soir sanctionné par un divorce à l'amiable avec double pension alimentaire qu'on suppose exorbitante (tout est basé sur l'adhésion sans réserve du spectateur sauf qu' il manque des détails chiffrés pour qu'on y voie clair). Ivano de Matteo épargne la mère soucieuse de récupérer en dignité (apparemment, elle ne travaille pas). Par contre, il charge le père tenu de payer, payer et qui ne réagit plus à quoi que ce soit en fait parce qu'il déprime. Qu'ils aient des crédits sur le dos, admettons. Toutefois, ne plus pouvoir rien financer en cumulant les jobs laisse dubitatif. On se dit que sans le décrochage du mari, le couple se serait de toute façon retrouvé endetté jusqu'au cou... Giulio ne dépense quasiment rien pour lui-même une fois déconnecté de son foyer ! J'avoue avoir davantage pensé au sort des populations grecques actuelles qu'à celui des Italiens et des Français qui, sauf précarité extrême, parviennent tant qu'ils n'ont pas de loyer à payer, à vivre vaille que vaille de leurs emplois mis bout à bout.
  • BENDING THE RULES (2013)
    Note : 19/20
    19,5/20 : Découvert "BENDING THE RULES", Prix du Public aux Trois Continents nantais 2013. Trop peu récompensé !...Car c'est une oeuvre aboutie, finement construite, cadeau aux spectateurs qui ont là, en plus d'un saut dans l'Iran actuel, matière à cogiter comme s'ils étaient ensuite conviés à un débat... Prenant le spectateur par la main, la caméra groupe une situation à celle d'après, ce qui donne des plans-séquences très productifs, avec cette habileté iranienne de présenter deux actions à la fois. L'oreille rivée à un dialogue pendant que l'écran grouille de la circulation automobile. Alors, aujourd'hui, dans un pays majoritairement jeune, comment "sortir du pays" au prétexte d'une pièce de théâtre ? Quel est le prix de la transgression en Iran ? Behnam Behzadi pose la question et la traite. Les apparences de la liberté sont là. Trompeuses. L'art laisserait croire aux libertés d'action tout court si ne planait ce suicide manqué, la crainte d'une récidive. Les personnages sont avant tout des copains, ils ressemblent aux occidentaux dans leur parler, leurs échanges, mêmes attirances, mêmes causes d'agacement. Le réalisateur-conseilleur-arbitre, personnage le plus mûr, le plus attachant du lot rejoint souvent les jeunes filles aux voiles "fashionable", jamais austères, il laisse ses acteurs délirer en buvant leurs bières car c'est lui qui porte le film et surveille la porte. Celle par où les adultes peuvent venir. Quand le père veuf débarque flanqué d'un oncle falot, il fait bigrement peur... Un film en tous points délectable, instructif, vivement la sortie officielle en France et le dvd !
  • LA VOIX ENDORMIE (2011)
    Note : 17/20
    A remporté le Prix du Public au Festival espagnol de Nantes 2012. Directement inspiré d'une fiction de Dulce Chacon (allergique aux paillettes et morte d'un cancer à 49 ans). Le réalisateur scénariste Benito Zambrano reprend fidèlement les personnages créés à partir de témoignages réels de femmes persécutées au début du franquisme. Pour la plupart échouées dans des geôles crasseuses, avec pelotons d'exécution réguliers, rites bigots empreints du sadisme qu'encourage le pouvoir absolu... Traitées facilement de "putes communistes" par des fascistes de mèche avec leur avocat commis d'office, l'issue est connue d'avance... La plus raffinée des épreuves semble être d'accoucher et d'être passée par les armes peu de temps après. Le marivaudage entre deux jeunes apporte un soupçon d'humour, ce qui change un peu des torrents de larmes versées parce que pas moyen de faire autrement... Un aperçu de population muselée juste après la seconde guerre mondiale déjà éprouvante. Quand on pense que la poigne de Franco - qui fait penser à la folie bureaucratique de l'autre extrême ! - s'exerça jusqu'en... 1975 ! Ce film terrible relate une page d'histoire de l'Espagne de manière frontale, sans doute était-il possible de couper certains plans très tire-larmes... C'est l'enfer à l'état pur. Quelques belles âmes que la mort de proches a gardé humains sortent du lot de zombies, cette garde-chiourme par exemple. Sans elle le film serait intenable. On est forcé de songer à ceux et celles qui attendent dans les couloirs de la mort d'aujourd'hui, en 2012. Sans opérer de scabreux parallèles avec notre présent, s'imprégner, grâce à ce film, des faits actuels et passés afin de rester lucide et voter pour ce qui se montre le moins toxique ne saurait nuire !
  • LA VILLE IDÉALE (2012)
    Note : 15/20
    Projeté à Univerciné Italien Nantes 2013. Les applaudissements (avant projection) dans la salle du Katorza de l'acteur sympathique du brillant "Nos meilleures années", une célébrité dans son pays, étaient pleins de promesses, assez pour embarquer sans résistance dans son labyrinthe kafkaïen. Or, à moins de cultiver ces ambiances du "tous pourris", de se contenter des réparties entre les oppresseurs et l'écolo ridicule tant le trait est forcé, on reste dubitatif... Voire carrément en rase campagne passé une heure. Domine cette belle dame perchée sur ses chaussures compensées, plus grande que celui qui la vénère. Le genre mannequin géant cher aux petits hommes de notre monde politico-financier, aussi majestueuse qu'une grande rose posée dans un vase fuselé ou allongée pour que le public se rince l'oeil. Hormis cette présence surréaliste, c'est une suite de bévues virant à la noirceur épaisse. Encore l'acceptation de l'apocalypse en marche, celle-là même dont l'actualité nous abreuve au quotidien. Quelques jours après persiste l'impression d'un dédale inextricable, sans point de vue de l'auteur... Même l'écologie vire à la fumisterie, on est donc désespéré, sans autre perspective que faire avec l'absurde. Un monde en représentation, d'où toute recherche de sens serait vaine. Des moments cocasses, quelques bonnes réparties peuvent aider à tenir et gommer un peu l'impression d'aimer par respect pour une première oeuvre de la part d'un acteur attachant (par ailleurs) plus que par réelle conviction.
  • TEL PERE, TEL FILS (2013)
    Note : 18/20
    Suivre une démonstration cinématographique sans en croire un traître mot. Simplement parce qu'elle est de très grande qualité. C'est le cas ici où il semble impossible, dans la vie réelle, que même suite à la bévue d'une soignante, deux enfants de cet âge puissent être échangés... En le considérant comme pure fantaisie de cinéaste, on a tout loisir d'apprécier le filmage des bambins et de leurs parents mis à l'épreuve. C'est magnifiquement mené, à bonne distance et avec humour. On glisse du papa le plus joueur au superman boudeur ou père des temps présents, ou clone de père, comme on voudra, le plus feinté de tous à mon humble avis... J'ai trouvé les contextes familiaux par trop inégaux (l'enfant unique parachuté avec d'autres enfants en bas âge y trouve forcément son compte alors que le petit ribouldingue chez le couple très comme il faut, hum, adaptation de surface)... Restent les mères, virant jumelles à l'écran, deux rusées dans leur manière d'avancer les pions... Etrange chassé-croisé familial tel qu'il est, improbable à moins de bascule totale des institutions dans la déraison au motif que "le sang c'est le sang"... En élargissant le propos à la société entière hors de cette question, le film peut ouvrir débat.
  • ALI A LES YEUX BLEUS (2012)
    Note : 16/20
    16,5/20 : Remarqué à l'Univerciné Italien nantais 2013 pour sa personnalité. Les contradictions adolescentes sont ravageuses quand s'y ajoute l'obligation identitaire. Ainsi même si l'on naît à Rome de parents égyptiens, il faut faire des choix en tenant compte de l'islam. Ce film l'explique à travers des situations simples où le tiraillement affleure sans cesse. On comprend la difficulté que crée la souplesse de moeurs du pays d'adoption comparée à la bride que sont les valeurs familiales traditionnelles (être renié = impensable). Ils paraissent plus que seize ans les deux copains, Nader l'oiseau sur la branche, fascinant avec son regard bleu lavande et ses allures sensuelles, Stefano le Romain libre d'entraves religieuses, g... butée, volonté franche de s'affirmer, un tantinet mauvaise graine a priori, qui l'entraîne dans la débrouille... Le titre laconique "Ali les yeux bleus" se réclame du poème "Prophétie" de Pier Paolo Pasolini afin d'illustrer discrètement le printemps arabe... Au moins, Claudio Giovannesi prend-il discrètement position en exposant les différents angles qu'il entend décrire. Chaque étape amène le déclic permettant de se mettre à la place des personnages lors des crises (tristesse pour le spectateur médusé que les lentilles teintées nimbant de mystère le regard de Nader soient finalement sacrifiées à l'image, banalisant le personnage en dernière partie !). Les parents, les copains, Brigitte... L'islam semble loin de leurs préoccupations globales au quotidien, voire incompatible... A moins que Stefano, qui lorgne une pudique jeune fille à la chevelure engageante, la serre d'un peu trop près... L'escalade de violence est inévitable.
  • LES ADIEUX À LA REINE (2011)
    Note : 17/20
    Réserves faites sur la vérité historique (où est donc passé le séduisant Conte de Fersen ?), c'est un magnifique condensé des paillettes d'un pouvoir avant la chute. Trois jours pour rester ou fuir... En creux, la masse populaire, ce monstre... Pas de sang, pas de violence frontale. Juste quelques fioritures peu productives, les piqûres de moustique, la pendule... Il est contagieux le pas heurté de cette lectrice imaginaire dans le labyrinthe où elle retrouve, outre ses pareilles, les privilégiés désormais en alerte. On la suit, on tombe avec elle et on se relève aussi. Le château intérieur et extérieur est ainsi arpenté, l'occasion de cadrages d'un rare raffinement. Alors c'est vrai qu'il y a cette liste qui crée le choc. Cause le froissement bien sonore des étoffes lors d'une entrevue collective avec sa majesté. Dommage que les conversations des actrices les plus jeunes soient à l'inverse devinées plus qu'entendues nettement... Les sautes d'humeur de Marie-Antoinette comme les signes que se font en catimini ces dames dans son dos compensent cette lacune (les petites taches de lumière disséminées dans les intérieurs d'un visage à l'autre ou les plans bleutés qui prennent la relève sont pur délice). Quelques flâneries en robe de poupée le long des plans d'eau pour la postérité.Très revigorant à l'image... Un film à oscars que ce Versailles flamboyant, exportable sans difficulté. Le plus est vraiment le fond du film, ce drame qui parle à notre quotidien : milliardaires repus, hiérarchie rempart, flexibilité sans limite... Jusqu'à quand ?
  • I WISH (NOS VOEUX SECRETS) (2011)
    Note : 16/20
    Un divorce et deux frères qui se côtoyaient chaque jour communiquent par portable. Par petites touches musicales et sautillements d'un lieu à l'autre, on met du temps à les différencier... Le mot "audit" dans la bouche du piaffant Ryunosuke sonne bizarrement adulte, son trajet scolaire laisse à penser qu'il est mieux loti que son frère Koichi, gros poupon qui cultive aussi l'adulte en lui, sidéré de vivre au ras d'un volcan qui dépose des cendres sur le linge... Il est impossible d'éviter le rapprochement avec plus invisible, inodore, incolore et bien contemporain au Japon mais si anxiogène qu'on restera sur les papouilles, la complicité des grands-parents venant au secours des géniteurs séparés, ce père laxiste bon copain, cette mère attentionnée faisant partie du décor sans plus... De charmants ébats physiques dont cette longue galopade vers les deux trains à grande vitesse et les voeux crachés au vent qui libèrent d'un futur demandant des pirouettes toujours plus nombreuses. Hirokazu Kore-Eda s'oblige à rester gracieux, prend tout son temps pour enliser les spectateurs (ou les censeurs ?) dans la fraîcheur de l'enfance jusqu'au cou. Las, derrière les gâteaux au goût incertain, se profile l'archipel aux remuantes plaques tectoniques, le marasme socio-économique international, le spectre nucléaire tant passé que récent.
  • A LONG WAY FROM HOME (2013)
    Note : 19/20
    Univerciné Britannique Nantes 2013. Sous des dehors qu'on pourrait croire téléphonés, le traitement est d'un raffinement rare. C'est à la fois bon enfant, pétillant et profond. D'abord la ville de Nîmes, un personnage à elle toute seule, les habitudes du couple (qu'on peut pressentir inutiles, planplan...) alors qu'elles offrent l'occasion d'amener la jeune fille qui met le feu aux poudres. Blonde, fraîche, directe et... intelligente ! L'actrice Natalie Dormer campe à la perfection l'étincelante intruse donnant des suées à tous ceux qui l'approchent... Ensuite cela n'arrête plus, en ménageant une distribution des sentiments aussi équitable que surprenante. On se croirait chez un cinéaste argentin contemporain côté regard. Tout est explicite mais jamais lourd, du charme (l'allure de jeune homme un peu à part qu'est devenu Joseph, le mouvement du pied féminin dans la piscine). Avec en permanence des traits d'humour (le chapeau !), des acteurs bluffants, cette photographie d'une luminosité renversante, ça et là une scène plus intimiste qui en dit long. L'exposition de deux couples, l'un patiné et l'autre comme oiseau sur la branche, desquels se dégage une philosophie, un réalisme dans quoi notre époque déboussolée pourra puiser. Comme cela fait du bien en 2013 de voir un film joli, raffiné à tous points de vue et qui "sonne" vrai !
  • OS INQUILINOS (2009)
    Note : 19/20
    Découvert "Os Inquilinos", documentaire-fiction de Sergio Bianchi datant de 2009 projeté aux Trois Continents Nantais 2013. Une perle rare ! C'est comme si on s'invitait dans la petite famille et son turbulent voisinage. On est placé entre parents et enfants se préparant le matin ou peinant à dormir la nuit, identifiés jusqu'à l'os. Chaque plan dégusté, les dialogues intégrés, les silences ingurgités. Tour à tour grinçant, charmant, d'une profondeur rare. D'une bienveillance de fond qu'on décèle lors du délicieux glissement entre réalité et rêve, souvent endossé par le chien, personnage crucial. On sent le vrai talent de metteur en scène et de conteur derrière ce travail de composition. Un thriller intelligent, de l'action, des montées d'adrénaline, rien qui puisse faire bâiller. Les personnages, mi-victimes mi-espions les uns des autres, sortent de leurs gongs, vous remuent en donnant l'impression d'une presque norme entre voisins (et pas qu'au Brésil !) depuis la production du film en 2009. Cadeau suprême, comme pour moucher le cinéma d'Amérique Latine contemporain qui dit l'extrême cruauté et laisse en plan de manière grossière, "Os Inquilinos" fait qu'au lieu de sortir de la salle anéanti par l'escalade de violence, le spectateur qui en a pourtant pris plein les mirettes s'estime chouchouté.
  • LE FUSIL DE LALA (2008)
    Note : 18/20
    Découvert au Cycle "Reflets du Cinéma Chinois" édition 2012 Cinématographe nantais (bande-annonce Lala's Song ou Gun Lala de Qiang sur You Tube). Ce conte initiatique rend justice aux arbres et invite à discuter de l'âge adulte... Pour ces montagnards rois des cultures étagées (somptueuses !) c'est 15 ans... Des troncs d'arbres sont relayés par des milliers de verticales sur fond de chlorophylle. Tout un savoir-vivre puisé à même la nature et qui ne saurait résulter de peuples bernés par défaut d'instruction ou endoctrinement religieux de tyrans successifs. Ces pacifistes que seraient les Miaos, à tradition exclusivement orale, semblent avoir échappé aux guérillas qui instillent la rage de posséder toujours plus... Peu de mots, des gestes éloquents, des démonstrations brèves. Pas l'ombre d'un rituel guerrier, pas d'arts martiaux dans ces chants et danses utilitaires tout en étant divertissantes. Le regard, les dialogues, les non dits coulent de source, rappelant les croyances indiennes ou inuits en beaucoup plus limpide. Aucune trace de féodalité à part la notion d'ordre. L'important est ce soin régulier à entretenir le lien entre âmes appelées à disparaître et âmes à venir... Livrés à eux-mêmes en cas de catastrophe, ils manquent d'extincteurs, tout en possédant de fort jolis fusils, en particulier le dernier qu'on croirait cadeau pour princesse désireuse d'apprendre le tir. Dans ce coin de Chine, le jeune mâle peut pleurer un petit peu sans risquer le ridicule... Il peut aussi s'éloigner hors de la communauté pour s'endurcir. De là à se croire autorisé à trimballer quatre fagots dans sa brouette, peut-être pas... En dehors de la poudre (qui sert surtout à tirer en l'air) les apports incontournables de la civilisation s'avèrent être les chaussures de tennis... Le brillant des uniformes masculins, les chignons sur le côté des têtes et les jupes courtes qui se balancent à chaque pas aident à garder en mémoire le message rassurant de l'ensemble. A voir par ceux, grands et petits, qui sont las des joutes entre possédants et possédés !
  • ALCESTE A BICYCLETTE (2012)
    Note : 18/20
    Ce qui frappe c'est le mot de la fin ! Seule une comédie peut aller jusqu'à cette extrémité sans faire lever les boucliers de la bienpensance. C'est léger et profond en même temps. Il y règne la fantaisie propre à une libre interprétation d'un classique. Tout y est recyclé pour que les jeunes générations puissent travailler l'argumentation et les anciennes s'indigner... ou s'amuser. Sous des dehors légers, on mesure l'écart qui se creuse toujours plus entre les chloroformés et ceux, volontairement en retrait, qui refusent (la vasectomie illustre bien le degré de folie auquel on est confronté). Film très sain avec ses balades à vélo, sa rengaine italienne meublant le grand vide entre les êtres, à combler par un quelconque sirop. Mentir mais toujours sauver la face s'avère un engrenage assez périlleux dans ce film. Le misanthrope campe le groupe de récalcitrants à l'alignement ultralibéral qui divise, fausse, lamine d'un bout à l'autre du globe et jusqu'aux plus fortes amitiés... Du coup, même si on n'a pas trop apprécié de l'étudier à l'école, Molière vu sous cet angle donne envie, par la parole ou le geste, de préférer chaque fois que c'est possible une pirouette à un empilement toujours plus important de mensonges à soi et aux autres.
  • HENRI (2013)
    Note : 14/20
    Glissé dans la peau d'un travailleur social plein d'écoute on peut tenir les presque 2 heures. Egalement si l'on a juste survolé le milieu des êtres à "absences répétées". Ceux qui s'estiment hors des dérives mentales décrites vont invoquer la fraternité, le respect de tous, abrités derrière un commode et lâche "ne pas juger". Les soignants adhèrent... ou lèvent les bras au ciel tant les borderline(s), capitalisme sauvage accélérant la cadence, reviennent faire partie du quotidien de tout un chacun. Au bout de l'introduction, oupse, grosse ficelle... que Henri le restaurateur ait une femme du style de Lio, étonnement mais on veut bien.. Qu'ensuite il se rapproche de Rosette, léger malaise à moins d'être en apesanteur ou ramené chez les Deschiens au côté naïf mâtiné d'absurde qui rejoint le divertissement. Par bribes à la télé oui. Non stop ainsi, lourd sur l'estomac. Y manque l'intensité de "Quand la mer monte" auquel le regretté Gilles Porte avait contribué. Côté direction d'acteurs, Jackie Berroyer égal à lui-même, le côté nature de Miss Ming et Pippo Delbono bien net, hélas trop éléphants dans un magasin de porcelaine ! Ensemble plaisant pourtant, sauf qu'on peut rester en retrait parce qu'ils sont trop vite cernés dans leur laborieuse quête l'un de l'autre par simple mimétisme. Les lieux décrits, l'atmosphère, les accents font que la démarche globale s'amorce en cahotant, la dernière partie délivrant l'oxygène. C'est le déroulement des étapes, la façon de placer les outrances qui m'ont personnellement éreintée. Un moyen métrage ou même un court suffirait à pareille démonstration. Et ce malgré l'élan qu'on est nombreux à avoir pour Yolande Moreau et son univers ! Cette fraîcheur de vues qu'elle garde. La prochaine fois, espérons-le ;.
  • LA RELIGIEUSE (2012)
    Note : 17/20
    Donne envie de relire Diderot et de revoir la version de Rivette (1966) pour débattre de la liberté individuelle. Une fois passée la cérémonie à plat ventre avec "bâche" qui peut faire croire à un regard empesé du cinéaste, on découvre qu'il n'en est rien ! Que le sort de la jeune fille dépend étroitement des mères supérieures, la première bienveillante, chloroformante, la seconde narcissique perverse, la troisième bouleversante bien qu'à force de se répandre elle en devienne aussi "frappée" (Isabelle Huppert) ! Bien sûr, Pauline Etienne a l'innocence requise, le refus des compromissions, lui manquerait peut-être un brin de sensualité ?... En parallèle il y a cet appel au secours, cet homme reçu comme devant un confessionnal et retrouvé dans la diligence (pour aller où, le spectateur peut tout imaginer là encore, qui sait ce qu'il peut advenir sous protection masculine :-) !). J'ai bien aimé le soin apporté aux lieux, ce maquillage et cet éclairage a minima, les costumes m'ont parfois surprise (ces carrés blanc bien repassés sur la poitrine, ce tissu bleu de robe de chambre et... on voit les épingles !). Bien qu'attachée au calvaire que vit La Religieuse en question, je trouve qu'il y a un fort écho avec aujourd'hui, après le cocon familial, les études qui illusionnent par rapport au monde du travail avec ses restructurations incessantes. Ainsi malgré moi, bien davantage que le sort de ces pauvres filles, j'ai senti, en creux, le défi que les jeunes générations ont à relever face à l'ultra-libéralisme contemporain toujours plus dévastateur.
  • EN ECOUTANT LE JUGE GARZON (2011)
    Note : 18/20
    Documentaire en noir et blanc découvert au Festival Espagnol de Nantes 2012. Des lignes verticales coupent bizarrement les nez et les mentons des deux hommes attablés avec un verre d'eau chacun, il y a du tabou dans l'air... L'écrivain Manuel Rivas d'emblée séduisant, tout le contraire d' inféodé, jamais mielleux ni cassant. Garzon, avec sa bonne face ouverte et son langage simple d'enseignant conférencier bon père de famille est de surcroît sympathique. Place à l'éthique que les tyrannies n'ont pas et que les affaires n'ont plus. L'exemple du défunt Falcone, un juge italien persécuté de son vivant et qu'une foule nombreuse vint vénérer lors de ses funérailles est invoqué... Terroristes, tyrans, lobbies, tous mis dans le même sac sont dans le viseur de Garzon. Que l'on trouve dans ces entretiens quelque chose d'exclusivement hispanique, la lutte contre le franquisme au mépris de toute diplomatie internationale, ou bien les ravages galopants de la mondialisation qui veulent la fin de l'humanité, une constante émerge : dictature = corruption. Démocratie = l'application des lois, non leur détournement par le délitement de procès... C'est ce que martèle le petit juge menacé à l'époque du tournage et désormais acquitté moyennant de ne plus exercer. Le spectateur identifié à la cause défendue adhère à cette version des faits. Car on dirait deux bons copains qui causent. La forme statique rebuterait sans la jolie pirouette de fin !
  • QUERELLES (2010)
    Note : 18/20
    D'abord du noir complet et des parlotes sous-titrées, hum... Ensuite, la petite voiture filmée comme un jouet sur circuit embarque à grands coups de dialogues sous-titré et un son très feutré. On sent l'apport Kiarostami dans la manière de prendre son temps, de surprendre le regard en apportant des angles inattendus pour d'un coup s'inviter dans l'habitacle du véhicule et ses occupants, ouf, nous y voilà ! Les prises de vue passent des plans généraux très larges au noir d'un capot automobile ou d'un tunnel de train, quel voyage... On est surtout identifié à cet enfant aux allures aristocratiques taxé d'une envie de faire pipi dès qu'un arbre apparaît, quoique le couple fournisse aussi son effet miroir sans problème. Une panne, un pont, des fruits éparpillés... L'angoisse du noir à la pleine lumière, le vent sur la végétation, des chemins de terre étroits à la route qu'on quitte suite à une pulsion du conducteur, des trombes d'eau... Un film iranien, vite éjecté par les autorités contemporaines, se doit de dire sans dire. C'est long et pourtant on s'arrête ou on roule avec ce duo plein de gestes et le petit entre eux qui n'en perd pas une... Les jeunes cerveaux exècrent les chamailleries adultes et les reproduisent à leur tour en ménage. L'Iran, pays à jeunesse largement majoritaire cloué sur son sol démontre l'impasse totale sur ce point, on pense au dernier succès d'Asghar Farhadi au message très proche.
  • THE HAPPY LANDS (2012)
    Note : 19/20
    Univerciné Britannique Nantes 2013. Oeuvre majeure rencontrant compréhensible réticence... Le synopsis rebute si l'on néglige de regarder la vidéo correspondante, laquelle s'avère reconstitution historique des plus agréables à suivre. On n'est jamais déçu lors de la projection tant, au niveau culture générale, c'est d'exceptionnelle qualité. Scénario, son, image, tout accroche et sans baisse de régime. Pour peu que l'on parvienne, à notre époque du "tout numérique et du tout positif" à vouloir apprendre de l'histoire au lieu de se contenter de nos manuels incomplets, des productions littéraires ou cinématographiques édulcorées et autres miroirs aux alouettes. Indispensable sortie du chloroforme... Il s'agit bien de la violence sournoise amenant les aberrations comportementales, l'hystérie collective, les divisions, boucs-émissaires, tout ce qui conduit aux extrémismes et à la barbarie... La spirale à l'origine des pires chaos de l'humanité. Mais traitée objectivement. Regard humaniste derrière la caméra, des moments heureux, cette solidarité non feinte des effondrements, quand les meilleurs du lot s'illustrent. La manière de filmer dans le genre poético-réaliste du réalisateur ménage le public beaucoup plus que notre sordide actualité. Ce pan de l'histoire écossaise (peut-être un peu didactique parfois, c'est là son moindre défaut) entre dans les consciences des spectateurs qui ont pris la peine de s'y pencher en laissant sa marque... Témoignages autour de 1926, quelques bribes d'analyse par des contemporains, un tour complet du sujet, évident parallèle avec notre monde actuel, en quelque sorte une mise en garde !
  • PHILOMENA (2013)
    Note : 18/20
    18,5/20 : Univerciné britannique Nantes 2013. Sacrée petit bout de femme que Philoména sous les traits d'une actrice âgée pleine de répondant, véritable bras d'honneur au glamour, à la chirurgie esthétique. C'est la fête perpétuelle dans cette histoire grinçante et romantique à la fois, sans jamais qu'on dérive flagornerie où clichés. Ainsi, le couple Martin Sixmith et Philoména fonctionne à plein, leur objectif jamais perdu de vue, chacun conscient des abîmes intergénérationnels. Deux tempéraments complémentaires pour une mission funambule, sur fond d'institutions à couvercle plus ou moins hermétique... En chemin, Stephen Frears habille ses personnages de sa verve (réalisateur au mieux de sa forme dans ce film !). La manière de raconter un livre à partir d'un moyen de transport, sans crier gare une ou deux répliques cinglantes, de celles qui émanent des personnes revenues de très loin dans la souffrance intime. On a les yeux qui s'embuent pendant un long cri de douleur, on éclate de rire la séquence suivante... Tout repose sur la pétillance de Judi Dench, "la plus mignonne des petites vieilles du grand écran". Elle donne envie d'avoir son genre de rides (très attirante plastique même filmée en gros plan avec toutes les marques de l'âge), ce naturel, ce timbre de voix aussi, ce phrasé, cette manière d'articuler chaque syllabe, son sens de la répartie en cas d'attaque. Un pur délice... La bonne distance par rapport à l'événement de départ, des prises de vue avec coupures aux bons moments, l'action qui n'arrête pas, font écarquiller les yeux et se dire, ah, comme ils ont dû tous s'amuser pendant le tournage !
  • ONDINE (2009)
    Note : 16/20
    Dès le début, le filet ramenant la sirène avec cette caméra qui balaie large ou se recentre sur la capture, on part dans le fantastique. Et voilà qu'elle vomit cette créature, répond au pêcheur... Crainte de s'orienter vers un scabreux mélange des genres, voire le désastre. Surtout que le filet d'après, cette prise saumonée inédite résultant du chant, déclenche l'hilarité. Là-dessus une petite handicapée, et puis une famille qui sent le soufre, on a décidément peur pour le réalisateur. Ne reste qu'à compter avec le caractère un peu à part du père (Colin Farrel), ce Syracuse, Circus, pour aller plus vite "le clown". Sa marginalité fait qu'on suit la petite pâlichonne (Alison Barry), une pipelette craquante... C'est elle qui inquiète le plus. Du chêne religieux lors des confessions à l'hôpital ou en pleine causerie sur route (joli plan de la petite tête de l'enfant vue de la voiture), on passe aux sauts dans l'eau pour moult raisons. En pleine vie communautaire sur une île de buveurs envahie par toutes sortes de gros poissons. Brillante et brève plongée explicative justifiant le point de départ, l'histoire s'avère plus plausible qu'escompté... Possible d'apprécier à condition de pouvoir alterner l'étrange, le grave et quelques pirouettes de pince-sans-rire. La splendide Alicja Bachleda-Curus aurait gagné à limiter ses vocalises de surface (si plates, si artificielles qu'on se boucherait bien les oreilles) et à les propulser tout de suite vers les profondeurs.
  • WHAT RICHARD DID (2012)
    Note : 16/20
    Il a fait quoi au juste le jeune homme si propre sur lui... dont on relève aussi tout au long du film l'égocentrisme forcené ! L'inquiétude débute avec le besoin d'isolement par rapport au groupe à l'humour potache, le récit de la mort involontaire d'un petit animal à la petite amie... passant de l'hilarité au ravissement et au recul... C'est subtil, équivoque, le vertige réside dans la bande son, les travellings sur le toit des habitations, tous ces allers-retours sur Rich, nombril du film... Un accident oui et non. La jalousie reste quand même le déclic (quels excès ne fait-on pas par jalousie !) et après, la brume collective de l'alcool y est aussi pour quelque chose, or Rich est seul visé... On se dit que sur route en alcoolémie extrême, ces petites absences sont très répandues... Le réalisateur force sur la seule culpabilité du beau petit trop gâté, trop radieux, comme s'il incarnait la perfection que rien ne saurait égratigner... C'est oublier la complexité humaine et aussi que la vie a de ces tours et... chacun son tour ! Très belle séquence avec le père, au faciès sobre d'Eastwood irlandais, la mère restant une ombre fusionnelle ...Le rachat s'avère à la libre appréciation du spectateur tant on nage dans la demi-teinte... Adieu rugby mais plutôt que les menottes, une formule légalisant les jeux un peu "limite" ?... C'est bien mené, attachant grâce à l'interprète principal assez charismatique, mais j'ai davantage cru à "Garage" de Lenny Abrahamson, sorti en 2007.
  • LULU FEMME NUE (2013)
    Note : 18/20
    18,5/20 : Débarquer dans cet entretien d'embauche plus vrai que nature sans avoir lu la bande dessinée d'Etienne Davodeau met tout de suite dans l'ambiance. Lulu représente des milliers, des millions de personnes comptant sur le marché du travail pour sortir de leur carcan personnel. Un acte manqué, manquer son train et c'est l'hôtel, le plaisir d'un lit pour soi rien que soi... En peu de plans, la réalisatrice de "Haut les coeurs" marque sa volonté de s'attacher aux gens ordinaires, les mal fagotés, les ulcérés par les obligations multiples niant leur personne. C'est filmé avec tellement d'élégance que, même si les rencontres font, entre autres films plus récents sur ce thème, penser à "Sans toit ni loi" quelques minutes, on sent qu'il va arriver des bricoles à cette grande fugueuse, mais de là à plonger... Ce serait nier sa gestion instinctive des événements. Emouvante de courage (bien aimé le parallèle entre portable et chien en laisse !), elle erre et croise d'autres "sursauts". Tous d'accord pour passer du seul statut de femme à celui d'individu. Question de volonté, semble affirmer Solveig Anspach, battante de l'est qui a roulé sa bosse. C'est assez grinçant comme ton, d'une fraîcheur inhabituelle mais qui cite Simone de Beauvoir... La violente caricature du conjoint n'empêchera pourtant pas de se questionner sur la durée de l'état de grâce du suivant.
  • LES FEMMES DU BUS 678 (2010)
    Note : 16/20
    On est en territoire arabe où la notion de déshonneur dans la communauté relève du sacré. Récit inspiré de réalités qui ont fait légiférer juste avant la révolution égyptienne. Français et Françaises amputés depuis peu de ce garde-fou en tombent à la renverse après 5 ans de reculs divers... On croit entrer dans un documentaire juste assez romancé pour intriguer. Il y a la modernité des accoutrements féminins mélangée au désir de couvrir son corps, planent d'autres temps plus débridés aujourd'hui révolus... La première partie démarre très alerte, bondissant d'une femme à l'autre, avec les recoupements d'usage, Mohammed Diab serait un fervent d'Innaritu. A mi-parcours, le poids des croyances vient ralentir un peu ces sauts qui fatiguent la vue et le cerveau, soudain ça patinerait presque... Jusqu'à l'expérience personnelle de l'inspecteur, ce père de garçons programmés... C'est faussement anecdotique. Est posée la question du marquage collectif de l'individu qui baigne dans un contexte où la femme passe pour démoniaque par nature, une régression qui donne de l'amertume en sortant de la salle, ça se dissipe ensuite en se remémorant l'issue. On patauge non stop dans cet incroyable retour aux archaïsmes, la guerre des sexes qui sied bien aux économies nourries aux scandales et qui minimisent "les petits accidents du quotidien". Ce que c'est que de voyager debout l'un derrière l'autre avec des mains sans cesse en mouvement ! Messieurs les concepteurs de bus, davantage de places assises s'il vous plaît, même des strapontins, que l'aiguille féminine brandie côte-à-côte ou face-à-face devienne un code social comme un autre !
  • UN BEAU DIMANCHE (2013)
    Note : 13/20
    D'habitude, Nicole Garcia excelle à dérouler une intrigue en d'infinis rebondissements desquels on ressort remué. Son beau dimanche m'apparaît difficile à croire. Des flashs comme cheveux sur la soupe, sans lien, au spectateur de rassembler le puzzle et ce pendant une très très longue mise en place du décor. L'acteur central, le fils de Jean Rochefort, est d'une discrétion terrible même si ensuite on comprend qu'il s'affirme comme sauveur parce qu'il sent que c'est son heure. Sa très plastique partenaire a tout pour apitoyer en même temps qu'elle rince l'oeil. Un peu cliché tout ça... Mais le plus assommant c'est le "care", cet assommant altruisme très comme il faut des classes privilégiées, sûrement pas celles qui vident leur porte-monnaie dans la main des petites mères ados embarquées dans des embrouilles ! En conséquence, si on ne mord pas à l'hameçon, il faut trouver de quoi compenser. Faire avec ce couple bâti sur un fort déséquilibre à la base, ce plan financier sans filet... Se rabattre sur prises de vue exceptionnelles (il y en a), bref, reconnaître la passion de la cinéaste pour son histoire. Ce sont les antagonistes finalement qui offrent alors le meilleur (l'accueil familial mitigé, cette colère du parent à propos de l'héritage), le pilier restant Dominique Sanda, incroyable d'ambivalence... et de présence ! Sûrement la plus digne de cet équivalent "roman photos" de nos grands-mères !
  • LA VIE D'ADÈLE (2012)
    Note : 14/20
    Sans avoir lu la bande dessinée, ce film me laisse convaincue sur le fond et très dubitative sur la forme, plus tout ce qui a pu filtrer des conditions de tournage. Déjà "La graine et le mulet", j'avais trouvé complaisant côté chair, la danseuse du ventre en action pour meubler l'issue me gênait. Toujours le même travers cette fois, on assiste à une joute des corps bien trop longue et trop appuyée pour ce que le récit veut exprimer, cette descente aux enfers des ruptures quand les sens ont trop primé sur la jugeote. On a compris, nul besoin de tant de plans pour libidineux ou détraqués alors qu'il existe des sites dédiés pour se claquer sur les fesses !... Horribles soupirs qu'on croirait des râles d'agonie tant ils auraient mérité d'être couverts par un fond sonore quelconque ! D'un goût douteux aussi cette bouche ouverte aux quatre vents, ce nez qui coule ! Beaucoup trop long ! Et une version encore plus étirée existerait bientôt ? Pitié ! Quelques coupures rehausseraient l'ensemble car pour ce qui est de faire partager les symptômes des différences de classes, le ravin culturel entre les deux demoiselles, la progression de l'intrigue, la reconstruction laborieuse, c'est très bien vu.
  • 80 JOURS (2010)
    Note : 19/20
    Découvert dans le cadre du 21ème festival espagnol de Nantes (2011). Imaginons une amitié féminine adolescente de retour à l'âge où la sexualité et les goûts séparent à nouveau les sexes. La façon de filmer fait descendre au ras de comateux allongés tels des morts. Côté son, une radio à modulation de fréquence instable. Ces dames complices après un petit verre ensemble soudain moitié fâchées... Traditions familiales, difficulté identitaire, il est parfois exclu de composer avec l'aspect charnel et pour des raisons que les mots ne peuvent expliquer. Des dialogues croustillants contournent l'obstacle, avec de savants gros plans sur les rides. Ce double portrait sans concession (toujours habillé) qui donne quelques vapeurs, serait stérile sans la superbe nièce, très affectueuse qui vient mettre son grain de sel au moment où cela démange d'appeler les hommes au secours pour redonner de l'équilibre au film... Un bain imprévu, des scènes de ménage, une filature, quelques larmes, vite séchées, tout l'intime féminin et ses contradictions passés au crible de manière attendrissante. Que ne fait-on pour grappiller un peu de bonheur en dernière ligne droite !
  • GLORIA (2013)
    Note : 17/20
    Redouter de tomber d'une falaise dans les films contemporains d'Amérique Latine peut les faire éviter tant les issues sont sévères. Cet énième portrait féminin appuyant la faillite des repères d'âge balaie cette crainte. On a bien le refuge dans le jeunisme auquel vient s'ajouter l'envie post-dictatures de s'ébrouer. Ni belle ni moche, cette Gloria (piquante Pauline Garcia !) appelle une sonnerie de réveil quelconque. La mue est parfaitement cernée, le phénomène de société, l'ambiance chaotique propre aux crises identitaires, tout y est. C'est un peu envoyé en vrac par moments, mais toujours plaisant car là où le trivial pourrait nuire, Sebastian Lelio devient délicat à l'image, dans les dialogues. Morgue, humour alternent harmonieusement. Ce serait une réussite à cent pour cent sans la pirouette-chanson, avec son seul "il faut en profiter un maximum car les lendemains, n'est ce pas"... Trop aimable invitation à déduire ou à rester suspendu(e) avant de "zapper" plus loin !
  • UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY (2013)
    Note : 19/20
    Alcool, pharmacopée, usure de couple, enfants gênés. Le maître-mot, "se taire c'est mieux". Pas vraiment la fête dans cet endroit ingrat "qui pouvait être laissé aux Indiens" ! Et pourtant, le petit air de country (Eric Clapton en live) offre un écho optimiste chez le spectateur qui peut rapprocher le sujet de "Un conte de Noël" (Despléchin), "Peter's Friends" (Branagh), "Carnage" (Polanski). Les envies et devoirs, brèches, impasses. C'est toujours très bien amené à l'image et au son, aucun ennui dans ce lavage de linge sale où on est voyeur tout à fait consentant. Le scénario patine faussement. Vite compris que c'est pour mieux ménager la stupeur... le rire, même quand c'est triste, comme si la vie, vue de l'extérieur, additionnait les situations loufoques. Arrive ce quart d'heure magique, la prière, faux-semblant alors que la faim tenaille, un supplice qu'on ne souhaite pas à son pire ennemi ! Sur fond de frictions générationnelles (rôles marquants pour Meryl Streep et Julia Roberts !), deux gros secrets de famille assortis d'attitudes trompeuses pour l'auditoire. Et les deuils, ces couperets venant à l'heure qui leur chante. Comme les détails sur les personnages, ce qui rend certains plus attachants que d'autres afin qu'on en revienne quand on sait tout. Un film grinçant mais fraternel sans leçon de morale !
  • DIPLOMATIE (2012)
    Note : 19/20
    19,5/20 : Théâtre filmé, partie d'échecs, pure invention, déjà la pièce de Cyril Gély faisait jaser, alors le film avec son hôtel mythique, ce général von Choltitz (Niels Arestrup) au téléphone, qui tourne et vire... Il faut bien l'observer cependant... Attendre une certaine porte d'où jaillit le Consul de Suède Nordling (André Dussolier) dont on se demande comment il n'a pas été liquidé tout de suite. Les deux en présence, tout change. La mise en scène, l'interprétation, les dialogues, la caméra passe de l'un à l'autre et on se dit que ça va d'abord "chauffer". D'un bord, une montée d'hystérie rendant caricature de soi-même (les soldats !), de l'autre, une tractation surréaliste de prime abord, sauf que ça démange d'y croire. Paris, sa population, ses chats, ses chiens, ses monuments, une ville indestructible (rien n'interdisant de penser à Hiroshima et Nagasaki, ces deux désastres bien réels). Ainsi, le 25 août 1944 parisien se serait limité à un cessez-le-feu, à une décision personnelle d'un général, peu importe puisque les alliés y entraient... L'adaptation cinématographique (comme la pièce) a beau sembler hasardeuse aux spécialistes de l'Histoire, ses personnages croustillants en font un vrai cours. Et puis s'ajoute cette diplomatie, ce qu'on n'aurait pas osé imaginer face aux SS... Autre point fort, l'occasion de méditer sur l'effrayant "les enfants des autres ou les miens" qui reprend du service dans les sociétés en sévère régression !
  • LA PART DES ANGES (2011)
    Note : 18/20
    Trouver comment racheter les "salauds de pauvres" ainsi nommés par les puissants qui détournent les richesses pour les faire fructifier dans des zones intouchables. Voilà en gros le message de Ken Loach inspiré des réalités britanniques (et internationales !) du moment. L'accent est à couper au couteau, ce qui renforce l'authenticité des personnages, quoique le risque qu'ils prennent ensemble puisse semer un léger doute. Le regard reste en même temps assez distancié, Ken Loach s'amuse ferme. Léger dans la forme certes... Ce qui reste en tête après la séance est bien le doux regard du déviant, papa aussi respectable qu'un produit de la finance officiellement propre sur lui. Les situations sont caricaturales. Aucune fausse note dans cette histoire puissante, revigorante comme son whisky. Il y a bien cette pinte qui change de mains, un peu "dégueu"... Nul doute que le réalisateur passé maître dans l'art de ménager les susceptibilités en ralliant par le rire signe là une de ses oeuvres les plus décoiffantes sur le fond !
  • ITALY : LOVE IT OR LIVE IT (2011)
    Note : 17/20
    Découvert ce documentaire de 2011 au Cycle Univerciné Italien de Nantes 2014. L'un des compères pour l'émigration en Allemagne, l'autre restant au pays. C'est entrecoupé d'images d'animation du meilleur effet. On monte, invisible dans la Fiat 500 où le pour et le contre sont débattus en attendant les haltes auprès des populations. Puissantes interviews, des travailleurs pauvres à la vieille garde ! On sent les premiers passablement secoués, les seconds (et surtout secondes !) adeptes de l'austérité (Silvio Berlusconi quitta le pouvoir le 12 novembre 2011). Des harpies favorables à l'entretien des vieux coqs tel que préconisé par le Cavaliere, une seule femme estimant poison mortel cette discutable activité... Le spectateur français, qui parle peut-être un peu moins ou moins fort, quoique..., est à peine dépaysé tellement la tension n'a cessé de monter ces dernières années en détraquant toujours plus corps et surtout cerveaux... En face de quoi les quelques agréments du quotidien (bons plats, café exceptionnel, paysages, oeuvres de renom) paraissent aujourd'hui un trompe-l'oeil... Et même si un homme d'expérience incite à défendre le bastion, à éviter la dilution dans le grand n'importe quoi économique et culturel, on se dit qu'il faut un cran presque surhumain... Gustav Hofer et Luca Ragazzi abordent l'adaptabilité suite aux pertes de repères de ces années-là sans bilan depuis, cela manque.
  • GATSBY LE MAGNIFIQUE (2013)
    Note : 14/20
    Beau beau beau ! Et c... à la fois ! En version originale, un film techniquement de premier ordre (même en 2 D). Qu'on soit hameçonné ou pris par la main tel un enfant prudent. Premier frisson, Leonardo se fait attendre. D'abord de dos, qu'on salive bien... Un truc vieux comme le monde, admettons. On compte sur lui. Qu'on fasse autre chose que "jouer aux autos" dans un décor kitsch ! Un hommage régulier à l'auteur du bouquin relève le niveau, le cinéaste australien y recourt, il y a de l'espoir. Patatras, retour au calcul et verbiage, fond musical plaqué par hasard, clichés de dialogues. Trop de décors léchés, trop de chichis pour singer l'époque, des acteurs en surjeu. Les gueules jamais à contre-emploi pour qu'on soit semé, et tant de bobards de tous côtés ! Résultat, les pointes de réalisme s'effritent en plein vol bien qu'on ait compris qu'en ce temps-là le divorce... Il manque le vécu en dehors des jeux afin qu'on croie ce revenu de guerre aussi sentimental. Foin des plans innombrables qui saturent le regard, bloquent l'imaginaire, véritable gavage de volailles ! Tout se borne à l'apparat, foire aux égos de ces mâles menant le bal, les femmes dans l'ombre de leurs fantasmes. Fidèle au livre sur l'aspect récession des mentalités vers la grotte préhistorique. Une histoire dénuée de la petite touche personnelle apportant quelque perspective autre que l'alignement sans condition... Un conte pour adultes pubères. Les hédonistes, les adeptes de "Roméo et Juliette" et/ou de "Moulin Rouge" seront bâillonnés consentants. Les autres croiront difficilement à ce déluge d'effets.
  • BENVENUTO PRESIDENTE ! (2013)
    Note : 19/20
    Cycle Univerciné de Nantes 2014. Rire aux éclats et envie de partage avec ses voisins spectateurs ! C'est une pirouette, manière d'entrevoir une alternative économique viable, sans glissements vers le sectaire ou le religieux ni le rire gras. Car irrévérencieux mais jamais grossier. Insolent là où il faut. Le décor planté allègrement, on voyage à grands pas, on décolle de son siège, puis un petit flottement, la crainte de s'enliser... A nouveau des mouvements de caméra qui embarquent un peu plus loin dans la pratique ! En prime, un érotisme qui décoiffe (limite ne ferait plus craindre les baffes !), une Janis sortie de ses gonds, une préparation culinaire douteuse. Un pêcheur de truites au pouvoir, des dignitaires partagés, hum... En France on pensera un peu au regretté Coluche, symbole du juste entre les justes bannis par l'ordre moral séculaire. Sortie de la salle de cinéma garantie sur ressorts !
  • ITALIAN MOVIES (2012)
    Note : 15/20
    . Vu dans le cadre Univerciné Italien Nantes 2014. Le climat est très accrocheur avec ces enfants espiègles dès l'introduction, des personnages nombreux, dont l'un à contre-emploi par rapport aux usages (Eriq Ebouaney). Une infinité de contrastes, de l'action, de l'injustice, de la vie. Et puis ça se gâte un peu. En tout cas si on évite les séries télé et les albums photos complaisamment brandis à la vue de tous... Après l'audace fracassante du début, on peut donc languir, déplorer que l'emprunt du matériel de tournage cause autant de diversions meublant plus qu'elles ne produisent. Hormis quelques instants plaisants vite oubliés, reste alors un petit couple filmé avec un soin particulier, chacun dans leur coin ou à deux, symbole de toute la rugosité d'univers interdits de fréquentation... Un homme et une femme attirés mais entravés non stop... en attendant le boomerang des patrons, qui arrive bel et bien !
  • UNE SECONDE FEMME (2012)
    Note : 17/20
    Dès les premiers plans ce qui frappe est l'archaïsme des moeurs qui jure avec les éclats de modernité venus d'occident. En voilà une vendue par les siens même s'ils la pleurent. Objet de curiosité dont sa famille d'adoption explore toutes les facettes, Ayse, bien dressée à l'abnégation par Fatma l'héroïque, justifie son tout petit filet de voix. Le père est doux avec elle, le fils aimable quoique énigmatique... Elle se lâche un peu au supermarché avec lui, les commères s'extasient, la trajectoire est sécurisée. Coquin de sort qui n'a cure de cet agencement entre la Turquie et l'Autriche ! Voici soudain un bébé fille en pleurs, notamment quand sa mamie approche. La tension monte encore, la violence souterraine finit par déborder, on a mal pour eux tous d'être aussi dépersonnalisés... Rien n'était donc gratuit dans ces scènes d'intendance vues par le petit bout de la lorgnette. Les us communautaires gagnent ici, comme souvent, même en zones réputées civilisées, et pourtant Fatma avait d'excellentes raison tout comme son mari... C'est complètement le message contemporain de survie pour la jeunesse dépossédée du travail qui l'emporte ! Place à la new generation dont les intérêts convergent, prévaut l'urgence économique ! On peut comparer ce film qui saccage en sourdine à une plante carnivore.
  • LE FACTEUR HUMAIN (2013)
    Note : 18/20
    Découvert à l'Univerciné Italien de Nantes 2014. Très bien mené, avec des prises de vue éloquentes, cette manière de filmer de dos celui qui s'évertue à arrondir les angles, souvent en vain ! Il faut dire qu'il a un faciès ingrat, une silhouette fuyante, à croire qu'il incarne d'avance celui qui jette l'éponge ! On se dit qu'on ne va pas tenir tout le film avec pareil personnage central. C'est assez bien fait pour qu'on suive malgré soi le malheureux Moncaco, veuf, circonstance aggravante, dans ses tentatives désespérées de récupérer sa fille égarée dans le labyrinthe des sensations fortes. Influençable, en pleine crise identitaire, la jeune fille l'avoue à travers le geste (les boucles d'oreilles !), s'entête dans son double jeu pervers jusqu'à l'aveu final... qui rallie mais sidère ! Alors, que ferions-nous, humains au cuir tendre, que l'expérience des réalités a façonné, face au délabrement moral de la génération du vertige, en quelque sorte perdue et que nous avons pourtant éduquée au mieux ? Comment se positionner quand un être cher se conforme au cynisme ambiant sous peine de rejet de sa tribu prête à toutes les bassesses pour se sentir exister ? Une réalité encore peu divulguée, qui devra se dire au grand jour bientôt tant les dégâts s'accumulent. C'est toute la question que pose ce magnifique portrait d'un solitaire aux prises avec le travail de sape que la modernité, injuriant passé et racines pour ne goûter que le frisson de l'instant, impose aux nouvelles générations.
  • BIENVENUE PARMI NOUS (2011)
    Note : 16/20
    Il arrive que certaines têtes d'affiche offrent l'occasion de rentabiliser un passeport de fête du cinéma... D'abord s'habituer à la facture téléfilm, ces assommants fonds sonores qui polluent. Se faire aussi à la petite nouvelle dont le frais visage débarque en gros plans alors qu'elle passe beaucoup mieux de plain-pied tant elle est expressive (Jeanne Lambert). Boucher et serveur de restaurant ressuscitent les caricatures d'après-guerre, à croire que ce populisme-là a de beaux jours en perspective, il fait rire jaune bien qu'on finisse par adhérer, ils font avancer l'intrigue, comprenez-vous... Le fusil est crucial dans cette mini-thérapie où passe et repasse Miou-Miou et où Jacques Wéber promène sa bonhomie, tous deux aptes à attendre leur homme. Il a comme on dit un peu vite "tout pour être heureux" ce Taillandier qui peste contre lui-même. Son escapade lui redonne certes des profils féminins tout neufs, autre chose que d'éternelles chapeautées vues de dos... A part les lourdeurs de forme tout au long du récit, reconnaissons que Patrick Chesnais vaut encore le déplacement.
  • JE VOYAGE SEULE (2013)
    Note : 16/20
    16,5/20 : Découvert au Cycle Univerciné Italien nantais 2014. Grande classe, prestigieux métier : "Cliente mystère dans les hôtels luxueux de la planète". Une star volante au salaire conséquent, le personnel masculin plié en quatre pour elle. Sauf qu'elle apprécie ou rembarre, dit qu'elle part "avec elle-même", bref, semble déçue de sa condition... La quarantaine et solitaire, déjà ? Deux rencontres viennent pulvériser cette Irène léthargique, qui va se fâcher avec sa soeur et déraper avec son ex à un moment crucial. Tout cela ferait penser au carrosse changé en citrouille sans les revirements indispensables. On peut souffrir de l'introduction très laconique, images de pub et puzzle en vrac sur l'écran. La mise en scène soignée et les acteurs très expressifs rachètent largement ces défauts, en plus des dialogues courts et productifs. Quelques grincements sur le sexe dans le couple longue durée, une brouille entre soeurs, des enfants perturbés. En même temps un pari sur l'avenir avec une grossesse. Rien que de très familier ! Nul ne devrait grimper aux rideaux, en Italie ou ailleurs... La deuxième heure est palpitante avec ses trois situations qui remettent à plat les idées reçues.
  • LE PRÉNOM (2011)
    Note : 19/20
    C'est envoyé énergiquement, le fait d'une caméra décidée à en découdre, qui balaie les rues de Paris à grandes louchées de voix-off suggérant les démarrages des meilleurs Woody Allen. Sans doute un peu trop classique, précieux ou convenu côté forme. Des stéréotypes sans surprise, quelques faiblesses de dialogues. Trop bavard, la suite justifierait de revenir aux présentations, merci d'avance au dvd. Possible donc, pour qui n'a jamais regardé la pièce, de s'ennuyer à ces rêveries intellos stériles, de se dire "encore des bobos répandus" ! Ils sont certes complices enchaînés, rappelant le grincement repris récemment dans le "Potiche" d'Ozon. Donc vus et revus ces propres sur eux, bien masqués derrière leurs piques indirectes, réticents à écailler leur vernis de bcbg... Et voilà que soudain l'adrénaline afflue davantage sur l'écran, on vire vers le vitriolé, j'ai pensé à "Carnage" de Polanski... En diffèrerait le rééquilibrage de l'issue la post-crise... En résumé un tonique à l'intention des familles, toutes les familles, les extraits racoleurs de la bande-annonce en disent trop ou trop peu !
  • AQUADRO (2013)
    Note : 17/20
    Découvert au cycle Univerciné italien nantais 2014. Emballage visuel et sonore du meilleur goût pour une situation quelque peu scabreuse. La musique planante rassure, les visages et les corps sont investis avec douceur, ouf... L'inévitable provocation verbale autant que physique (les deux copines), avec ce pli de balayer les écueils en chargeant l'autre. Ils sont officiellement dans leur tribu, copains et copines, cours ensemble. Silence sur les familles. Ce couple très jeune, noyé dans son excitation, lui sous addiction, et elle qui souhaite d'abord perdre sa virginité, montre sa complémentarité dans son oscillation incontournable entre virtuel et réel. Avec sa g... longue, il symbolise l'introversion et elle, petite balle mousse qui rebondit, davantage l'adaptation en vue d'évoluer. L'escalade vers le malsain fait craindre le pire jusqu'à l'effet boomerang. Les voilà ensemble ou dos à dos dans leur A2 circulaire et symbolique... L'adulte s'invite hors champ sur le mode éducatif et l'ado se rebelle entre sa demande de cadre et son désir d'en découdre. Un moment on craint que la jeune fille écope de tout... Ce serait compter sans le contournement du réalisateur convaincu qu'illusions et ressources vont de pair et qu'on sent, tant il soigne sa projection sur son public fatalement clivé, désireux de rallier l'adulte et l'ado qu'il porte en lui.
  • BARBARA (2011)
    Note : 19/20
    Si la bande-annonce laisse croire à un remake des précédents Christian Petzold (Jericho, Yella), il y a bien tiraillement entre ici et ailleurs, élément liquide à braver, l'actrice fétiche Nina Hoss avec ses grands yeux, son front rond et sa bouche aux coins relevés. Sauf qu'il y a ce collègue de travail équivoque, présenté comme douteux et qui littéralement scotche à l'écran du début à la fin avec son regard qui couve et une stature qui encouragerait les femmes à souhaiter que leurs partenaires soient du style "enveloppé". Toujours aussi soigné, aussi feutré, aussi lent à se révéler, on a bien les ingrédients qui font la marque de ce réalisateur friand de gros-plans ou de rouge comme de noir et blanc bleuté pour prévenir de changements. Il offre encore un autre angle de vue sur les surprises que le sort réserve aux humains incités à s'entre-surveiller. A qui se fier, de qui se défier, cette liberté d'être enfin soi quand la faucheuse se rapproche. Une chaleur émane de cette austérité une fois passée cette apparition à la crête d'une vague. Dans la double lecture qu'on peut en faire 23 ans après la chute du Mur, se glissent plusieurs messages à décrypter selon ses connaissances historiques et l'expérience qu'on a de la vie.
  • WE WANT SEX EQUALITY (2010)
    Note : 14/20
    Projeté au festival Univerciné britannique 2010 de Nantes. Premier constat, on serait tenté de dire que le titre à lui seul se doit de remplir une salle. Dès les premiers plans, on s'aperçoit que la cause, tout l'acharnement qu'il a fallu à ces femmes, fait qu'on va bien noter ce "drame comique" (!). A retenir Rita (toujours charmante Sally Hawkins, aussi happy que dans "Be happy", ici représentante du personnel en 1968, période de l'émancipation féminine par excellence. Elle désarçonne par sa fragilité : une contenance dont elle fait une arme. Quelques bons moments de cocasserie, la gent masculine s'adapte... Beaucoup de remises en cause et de pugilat en haut lieu ! Egalité professionnelle effective des hommes et femmes britanniques nous dit ce film : sauf erreur, les Françaises seraient toujours payées 25 à 30 % de moins que les hommes en moyenne pour les mêmes fonctions. En sortant de cette oeuvre britannique reprenant l'époque soixante huitarde (dont on peut déplorer la forme archi caricaturale du côté revendicatif), une question se pose : des deux côtés de la Manche, compte tenu des temps partiels, des petits contrats temporaire bout à bout, du chômage de masse, le salaire mensuel perçu par les femmes au travail aujourd'hui (de 2010 date du film et les années suivantes) est de quel ordre ?
  • UNE VIE SIMPLE (2011)
    Note : 17/20
    La bande-annonce attire du fait des deux acteurs principaux. On est consolé de perdre ses parents âgés par exemple. Le film proprement dit ne comporte aucune scène déchirante du style "Amour" de Haneke. On est dans le lien spontané que les grands-parents peuvent avoir avec leurs petits-enfants. Ce qui n'empêche pas le trivial du quotidien, les tâches ménagères, la popote, le dernier héritier a l'habitude d'être servi, la vieille employée a ses moments d'entêtement... A l'heure de la maison de retraite, rien de glamour non plus... ça sent le sursis, face aux coups du sort, on s'entraide, on s'estime heureux... Un bon point pour l'accent mis sur l'exercice physique dont l'utilité au quotidien gagnerait à être expliquée aux seniors en fin de course. La réalisatrice bichonne ses deux héros... Roger, une fois les premiers secours prodigués à Ah Tao devrait regagner une quelconque forteresse de connaissances bien ancrées, dans le rail de son éducation. On s'y attend. Or, les atomes crochus entre la nounou d'antan et le petit garçon devenu homme remontent des tréfonds, deux solitudes des temps modernes qui se répondent... Le duo est tellement juste dans sa complémentarité que l'inversion des rôles va de soi. Et pourtant dans notre société affairiste il prend des proportions à la limite du crédible !
  • LES BEAUX JOURS (2013)
    Note : 18/20
    On approcherait presque l'idéal pour une dernière ligne droite féminine dans ce joli film tiré d'un livre. Rien de tel que deux hommes pour se rassurer sur sa valeur, l'un faisant vibrer sa chair et l'autre, le "pote" de longue date avec qui tout finit toujours par s'admettre tant il restera proche. Les deux acteurs masculins ont assez de charme pour qu'on ne puisse pas en condamner l'un sur les deux. Fanny Ardant incarne bien cette fragilité de retraitée cherchant ses marques, économe de mots dans l'évitement des conflits, par exemple avec ses deux grandes filles en plein essor familial que les petits enfants permettent de réunir. Le portrait succinct d'une femme ébauchant sa nouvelle identité dans le marigot des relations sociales actuelles. J'ai passé un bon moment, souvent identifiée à "l'intérieur de Caroline", cette hypersensibilité qui commande de s'efforcer à la tolérance comme de trancher dans le vif quand ça sent le roussi. Au négatif, quelques clichés inévitables les talons aiguilles en bord de mer, un rythme un peu étiré par moments le défaut de ressources internes chez cette grande dame qui pourrait, à présent qu'elle a du temps pour elle, s'adonner à quelque chose d'introspectif procurant le recul nécessaire, peindre, écrire, sculpter autre chose qu'un unique cendrier... Qui sait, peut-être après la trempette collective !
  • 15 ANS ET UN JOUR (2013)
    Note : 17/20
    Découvert au Festival espagnol nantais édition 2014. Tout un chacun devrait pouvoir se retrouver dans le survol de la prime adolescence au moment de la bascule vers le je ne sais plus trop qui je suis et je vous emm... Une diction mitraillette mais pas un mot de trop, on agit quand la ligne rouge est atteinte, ça et là se glisse quelque affection dans les gestes... Si la mère se place hors jeu, impuissante sur toute la ligne, le tonton militaire (qu'on s'attend à voir user de la raclée) a plus d'un tour dans son sac et plutôt bon vivant, lui aussi soumis à des compromis avec sa juge chérie, pas toujours commode la bougresse... Cette manière de dévoiler les limites du coach à égalité avec le plongeon du jeune peut inspirer et même convaincre toute personne révulsée par l'éducation à coups de pied quelque part.
  • THE BLING RING (2013)
    Note : 18/20
    Simple fait divers étasunien remouliné en docu-fiction, caprice de fille à papa. Ou alerte. La dérive du bling-bling et ses grelots, toutes autorités démissionnaires, les parents d'abord mais aussi les éducateurs, toujours plus entravés ou qui jettent l'éponge. Voilà à quoi font penser ces jeunes broyés par un système implacable sans le savoir. Ce qui frappe chez les "Bonnie and Clyde" de Sofia Coppola, c'est leur "je veux". Ils se servent. Automatiques, comme le bébé attrape sa peluche avant de s'endormir. Objectif de ces enfants regroupés autour de leurs totems, ces stars incarnant la perfection physique et l'illusion que l'argent rend immortel : s'autoproclamer people. Au lieu de la sortie de l'enfance qui "tue" père et mère et rend autonome, piétiner entre bébé et adolescent selon ce qui arrange. Seront-ils adultes à quarante, cinquante ans, jamais ?... L'accent est mis sur le frisson né du risque toujours plus poussé, sur le doute faute de repères véritables, le film restant disert sur les débordements sexuels. Les gardes-fous font sourire (cette petite prière exhortant à la bonté), quelques rudiments new age... Sous le vernis, on sent le renoncement à la vie réelle. A tout effort d'abord. Avec cette frilosité des adultes en face, l'assurance d'être manipulés et donc méprisés... Est-ce pour avoir la paix ? De peur de perdre l'amour des... petits monstres ? Pères drôlement en retrait dans cette description vertigineuse, mères aux premières loges ! Les menottes autoriseraient bien à dire "ouf" sans l'effet boomerang de la dernière minute... Entre tous les autres films de la réalisatrice, c'est à "Virgin Suicides" qu'on pense, mêmes surexpositions vaines, même détresse juvénile. La musique en revanche, aurait gagné à limiter les sirènes.
  • NEBRASKA (2012)
    Note : 18/20
    Les réfractaires voyant débarquer ces contrées perdues sur écran large et fixe, se diront "mortel"... Et mettront en veille ce cinéaste qui s'amuse ferme derrière ses acteurs, des silhouettes étasuniennes lourdingues autour du visage Ô combien naturel du supposé millionnaire (qui plus est, récompensé par la profession) ! Par contre les adeptes d'humour pince-sans-rire seront à la fête, de plain-pied dans le vide sidéral de cet environnement-là, entre bière et ragots autour du sexe, même le plus catholique. Obésité, amabilité et coups de poignard dans le dos, silences gênés ou non dits, signes de ralliement inattendus ... A déplorer juste quelques longueurs avant le fin mot, et encore... Pour le reste, notre quotidien contemporain hors balises y défile, le plus cru, le plus immonde. Sans maquillage pour finir... Et alors ? Le miracle est qu'on en sort guillerets, imprégnés de la démarche du patriarche, d'inquiétante à hilarante pour la postérité !
  • UNE PROMESSE (2013)
    Note : 18/20
    Le raffinement des décors, des costumes, l'atmosphère vaguement opiacée, tout cela ferait sourire sans cette ironie dans la voix masculine face au jeune rival en puissance. Les présentations sont un peu longues, précautionneuses. Arrive enfin la dame telle une fleur à cueillir deux fois. Une fraîcheur, un naturel inaltérables, décuplés par son piano hors champ. Idylle retenue à l'extrême, manque de fougue diront les conditionnés aux explosions. Alors oui, c'est traité façon Stefan Zweig, en plus pâle sans doute, avec des pics de cruauté, jamais eau de rose ou mélo pour autant. Ni Harlequin, ni les romans-photos des Emma Bovary années Cinquante ou de leurs toutes jeunes filles en catimini. Et pourtant baume comparable si coeur encore ouvert un tant soit peu... Oser le romantisme de couple à l'identique, pas seulement féminin, un crime à l'époque du tout jetable !
  • TOTS VOLEM EL MILLOR PER A ELLA (2013)
    Note : 16/20
    Découvert au Festival Espagnol nantais édition 2014. J'avais déjà repéré la profondeur de vue et la délicatesse de filmage de Mar Coll dans "Trois Jours en Famille" (2010). Des tendances réitérées dans "Nous voulons tous le meilleur pour elle". Cette fois la famille, ancrage humain en lieu et place de la dérive sociétale contemporaine, de béquille passerait à... boulet pour l'individu détraqué. C'est un film qui aide à voir la lisière entre se faire aider et l'envie de s'en affranchir sans garantie d'aucune sorte. Dilution voulue par le There Is No Alternative, fuite en avant, alerte. Message reçu, sauf que l'identification à cette asphyxiée trop peu attachante reste partielle malgré l'excellente tenue des seconds rôles.
  • LES ENFANTS DE BELLE VILLE (2004)
    Note : 14/20
    Moins abouti, moins universel que les deux plus récents du réalisateur, "plus typiquement iranien" en somme. Sans coup de théâtre genre "A propos d'Elly". Plutôt les tergiversations qu'on retrouvera dans "Une séparation". Quelques scènes étirées sans vraiment apporter de plus si ce n'est l'atmosphère, de constants allers-retours du jeune homme, un bébé ballotté de bras en bras et dont on comprend qu'il incarne la douleur des jeunes générations. Il y a heureusement, outre le soin technique à tous niveaux, inclus les dialogues, l'attachante Taraneh Alidoosti et la bonhomie du quotidien, une fois quelques bagarres assouvies. Tous se frictionnent dans cette course à la peine commuée, leurs raisons réciproques louables seulement en théorie, car "qui dit Iran dit entraves". Le collectivisme contrôlant chaque acte, on est vite en dehors du chemin tracé (exemple, la femme qui divorce) sans que l'idée de révolte effleure. L'ensemble mène le spectateur, tel un juré obligé de se prononcer face à deux alternatives. Et là, seule l'abnégation amoureuse séduit. La femme que je suis en a eu assez de cet écheveau du pardon à partir d'un meurtre de femme, que de salamalecs en plus du compromis douteux... Il faut dire que maison, femmes, sauver sa tête ou racheter une existence ingrate se brassent comme au temps de l'âge de pierre dans cette histoire... Très inconfortable !
  • MY SWEET PEPPER LAND (2013)
    Note : 19/20
    On pense Sergio Leone, Les Frères Coen, le nouveau cinéma belge. Cette pendaison-là, nul ne l'aurait imaginée aussi déconcertante... Le ton de Far West est donné. Que ce soit les montures qui s'ébrouent d'un bout à l'autre du récit, les percussions ultra-douces en pleine nature, une belle institutrice otage, cette horde d'abrutis à des degrés divers avec un seul mâle à peu près digne de confiance. Le couple a un point commun, en témoignent les défilés de potentiels mariages. Le réalisateur pose la question de savoir où est la retenue la plus digne de respect pour l'individu comme pour la communauté. On rit plus qu'on ne pleure sauf à l'issue qui force à prendre position. Magistral coup de pied dans l'obscurantisme que ce film !
  • PAS SON GENRE (2013)
    Note : 16/20
    La bande-annonce est directe, on démarre par du convenu pour ensuite virer vers une ambiguïté lancinante. Un beau jeune homme posé, un peu fade, face à une tornade ancrée dans le concret. Le couple en désir d'apprivoisement avec la même envie d'étincelles et petit à petit la hantise d'être abandonné, trompé, etc. Des armes inconscientes derrière les épanchements. Gros tiraillement par rapport à son propre vécu, selon qu'on cultive l'extériorisation ou qu'on cérébralise pour "en garder un peu pour demain". Que ce soit l'introduction, les obstacles à franchir ou la tentation de sortir du labyrinthe, le mode guerrier instaure la résistance parce que milieux, cultures, éducations, la galerie aussi, sabrent, l'image privée et l'image publique jurant comme jamais dans la plupart des têtes. Lucas Belvaux, tout en désirant son actrice bien franchement, reste frileux par acteur masculin interposé. Alors oui, il peut laisser croire à une victoire par évaporation mais il ne dit pas qui a aimé mieux ou plus que l'autre, c'est tout l'intérêt de son film tortueux.
  • LE PASSE (2012)
    Note : 16/20
    C'est avant tout un plongeon au coeur des familles recomposées. Les ronronnantes, soudain forcées à un engagement précipité (l'ex, oublié, qui rapplique !). J'ai trouvé qu'avec la fille "la messe est parfois trop dite". On se gargarise de mots superflus, reproche valant aussi pour "La Séparation" (je préférais cette sourde tension vers cataclysme à l'image comme dans "A propos d'Elly")... Le personnage de Marie écartelée entre passé et... grossesse montre la difficulté féminine à jongler entre plaisir et retenue afin de se positionner dans la durée. Il y a presque de l'austérité dans l'air à cause du chaud et du froid que souffle cette femme écartelée entre le minimum de savoir-vivre et la survie du cocon. A un moment, le scénario devient soûlant, on flotte dans l'histoire des mails au pressing (où l'employée clandestine incarne à merveille la résistance des abusés par le monde du travail). Tout un exercice d'équilibre dont quelques pesanteurs, rachetées heureusement par ce sage qui parle de "couper"... Asghar Farhadi aurait essayé de sortir du miroir iranien en francisant l'ensemble au maximum. On reconnaît bien son regard humaniste, son point de vue au bout de la démonstration qui force à pencher du côté des enfants (éblouissants de naturel) et du visiteur messager malgré lui.
  • TÉLÉPHONE ARABE (2010)
    Note : 18/20
    Sorti officielle 25 juillet 2012. Cet humour bourru cachant beaucoup d'affection entre les humains rappelle les films français des fifties, pas assez féroce pour le 21ème siècle, pas de sang, rien que de l'eau ! On est dans une bourgade où tout le monde se connaît, ouaffe la grosse caricature simpliste... Ce cri du coeur se veut dérision globale sans jamais tomber dans le prêche. Discutable est le genre de toxicité invoqué quant aux antennes-relais. Il resterait à vérifier sur place celui des frictions entre les communautés. Qu'importe. Accrochée aux yeux lumineux et aux fossettes de Jawdat (Razi Shawahdeh) face à son paternel qu'on jurerait l'incarnation de Max (animation "Max & Mary", 2009), j'ai embarqué tout de suite... Noté les obligations religieuses, la sensualité ironique de la jeune fille en voiture, la mère redoutable en grève de cuisine, la position ambiguë des autorités... Côté forme, admettons que ça n'ait rien à voir avec les autres témoignages cinématographiques sur la communauté arabe israëlisée sur son sol, la Palestine, en 1948. Mais sur le fond si ! Le pacifisme ambiant pointe l'étau local, l'étend à toutes les minorités aplaties par un système devenu fou. La prise de position est nette sous l'esquive finale, une pirouette genre principe de précaution. Bienvenue à cet oxygène estival apte à dérider et à dépassionner les frictions au moins pour quelques jours. Le portable, reflet de la mondialisation qui engloutit l'individu sous des besoins dont il pourrait souvent se passer. Voilà une charmante production de plusieurs pays dont certains sont censés ne jamais coopérer !
  • TROIS SOEURS (2011)
    Note : 16/20
    En avançant dans la découverte de cette fratrie, nul doute qu'il est question des purges orchestrées par les gouvernants argentins et pas d'un quelconque accident parental... Davantage affalées que debout depuis la mort du pilier restant, la grand-mère, ces trois jeunes filles sont plus à fleur de peau que la normale dans l'art de s'entraider ou se heurter. Tout porte à se focaliser sur le charme de Marina (Maria Canale), la plus "carrée", celle à forte présence, sa progression face à la furie Sofia s'avère en droit fil du cinéma d'Amérique Latine contemporain, jeu feutré, lent... vers un pic qu'on n'imaginait pas aussi violent. En parallèle, il y a ce voisin pour aider à se réveiller, ce lit qui tressaute l'air d'inviter à copuler, voire à engendrer. Le synopsis laisse croire que Violeta disparaît alors qu'elle s'éclipse dans le style "she's leaving home"... La séquence où ces demoiselles écoutent un disque montre leur triple émotion, la musique d'autrefois ultra-douce, presque une autre vie... C'est joliment filmé, avec larges arrêts sur objets, meubles, notamment l'escalier ciré, indice du milieu aristocrate d'origine. Un peu trop statique pour séduire le grand public, le sort de cette jeunesse aux racines arrachées alors qu'elle se pensait privilégiée, devrait trouver écho auprès des spectateurs endeuillés ou que le saut dans l'âge adulte transfigure.
  • HAPPY TIMES (2000)
    Note : 18/20
    D'emblée, les deux attablés envahis de lumière annoncent du grabuge davantage qu'une union... Plus proche du spectateur que "Le Sorgho Rouge" ou "Epouses et Concubines", cette tragi-comédie colorée servie par des dialogues aussi percutants que grinçants accroche tout de suite. On sent bien l'imprégnation occidentale des moeurs mixée aux moeurs locales. Suffit donc que le débrouillard enveloppé et la frêle créature parachutée là se croisent (scène d'intérieur où les deux jonglent avec leur corps !). Un humour virant du trivial de départ au délicat avec des pointes de tragique jugées Zola en Chine à la sortie officielle française. Une dizaine d'années plus tard, la misère psychologique refaisant surface dans les foyers, ce film fait moins conte pour rassurer avant endormissement. C'est certes tristounet sous le propos enjoué, emberlificoté ce qu'il faut pour que la censure soit bernée... Qu'importe, la jeune fille et sa façon d'évaluer l'espace marquent autant l'esprit que par exemple "Qiu Ju une femme chinoise" du même réalisateur.
  • THANK YOU FOR SMOKING (2005)
    Note : 15/20
    Jason Reitman souhaite (bonus du dvd) que les spectateurs différencient une fois pour toutes formatage et libre arbitre. Comme dans "Juno" deux ans plus tard, c'est délibérément page de pub et à destination des accros au petit écran... Compacté, rapide, on tape fort et bas de préférence... Cinq minutes de plateau télé et c'est la salle de classe, même incitation au discernement et en mettant au fait côté business comme un cours sans trop d'états d'âme... Après une précision verbalement musclée du géniteur, le spectateur n'a d'autre choix que d'emboîter le pas du fils qui suit son fantasque paternel. Divers conciliabules, au vol quelques chiffres propres à classer les populations en maternelle pour l'éternité... Et voilà que, mallette à la main, l'érudit qui moulinait les addictions dans des démonstrations clouant son auditoire, à peine focalisé sur une première blonde face caméra, et la seconde lorgnée en altitude comme accessoire, connaît, après dégustation de château-margaux le coup du "bébé requin". C'est ce talon d'Achille et non son baragouin qui le rendent soudain, lui et le film entier, plutôt sympathiques.
  • IN AMERICA (2002)
    Note : 19/20
    Les deux petites soeurs portent le film, secondées par papa et maman dans des alternances de retenue et d'émotions dont nous découvrons peu à peu l'origine longtemps édulcorée par la magie E.T... Résultat d'un vécu de Jim Sheridan transcendé en une direction d'acteurs époustouflante d'humanité, on peut en juger "sur pièces", les larmes gagnant même les cuirs les plus patinés, et le vérifier par les bonus. Une douleur au demeurant amortie, qui ne cesse de remonter par éclairs... N'empêche, on s'amuse aussi beaucoup dans cet immeuble de Manhattan parce que la vie tire à elle la couverture. Toujours mené au plus près des situations, avec juste quelques approches tout en douceur sur ce qui revient bloquer. Famille irlandaise bien attachante échouée dans un milieu où chacun survit à sa manière, au besoin en le payant au prix fort. Rarement petite fille n'a été aussi vraie au cinéma que cette gaffeuse de service Ariel (Emma Bolger), minois et caractère "nature" (un souhait, la retrouver dans d'autres histoires même grandie !)... Les séquences autour de l'homme qui crie ou cet autre assis au bas de l'escalier peuvent surprendre, vite considérées comme traverses pour amener le pourquoi du film, un parcours d'exilés en reconstruction doublé du lien-parents soumis à rude épreuve. Vraiment dommage qu'aucune distinction ne soit attribuée à Sheridan pour cette oeuvre plutôt exceptionnelle !
  • 12 ANS D'ÂGE (2012)
    Note : 14/20
    Dommage qu'une distribution aussi alléchante laisse sur sa faim. On est pourtant gâté par la percutante introduction ! Merveilleux pot d'adieu au retraité... suivi du sale tour joué à partir de la voiture, deux très jolies scènes ! Charles (Berléand) plus casé que Pierrot l'indécis (Chesnais) fonctionnent, c'est un plaisir. Et puis ça patine très vite. Fait souhaiter que la jeunesse écluse son humour potache jusqu'à la lie afin d'épargner aux vétérans de nous déverser leur trop-plein. Du dialogue, de bons verres, la pêche... Un besoin de fantaisie pour le plus sécurisé, l'angoisse de l'immobilisme pour celui qui a mené une vie de barreau de chaise... Les compagnes ont l'oeil sur les deux galopins, tantôt femelles rivées sur leur territoire affectif ou mères qui réprimandent. Or le grand projet commun s'effiloche. L'impression que le sujet prometteur est à moitié traité. En témoignent des plans moins productifs en dernière partie, comme s'il fallait combler la lacune scénaristique. L'issue a beau appeler l'indulgence, le spectateur se demande comment des pointures pareilles ont pu composer avec des rôles aussi mal fagotés.
  • JANE EYRE (2011)
    Note : 17/20
    Bien stimulante version 2012 abrégée du roman. Irréprochable travail de reconstitution, on se croirait revenu à ces temps obscurs de dressage des enfants à peine présentés par leurs tuteurs à un quelconque notable. Mieux valait risquer une échappée en grande jupe dans la nature en furie n'importe où, vers cette fenêtre qui luit là-bas... Jane (Mia Wasikowska, qu'on jurerait apparentée à notre Huppert nationale, même rousseur, visage large et solide, silhouette gracile) vient se confronter à l'ambigu Rochester (Michael Fassbender, regard et voix à tomber raide surtout de très près !). Une servante et son maître dialoguent, il lui parle d'égalité possible. Cette tentation du plus puissant socialement réjouit. Puis fait tâtonner entre froid et feu dans ce château qui invite à la superstition. Jane chérit la solitude, s'adapte à ses semblables (magnifique scène d'aveux !), applique sa philosophie "se respecter soi-même". L'entrechat de la fillette et le couplet de la pianiste Miss Ingram laissent planer le spectre de la déculturation. Autre ironie, l'héritage, certes fidèle au livre, artificiel après des épreuves aussi intenses. Missis Fairfax (Judi Lench) parfaite en loueuse aux ordres tant que la roue tourne, fondante ensuite dans les ruines. Le duo fonctionne, il atteint une forme d'égalité... Le jeune réalisateur multiculturel Cary Fukunaga (35 ans) accentue à dessein la détermination féminine de ce classique du romantisme victorien, une époque plutôt machiste. Point commun avec le fracassant "Sin Nombre" (2009) sur les gangs d'Amérique Centrale, traiter de nos vraies préoccupations quotidiennes.
  • THE HOMESMAN (2013)
    Note : 15/20
    15,5/20 : Loin d'un western classique bien que tous les ingrédients à l'image y soient, l'allumage est progressif, entre présentation et préparatifs, avec une musique moins grandiloquente que pour affronter les grands espaces dans des chevauchées spectaculaires mais tout de même de jolis plans étirés. Le couple conduisant les trois égarées promet, on pressent à quelles extrémités cette terre inhospitalière en plus de leurs caractères aguerris, va les amener, les échanges humains de ces contrées étant plus proches du grognement que de la parole. Mary se défend au mieux en tant qu'individu, cantonnée entre sainte et/ou mégère apprivoisée. Elle intrigue à juste titre. Il y a des pics de qualité, quelques gags bienvenus, mais le voyage manque du piment qui ferait décoller ce couple empêtré dans les façons de ce temps-là... Après tant de veulerie, voir Meryl Streep en femme de pasteur est le lot de consolation. Même si Tommy Lee Jones analyse sans complaisance le retour à l'animalité la plus crasse, même s'il sait implicitement dire "voyez à quoi on peut revenir un jour dans toute société en perdition", sa pirouette d'ivrogne fait un peu réalisateur qui se réfugie dans l'acteur, trop facile.
  • LA CHAMBRE BLEUE (2014)
    Note : 17/20
    17,5/20 : Glacé et glaçant, on n'en ressent pas moins la "patte" de Simenon derrière le puzzle. Les images de présentation expriment tout de suite l'addiction et, très vite les stratagèmes pour la contrer. L'acteur-réalisateur Amalric déploie une grande maîtrise de l'envers et de l'endroit des décors comme des situations (magnifique prises de vue à double tranchant de cette chambre opiacée, entre autres plaisirs picturaux). D'entrée de jeu le héros à double vie est tout ce qu'il y a d'humain, faillible sauf un quart de seconde par ci par là (le bain avec sa régulière). Epoux faisant de son mieux (avec une épouse aussi admirable, il le peut !). C'est un père aimant, autre circonstance atténuante. Il y a bien cette scène d'escabeau et le bref hors champ au retour de la pharmacie où on se dit qu'il simule, qu'en vrai "il a p... un câble". Julien le raisonnable, le policé ferait revenir de cette morsure sanguinaire de départ, bien se remémorer les étapes, je n'aurais donc pas tout cerné ?... En discuter avec d'autres spectateurs et c'est plusieurs interprétations possibles, tout l'intérêt de ce film !
  • LE PROMENEUR D'OISEAU (2013)
    Note : 18/20
    18,5/20 : Vu en version originale sous-titrée. Sous sa joliesse de façade (bande-annonce décourageante), l'histoire résume par petites touches l'esclavage technologique et les dégâts intergénérationnels décuplés de ces dernières années. La lenteur sénile et la tyrannie juvénile arrachent plus d'un sourire, quant aux jeunes parents, on se demande bien ce qui les anime vraiment... L'oiseau est au centre, interprétable, il a quand même un cache sur sa cage de bois tel un bâillon, cage portée délicatement comme s'il n'était qu'à moitié prisonnier, beau comme une fleur, limité et cependant force de la nature. La caméra se recentre sur lui ou les siens plus les événements s'empilent, tranquillement il est vrai (quelques longueurs). Petite famille façon pub ou étendue à la société, suite de fractures à colmater avant extinction pure et simple. Voilà un cinéaste visionnaire dont l'originalité tient au refus de l'hyperréalisme chinois habituel. Pas si optimiste que cela malgré beauté picturale digne d'un conte, gentillet de surface pour mieux capter le public de tous bords. Beaucoup de générosité plus que de racolage facile, la poésie ambiante, les gags, les passerelles posées ça et là... Reposant et qui change de scènes violentes et rien d'autre. Le sujet est traité sous tous les angles ou presque, chaque spectateur apte à faire ses déductions par rapport à ce qu'il vit.
  • À PERDRE LA RAISON (2012)
    Note : 16/20
    C'est corrosif dans le sommeil qui suit la séance. Pourquoi 4 petits en territoire médical contemporain, on se croirait dans les années cinquante. Murielle, à peine la robe de noce pliée, sent son mari après 2 bébés s'échapper vers ses origines marocaines, constate "un retard" telle une vierge. Le beau-père médecin lui mentionne l'existence de l'IVG, vite balayée par le mari au prétexte de l'enfant mâle inespéré après ces 3 fillettes successives. Troublant couple que celui d'Emilie Dequenne et Niels Arestrup ! Pourtant c'est difficile de faire porter au "bienfaiteur" tout le poids des événements tel qu'expliqué... Si Mounir s'est fait à la facilité, sa jeune épouse est bien trop cultivée pour tomber aussi bas (trop loin du fait divers où 5 enfants furent sacrifiés, ce n'est pas du tout la même femme). La prise en charge des jeunes hommes par des béquilles d'office condamnables (la soeur très FN !) caricaturent de manière à favoriser l'enfer, cette préméditation orchestrée à partir d'un flash de l'imagination. Excusable est Joachim Lafosse néanmoins grâce à son génie de la mise en scène (l'ombre de la moitié de l'écran sur le bébé, la musique qui vient régulièrement dramatiser les scènes les plus anodines). Son film est servi par des dialogues efficaces et vaut de l'or rien que par la métamorphose de son actrice principale. Comme pour le dardennesque "Nue Propriété" ou le pervers "Elève Libre", il excelle dans les étaux mettant le spectateur au supplice. Et bien que pleurer sur "femmes je vous aime" puisse faire défaut quand elles sont à ce point passives !
  • L'INCONNU DU LAC (2013)
    Note : 19/20
    Plusieurs voitures garées presque toujours pareil, et puis cette autre, de couleur sombre arrivant en dernier... Décor champêtre au bord d'un petit lac aux rives caillouteuses, la caméra balaie les arbres sous le vent, glisse sur les les vaguelettes et revient sur les corps allongés là jambes écartées... il y a du frisson dans l'air. Ce pourrait être malsain pour tout étranger aux rituels gays (si l'on pense à certaines minutes d'errance dans "Les Nuits Fauves" par exemple). Or les plans semblent tellement naturels qu'on "marche", des échappées dans les bois aux soupirs dans l'herbe, convaincus une fois pour toutes que la nature fait corps avec les corps en vue du déclic qui libère la tension jusqu'à la prochaine. Des dialogues fructueux et brefs, les changements de lumière et la force du vent plus parlants qu'une voix-off. Tout sera annoncé à l'image, donc place à Franck (Pierre Deladonchamps), joli jeune homme heureux de démarrer ses vacances par des bains avec un plus possible. Il prend l'habitude de rejoindre Henri (Pierre d'Asumpçao), ancien viveur en mal d'affection, fin observateur toujours à l'écart. Le film décolle à l'approche de Michel (Christophe Paou), voix douce, souplesse de félin. Un géant, le seul filmé en contre-plongée, comme si on était Franck émerveillé puis tiraillé par ce qu'il découvre de loin sans se faire voir... Un flic jaillit de la verdure avec des questions, une photo ajoute au vertige... Pour varier des tragédies antiques, Alain Guiraudie fait un sort aux rôles secondaires. Le reste frôle le fantastique végétal façon "Oncle Boonmee"... L'avenir des deux héros à l'appréciation des spectateurs... L'aube dans les hautes herbes glace si on estime élucidé le mobile du premier meurtre. Car sinon toutes les déductions se tiennent, que l'un épargne l'autre et s'éclipse n'étant pas interdit !
  • KYSS MIG : UNE HISTOIRE SUÉDOISE (2011)
    Note : 17/20
    Imaginons tomber durablement sous le charme d'une personne de notre sexe alors que d'habitude... Bon, ça sent peut-être le mobilier Ikéa mais c'est tout de même bien traité grâce à la lumineuse actrice blonde, regard limpide, esprit sans concession aussi, claire entre sa tête et son corps, ce qui rend tout possible, la nature l'emportant sur les convenances grâce à la conviction que la demoiselle dégage. Je trouve la critique pro bien sévère du fait qu'il n'y a pas ici de malédiction, que la marge l'emporte sur le croissez-multipliez, Barcelona en plein soleil est ressenti comme trop beau... C'est pourtant une authentique histoire de famille contemporaine partagée entre ce qui s'affiche au dehors et ce que l'on fait réellement. Peut-être filmé avec un peu trop de joliesse, lisse telle la Suède libre de moeurs si longtemps autoriserait à le peindre, et alors, voilà qui nous change de l'hégémonie étasunienne avec ses tics de langage et de comportements ! Surtout que l'histoire en question fustige l'identité féminine réduite à l'ombre du mâle, à rebrousse-poil de tous les magazines féminins en vogue, quel répit ! Côté sexe, le double de l'italo-argentin "Le voyage de Lucia" (Stefano Pasetto, 2010), aussi délicat sans l'assommant retour à soi par rapport aux autres. On pense à "Festen" côté atmosphère, mêmes personnages racés, mêmes tumultes sous les carapaces, bref, ça se laisse voir.
  • 2046 (2004)
    Note : 16/20
    Thème musical lancinant parmi différentes pièces de choix, des scènes bouleversantes filmées avec minutie autour de la voix-off de Tony Leung, cette fois en instable écrivain dont les conquêtes s'affichent à des moments précis dans des lieux caractéristiques (le balcon de l'hôtel par exemple). Très beau, lent à se dévider, on peut se lasser de ce déballage non stop, ne retenir que les scènes les plus bouleversantes, il y en a... Le stylo court sur le papier tandis que d'autres images continuent de se superposer. En plus de l'esthétisme enchevêtré, reviennent des effets labyrinthiques, un genre d'ascenseur entre 2046 et l'antériorité, ce puits de souvenirs que Wong Kar Wai remonte. Autant de beautés sculpturales dont l'une, à bouche marquée de rouge baiser semble la douleur faite femme... Les effets spéciaux, les prouesses de montage, tous les empêchements qui ont contribué à retarder la sortie du film n'empêchent pas qu'on puisse le trouver hormis l'aspect technique admirable, surchargé de personnages, bavard, bref nettement moins accessible et abouti que "In the Mood for love"
  • CHERCHEZ HORTENSE (2012)
    Note : 17/20
    Sous le titre laconique, une fois l'introduction intello-bobo traversée, c'est un plaisir de découvrir ces Parisiens à un tournant de leur existence. Acteurs au mieux de leur forme (Bacri dans un personnage pas seulement désabusé mais entier, Rich irrésistible en vieux recentré sans scrupules, Duclos le rapace doucereux et cet étrange flash HH sur son vêtement bleu, Scott Thomas égarée entre scène et réalité, Berroyer le fuyard une fois ranimé, Carré presque la candide de service malgré son incarnation de pureté juvénile). Du convenu dans ces fins de vie d'un couple hétéro si n'intervenait ce jeune japonais androgyne. Noé reste la caricature la plus terrifiante du lot dans ses déambulations d'ado contemporain. Les grincements réguliers dans les dialogues, les menus dérapages alliés à de jolies prises de vue (parfois riches de sens ou bien pulsions discutables du cinéaste ?) font qu'on passe un bon moment.
  • LE LABYRINTHE DE PAN (2006)
    Note : 15/20
    Un mélange de deux genres aussi enchevêtré comporte des écueils. Passe pour l'insecte invitant au refuge dans l'imaginaire, la magie des lieux dès les premiers plans. Il faut bien contrecarrer l'horreur par quelque défense du cerveau. Hélas, quand les elfes virent au délire (la grenouille !) quand bien même le réel bascule dans l'épouvante, léger recul... Le labyrinthe peine à angoisser par des subtilités visuelles ou sonores, recours aux ficelles des grosses productions étasuniennes. Egalement convoqués les objets énigmatiques de scénarios à tiroirs (clé, robe, couteau...). On peut donc accélérer le dvd pour n'en garder que la trame utile, ce camp retranché dans la forêt, ses anecdotes au quotidien, la terreur, les trompeuses accalmies, bref la survie humaine. Ce Duval à lui tout seul, parfaite illustration des guerres (admirable Sergi Lopez !) il donne pleinement la mesure des haines recuites sur les foules crédules ou trop isolées les unes des autres. Les ravages d'un psychopathe en roue libre, avec répercussions sur les générations suivantes. Ainsi on retrouve dans le commentaire du bonus la tendance à basculer vers le trash de nombreux réalisateurs d'expression latine. Guillermo del Toro, sans mentionner leur traitement, affirme détester les chevaux du tournage (les vaches aussi !)... Ses sautes d'humeur font alors mieux comprendre combien les guerres civiles laissent de cicatrices à oublier par une rêverie quelconque (film interdit aux moins de douze ans, c'est pour le moins paradoxal !).
  • LE POLICIER (2010)
    Note : 18/20
    Prix du Public pour ce film très remarqué au Festival des Trois Continents Nantais 2011. Tout s'équilibre dans la démonstration des deux clans sauf leur côté va-t-en guerre, à l'image de l'éducation dispensée à la société israëlienne. Ou combien la discipline excessive contribue à déformer la personnalité. Que ce soit du côté du policier à l'affichage d'une débordante virilité, ou des jeunes préparant comme un rituel sacré la mise en pratique de leur plan de petits durs. Réel suspense, bien que les détails de la mise en place fassent que ça patine parfois, donnant envie de tout revoir en salle ou en dvd côté détails. Regardez bien la noce... Encore mieux la photo de famille..., car c'est là que ça commence à sérieusement parler au spectateur. Et quand le décor gagne le sous-sol, on est dans nos petits souliers, encore que la répétition du slogan par la jeune fille puisse finir par taper sur les nerfs, tout comme peut sembler improbable le noir complet et des cibles aussi bien visées... Il n'empêche, ces petites maladresses sont vite oubliées quand on arrive au fait. C'est certes l'illustration des conflits internes à tout individu, mais aussi la lente avancée de deux armées que tout porte à se colleter, ou deux tendances politiques au bout du rouleau... La plupart des textes ont une portée bienvenue dans l'état actuel du monde, d'autant que Nadav Lapid, en misant beaucoup sur les expressions silencieuses en plan rapproché, avec ensuite cet ultime face-à-face entre deux humains ramenés à l'essentiel, fait mieux que prendre parti.
  • GUILTY PLEASURES (2010)
    Note : 18/20
    Prix du Jury Jeunes au Cycle Univerciné britannique nantais décembre 2011. De ces minces livrets vite lus, d'un coût abordable, il serait vendu un exemplaire toutes les 4 secondes dans le monde ?... Voilà qui invite à se pencher sur le trust qui a absorbé "Mills & Boon", Harlequin, une entreprise canadienne loin du dépôt de bilan... Dès l'introduction du documentaire, se perçoit une complicité amusée entre les intervenants et la personne qui les filme donnant à chacun(e) l'impression de rejouer à Barbie et Ken ou de se gaver de sucre. Plaisir pour hommes et femmes puisque nul sexisme possible à part de savoir que la romancière Gill Sanderson s'appelle Roger... Allez, ça ne fait de mal à personne ces petites lectures depuis que la terre tourne, l'instinct des femmes les orientant souvent vers des combines pour éviter remises en cause personnelles, casse regrettable de leur foyer, etc. Le regard de cette jeune réalisatrice qu'on sent toujours à bonne distance avec son humour décontracté, fait songer au-delà des apparences au stoïcisme comme aux comportements moutonniers. Derrière ces images filtrées de rose, à suivre les couples qui défilent (le 238 gagnant, cette tête à l'envers de la jeune femme avec son homme archi-stressé), on reste partagé... Remontent ainsi deux troublants extraits : "tous ces soutiens-gorges et pas un seul rendez-vous !" ou "les femmes font l'amour pour se marier et les hommes se marient pour faire l'amour". A méditer.
  • PETITE AFGANISTAN (2011)
    Note : 19/20
    Projeté au 33ème Festival des Trois Continents Nantais 2011, après 4 autres courts davantage sur le mode réaliste, ce documentaire débarque comme un enchantement avec sa voix off de conteur, son raffinement à l'image, dont cette calèche sur le pont, ses chevaux faussement carnavalesques... Les paroles crues émaillées de jurons très dans l'air du temps même en occident laisseraient supposer un brin de surjeu pour la caméra de la part des autochtones, quoique cela apporte une note presque burlesque du fait que le malheur extrême fait renaître entraide et l'humour du désespoir... Les courses folles des montures traînant leur chargement comme des condamnées à court terme font maudire les taxis, ces bouffeurs de pétrole inaccessibles aux démunis... Habile reportage à la lisière du fantastique à partir d'atroces réalités, cruel sous ses dehors aimables (la raclée du cheval !) et cette chaussure rouge qui reste tanguer dans les flaques boueuses comme dans la mémoire des spectateurs conquis par ces trente minutes cinématographiques éblouissantes.
  • PERMIS DE CONDUIRE (2011)
    Note : 16/20
    Projeté au 33ème Festival des Trois Continents Nantais 2011 parmi d'autres courts réalisés par les étudiants de l'Atelier Varan : ici l'art d'une jeune femme instruite de braver les pouvoirs mâles éduqués pour l'évincer. Ce qui fait espérer en des jours moins barbares, l'attitude des jeunes hommes qui vont embaucher la jeune candidate au permis, une petite gêne reproduisant la hantise de la concurrence féminine aux mâles entreprises, c'est mieux qu'un silence masculin entendu et certainement pas pire que ce qu'on entend aux terrasses de bars français lorsqu'une créature fait saliver. Ce qui gêne en revanche est qu'on ne sache trop si les badauds applaudissent par fascination pour la caméra ou la jeune femme ou si c'est l'habitude qu'il y ait un public lors de l'examen de passage, examen admirablement tourné en dérision si l'on s'en tient aux manoeuvres filmées !
  • KABOUL AMBULANCE (2011)
    Note : 16/20
    Projeté au 33ème festival des Trois Continents Nantais 2011 parmi d'autres courts réalisés par les étudiants de l'Atelier Varan : le délabrement hospitalier afghan et sa bureaucratisation puissance mille par rapport à la situation française 2011, soit un slalom nocturne à travers les rues défoncées de Kaboul pour dénicher un patient, cette roue de l'ambulance à changer en cours de trajet dans la pénombre en plus de la tracasserie d'aller à l'aveuglette et de revenir presque au feeling tant il fait noir. Un aperçu des équipes de soignants en pause permet aussi de découvrir l'éternelle quête de lits "ouverts" et quelle opération se fait dans telle unité de soins ou telle autre... Plus le témoignage de ce père rongé d'avoir cru vivant son fils immobile traversé par une meurtrière étincelle. De quoi imaginer ce que guerre au quotidien veut dire pour une population pas prête d'avoir la paix.
  • MISS BALA (2011)
    Note : 17/20
    Projeté au Festival des Trois Continents nantais 2011. La violence infligée à la population mexicaine d'aujourd'hui concentrée dans une jeune fille volontaire mais qui à la la méfiance encore endormie. C'est terrifiant sur le fond. Inégal à l'image à cause de scènes un peu trop bout à bout. D'abord arrive une espèce de Charles Bronson modèle réduit à voix douce, sourire félin et biftons baladeurs. Il joue avec divers intervenants les frères ennemis dans le style raffiné des psychopathes (allusion aux cartels de drogue, aux tyrans d'Amérique Latine, cela peut s'étendre à des degrés variables à toutes les nébuleuses contemporaines, rien n'empêchant d'y voir en germe la finance actuelle et les Etats). La démonstration s'avère brillantissime (cette scène du premier traquenard !), on est plongés dans ce double jeu et on a les chiffres ahurissants, les sous et les morts, un style rappelant "Même la Pluie" du producteur exécutif associé Gabriel Garcia Bernal. Seul baume, voir aller et venir cette jolie brune prise en tenaille, elle et ses proches. Dommage que, pire que l'actualité pure et dure, le réalisateur en reste aux clichés bestiaux bien virils et bien plombants au lieu de raffiner dans la malice sentimentale. Résultat, on sort de la salle un peu trop sur le flanc.
  • PEOPLE MOUNTAIN PEOPLE SEA (2011)
    Note : 19/20
    Montgolfière d'Argent du 33ème Festival des 3 Continents nantais 2011... Titre du film déroutant, lenteur calculée jamais gratuite bien qu'elle puisse peser si on refuse la chape s'installant sur les épaules et qui ne sera enlevée que bien plus tard. Il faut donc ajuster ses lorgnons une fois passé le double choc à moto pour être certain(e) de bien reconnaître les gueules, surtout quand elles sont noires de suie. Et ensuite on est happé si on tient le coup. La bande-son rappelle le cri de guerre d'un certain western spaghetti. Certes c'est noir mais reconnaissons que c'est beau en plus que d'être une histoire simple. Le tout est ahurissant et à lectures infinies...Plans ultra larges façon far-west, travellings alertes en guise d'approche, plans plus serrés avant les escarmouches et... les mouches volent dans la salle d'où nul ne sort. Sans la fumée de cigarette et l'usage du portable sur l'écran, ces personnages communiquant comme des bêtes sauvages ramèneraient à la préhistoire tant les autorités sont réduites à néant : foin de l'ordre, des lois. Seul compte l'instinct de survie, les petits arrangements sordides tout juste rattrapés par les caprices de la nature. L'atroce mondialisation à venir si aucun renversement de situation n'intervient. Même si ce peuple est particulièrement conditionné à une misère indicible depuis la nuit des temps, attention, il n'y a pas qu'en Chine.
  • HONEY PUPU (2011)
    Note : 15/20
    Projeté au Festival des 3 Continents 2011. Irréprochable au plan technique et toujours agréable pour les yeux et les oreilles, même si la constante mécanisation fait soupirer. Comme c'est classé "science-fiction", chacun(e) a envie, dans cette bulle de publicités, de décrypter quelque chose d'universel. La sophistication des plans amenés en vrac font très Wong Kar Waï. Pas vraiment de scénario, des scènes bout à bout, des images léchées, jamais rien de sordide (pas de tabac, pas de drogues hormis l'addiction aux robots). De là à trouver "du fond" dans cette envolée onirique, une métaphysique façon Tarkovski ou Kubrick, sans doute que non. On est davantage dans la philosophie de la bande-annonce "The Tree of life" de Malick. Par exemple, "les abeilles disparaissent", notoire, mais affirmer "on ne retrouve jamais leurs corps", le frelon asiatique impliqué pour partie ou pas, resterait à démontrer... Quelques bons moments débouchent sur un nihilisme adolescent bien racoleur, un peu dommage... Ce qui rallie finalement est le thème de la disparition, un fléau contemporain qui tracasse tout individu encore capable de penser. Le saccage délibéré du passé dû à la "mondialisation" uniformisante, l'évaporation d'êtres sans explication ni traces, une gadgétisation, une tricherie telles que l'on ne saurait plus qui l'on est.
  • LES NEIGES DU KILIMANDJARO (2011)
    Note : 18/20
    Plaisir immense que ce grand soleil sur des quinquagénaires moyens et leur manière de se dépatouiller d'un choc inattendu, inexcusable et pourtant aménageable dans ses répercussions. L'ambiance peut agacer, il s'agit de méridionaux aux promptes émotions... Les anciens angéliques face aux paumés, une trentenaire pas mère pour un sou, son fiston qui transgresse... Davantage que bouter les étrangers hors de France, ce serait donc à l'intérieur de notre société que le danger couve à cause du grand écart entre les conditions matérielles de la génération poussée vers la retraite et la nouvelle, nue comme au premier jour, avide, irréfléchie dans son obsession à voir des bourgeois dans d'honnêtes gens d'une époque plus faste. Des innocents font les frais de cette cassure, obligeant à avoir une petite pensée pour leur sort à eux... et qui peut être vu d'un autre oeil que celui qu'on pose sur leurs parents ! On est au cinéma, univers fictif pour distraire et faire réfléchir à nos lendemains plombés par des gestionnaires sans coeur. Merci à Robert Guédiguian de démontrer qu'il suffit d'oser montrer aux spectateurs ce qui paraît incongru pour que l'avenir reste un mot prononçable.
  • CARNAGE (2011)
    Note : 18/20
    D'aucuns voient dans ce huis-clos un reflet de misanthropie liée au vécu récent du cinéaste... J'y ai trouvé l'humain appelé à négocier en territoire personnel dans le monde vachard d'aujourd'hui et avec l'éducation reçue... Une rencontre d'abord policée et, à la faveur d'un point de détail, la bride soudain lâchée. Cette longue conversation déballant savoir-vivre de base et petits incidents de la nature prend son temps malgré sa durée globale de seulement 1h20. Assis, debout, en palabres près de l'ascenseur, ces deux couples font penser à un combat de coqs lent à démarrer. Le ton finit quand même par monter, le portable et ces livres arrosés ça suffit... Ces dames décrètent qu'on n'égratignera pas plus leurs rejetons tandis que pavoisent les hommes whisky à la main. Du théâtre d'appartement. J'ai souri longtemps, médusée, et finalement ri beaucoup plus que prévu. D'une histoire toute simple émergent face visible et face cachée de l'individu, centré sur lui-même en droit fil des usages de génération en génération et pas près de changer. Divine interprétation du quatuor qui s'éclate dans les dialogues ciselés ! Si cynisme il y a, le spectateur est invité à déduire ce qu'il veut, précieux par les temps qui courent.
  • LE HAVRE (2011)
    Note : 18/20
    Carlos Gardel, Little Bob arraché des oubliettes sur scène, une robe empaquetée avec méthode, des petits bouquets d'amoureux appliqué, Monet de la police judiciaire ou le taxi 403, Laika, le fantôme canin revenu de l'espace, on n'en finirait pas d'énumérer les petits charmes du Havre façon Aki Kaurismäki... Un défilé de tableaux savamment cadrés pour filmer la débrouille des pauvres qui pensent encore. Et pourtant les intervenants, qu'on sent pleins d'estime mutuelle, affichent la rudesse du nord. On jurerait le cinéma d'avant (Chaplin, Bresson, Tati, peut-être même Lubitsch pour la malice de fond). L'univers du réalisateur se partage immédiatement dans cette histoire. Les personnages se toisent bien franchement dans un langage productif tout en collant à leur fonction (la cafetière qui sert et ressert à boire tout en conversant...), hommage aux petits métiers où on se cause d'égal à égal, loin du Cac 40. Ces braves gens veulent continuer à vivre en composant, là où ils sont, au même titre que les déplacés d'Afrique découverts dans leurs containers souhaitent trouver un havre de paix. La légèreté ambiante ne peut faire oublier qu'il s'agit une fois encore de l'Immigration. Réduite officiellement aux chiffres chaque année en France et ailleurs aussi, de plus en plus. Et qui n'empêche pas les déplacements massifs de personnes souvent sous la menace des armes... La bonne nouvelle est que ce phénomène de société qui taraude les consciences remplit les salles de cinéma (Concorde nantais plein ce 4/02/12) !
  • ADIEU GARY (2009)
    Note : 16/20
    16,5/20 : Projeté aux Trois Continents Nantais 2012. La désertification, suite logique de la mondialisation, s'étant aggravée depuis 2008, possible de trouver à ce film davantage de sens qu'à sa sortie. Le déplacement de la jeune femme jure autant avec l'entêtement du retraité bichonnant des machines qui lui échappent. Jure peut-être davantage avec la jeunesse masculine présente, sur le qui-vive, entre transgression et soumission à une trajectoire professionnelle abrutissante. Tout le désarroi d'une culture accrochée au fantasme afin de ne pas sombrer. C'est un film au charme indéniable, à la frontière du familier pour son aspect social (façon Guédiguian) et du fantastique pour son cadre, Gary Cooper en étant l'éclair ludique, les bruits de matériel qu'on déplace le sérieux bémol. Avantage certain, la présence de Bacri, ici en bourru qui s'amende, aidé par une partenaire qu'on devine revenue de beaucoup de combats, assez pour transformer la lâcheté en grâce. De la délicatesse, il y en a beaucoup de toute façon dans ce film, les démonstrations de débrouille, le désarroi de la jeunesse d'avance entravée, soit de son fait ou par quelque illusion utopiste, des notions avec lesquelles il faut bien composer aujourd'hui. Simplement le propos peut paraître court comme la durée de l'ensemble (75 minutes).
  • LA DAME DE FER (2011)
    Note : 16/20
    Film projeté en avant-première au Katorza de Nantes dans le cadre Univerciné Britannique 2011. Approche feutrée, un peu mollassonne d'une ex poigne de fer. Meryl Streep en a assurément assimilé les tics. Les anecdotes les plus caricaturales n'effacent pas le côté timide, fadasse qu'on ressent d'emblée, sans doute parce que le film démarre avec une vieille dame un peu trop éteinte, à cent lieues d'un documentaire comportant témoignages de personnalités ayant côtoyé de près cette femme politique hors du commun. L'intérêt, outre de fournir quelques précisions biographiques, se résume aux images d'archives jalonnant les étincelles du personnage avant son éviction brutale. Cet aplomb qui fait mettre au garde-à-vous l'équipe de cravatés et chouchouter la couturière penchée sur le bouton de veste d'un bleu dur, rendrait le personnage presque sympathique sans l'excès de zèle notoire dont elle se crut tenue. On a beau s'efforcer à l'objectivité, Maggie âgée ou Maggie jeune, fille d'épiciers très attachée toute sa vie au prix du beurre, une fois cernée, peine à captiver. C'est pourtant filmé avec application, en surface équilibré avec cet époux jetant une note humoristique... Las, connaissant le tempérament de feu de la dame, les ravages de son règne, c'est un portrait assez "soft". La matière ne fait pourtant pas défaut, chacun saisit la revanche adulte suite aux moqueries des copines, la gloire de quelques années et cette mémoire soudain vacillante... Oui, peut-être pas dans cet ordre-là. Ou alors avec un oeil plus acéré.
  • LES ENFANTS INVISIBLES (2010)
    Note : 19/20
    Projeté en avant-première à l'Univerciné Britannique de Nantes en décembre 2011. Sortie officielle française prévue sous le titre "Les enfants invisibles" en principe... Jim Loach, en digne fils de son père, dévoile avec beaucoup d'application ce pan de l'histoire britannique aussi surprenant qu'odieux : 130 000 petits êtres de 5 à 13 ans envoyés au diable. La main en visière au soleil couchant de l'assistante sociale aux yeux lumineux invite symboliquement à s'attarder sur l'horizon marin... Ce qui frappe est l'absence de suivi du côté de Sa Majesté... Le non dit est assourdissant : des enfants sans appartenance précise ont été exilés par bateaux pour que leur masse not bankable ne soit plus une lourde dépense sans retour sur investissement. Aubaine que ce filon de 1930 à 1970 qui garantissait le rachat de ces petites âmes d'extraction problématique ! Les autorités auraient demandé pardon officiellement depuis pour avoir négligé de vérifier sur place (l'Australie en 2009 et la Grande-Bretagne en 2010), mais nul châtiment à l'horizon, pas plus d'indemnités si l'on se fie au film... Apparaît de façon criante l'utilité des boucs émissaires dans une société attachée à ce qui se voit... Sans doute faut-il se garder d'affubler tous les petits britanniques déplacés du même sort que les rescapés du bush australien tenus de rembourser leur séjour paradisiaque pour s'amender de leur condition bâtarde. En 1986, l'assistante sociale, mère elle-même et grâce à qui ce film voit le jour, devrait être décorée pour avoir défié les saints pères fouettards dans leur désert où crier est inutile. Quand la caméra se braque sur le repère en terre rouge, on mesure mieux l'inconscience collective, le refus d'admettre que sexualité et bestialité ont toujours accompagné l'esclavage des sans défense. Triste rétrospective, curieusement sans larmes puisque l'actrice Emily Watson pleure à notre place.
  • JEUX D'ETE (2011)
    Note : 17/20
    Film applaudi à Univerciné Cycle italien Nantes 2012. Un banal camping estival mène vers un décor champêtre avec des enfants qu'on sent décidés à en profiter au maximum. Un univers pas très tendre. Côté adultes, une charge contre la violence paternelle à l'endroit des femmes avec à la clé le repentir, créant cette terrifiante et usante oscillation du normal au sordide, cause de troubles durables dans les jeunes cerveaux. Le lien amoureux camouflé se tisse inexorablement entre Marie et Nic dont la mère, régulièrement battue, finit par penser son mari malade. A peine a-t-elle repris souffle, bras en croix à moto avec un témoin charitable qu'elle revient, le spectateur s'inquiète sérieusement pour les lendemains... La mère de Marie, elle, se dérobe aux incessantes questions de sa fille qui l'asticote jusqu'à s'abîmer dans la vérité. Les deux familles qu'on croyait inégales en houle potentielle se rejoignent. Rien n'est laissé au hasard, ni les cavalcades dans le maïs, ni les sévices crescendo, ni le chien sacrifié. En même temps, il ressort de l'ensemble un hymne à la fugacité du temps en dépit des orages. Du camping à la cabane, les personnages ne lassent pas d'étonner, passant du ravissement à la prostration. Du fait de leur règlement de comptes qu'on interprète sans retour possible case départ, ces jeux d'été s'avèrent très profitables !
  • CORPO CELESTE (2011)
    Note : 17/20
    Découvert à Univerciné Italien Nantes 2012. La scénariste-réalisatrice se glisse dans la peau d'une fillette au style proche de sa soeur Alba, actrice, on se croit en famille Rohrwacher... Un démarrage pris pour une immigration clandestine avant de s'avérer procession nocturne. La foi religieuse, sans être égratignée, renferme sa dose d'amusement. La "coach de catéchisme" (renversante Pasqualina Scuncia !) occupe les jeunes plus qu'elle ne convainc, les chats bannis de son enseignement comme au temps des bûchers... Du religieux quasi ludique jusqu'à cette chute à faire expier (très jolie scène de résistance face à la lâcheté adulte !). Les anciens enfants introvertis s'identifieront facilement à la petite inapte aux jeux du faire semblant pour faire plaisir. On n'oubliera pas ce jésus arraché du village à unique habitant et qui décide de faire la planche. Les très gros plans sur le visage, les cheveux soudain raccourcis indiquent que l'enfant revient de la béatitude. Aux spectateurs adultes de déduire, on sent la prudence sur pareil sujet, surtout ne se mettre personne à dos... La communauté où Marta a débarqué rappelle assez l'archaïsme français régional d' il y a 60 ans. Mêmes pouvoirs déclinés sans discussion. Le curé fuyant sa bonne et finalement desservi par sa confiscation des votes en faveur d'on ne sait qui (voilà qui laisse rêveur pour ce qui concerne le présent)... On reste entre deux eaux, d'abord dans le dos de Marta jusqu'à ce demi-lézard qu'un tiers apporte... Cette juvénile transplantation suisse en terre calabraise n'en est pas moins fort plaisante à suivre.
  • PORTRAIT AU CRÉPUSCULE (2011)
    Note : 17/20
    Déroutante jeune femme a priori, sauf si elle représente l'intrépidité féminine, à savoir en passer par les desiderata des dominants pour leur arracher quelque reste d'humanité. Filmé à la clarté du jour, c'est volontairement pâlichon comme le contexte du message que ça veut véhiculer, c'est à dire des lendemains qui ne chantent pas trop rose. Dans un esprit de contradiction à deux doigts du malsain, quoique... Beaucoup de sens possibles pour qui parvient à décrypter. Un pavé à la seule intention de la société russe ou une charge étendue à toute société de consommation vidée de sa culture. Consommons, chantons et dansons... S'il n'y avait l'issue comme incitation à relativiser, ça ferait fuite en avant hormis l'image soignée et la très attachante actrice. Olga Dihovichnaya rappellerait assez Carole Laure dans Sweet Movie ou Carole Bouquet dans Trop Belle Pour Toi, jusqu'à ce qu'elle vire de bord pour arriver à ses fins, j'avoue que cela m'a quelque peu désarçonnée jusqu'à ce que tenants et aboutissants se révèlent... Car pour ce qui est des autres présences à l'écran, ne leur manquerait plus que les grognements pour que le pur stade animal revienne, que ce soit ces hommes qui se lâchent à la file ou cette ado au klaxon ininterrompu chargeant son père. Anticipation de nos sociétés corrompues. La victimisation féminine de bon aloi est bel et bien évacuée. La réalisatrice met en exergue l'ambivalence féminine slave, une docilité de façade vite détrônée par des raffinements de cruauté.
  • ALBERT NOBBS (2011)
    Note : 18/20
    Film injustement descendu par de nombreux critiques au prétexte d'oscar convoité ! Il s'agit d'une histoire captivante en plus d'un hymne à la délicatesse. Photographie très soignée avec son vert-de-gris de l'époque victorienne laissant affleurer les tensions qui vont naître du frottement de ces classes sociales aux antipodes... D'abord, le "ni homme ni femme" Albert toujours poli et élégant, sauf qu'il rase les murs. On brûle de savoir ce qui a pu arriver à des yeux aussi étincelants. Tout aussi captivants, débarquent les autres personnages, bien typés, la plupart sous la houlette de la fieffée Missis Baker, le docteur bon vivant (Brendan Gleeson), les servantes dont le sang bout dès qu'un jeune homme de passage fait ses ablutions... Et que de remous dans les étages ! Rien qu'à voir les "gueules" du casting, remonte l'atmosphère hivernale de cet hôtel, les calamités, les bals où il est permis de se lâcher, plus tous les moments de silence d'une infinie justesse qui signe la marque de fabrique de l'ensemble. Ni triste ni joyeux, il arrive en dernière partie qu'on rie bien franchement (au pas de la porte puis sur la plage !). Certes, je n'ai pas lu le livre dont c'est inspiré ni vu la pièce... Il n'empêche que c'est joliment traité. Les tiraillements évoqués parlent complètement à notre époque d'abondance mal partagée, l'abus de pouvoir, le repli sur soi dans des rêves fumeux, la peur de rester sur le carreau et également les coups du sort ramenant une forme de justice.
  • POURQUOI TU PLEURES ? (2011)
    Note : 17/20
    Ce qui s'appelle se laisser marier... Grande qualité d'ensemble, la musique de Benjamin Biolay toujours délicate, la ritournelle d'Enrico Macias bienvenue aussi comme dernier grincement. C'est beaucoup plus vitriolé que bobo, cruel et attendri (ces claques !), jamais trash pour autant. Pas du tout pour les esprits terre-à-terre, encore moins pour les inconditionnels des traditions. On est dans une caricature de tous les angles du mariage. Biolay crève l'écran avec des mots que viennent souvent démentir son expression de visage très mature. Il incarne l'indécision permanente, rôle plus répandu qu'on ne le croit et qui lui va à ravir (la démarche super chaloupée avant de jeter l'éponge incluse). Devos et Garcia toutes deux irrésistibles dans leur fébrilité auprès de leur homme fétiche. A part ces trois piliers rodés à articuler, les rôles secondaires aussi ont leur valeur : à déplorer la diction ultra rapide. Du surplace aussi par moments, heureusement racheté par oeillades ou dialogues. En deuxième lecture, rien n'interdit d'y voir les tendances conservatrices, cette fermeture des yeux sur les remous souterrains pourvu qu'ils soient en surface "bien gérés"
  • MEDIANERAS (2011)
    Note : 16/20
    La paisible voix off embarque avec son "un homme est à l'image d'une ville et une ville à l'image de ses habitants". Promoteurs, architectes, magnats de l'immobilier, le peuple est ici calqué sur vos desiderata (de Buenos Aires à Shanghaï...). Très belle facture globale, lente, ironique et décontractée. On y trouve une collection de petites scènes intimistes au réveil désenchanté dont quelques bribes fort instructives (la piscine). On est illuminé par la splendide Pilar Lopez de Ayala. Le réalisateur de 46 ans joue sur l'esthétisme, amer, gentil, convenu... La fausse note est bien cette chansonnette You Tube en anglais, une boursouflure inutile après ce face-à-face électrique qui laissait les imaginations travailler un peu !
  • MOINEAUX (1926)
    Note : 16/20
    Ce huis-clos se ressent comme les contes les plus terrifiants de l'enfance. Une fraîcheur juvénile à la base pimentée d'horreurs de la nature (les crises de rire, les bouches ouvertes sur le ventre vide, la constante menace de l'engloutissement exacerbée par l'arrivée de vrais alligators qui frétillent !). Les enfants autour de 6, 8 ou même 10 ans encore sous le choc des ogres avec petits poucets devraient en être bouleversés. Les adultes habitués aux luttes contre le mauvais sort seront sans doute plus pondérés dans leur assimilation de ce cumul de misères. Par sursaut de responsabilité de l'espèce... Ils admireront les scènes de sables mouvants, l'expressivité générale, la justesse des cartons explicatifs, l'infinie subtilité de la mise en scène. Patrick Brion (en bonus du dvd) aide d'ailleurs à comprendre la tâche monumentale que fut ce film avec Mary Pickford et le premier réalisateur en complète mésentente, plus les dangers souvent inconsidérés que vécurent les acteurs sur le tournage.
  • LE PETIT LIEUTENANT (2005)
    Note : 19/20
    Beaucoup aimé à sa sortie en salle. Le dvd sur janvier 2013 procure exactement le même plaisir. Amateurs du polar traditionnel, si vous affectionnez les traditionnels fracas de pétards, patience, l'action se distille avec d'autres ficelles... Xavier Beauvois explore les coulisses policières en y glissant psychologie, réalisme, un soupçon de dérision. De la faiblesse, des débordements, pas de gros effets, juste des faits. Et avant tout un hommage à la profondeur féminine. Le réalisateur s'octroie le rôle odieux pour mieux mettre en valeur le petit nouveau, frétillant, prêt à tous les défis, convaincu de sa supériorité par rapport au commun des mortels (avec sa copine ou dans Paris à fond de cale ôte-toi de là que je passe, il est à claquer !). Nathalie Baye s'amène soudain à gauche de l'écran, plus de première jeunesse et sans maquillage. Avec ses jambes fines, son colt à la ceinture, admirée et crainte, un peu pète-sec en interrogatoires, sans détours face aux experts qui finassent, avec des sursauts d'humanité, du découragement... Une double vulnérabilité révélée pas à pas. Nulle grivoiserie autour d'elle, Jacques Perrin, Roschdy Zem aux petits soins... Jalil Lespert, qui démarrait sur les chapeaux de roue, écope du pire concours de circonstances qui soit. Des scènes très pointues restent en mémoire, toutes les étapes de "la bavure", le baptême, les dépositions avec interprète d'une diction hallucinante... Inoubliable aussi, la complicité affectueuse entre le jeune qui se fait les dents et la quinquagénaire qui transfère sur lui son fantôme. Pas tous les jours que le cinéma offre une vision acceptable de ce tandem (ironique scène du joint !)... Les derniers plans, plage et ressac, ce regard vers la caméra, donnent envie au spectateur de courir envelopper "Vaudieu" d'une grosse écharpe de laine mohair !
  • AMADOR (2010)
    Note : 16/20
    Projeté au festival espagnol de Nantes 2012. Un portrait plein de charme, pas pressé du tout, bien servi en réparties lors des confrontations. Marcela, belle plante d'Amérique Latine (Magaly Solier) traverse l'écran de sa gracieuse massivité, ses grands yeux noirs dont le droit à cicatrice accentuant encore le regard de velours, et ses irrésistibles fossettes quand elle s'anime !... Elle affiche la lassitude et pourtant envoûte presque tout le temps, oui presque... car une passivité apparente servie aussi longtemps peut déclencher une somnolence par à-coups... Comme cette ombre si longtemps sous les draps. Ou le rite de vaporisation sur ces roses de frigo volées, reconditionnées, fou ce qu'elles restent fraîches, enfin il faut voir dans ces bizarreries, de probables allusions voilées à la débrouille hispanique passée et en marche. Une demi-heure de moins n'aurait certes pas nui en ce qui me concerne, ou alors un peu plus d'Amador dans son lit avec son puzzle entre ciel et mer, sa visiteuse du jeudi, véritable baromètre, et ce jeune cureton, permissif au-delà des mots... D'heureux intervenants qui rattrapent l'interminable cheminement de la protagoniste. A leur contact son ingénuité s'affirme au centuple, son sens pratique aussi, il faut dire que leur logique faite de contrepieds divers, ne manque pas de sel !
  • LE CAIMAN (2006)
    Note : 16/20
    Déçue de cette manière brouillonne d'amonceler les pièces de puzzle, ulcérée par le flot de bavardages, j'ai soupiré pendant la longue présentation, à peine touchée par les gags et les coulisses du monde cinématographique. On rit souvent jaune dans cette tragi-comédie. Ce couple avec enfants qui se sépare souffre pour enfin connaître la libération (très joli face-à-face entre ex en voiture). Forte aussi la bévue masculine, et pan une arme habituelle en moins ! Berlusconi qu'on croirait statuette du Musée Grévin parlante est montré dans l'un de ses dérapages publics les plus savoureux. Qui va le singer à l'écran, ce bel homme mûr ou cet autre plus quelconque quoique habité par ses tics ? On tient le coup grâce à la jeune scénariste, d'apparence douce (toujours irrésistible Jasmine Trinca !), ses audaces d'individu sain et déterminé, ses silences blasés offrent de quoi s'identifier. Très habiles tours (tout bien considéré) pour égarer le spectateur afin d'en venir au fait... Moretti qu'on avait aperçu dans l'hésitation, débarque soudain de dos et à grands pas, pour se retourner plein du jargon et des mimiques du Cavaliere traduit en justice. S'ensuit une salve à l'intention des électeurs italiens, moins d'Etat, tout au privé, déjà en 2006... Un discours magistral dans l'Hexagone qui vient, en ce 6 mai 2012, d'évacuer sa copie conforme du maestro !
  • MINUIT À PARIS (2010)
    Note : 18/20
    Pour ceux qui préfèrent le cinéaste quand il tourne hors USA. Le personnage principal masculin incarne tant dans son phrasé que sa dégaine, un Woody 2011. Ah ah, la bonne société en vacances à Paris... On visite en organisant les activités du matin au soir et du soir au matin. Le réalisateur sabre un tantinet le programme. C'est un défilé d'hommes et de femmes tous craquants dans la gentille caricature qui en est faite. Notre Carlita, guide gracieux sans plus par rapport à Marion Cotillard dans le créneau "plaisir d'amour". Des grincements. Les Français demeurent pétris des sensoriels conquérants que sont les artistes internationaux, suffit de remonter un peu les pendules.... On guette la voiture qui se pointe à minuit comme variante de Cendrillon. A chaque passage, une attente amusée et c'est la bascule dans l'onirisme... Curieux réveil, quasi indolore tellement le pragmatisme a pris le pas sur tout le reste.
  • DANS PARIS (2006)
    Note : 17/20
    Visionner le dvd de ce film de 2006 en 2011 vaut, en plus des acteurs tous bien à leur place, pour son approche des contextes familiaux contemporains : on est revenu des épinglés "Tanguy", voici les domiciles parentaux comprenant la présence des jeunes adultes désoeuvrés pour cause de récession économique aiguë. Avec un deuil pour surligner la paralysie, Paris pour décor de repère, rive illuminée de Noël longeant une eau noire tentatrice en parfait contraste avec ce balcon dominant les toits... Remarquable interprétation de Guy Marchand auprès de ses grands garnements aux ailes coupées. La mère recasée ailleurs, aussi toxique qu'attirante, maintient le frein (Marie-France Pisier récemment disparue très attachante dans ce film). Inspiré Nouvelle Vague pour la manière de filmer le côté intimiste surdimensionné, cette suite d'humeurs changeantes chacun dans son monde plombé malgré les passerelles. Côté spectateurs, la même succession d'attendrissements et d'agacements mais quand même rapportés à une époque régressive au centuple !
  • HABEMUS PAPAM (2010)
    Note : 18/20
    Divin ! Je me suis amusée comme une petite folle, loin d'être la seule... Les conservateurs seront pincés, c'est entendu, et qu'ils soient psys, ecclésiastes ou fidèles. Ah que voilà pourtant un pape qui donne des ailes, même pas arrêté par ce taquin d'analyste interdit de portable ! Andropause ou reprise en main de sa destinée par lassitude des faux-semblants, voilà notre saint homme en fugue (dém...-vous !), chacun restitué à son libre-arbitre. Certes touchant comme l'agneau avec son besoin d'air tandis que poireautent les copains cardinaux... C'est filmé avec malice, un peu d'égarement côté sport et théâtre, de saintes colères, jamais d'austérité... Merveilleux rideau rouge ondulant sur fond noir, silhouettes en contre-plongée à reculons, quelle aventure... Déclinable à bien d'autres domaines contemporains où trop rares sont les démissionnaires !
  • LA VIE SUR L'EAU (2005)
    Note : 17/20
    A condition de parvenir à garder la distance nécessaire, celle qu'on réserve aux cinéastes empêchés de dire les choses directement, c'est tout d'abord une captivante description de la débrouille collective filmée sous le soleil d'Iran avec la réverbération de la mer comme amplificateur. Beau, lumineux, parsemé de gags visuels (la montée de l'âne !). A noter la fibre paternaliste du "maître à bord", certes défenseur des faibles, mais désireux d'endurcir les jeunes pour une saine relève (les cruelles immersions filmées en temps réel !). L'issue laissait espérer un sursaut démocratique encore possible dans ce pays à jeunesse dominante à 60 %. Le cargo échoué prenant l'eau, s'il n'a pas sombré, doit être gardé en permanence par la milice.
  • AU REVOIR (2010)
    Note : 17/20
    Beaucoup de soin à l'image pour nous inviter à suivre l'inévitable madone iranienne aux traits purs en d'infinis plans-séquences. Promenée entre lumière et ombre sur cette grâce physique un peu altière (culte du vernis à ongles), j'ai immédiatement perçu la détresse domptée de cette diplômée avocate sans père ni mari présents. Mohammad Rasoulof martèle que son film n'est pas politique. Si chacun interprète les mille et une lectures possibles, impossible pour autant de nier le carcan totalitaire sous l'affichage moderne, l'entraide à coups de billets de banque feuilletés à grande vitesse, les intérieurs de bon goût aux couleurs pastel gris bleuté et grenat. Bref, la vie quotidienne iranienne prend les traits d'une femme (déboussolée ou un peu nonchalante ?). Un spectacle invitant à mesurer une fois de plus le désarroi d'une génération sacrifiée sur son propre sol. Alors, certes on est loin de l'humour viril de "La Vie sur l'Eau" du même réalisateur (encore "bon enfant" car bien avant les événements tragiques électoraux). Justement, sous ses airs de ne pas y toucher, le message gagne en force.
  • BIGAMIE (1953)
    Note : 18/20
    Subtile descente à l'intérieur des couples, les apparences impossibles à éviter à tel endroit peuvent toujours être contournées à d'autres si une double vie s'impose plutôt que de tirer la langue jusqu'à terre... Etonnant comme le mari demeure sympathique d'un bout à l'autre de l'histoire et même au procès, et ce malgré l'enjeu que représente l'arrivée d'un enfant dans un foyer. C'est très bien fait, y compris la découverte du subterfuge, cette stupeur dans le geste de la femme d'affaires toujours en marche. Si les deux femmes souffrent, l'audace d'Ida Lupino est bien d'avoir endossé le rôle de la plus fragile, la moins possessive pour savoir ce que liberté individuelle signifie. D'office on la retient comme favorite bien que le point de vue de l'enquêteur décrive parfaitement l'ambivalence que le personnage du bigame laisse dans les esprits.
  • TROIS ENTERREMENTS (2005)
    Note : 18/20
    Hormis quelques artifices scénaristiques brouillant la chronologie, c'est du western classique côté image. Les deux larrons centraux très typés dont le plus jeune semble incarne le blanc-bec civilisé qui commence à gangréner côté cerveau, louvoient longuement à distance. Ils se révèleront seul à seul dans l'épreuve. Une vraie traversée du désert (scène hallucinante de ce fantôme réclamant du plomb !) doublée d'une allusion aux bienfaits des brassages et de la solitude qu'il y a à fréquenter celui trop différent parce que dépendant du bon vouloir local. Ici l'immigration mexicaine (en 2012 l'immigration planétaire). Amitié désintéressée entre deux hommes égratignés par la vie dans le bon sens, au spectateur de déduire ce qui a pu arriver. On a surtout un savoureux parcours éducatif. Non sans l'ironie tacite qui rappellerait les rôles d'Eastwood à bien des égards dans ce genre-là. Le dvd gagne à être vu au moins deux fois, d'abord pour se re-passer le film sans malaise d'enchevêtrement scénaristique et ensuite pour s'imprégner du bonus, des interviews du réalisateur entrecoupés de morceaux de roi et appréciation amusée de Barry Pepper).
  • UN POISON VIOLENT (2010)
    Note : 19/20
    Katell Quillévéré, tout juste trente ans, mais on la sent vibrer derrière sa caméra, tant elle se délivre elle-même de ses tiraillements de jeunesse. Non, ce n'est pas juste une histoire de bigoterie austère rattrapant le destin d'une déchirée entre sexe et fracas familial. Poétique, espiègle ou franchement houleux, aucune minute creuse, sur le fond assez métaphysique mais facile d'y entrer grâce au bercement musical émaillé de quelques gags. La scène de l'église est grandiose même pour agnostiques et mécréants, le fantasme de Galabru en vieil homme usé passe incroyablement bien. Chacun(e) peut se revoir dans sa prise de conscience d'ado, au premier chef les trentenaires de 2010-2011, les gosses de divorcés et leurs parents perdus le temps que les choses se tassent, beaucoup de monde finalement, ennui et souffrance mêlés aux éclats de rire. Le regard sans concession, l'objectif de transmettre à tous une volonté d'harmonie habitent ce petit chef-d'oeuvre à voir au moins deux fois !
  • TU SERAS MON FILS (2011)
    Note : 18/20
    Jusqu'au cou dans le vin mais ambiance tendue à cause d'une gêne lancinante, qu'on devine due à une fêlure du pater noster trônant entre vignes et cave. Un patriarche bien séduisant quoique venimeux comme un mauvais commercial. Quand un pervers narcissique achète son monde, les attitudes peuvent varier, charmer, susciter l'admiration ! Des situations très habilement amenées (tout à fait plausibles pour qui sait de quelles haines recuites une famille est capable) jusqu'à la faille, le ras le bol, ici venu de là où on n'osait l'attendre. On passe un excellent moment global avec ces magnifiques comédiens qui se mesurent. En musique de fond, quelques mots bleus du regretté Bashung... A noter aussi que, pour une fois, le spectateur se paie un brin de sadisme offert sur un plateau par le cinéaste, c'est trop d'honneur !
  • APRÈS LE SUD (2011)
    Note : 17/20
    Tout le monde devine le style de tragédie mais, pour une fois, le synopsis n'en dit pas trop, impossible par exemple de deviner la boursouflure de l'issue (principale faiblesse de cette suite d'angles autour du fait divers). Un film aux allures quasi documentaires qui aide les forçats des temps que nous vivons à apprécier la minute, voire à deviner quand ça sent le roussi (la spectaculaire crise d'asthme !). La facture est soignée, les pros de la technique devraient admirer le montage du parfait étudiant en cinéma. Les hyperactifs hyper confiants hausseront les épaules en revanche, pas concernés par les petites misères de ces marginaux que restent, pour le citoyen lambda, les inadaptés de nos cités : une grosse dame boulimique, une caissière de supermarché tout juste aimable, un jeune Italien qui boîte, un vieux méticuleux qui vénère Mozart.
  • IRENE (2009)
    Note : 19/20
    En recourant une nouvelle fois à la voix chuchotée de la confidence, Alain Cavalier convie à mettre mentalement en images la trace de ces êtres bien incarnés mais soudain météores. Remarquable introspection dépouillée du sexisme pour révéler l'individu écrasé par le temps, que ce soit le tiraillé entre ses pulsions ou le rattrapé à un moment qu'il estimait banal. Des prises de vue très soignées défilent sur la voix-off (dont je n'ai pas tout saisi tant elle s'effiloche par moments). Les objets, les lieux marquent l'empreinte tenace d'Irène que la femme plus jeune, plastique encore malléable, ne parvient pas à supplanter. Cette pièce de l'attente, la terrible nouvelle en plans découpés de mémoire... La claque physique. Etonnant qu'on en ressorte aussi délivré(e) !
  • MAINLINE (2006)
    Note : 16/20
    Réalisé par un homme et une femme iraniens bien avant la présidentielle 2009 mettant le cadenas que l'on sait. Voici donc un milieu privilégié, la mère ingénieure, le père ex jouisseur aux jambes entravées mais pas le jugement. Entre eux cette petite aux traits butés, bien régressive à exhiber sa robe blanche... Très agréable photo sépia pour décrire l'intimité familiale, des acteurs plutôt convaincants dans l'entêtement qu'ils montrent à avoir des idées bien personnelles (et cette beauté digne du visage maternel !). Une nouvelle fois la modernité (portables), la vie trépidante des grandes cités (scènes en voiture), les rendez-vous sordides, l'inévitable mépris du dealer pour "la bourgeoise"... Avec son "qu'est ce que je vais faire ?" au plus fort des crises, la jeune fille évoluée redoute l'union qui se rapproche... Son zéro plaisir en dehors de l'addiction donne le vertige. Côté spectateur, étau politique et drogue dure forment une double peine pour l'Iran contemporain sous couvercle. Un film méritant, terrible, dont on est content de s'éloigner.
  • L'EXERCICE DE L'ÉTAT (2011)
    Note : 18/20
    Selon le regard porté sur les personnalités politiques, le spectateur adhèrera ou rejettera cette intrusion de Pierre Schoeller dans le monde entrepreneurial des gouvernants français. Là où il faut s'allier ou se renier, le fameux "avaler son chapeau", se positionner donc, toujours rebondir, du moins en avoir l'air. La solitude est exclue, la fuite vaut désertion sur le champ de bataille. S'impose un refuge affectif solide. Tel est la vision du cinéaste qui effleure à peine l'égrillard, merci, cela nous fait des vacances... Le ministre coaché par sa gardienne anti dérapage verbal fait penser à nombre d'esclaves du business pressés ou statiques comme sphinx au contraire. Ici englués dans la grande famille de collègues-rivaux, chacun rêvant que son nom entre dans l'histoire. Petit détail que l'électorat, le baromètre qui rend la mission noble. Ces champions sont flanqués de femmes dont aucune ne saurait les dépasser dans le marigot... Et voilà qu'on bifurque sur une autoroute en construction, le film pouvait s'arrêter net, laissant une forme de fraternité pulvériser cette frénésie. Eh bien non, les parapheurs sont déjà à signer. Une forme de guerre en somme !
  • COLLISION (2004)
    Note : 16/20
    16,5/20 : C'est spectaculaire. Totale schématisation étasunienne, bons et méchants visibles à l'oeil nu, grivoiserie appuyée, abjection crescendo en veux-tu en voilà... Le processus "Orange Mécanique" de départ fouette bien les sangs, accrochez-vous à votre siège pour le décollage. En chemin, des adoucissements, bribes d'empathie, savantes réparties, viennent compenser ce traitement de choc. Depuis la sortie 2005 en France de ce film, le sordide, la violence gratuite et autres irresponsabilisations nées du chaos politico-économique ont déferlé. Heureusement, certaines acrobaties signent le réalisateur qui provoque plutôt que le sadique, et l'oxygène de dernière ligne droite le confirme, tel bouc-émissaire au pifomètre est trouvé aussi dans l'entre-soi. A la bonne heure !... Sans cet effet boomerang, l'humain encore digne de ce nom louait auprès de son animal préféré un recoin de tanière !
  • SWEENEY TODD, LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET (2007)
    Note : 16/20
    Le genre conte noir funèbre à grands renforts picturaux et sonores aurait peut faire fuir. Un sadisme un peu trop facile à l'heure de l'horreur économique en extension planétaire ? Rien que les coulées rouges sur le noir ambiant, voilà qui donne envie de planter là le dvd qui a l'avantage de créer la patience en permettant un visionnage en deux temps au lieu de foncer lâchement à la fin. Car ce qui "tient", bien plus que ces chutes de fauteuil, ces gorges torrentielles, c'est le mot de la fin, la morale propre aux contes. Elle se tient. Macabre à souhait mais satisfaisant, "de la belle ouvrage", enfin, si l'on veut se donner une idée du meilleur de Tim Burton celui-là fera l'affaire !
  • LA FOLIE DES HOMMES (2001)
    Note : 18/20
    Les catastrophes de ce type existeraient encore. Décevant donc que ce thriller sorti en 2001 n'ait récolté aucune distinction. Trop anxiogène dans le mauvais sens du poil... L'intérêt est tenu de se focaliser sur les prestations Serrault-Auteuil-Morante. Nions cet accident, il ne peut plus se reproduire ! Si l'on mesure le degré d'emprise des lobbyistes de 2012 ces procès de multinationales qui traînent), possible d'y trouver écho hélas ! Ce vertige en haut du pont d'abord, défi à la nature, oublions les sacrifiés sur l'ouvrage surtout (une quinzaine !). La manière d'appeler l'inéluctable, par à-coups, le collectif pressent, ne veut pas voir... C'est un thriller architectural qui a exigé moyens et minutie pour égaler son témoignage journalistique. "De tous les ouvrages construits de main d'homme les barrages sont les plus meurtriers", parole de l'ingénieur décédé 6 mois après la catastrophe de Fréjus en 1959 également mentionnée dans ce film. Depuis, des dispositifs de protection par les autorités séviraient, probablement fragiles face aux tenants du marché autoproclamés maîtres du monde. A retenir que si la rupture d'un barrage est réputée progressive, perdre la face est de tous temps mortel... Ce film édifie sur les détails camouflés de l'entre-soi, sur l'interdit d'objection qui régit la compétition aux générateurs d'emplois et génère les troupeaux dociles. Les peines plus ou moins purgées par les décideurs ne peuvent faire oublier quelques 2 000 innocents rayés de la carte !
  • WHITE MATERIAL (2010)
    Note : 15/20
    Bande-son envoûtante, dépaysement, on peut s'accrocher à l'échelle du car et tanguer avec cette nouvellement montée et qui s'accroche... Attention, méandres anecdotiques fréquents. La petite dame en robe d'été veut juste une semaine de sursis avant de plier bagages, "le café est mûr". Ses cheveux, véritable reflet flamboyant de la terre rose africaine signalent qu'elle vient d'ailleurs, en témoigne le message qui lui est destiné du haut d'un hélicoptère et aussi le coffre aux clés baladeuses. Déjà le spectateur, séduit par le charme pictural et auditif, est dubitatif quant à la valeur de la dernière liasse... Flash-back, retour au trajet, Maria assise cette fois dans le car... Arrivée dans une maison en dur, quelques survivants, un fiston qu'il aurait été préférable de laisser au lit (Nicolas Devauchelle, carrément deux personnages pour le prix d'un) ! Beaucoup d'indices pêle-mêle, des dialogues animés, et toujours rien de clair. La volonté de multiplier les interprétations, ou une délicatesse franco-africaine de bon aloi. Pistolet sur la tempe et... la dame toujours aussi battante ! Les dialogues instruisent tout en omettant le petit plus qui ferait qu'on embarque. Attendrissante Isabelle Huppert en récoltante de brousse aux prétendants clairsemés (Christophe Lambert, lui aussi bien mis en valeur). L'impression de vide se change en malaise. Le voyage esthétique, l'ambiance réussie laissent sur la faim car Madame Vial dévisse, sans doute victime d'un coup de chaleur... A retenir, l'attitude des enfants-soldats, le racisme rampant qui devient traînée de poudre si les circonstances s'y prêtent : ils font la force de ce film.
  • ENTRE VOISINS (2011)
    Note : 18/20
    Cycle allemand Univerciné Nantes 2011... Voici un thriller d'apparence soft et faussement froid avec ses plans comme passés au crayon gris. La chaleur dans les dialogues, toute une palette de subtilités dans les situations, petits signes, émotions réprimées, d'une infinie délicatesse. Un décor planté en deux coups de cuillère à pot pourtant sur une musique feutrée qui part comme une bobine qu'on ne retient plus. Cet effet d'alerte fait mouche, on retient son souffle en se demandant jusqu'où ils vont s'engluer, je pense à cette accélération en kayak... Un tandem délectable que ces deux voisins finalement, le Berlinois qui vient de signer avec la presse locale coincé par l'infirmier collectionneur de miniatures guerrières. A vous dégoûter d'aller frapper à la porte d'à-côté en débarquant dans l'inconnu. Un encouragement à écouter sa petite voix intérieure insistante en revanche. Il ressort de cette histoire un débat possible mais une morale imparable... Avec les ingrédients classiques du polar, une femme entre deux copains, ici deux blondes à tour de rôle. On peut dire qu'on a eu chaud avant de deviner lequel s'en tirera doté d'un lien plus fort que tout !
  • LES JOURS A VENIR (2010)
    Note : 16/20
    Prix du public Univerciné allemand Nantes 2011 : une anticipation du futur proche (maxi 2020) qui a séduit largement, à défaut de tout à fait convaincre les difficiles à cause des gros effets de style qui d'office tuent l'imagination (Lars Kraume est issu du monde publicitaire). Plans généraux déployés, angles d'images multiples, personnages aux trajectoires bien déterminées (cette tête à claques de Konstantin !). Cela tient bien la route toutefois grâce aux dialogues clairs dans les situations enchevêtrées. On y pense tous à ces pièges que la vie tend par rapport aux idéaux qu'on se fixe. Avec des influences aussi dangereuses que déterminantes : la scène terroriste du restaurant dans sa progression visuelle et sonore, sublime moment autant que mise en garde. Ce film datant de 2010 caricature l'avenir européen par rapport aux énergies fossiles, imagine l'extrême inverse du terrorisme financier dans une Europe constituée de pays fermés et d'autres accessibles à ses risques et périls. Pour ma part, ce n'est qu'une fois passée derrière la porte, direction le chalet avec l'enfant, tout cet épisode étonnant dans son aspect western, que j'ai ressenti la première vraie émotion.
  • MICHAEL (2011)
    Note : 18/20
    Projeté à Univerciné Nantes 2011 cette merveille sur un sujet scabreux... que la sordide actualité peut faire fuir comme la peste. Cette horreur aux allures de documentaire, en plus qu'on la suit sans en être déshonoré, donne une idée de la relation de deux individus dont l'un détient pouvoir absolu sur l'autre (évidemment, on pense à cette jeune Autrichienne séquestrée pendant des années). Le premier "viens" avec cette porte capitonnée ouvrant sur un noir d'encre glace les sangs, quoique sortir de la salle ne viendrait pas à l'esprit parce qu'on est déjà accroché tant c'est bien amené. Captivant jeu des deux acteurs face à face. L'asphyxie devrait donc ouvrir sur un espace de réflexion... Et on n'est pas déçu ! Le quotidien de ce couple insolite, fait de rivalité, de haine bien franche, implique une dualité pour le ménage, les repas, le jeu, le troublant rapport d'affection entre un bourreau et sa victime, la loi bien connue des otages... L'adulte borderline avec sa manie d'un enfant à chosifier, en plus de pulsions inquiétantes (aller creuser un trou dans les bois !) a aussi ses quarts d'heure de pitre... Il n'en demeure pas moins sociable, piètre skieur de fond, repasseur émérite et assureur zélé. Avec des larmes lui aussi à ses heures... Quant au petit, il subit longtemps et quand il se rebiffe ça fait mal !
  • LES VIEUX CHATS (2010)
    Note : 19/20
    Projetée au Festival des Trois Continents Nantais 2011, cette renversante caricature de conflit de générations. Irrésistible vieux couple, Enrique ange-gardien et son Isadora, s'avalent chaque matin une dizaine de gélules chacun. On peut comprendre, dans leur résignation, l'écrasement des populations d'Amérique Latine, la double lecture devenant réflexe pour les pays où la tyrannie s'est longuement exercée. Possible aussi de rire de la condition humaine, d'eux sur l'écran et de nous tous, de la fronde juvénile avide de sensations fortes (qui "sniffe" beaucoup dans tous les sens du terme) et des vieux jetons aguerris laissant croire qu'ils sont malléables. Les félins, premiers à l'image avec les objets passés en revue, semblent incarner, dans leur bonhomie fourrée, le double regard chilien des cinéastes, à la fois à distance et au ras des péripéties quotidiennes. Une fois vécue la première véritable absence, on sort de l'image qui chavire avec discret roulement de tonnerre comme du somnambulisme. Le style de l'ensemble verse davantage dans l'autodérision que dans la méchanceté gratuite. La dernière échappée de la dame inviterait presque à en jouer comme d'un levier pour régler ses comptes, avec tout le respect dû aux âmes sensibles que quelques moments grinçants vont immanquablement froisser. C'est sentimental, plein d'espièglerie et en même temps gravissime. Interprétation des quatre principaux personnages remarquable.
  • TRAITRE A LA PATRIE (2011)
    Note : 16/20
    Univerciné allemand Nantes 2011... Paul Gratzik ramant en eaux limpides redoute d'être "asticoté" par Ann, la réalisatrice. Il s'empresse d'évoquer la complexité de l'histoire allemande... Larmes aux yeux, elle tente d'apprivoiser le vieux bougon qui vit sous le seuil de pauvreté dans une maison en rase campagne aux hivers rudes. Après quelques petits verres se profile le parcours vers les machiavéliques sommets. On visualise la mère et ses enfants rejetés par la société allemande pendant la guerre. De va-nu-pied, Paul se change en beau gaillard de type tzigane brûlant de faire ses preuves dans une structure solide. S'intercalent les témoins de son parcours parmi les peintures veloutées de Leif Heanzo, à retenir les rhododendrons dans une baignoire ... Une de ses compagnes mentionne "des millions de morts causées par les tempéraments abrutis comme celui-là". La Stasi abusant de la séparation entre mission d'Etat et vie privée "infiltrait" la quasi intégralité des milieux. Ce qui fait se demander si l'intéressé était vraiment pieds et poings liés jusqu'en 1989 où il jeta l'éponge tandis que le Mur tombait, enfin, c'est ce qui est sous-entendu et semblerait encore controversé si l'on en juge par le titre du film... De même sa phrase "les traîtres souffrent aussi" touchante mais qui ne saurait, pour les populations écrasées, absoudre les tyrans des régimes extrêmes.
  • SUR LA PLANCHE (2011)
    Note : 16/20
    Festival des Trois Continents nantais 2011. Un film tourné avec fougue dont il se détache une "envie de dire" qui force l'admiration. Alors on suit ces jeunes filles en se fourrant dans la tête que la débrouille dans cette zone franche de Tanger doit être faite de ces vertiges-là. Actrices touchantes dans leur contraste volontaire, chacune jouant sa partition dans l'affrontement sans saliver de ce que l'autre soit plus ceci ou plus cela. D'une certaine manière toutes les quatre sont logées à la même enseigne, de la plus plastique à la plus garçonne en passant par celle qui s'affranchit jusqu'à ne plus savoir où se positionner. Dans la survie où culture et racines brillent par leur absence, elles jouent de leur personne en forçant le trait comme pour encore ressentir quelque chose. Peut-être justement est-ce un peu trop appuyé, avec des redondances où on frôle l'ennui avant la scène décisive ? On est plus dans le respect que dans l'émotion véritable.
  • LES HOMMES (2006)
    Note : 18/20
    Sous la forme du dvd, avec l'interview de la cinéaste en renfort, j'ai trouvé ce documentaire saisissant. D'abord, l'arrivée dans ce désert glacé avec le "pü-pü" comme fond sonore crée une ambiance. C'est émouvant, ça rappelle les vaisseaux spatiaux ou sous-marins qui débarquent en zone inconnue. Et ensuite, bien d'autres langages viennent remplacer le verbiage humain : quel repos ! Une toute petite caméra pour capter ours polaire, phoques, oiseaux, au même titre que les scientifiques, ces derniers sûrement pas vus avec indifférence comme je l'ai lu, la scène des plantes aux noms latins rejoint le fantastique après avoir été travaillée au montage, on se sent extra-terrestre ! Ariane Michel est plasticienne et le fait savoir dans ses plans agencés comme des petites oeuvres d'art. Son idée de filmer surtout à partir de la terre aussi, outre qu'elle a souffert du froid, de l'eau à attendre "les hommes" pour réembarquer, donne diverses approches successives, relativise le temps qui passe et balaie modes, artifices, batailles d'égos, toute la petitesse des sociétés esclavagistes, même la mort semble faire partie du grand tout. Plusieurs lectures à ce voyage envoûtant qui ne peut déplaire qu'aux hyperactifs sans cervelle.
  • L'AMOUR ET RIEN D'AUTRE (2011)
    Note : 17/20
    Projeté en ouverture Univerciné allemand Nantes 2011. C'est amené à l'image avec tellement d'élégance qu'on admet que cette jeune femme-là, précisément, remonte en selle comme après une chute de cheval. Un peu trop mère pour son mari Paul, tendresse perceptible mais malaise confirmé par ce mot maladroit d'un copain lors d'une soirée arrosée jetant un froid... Incrédulité, colères, prostration, c'est toute la jeunesse qui explose son refus du pire, à l'âge où on aime l'amour (ces jolies scènes érotiques comme dupliquées d'un partenaire à l'autre). Surprise d'en savoir aussi peu sur le mari cachotier et sur cette muse aussi fantôme avec son catalogue. Heureusement, les non dits qui comptent éclatent en gros plans sur les visages (Georg devinant le désespoir sous l'allure entreprenante). Temps exceptionnels de ce film côté interprétation, la méga colère de Martha (Sandra Hüller) pour un coup de fil suspect et "la chemise" !
  • TWENTYNINE PALMS (2003)
    Note : 16/20
    Concentré autour du mythique désert californien Joshua Tree, l'histoire abonde en périples automobiles et en étreintes dont la première, après les larmes, alerte, glace... Le couple n'en reste pas moins familier avec ses sautes d'humeur résultant de la fusion toujours laborieuse pour les caractères affirmés. Curieux duo d'amis-ennemis, ils sont volontairement pieds et poings liés (d'autant que l'actrice Katerina Golubeva, parfaite borderline ici, est morte en août 2011). On arrive à craindre la copulation tant, dans sa sauvagerie, elle jure avec les éoliennes de la première halte. Hommage régulier aux cailloux, chaud, froid, une tendresse fugace, qu'ils sont donc agaçants... Ce chauffard qui insulte, cette voiture blanche qui vrombit, ce sont là billevesées pour ces zombies... Ils ne se droguent pas pourtant, finissent par s'éprouver frontalement. Choisissent-ils la mauvaise direction une fois perdus sur les hauteurs ?... Ce road-movie admirablement agencé, truffé de mises en abymes picturales ou sonores (ces ronflements de moteurs !) laisse un goût de ciguë... L'allusion à la dangerosité des zones désertifiées est certes pertinente, Ô combien d'actualité et pas seulement du fait de la nature. Immensité vide, possible mirage pour l'errant lassé de l'espace urbain, voire... J'ai trouvé un peu "pieds pris dans le tapis" ce couteau brandi plusieurs fois et trop inaudible le chuchotis policier. Dommage !
  • KINSHASA SYMPHONY (2010)
    Note : 17/20
    Découvert à Univerciné Nantes Cycle Allemand 2011. L'assimilation entre musique classique et classes bourgeoises blanches n'est un secret pour personne... La mention de "cordes frottées" est donc précisée, que l'autochtone différencie bien ce premier orchestre de musique classique noir africain officiel de "la fanfare"... Organisés sur le tas (dans le brouhaha de la vie trépidante locale), avec un chef d'orchestre juste mais ferme, ils doivent dépasser leurs soucis personnels (la faim ?), les journées harassantes pour leurs répétitions, où chacun travaille sa spécialité, au luthier de dénicher le meilleur bois pour les instruments par exemple. De beaux plans rapprochés sur les visages féminins les plus accrocheurs... Peu de ratés pour l'oreille, l'harmonie entre instruments et voix est question d'ajustement pour ces passionnés, le feeling ancestral coulant dans leurs veines. Et voilà que ça "décolle" avec un choeur d'Haendel, ces yeux grand ouverts sur l'éternité créent la première grosse émotion en s'appropriant le genre ! On suit crescendo d'autres temps forts jusqu'à la consécration (ces vêtements féminins dorés !) et un public archi conquis. La récompense au plan moral car, pour le reste (contrairement à "Benda Billili"), on ne sait pas trop, c'est avant tout un reportage.
  • LA PRINCESSE DE MONTPENSIER (2010)
    Note : 16/20
    Découvert en présence de Bertrand Tavernier au Katorza à Nantes en avant-première en octobre 2010 : ses explications ont relevé les applaudissements "très respectables mais sans hurlements"... Un film historique, déroulé à la manière des grands westerns, plans larges, musique grandiose (avec un petit brin du ton caustique Eastwood)... Très documenté, ne massacrant pas l'histoire, même s'il use des émotions de 2010 (aucune parole qui ferait "d'jeune", pas plus d'anachronisme, et il s'y glisse aussi de savoureuses formules inusitées aujourd'hui). Classique dans la forme, presque scolaire. Bon, 2 heures 19, c'est un peu long, d'apparence étirée sans raison suffisante par moments... Peut-être à voir deux fois. La première pour goûter l'ambiance, les costumes, les assauts (ces pattes chevalines trébuchant avec ironie lors des départs), s'imprégner de cette période de l'histoire. Et à revoir pour mieux cerner l'intrigue, notamment se faire à cette tête à claques de mari (Grégoire Leprince-Ringuet)... Sans doute pas le meilleur Tavernier mais une démonstration de sa valeur de grand cinéaste une fois de plus. Il permet aussi de relire Madame de Lafayette afin de se projeter dans une période controversée de l'histoire de France, pourquoi pas ?... Barbarie, conflits d'intérêts, un film jamais lugubre cependant grâce à la modernité du traitement : à tout prendre, on rit plus qu'on ne pleure... Tous les acteurs (les secondaires inclus) bien à leur place. Au premier plan, la jolie dame tiraillée (Mélanie Thierry) dont les yeux ne cesseront de se dessiller... Mais c'est surtout Lambert Wilson qui s'en tire avec panache ainsi que Raphaël Personnaz, irrésistible en Duc d'Anjou !
  • OCÉANS (2009)
    Note : 16/20
    Les adeptes de "Planète Bleue" jusqu'à l'étourdissement peuvent, comme moi, aller à reculons voir "Océans" (tout en admettant les qualités de Jacques Perrin, avec d'office avis favorable sur sa complicité avec Jacques Cluzaud) : car au générique, trois grands "créateurs de richesses" doublés de sinistres pollueurs (comment ôter des fonds marins par les les hydrocarbures, déchets nucléaires, substances diluées ou enfouies ? Il est vrai que personne ne viendrait au cinéma... N'empêche, ces ruminations assaillent le spectateur lucide pendant les ballets aquatiques du début. Puis l'entreprise se risque à des angles moins flagorneurs : l'homme, ce prédateur doté d'intelligence doublée de stupidité, se voit épinglé dans ses saccages les plus criants (requins remis à l'eau après coupage des ailerons, dauphins sacrifiés dans des filets inextricables). Mieux encore, la gent poissonnière s'amuse à singer l'homo sapiens (poisson grimmé rappelant le carnaval de Rio)... Les virtuoses de la caméra utilisent des détours, toujours attachés à l'esthétisme de départ, en mariant l'orange et le bleu déclinés à l'infini... Raies d'un velours marron beige qui ondulent, météore en habit de noce, on pense aux défilés de grands couturiers ou à quelque numéro de Guignol. Manqueraient peut-être les appellations les plus courantes de ces acteurs d'un jour, certains en voie de disparition, d'autres nouveaux venus ? Fatalement, dans les fonds marins comme sur terre, cruauté, arrangements à l'amiable, indifférence teintée de mépris, sévissent... Le commentaire en voix-off, que d'aucuns jugent impersonnel, voire niais, prend de la hauteur, certes par égard pour ses bienfaiteurs à double fond, mais aussi par souci d'authenticité : ainsi, des pans silencieux font la part belle aux glouglous, grattements et autres agaceries... Incroyable comme ça déménage sous l'eau ! La croisée des chemins où nous nous trouvons est incarnée par le réalisateur et son fils qui se rejoignent. Out les grands-messes façon Hulot, on baignerait plutôt dans la bonhomie et l'humour façon Frédéric Rossif. Dvd reposant pour les yeux et les oreilles, à se projeter en famille les longs dimanches d'hiver.
  • DANS TES BRAS (2009)
    Note : 14/20
    Pour avoir été placé dans des familles d'accueil enfant, sûr que le réalisateur peut se retrouver dans tous les silences ou regards interminables autour de ce jeune de 16 ans en crise identitaire. Côté spectateurs, l'intervention de la musique permet de reprendre souffle entre deux tensions et de contrecarrer l'austérité générale : aimable Capverdienne Mariana Ramos (avec le talentueux Teofilo Chantre, reconnaissable entre mille !)... Charmante hôtelière rousse et son histoire de mère presque inverse. Ce thème difficile qu'est l'adoption démarre assez fort mais s'effiloche aussi sec à cause de dialogues plats, l'expression "quelqu'un de bien" utilisé trois fois par exemple. Ni audace ni humour. Bien la peine que ce jeune soit aussi bien disposé envers une génitrice qui ne s'est jamais, Ô grand jamais, attendue à un effet boomerang... Malgré les acteurs tous à leur place, cette volonté de surfer sur le déni piétine et on se rabat sur la gestuelle, avec force attitudes "en chien de faïence"... Une scène de danse avec fiston amorçait des retrouvailles gagnant en chaleur pourtant, mère et fils pouvaient forcer sur le champagne pour qu'elle sorte de ses gonds, plus drôle que ces gueules mortifiées !
  • TETE DE TURC (2009)
    Note : 16/20
    Ah, que j'aime bien ce refus du bipartisme de Pascal Elbé ! Ce refus de trancher au profit de la volonté de comprendre d'un bord et de l'autre, chacun dans son contexte, avec son passé, ses usages, etc. On dénote la direction d'acteurs "toute en patience, en bienveillance, mais attention "qui ne laisse rien passer". Belle qualité d'ensemble donc pour un premier film donnant de l'air par rapport aux discours plus enragés que constructifs. Quelques clichés forcément, des raccourcis un peu faciles, le spectateur peut peiner à resituer un personnage à la fin si son attention a mal capté l'importance d'une scène de départ (le dvd effacera cet écueil). Une intrigue un brin trop chargée peut-être ?... Qu'importe, on sent la personnalité posée de l'acteur derrière "les deux frères" (joués par Roschdy Zem et lui-même) sans qu'il devienne "pute" pour autant : pas plus pour les flics que pour les malfrats, une force à l'heure actuelle, où tout invite à se ranger dare-dare dans l'un ou l'autre camp. Le film traité à la manière d'un polar, prône de garder son sens critique intact, un regard neuf sur les situations les plus épineuses vaut tous les "rentre-dedans". Autre facette originale, peut-être involontaire, raison de plus pour qu'elle ait du prix : dans le rôle qu'il s'octroie, on perçoit bien l'admiration de l'acteur-réalisateur pour l'actrice israëlienne Ronit Elkabetz, comme ça tombe bien, elle est ici éblouissante !
  • LITTLE CHILDREN (2006)
    Note : 17/20
    L'intérêt réside bien dans ce que Todd Field met en scène autour d'une peur dans notre société. Tous les points de vue sont approchés. On a le temps d'avoir un peu peur de la suite, mais jamais trop, l'humour vient à la rescousse quand ce n'est pas la bande-sonore explicite (le réalisateur est scénariste et également compositeur, ça se sent). Si on trempe dans l'actualité sécuritaire dont justement on préfèrerait s'éloigner, l'avantage est d'ouvrir sur de l'inattendu, exemple la prétendue beauté féminine qui "ne donne que ce qu'elle a" mais à grand renfort de vigilance, les sommets qu'atteignent les fantasmes du citoyen lambda... Sans oublier ces adorables petits vécus par moments comme des sales gosses ! Dérangeants détails que l'on camoufle avec soin d'habitude, les adultes s'évertuant à afficher une patience sans bornes malgré certains délires secrets. Très prenant malgré un démarrage un peu abrupt. Splendide interprétation, le contraste entre Kate Winslet et Patrick Wilson, l'acharnement du flic pas clean, tout le monde à un tournant capital de sa vie. Et c'est traité, rien ne reste en plan... Des tiraillements permanents pour les spectateurs : j'ai beaucoup compté sur la voix-off, très judicieusement plaquée, assurant l'équilibre de cette étude de moeurs à la morale archi-sauve, il fallait s'y attendre.
  • DANS SES YEUX (2009)
    Note : 16/20
    Oeuvre projetée en clôture du Vingtième Festival hispanique nantais (2010). Le regard en dit long dans ce va et vient entre l'Argentine meurtrie de 2001 et celle, asphyxiante au centuple, de 1974, soit la fin du gouvernement d'Isabel Peron, sinistrement précurseur, avec ses morts suspectes, des affres commises par la Junte Militaire jusqu'en 1983 suite au Coup d'Etat de 1976. Gouvernement à tendance terroriste, donc, lors du meurtre dont il est question ici : sont mis en scène des "gens ordinaires dans un film noir" selon le réalisateur Juan Jose Campanella. L'occasion d'un savant parallèle entre un fait divers jamais digéré et des amours lancinantes car nées en milieu professionnel. Deux drames intimes avec Ricardo Darin et Soledad Villamil : le duo aide à tenir, leurs longues oeillades permettant "d'encaisser la pression". Cadavre obsédant d'une jeune institutrice revenant en flash-back, mari à l'affût devenant équivoque, greffière poussant deux hommes à la fois dans leurs retranchements : on demanderait grâce sans l'humour, sans le sursaut qui finit par boucler une fuite éperdue en attendant que débarque une nouvelle stupeur... Fraîcheur et cynisme entremêlés culminent avec ce collègue sacrifié. L'issue surprend par cette justice d'ordinaire fantasmée, une formule permettant le deuil au bout du tunnel... On peut déplorer la forme de l'ensemble, un peu empesée, mais force est d'admettre que le fond, lui, est des plus audacieux.
  • TOUTES LES CHANSONS PARLENT DE MOI (2010)
    Note : 17/20
    Encore une pépite du 21ème festival espagnol de Nantes. Pourtant, je me suis ennuyée un bout de temps dans cette suite d'autres expériences après une rupture sentimentale d'une durée de six ans. Ce sont davantage les jeunes femmes qui dominent l'histoire par leur plastique autant que leur bagou. Peu de chansons, quelques jolis passages instrumentaux (pas trop cette flûte qui grince...). Voilà bien les allers-retours qu'on fait le temps de cicatriser en principe. On se surprend à penser à ce cher Rohmer par moments... Mais qu'il marche donc à petits pas, ce jeune homme enlisé, est-ce pour avoir oublié son talent pour l'écriture ? Or voici que, sans crier gare, ça décolle complètement ! Dix minutes au piano et aux percussions, le bouquet final que cette tirade en direct du coeur incitant à se coucher par terre bras et jambes en croix les yeux fermés tellement c'est touchant, impliquant, invivable !
  • 10 + 4 (2007)
    Note : 18/20
    Plusieurs récompenses en 2007 : Faisan d'Or & Meilleur Réalisateur Trivandrum, Prix Jury Jeune Festival des Trois Continents + San Sebastian, Vancouver, Pusan... Et rien d'étonnant car cette dure plongée dans le monde de la maladie grave bouleverse. Rondement mené : on part en voiture, un peu comme dans "Ten" d'Abbas Kiarostami, sauf qu'ici le décor va changer. Une approche compassionnelle, mais pas sur toute la ligne. Mania Akbari illustre son sujet en montrant quelques scènes d'habitude gardées intimes (regard reprochant du garçonnet, bévue d'un policier prêt à sévir, sororité accrue, baisses du moral créé par la chimio, etc.), non sans humour parfois, pour arriver à une affirmation terrible à l'heure où les cancers, même si on peut en guérir aujourd'hui, se multiplient... Chacun sait que l'environnement pourrait causer de sérieux troubles sur notre santé globale, controversés comme souvent, mais que l'avenir pourrait bien préciser... Ce film dit que les femmes atteintes dans leur sein, symbole de l'origine humaine ou animale (là où le petit commence à s'abreuver) "appelleraient" la maladie. Cruel, même s'il y a une part de vrai, surtout pour les personnes malades ou revenues de très loin... Et c'est encore et toujours charger la femelle du poids total de la création. J'ai vu des femmes incapables de se lever en fin de projection tant elles étaient sonnées. Mais sans doute fallait-il avoir le courage de mentionner la part métaphysique dans cette anarchie cellulaire ?
  • UN MARIAGE DE RÊVE (2008)
    Note : 16/20
    Easy Virtue : vertu facile. Le titre anglais fait plus dans l'ambiguïté que le français, juste ironique.Jeunes couples dans les nuages, fervents de l'ordre moral, stoïques des structures haute sécurité et respectabilité, familles pépères : vous serez vite agacé par ces gesticulations autour d'une péroxydée grillant clope sur clope... Pour une fois, père et fils ouvrent sur une situation pleine de santé, pas une seconde d'immoralité, je me demande comment. Langage châtié british ou tango révélateur ?... Colin Firth décroche la timbale alors qu'on commençait à être gavé des chassés-croisés de ce beau monde en ébullition. Il est nécessaire d'excuser les maladresses de dialogues, un peu trop "light" par moments, on est entre deux graves conflits mondiaux, dans les années vingt, dommage que certains plans ronronnent un peu à vide... Mais globalement, même si les étincelles sont inégalement réparties, c'est finement envoyé, je pense à cette tromperie de chasse à courre, de quoi rendre pacifiste et féministe d'un seul coup. Plaisir de piques gagnant en puissance avant d'en venir au fait, jolie réflexion sous-jacente sur l'amour véritable en même temps... La fin rachète la lenteur à exploser. Kristin Scott Thomas délicieuse en mielleuse racornie (bien plus belle que je n'aurais cru la belle-doche !). Sans doute un simple divertissement pour les frileux, une incitation à la liberté pour ceux qui trouvent qu'elle prime sur le qu'en dira-t-on.
  • INTO THE WILD (2007)
    Note : 17/20
    Inspiré d'une histoire réelle, ce film peut trouver mille interprétations selon qu'on se place dans les années quatre-vingt-dix (période de référence puisque le héros dessine sa trajectoire dans cette décennie-là), soixante-dix (grande vogue idéaliste, partir loin en auto-stop et se fondre dans la nature, sur les traces de Kérouac et autres absolutistes en réaction au système économique quasi-incontournable de maintenant s'ébauchant déjà...) ou du vingt et unième siècle, 2007 par exemple, rond-point du grand saut collectif dans le mur ou des premiers paliers d'une saine "décroissance" ?... Bien entendu, la voix-off de la jeune soeur, qui annonce l'issue, serre les tripes. Ce cabossé par l'hypocrisie familiale, et qui n'a pas su tout petit écluser son trop-plein de pouvoir personnel, va se dépouiller de l'intégralité des stigmates civilisés avec l'entêtement de celui sûr de son fait. Escamotant l'impasse à laquelle conduit la négation du bonheur partagé... Niant une fusion - même fugace !- avec une fleur bleue chantant sa propre errance, esquivant, tellement borné plus il chemine, le merveilleux parent de substitution auquel il pourrait se raccrocher pour garder l'équilibre entre son idée fixe et la réalité imparfaite... Ramené à ce ceinturon symbole, dont il resserre toujours plus les crans... Sean Penn nous pose question sur cette part de perfectionnisme né de l'esprit de contradiction, dont l'objectif demeure souvent fumeux, pour déboucher sur un lent étranglement... Très grande portée de réflexion !
  • ILS NE MOURAIENT PAS TOUS MAIS TOUS ÉTAIENT FRAPPÉS (2005)
    Note : 17/20
    Certes pas parfait mais indispensable (encore plus depuis cet été 2008 où le Code du Travail français subit quelques accrocs à découvrir au fil du temps). La caméra sur pied limite les angles, il est permis de décrocher des récits très personnels de ces dames (pas un seul monsieur parmi les plaignants, ça manque).Cela n'en reste pas moins UN DOCUMENT, et il s'agit de l'ANNEE 2005 : en 2008, ce phénomène d'isolement des salariés s'est encore amplifié, à des degrés divers toutefois, les patrons ne sont pas tous à épingler impitoyables parce qu'ils ont toujours plus de droits, les exceptions existent. Ce reportage montre les mises à l'index des récalcitrants, affaiblis, niés. Il a le mérite de mettre l'accent sur L'AIDE EXISTANTE, il suffit de trouver le courage et les bonnes personnes, rien n'oblige à subir le pire, et jusqu'au suicide. Personnellement, mon passage préféré sur le dvd, c'est surtout cette Madame Khôl si digne et en même temps si théâtrale, dans "Mon diplôme c'est mon corps" descendue au fin fond de ce que le travail représente pour l'individu identifié à son rôle professionnel sans reconnaissance aucune : faire le ménage comme on peint un tableau de maître, sans cesse recommencé dans l'indifférence, une machine parmi les machines, au point de considérer ses maux, son usure personnelle, comme des pannes venant troubler le cours normal de sa vie.
  • DEPARTURES (2008)
    Note : 18/20
    Departures = départ en voyage, embarquement. L'au-delà donnant presque envie d'y être ! D'ordinaire, des soins pareils s'appliquent aux nourrissons ou aux gens de scène. Ici pour l'ultime pirouette "une fois sur l'Autre Rive, enfin la paix" : la manière dont le spectateur conçoit la chose est capitale car la caméra explore sous les couvercles, invite à se visualiser dans une autre dimension... C'est traité sans gommer les nausées des croquemorts, de celles qui décoiffent ! Saine réflexion sous ses dehors en demi-teinte. On rit et on s'attendrit, les pires drames de l'existence comportent souvent ce paradoxe. Pour le réalisateur, seul le passage de vie à trépas mériterait notre interrogation, l'enveloppe charnelle étant seulement le repère des survivants, ces malheureux en sursis... L'acteur principal (très bonne bouille de petit garçon !) incarne les mille préoccupations de l'époque présente, l'adaptation aux boulots les plus déroutants, la difficile transmission des enfants nés de parents démissionnaires... Le Japon dépeint rappellerait assez celui d'Oshima dans ses plus belles avancées. Avec un violoncelle qui berce d'un bout à l'autre (la musique ne fatigue à aucun moment), le végétal, le minéral, la bonne chère à l'honneur... Epicurien, plus que je ne l'aurais cru ! Il faut juste supporter la lenteur à se dévider, on peut parler de danse macabre du meilleur goût... Poétique, délicat, dommage que les 2h11 (dues aux plans appuyés sur le jeune couple, emblème du Japon contemporain) et le thème des macchabées fassent reculer, il faut se raisonner avant le déplacement en salle en cet été 2009... Après tout, le retour au néant n'est pourtant rien moins que notre état antérieur dont la conscience entretien le flou... Ah, passer commande de services aussi charmants sur son assurance-vie !
  • L'ETRANGE AFFAIRE ANGELICA (2010)
    Note : 17/20
    Bien aimé ce lent voyage au piano dans la pénombre. Atmosphère proche des rêves nocturnes rassurants quand on en émerge au petit matin (attention, certains détestent ça !). Manoel de Oliveira,103 ans à la sortie de ce film, estime que ce sont les humains qui font tout un tintouin de la mort en martelant que la vie seule a droit de cité, oubliant l'éternité, ce long sommeil égalitaire quoi qu'on ait fait de son vivant. Bien mieux que le travail de la terre, la lutte des classes, les dangers de la pollution... Tel ce chat lorgnant l'oiseau dans sa cage, le photographe se laisse envoûter par son sujet. Moments délectables que ces yeux qui clignent dans un sourire élargi et ce couple allongé qui circule d'un bout de l'écran à l'autre, humour de cette rose jetée négligemment en cours de route. Même ironie que "Belle toujours", personnellement j'adhère. Mais les rationalistes gagneront à aller voir autre chose.
  • PIECES DETACHEES (2007)
    Note : 14/20
    "Partes Usadas" : aurait un sens supplémentaire en langue espagnole par rapport au français ?... Suivi, en v.o. au Festival des Trois Continents 2007, l'évolution de Ivain, ce gavroche mexicain que son oncle Jaime dresse à la débrouille, en frôlant parfois le mauvais goût pour le spectateur tant sa conception éducative s'avère d'un goût limite. Oncle et neveu caressent toutefois le même rêve de sortir de leur mouïse matérielle pour passer en Amérique, si seulement la copine de l'adulte ne venait pas s'immiscer... La gêne dans les mauvais coups auxquels l'oncle initie son protégé alterne avec les moments délectables entre Ivain et son jeune copain dans leur petit business parallèle. Mais, hormis la surprise de l'accident dans le parking, installant une soudaine consternation, j'avoue m'être un peu ennuyée et avoir souffert de cette manipulation d'un enfant par un parent qui mériterait bien quelques baffes.
  • INTERDIT D'INTERDIRE (2006)
    Note : 16/20
    Vu en v.o. au Festival des Trois Continents 2007, ce film a une réelle santé. D'abord, ce saut dans les favellas brésiliennes, bien qu'à peine pénétrées, mais où on enregistre un drame qui est probablement courant là-bas, hélas... Les jeunes présents dans la salle nantaise ont apprécié tout particulièrement l'humour et la dérision du jeune urgentiste qui fait face à bien des drames, dont le cancer à un stade avancé. Certes, le titre, et quelques allusions, ravivent la période de révolte Che Guevarra, et on se dit houlala, ça va déboucher sur un message utopique un brin stérile... Une belle jeune fille évolue entre deux copains attirants, le premier est noir, pacifiste, plein de fougue, le second est blanc, apparemment généreux mais tellement mystérieux. Les circonstances feront tout le reste, assez loin du marivaudage habituel. Généreux message global, l'amitié vient à la rescousse de l'amour et c'est crédible pour ce trio passé par tous les stades émotionnels.
  • TRAIN DE NUIT (2007)
    Note : 18/20
    Une femme-bourreau à l'écran attire, surtout quand le cinéaste en dévoile la sensibilité sous le masque. C'est comparable à la violence que se font tous les responsables de par le monde dès lors qu'ils optent pour l'application d'une sentence inhumaine. Splendeur de chaque minute à l'image. Etrange douceur en creux. Bercement du sirop musical. Des ombres plus que des présences dans un entrepôt d'automates qui répètent leur numéro : jouer à être plusieurs. Et soudain, un strip-tease raffiné se décalant en très gros plan sur l'oeil embué de cette solitaire à vie, qui se prête pourtant à un corps à corps périlleux, fuit vers un animal battu à mort et revient pour la virée en barque d'un romantisme incertain... Ce regard acéré, toujours esthète malgré la noirceur du sujet, est loin d'émaner d'un monstre froid. Le cinéma chinois indépendant, encore trop méconnu en France en 2011, offre mille visages, c'en est un, dont curieusement les spectateurs sortent prostrés, les spectatrices un peu moins.
  • UNE VILLE D'AMOUR ET D'ESPOIR (1959)
    Note : 15/20
    Vu en v.o. au Festival des Trois Continents nantais 2007. Noir et blanc. Les riches sur les hauteurs, les pauvres tout en bas, dans le fourmillement des cheminées d'usine. Ces sacrés pigeons à vendre à la sauvette, et qui trouvent preneurs bien qu'éternels revenants à leur cage initiale, chez Masao, promu chef de famille à la mort du père, jeune homme que sa mère exhorte à travailler aux pires conditions afin de survivre avec la petite soeur, un peu en retard dans son développement mais obnubilée par le dessin d'oiseaux, souvent morts. On est bien dans une oeuvre d'Oshima. Un jour, une jeune fille riche veut sortir Masao de sa misérable condition, persuadée, dans sa fougue juvénile, que les différences de classe peuvent s'aplanir par la seule force de la volonté : à peine passée l'étincelle d'un accord auquel le spectateur commence à croire et la réalité reprend ses droits... Oshima a des convictions inébranlables sur la société japonaise de son temps, il ne saurait faire dans la dentelle... Les pigeons semblent symboliser l'éternel retour à la case départ de tout un chacun, castes opulentes menant leur vie à l'aise du haut de leurs demeures, pauvres hères ds bas-fonds peinant à survivre, mais dont les oiseaux continuent à être miraculeusement vendus aux riches pour ne pas mourir tout à fait ?... Des scènes touchantes rachètent la noirceur du propos.
  • LES JOIES DE LA FAMILLE (2008)
    Note : 17/20
    Découvert à Cinépride Nantes en mai 2010. L'adoption d'enfants étrangers ou locaux a beau être permise aux gays en Suède, s'il faut en croire la réalisatrice Ella Lemhagen, facile à énoncer, plus difficile à concrétiser : aucun enfant de présenté aux postulants, plutôt quelques cas sociaux... En témoigne ce couple désarçonné par l'arrivée du "bolide", attention, pour seulement un week-end, c'est une erreur administrative, le bébé rêvé va arriver... Des scènes filmées de manière réaliste même si ça se passe dans une banlieue chic. Bien sûr, la tournure des événements se devine, cette jeune fille les cheveux sur la face, et ce chien mentionné dans la conversation... Pas si gentil que ça malgré le décor vu et revu, ça jase dans le quartier. Le trio souffre mille morts, rejet, concurrence... Soudain, à partir de quelques photos, on fond davantage que prévu. Un film plein d'énergie, qui réconcilie les genres.
  • TROPICAL MALADY (2004)
    Note : 16/20
    Vu au Festival des Trois Continents 2007. La démarche est déroutante, bien qu'on soit prévenu par l'entrée en matière. Donc, "nous passons notre temps à dompter notre nature animale, naturellement féroce". Partis d'une rencontre assez soft de deux hommes dans la réalité, on vire vers le voyage sulfureux et cela peut dérouter à partir de la descente à l'intérieur du temple. Mais pour peu qu'on parvienne à se réconcilier avec son moi animal relié ici à la forêt primitive, et admettre le mythe du jumeau dans sa propre personnalité, embarquement possible (car de vaguement inquiétant, ça peut devenir envoûtant). Références chamaniques, poésie, tendresse et cruauté, un beau travail côté image et sons, le noir de la forêt tropicale avec aussi peu de lumière est un régal, les interférences avec tout appareil de liaison radio assez inhabituelles au cinéma... On bascule dans le fantastique (attention au soporifique si on n'a pas assez dormi) et se doubler d'un léger malaise, l'idéal est de se croire en train de rêver, ne pas rationaliser surtout, c'est le pays d'où l'on ne revient pas qui envahit la conscience... Les interventions du grand félin, du bovidé en superposition, ainsi que du singe dialoguant avec l'homme en mutation représentent une merveille de sauvagerie renvoyant à d'autres mythes de la réincarnation, tout aussi effroyables mais sous forme plus civilisée, Alien ou Dracula, voire même en 2007, quelques hommes d'Etat toujours plus hallucinants, suivez mon regard.
  • LES ARRIVANTS (2009)
    Note : 18/20
    La CAFDA et les demandeurs d'asile : ces derniers de plus en plus nombreux déjà en 2008 (année de production), sachant que, depuis, les moyens ont dû rester stationnaires voire en baisse, mais sûrement pas les arrivants... Imaginons devoir miser sur un eldorado après des sévices, fuir on ne sait où, à la merci de passeurs douteux... Ce documentaire dévoile les limites de part et d'autre et que rien n'est totalement dû ! D'humain à humain, chacun à vif. Au passage, une complicité, un répit, la demi-vérité, l'envie d'envoyer valser aussi (et sans doute pour ceux "du bon côté de la barrière" lutter pour ne pas mettre de sa propre poche !)... J'en suis sortie en réalisant que c'est le revers des guerres, de l'économie libérale sans frein. Ou alors il faudrait injecter des sous à la CAFDA et redonner le droit d'asile à des personnes autorisées à travailler et qui trouvent du travail sur le sol français, quoi de plus hasardeux aujourd'hui ?... Tant de petits trimballés, dont le sort semble se jouer à pile ou face, fait venir en premier à l'esprit le tabou international suprême : limiter les naissances !
  • BACK SOON (2006)
    Note : 16/20
    On sent fortement les influences multi-culturelles de cette cinéaste. D'emblée, une affiche de Mona Lisa le joint au bec... Escapade entre rêve et loufoquerie, avec pourtant quelques événements graves. Une mère-célibataire semble détenir le filon pour se racheter un avenir, un peu comme ces oiseaux qui pépient autour d'elle sans qu'il y ait un seul arbre. Marre d'avoir froid sur son île destabilisante. Sa maison prise d'assaut comme un hâvre de paix. Les légendes polaires et leurs bizarres réincarnations affleurent... Mais le spectateur a droit à un trop petit bout de chanson, cette voix rauque accompagnée d'une guitare sortie du haut de l'écran méritait qu'on s'y attarde. Plus toute jeune mais encore très avenante, cette quinquagénaire miraculée contient son besoin de réchauffement si l'on en croit le reggae couleur locale, on a les soleils qu'on peut avec une nature impitoyable, dont seuls les touristes peuvent goûter les charmes puisqu'ils passent... Ce qu'elle pense est écrit sur sa tête qu'elle a bien sur les épaules, ce qui fait qu'on croit à son projet, plausible encore plus avec cette lampe-globe dont il ne reste plus qu'à mettre l'ampoule. Prudence de la réalisatrice d'avoir introduit cette brève description d'un consumé par le tabac face à l'herbe locale, qu'on n'aille pas croire qu'elle prêche de fumer n'importe quoi !
  • HALF MOON (2006)
    Note : 13/20
    Effectivement, je me demande encore en sortant de ce film, pourquoi nous sommes laissés sur notre faim à ce point-là suite à l'intro musicale sur combat de coqs, suivie de ce bus qui conduit vers "le concert" imaginé à l'avance fracassant... La scène des 134 chanteuses exilées avec leurs tambours infiniment prometteuse, l'enlèvement de l'une d'elles pour sa voix précieuse... L'aspect politique insoluble est-il illustré par cette forme d'impasse déplorable ? Quelle frustration ! A noter dans cette horde masculine bornée, suivant comme des moutons leur vieux chef irascible, quelques gags entre archaïsme et actualité à la limite de l'absurde, mais qui font rire. Le must vient surtout de l'intrusion des deux déesses orientales dont les regards ne peuvent se détacher : sans leur mystère, le film laisserait le souvenir d'une errance difficile à comprendre.
  • BALADA TRISTE (2010)
    Note : 10/20
    Présenté au 21ème festival espagnol en 2011 à Nantes. Pour ceux que rien n'inquiète ou qui raffolent d'action façon western et d'un humour noir saturé, à deux doigts de se griller la cervelle. Très très grosses ficelles en cascade, salves musicales rappelant l'envoi des pubs en avant-programme au cinéma. Il faut aimer ou en être assez imbibé pour ne plus en faire cas. J'admets quelques fulgurances côté dialogues et une bonne entrée en matière entre les deux personnages en parfait contraste. Techniquement, c'est du haut de gamme rappelant par moments la mégalomanie de Welles. Du boulot pour agencer tout ça, aucun doute. Instillé dans un film à l'intrigue plus étoffée, ce serait divin. Nul doute que le clown triste avec flingue s'avère une excellente variante du clown meurtrier de Stephen King. On est en déroute, ça accroche. Possible aussi d'être happé par tout le visuel, ces savants maquillages de gueules cassées. Un discours hara-kiri qui peut prendre si on aime l'action et le rire premier degré. Ou faire qu'on quitte la salle à une demi-heure de la fin, ulcéré de cette frénésie de galopin exhibitionniste (bien davantage qu'historien !)... Heureux ceux qui peuvent, pendant deux heures de violence virant au cauchemar rire de deux clowns s'étripant pour un clone féminin. Pas une seconde de romantisme pour adoucir mais une foire permanente !
  • PONYO SUR LA FALAISE (2008)
    Note : 16/20
    Mignon tout plein (hélas, en version française en salle !). Le public est ménagé par cette adaptation lointaine de "La Petite Sirène", l'opacité des légendes japonaises donnant l'impression d'une histoire effleurée (beaucoup moins pertinent que "Princesse Mononoke" ou "Chihiro")... Sans doute un désir de protéger l'âge tendre en lui présentant le supportable. C'est donc parfait pour les moins de 10 ans, tous assez au courant des catastrophes pour de vrai. Solidarité, entraide, on doit s'arranger du malheur, inclus ce terrible tsunami, transcendé au mieux... Beau, poétique, charmant, point trop gonflé. La musique amalgamée aux dialogues français (vivement le dvd pour la v.o. sous-titrée !) pèse son poids par-dessus la voix sépulcrale de la déesse de la mer régnant sur tout... L'ambiance de la maison de retraite jouxtant l'école, la maman qui conduit comme un pied, le papa se faisant désirer à force d'heures sup, constituent un écho nécessaire dans le monde adulte accompagnant les petits spectateurs en après-midi, incroyablement sages d'un bout à l'autre et sans poser de questions, attention, c'est LEUR film ! .
  • LES INVITES DE MON PERE (2009)
    Note : 17/20
    Plus profond qu'il ne le laisse supposer par les questions qu'il pose au spectateur, "Les invités de mon père" a ce quelque chose de familier, de chaleureux, que d'aucuns qualifieront de "popote", ou alors de petits-bourgeois, du fait que "l'action se passe en milieu friqué", là où il est commode de se montrer charitable, d'office fraternel envers "ces pauvres qui n'ont rien"... Sauf que la finaude Anne Le Ny ose fondre sur une étrangère ambitieuse rivalisant avec des rejetons légitimes auprès d'un octogénaire devenu le centre... Intéressants méandres, qui devraient dérider les familles aux prises avec héritage ! On brasse, des dialogues vivants aux silences expressifs (ah, ce rideau rouge !). Des personnages à réactivité variable, loin d'être des saints, tout un chacun peut s'y retrouver. Mais attention, il faut bien, à un moment, trancher dans le vif ! Après tergiversations... Dans l'ensemble, on rit plus qu'on ne pleure !
  • PAIN NOIR (2010)
    Note : 18/20
    Merveilleux grâce au mot de la fin. Les premières prises de vue sidèrent, de cruauté, de beauté, d'adresse technique : comment filme-t-on un cheval dans une posture aussi acrobatique ? Le flou est entretenu ensuite : "qui a pu faire le coup". Inquiétant recours aux notables à double tranchant et refuge dans la nature, on frôle le fantastique, déjà résigné à un obscurantisme toujours croissant. Et pourtant, impossible de détourner son attention de ce petit avec ses grands yeux observateurs qui commandent d'engranger pour après. "Mourir pour des idées"... Agusti Villaronga décrit le conditionnement familial par petites touches certes un peu longuettes, pour conduire au mouvement du coeur irrépressible. Liens du sang, attachement à la communauté, croyances idiotes, bipartisme, on ouvre les yeux sur ce qui fait avancer d'un cran au plan individuel dans un premier temps, collectif par ricochet beaucoup plus tard. A notre époque frileuse sur ces questions (du moins officiellement), c'est bienvenu.
  • INVICTUS (2009)
    Note : 17/20
    Totalement étrangère au rugby, j'ai palpité en regardant ces "bêtes" de stade s'encastrer en mêlée, sans doute davantage que les rugbymen connaissant la vraie histoire sur le terrain ? Au passage, l'occasion de se remémorer l'histoire de l'Afrique du Sud, comprendre pourquoi les blancs et métis indiens se sont réclamés être les premiers arrivés sur ce sol... Quoi qu'il en soit, Mandela aura fait beaucoup afin de raisonner un peuple contraint au séparatisme par des goinfres, or et diamants ayant contribué à la tyrannie séculaire... La rancoeur, la crainte, couveraient à présent du côté des Noirs : la fille de Mandela et l'un des gardes-du-corps croient difficilement en une paix durable (le soulèvement sportif ne peut tout englober, aujourd'hui, les Afrikaners vivraient un calvaire)... Clint Eastwood tient à souligner que la trajectoire de Mandela demeure exemplaire en ce moment, avec la montée des extrémismes. Matt Damon en colosse attendrit et fait rire par moments, la caméra à chaud sur le terrain rappelle l'humour du réalisateur, grand connaisseur des "beignes" au cinéma... A noter que Morgan Freeman pourrait être le jumeau de Nelson Mandela tellement il a pigé ses façons... On repère le nom d'Eastwood Junior côté musique, mélodieuse, très peace and love... Romancé comme récit, un peu testamentaire ? Au moins, ce coin du globe évolue même si on n'efface pas la monstruosité de "l'Apartheid". Mandela avait assez cogité en prison, observé que jouer au ballon rassemble, assez pour que les All Blacks laissent gagner les Springboks !
  • UNE CHINOISE (2009)
    Note : 18/20
    Une Chinoise plutôt grande, longiligne, avec des pensées intérieures vindicatives se traduisant par des mouvements d'humeur tout à fait partageables pour qui examine consciencieusement ses premiers refus du début de l'âge adulte. Elle encaisse en faisant de sa destinée une affaire personnelle. Des prises de vue toujours soignées (je pense à cette arche symbolique ou à cette volée d'escaliers en arrondi descendus comme en dansant). Plaisant à suivre. La musique aussi séduit, en accord parfait avec ce cri de femelle tournant du bravache au caprice irraisonné. Double lecture possible en supposant que cette grande fille illustre une certaine Chine, plus souterraine que l'habituellement montrée. On se croirait avec le meilleur de Sofia Coppola, en bien plus culotté concernant la jugeote féminine !
  • ENTRE LES MURS (2008)
    Note : 19/20
    Et pourtant...En découvrant la bande annonce, recul instinctif : une horde de sales gosses face à un prof qui tape sur la table, "hey, hey, hey !", et cet horrible jargon banlieusard "rien que des trucs de ouf"... Pire encore, notre homme parlemente avec ses "monstres" dans la cour, maso ou quoi ?... Erreur, à mieux y regarder, c'est un passionné du genre humain... Alors, répression ? Laxisme ? Démission ? Qui peut se flatter de détenir la science infuse dans un groupe multi-culturel "dissipé", avec acculturation, encore plus à effectif enseignants/surveillants moindre ?... Effet boomerang des non-dits, haines tacites, régurgitations de colonisation, de ghettoïsation, séquelles des bavures policière assortis à la "bien-pensance" ambiante ! Reste une petite porte entrebaîllée... Le professeur Marin, loin d'être un surhomme, tente le tout pour le tout, il a la chance d'être globalement soutenu dans son Etablissement. Qui garde un excellent souvenir de ses profs de français en général, se dira "mais quelle crème de prof" !... Au loin, se profilerait bien le Ministère de l'Immigration, léger trouble dans les esprits, quoique... Assez d'éléments pour cerner à froid le fonctionnement du collectif juvénile : à 14/15 ans, c'est tribal, théâtral, tous ralliés à la transgression des meneurs, or, il faut bien se colleter à une opposition pour grandir... Des parents qui, dans leur majorité, n'ont pas su ou pas pu faire, il faut oeuvrer à leur place... "Entre les Murs", merci Monsieur le Proviseur ! Vous incarnez le père si absent de nos sociétés ! Ce film représente une fiction que la réalité dépasse, mais il a l'avantage de remettre à plat la question de l'autorité sans recours à la force publique. Développer chaque jour des trésors d'ingéniosité pour conjurer l'explosion ! Ces jeunes reflètent les tensions adultes de nos sociétés à fortes inégalités, sur lesquelles repose un couvercle difficile à maintenir... De l'autre bord, qu'on s'affiche guide ou censeur, quant l'impossible a été tenté, le professeur souhaite pouvoir juste faire son travail : assainir un groupe, parfois en neutraliser l'élément toxique quand bien même il est noir et défendu par les siens, avec papiers en règle ou non... A ce jour, virer l'intrus est le seul moyen de récupérer la fraîcheur des autres élèves pour avancer !
  • QUELQUE CHOSE À TE DIRE (2008)
    Note : 14/20
    Ah que voilà encore un film divertissant grâce à ses comédiens ! Le contraste entre eux, ici, ajoute sa part de réussite... Solitude de l'individu peu enclin à dévoiler ses secrets intimes, tous les subterfuges sont de sortie ! L'histoire tourne autour d'Olivier Marchal et Mathilde Seignier (le gentil flic salivant devant la fausse dure). Toutefois, le plus joli numéro est sans conteste celui de Patrick Chesnais et Charlotte Rampling, un tandem qui ne demandait qu'à être plus mordant encore, lui campant un rescapé d'infarctus et elle en épouse trop impériale pour ne pas finir par vaciller... Judicieux contrepoints du frère et de la soeur, métiers de circonstance, milieu aisé... Une mise en place épatante, sur laquelle Cécile Télerman plaque l'improbable, cette histoire de tableaux tordue déboulant comme par hasard dans ce microcosme-là... C'est miracle que l'atmosphère soit sauve ! On peut dire merci aux rôles principaux invitant à mettre sa jugeote en veilleuse, passer sur les grosses ficelles ainsi que quelques dérapages de dialogues (l'histoire du rêve "merdique" de Pascal Elbé par exemple). Pardonner aussi ces tout jeunes acteurs causant les dents serrées, sans doute comme dans la vie : Charlotte Rampling, modèle d'articulation dû à son impeccable bilinguisme, aurait aurait pu leur donner des cours de diction !
  • WHATEVER WORKS (2009)
    Note : 14/20
    Etonnée du peu d'impact me restant de cette comédie de Woody Allen une fois sortie de la salle. Pourtant, après une demi-heure en avalanche, fort bavarde, surjouée de mon point de vue (accent américain du nord de l'ingénue cornant dans les oreilles !), j'ai bien ri face à cet effroi qu'est la simple disparition de la surface du globe : pourtant très relative, la mort à y bien regarder, surtout sur les vieux jours, quand on a intégré que l'enfer serait plutôt ici-bas, certes à des degrés variables. La logique commande : tant qu'une situation marche, la garder, sinon en changer... Pour ma part, je préfère le cinéaste dépaysé hors de son fief, et dirigeant des acteurs plus charimastiques. Ou alors un autre registre que la démonstration d'écran à spectateur pour traiter le vertige qu'inspire le néant. Pour dire le fond de ma pensée, j'aurais cent fois mieux aimé Woody Allen à la place de Larry David, le rêve suprême et inaccessible étant Groucho Marx, ce film n'a cessé de me faire penser à lui. .
  • NANNERL LA SOEUR DE MOZART (2010)
    Note : 16/20
    Peut-on réaliser un film en étant archi-faux au plan des dates de l'Histoire ? Toute la famille Féret réunie en album photos aux couleurs chatoyantes tendrait à le démontrer... Joli travail d'orfèvre que cette retranscription du dix-huitième siècle, atmosphère, décors, costumes, poses, dialogues. Juste un brin d'académisme et surtout les bourdes historiques précitées, ce fils de Louis XV déménagé de son époque !)... Sans ces failles, l'oeuvre était remarquable... Des scènes du quotidien attachantes, une musique sublime, je retiens ce morceau précis attribué à la jeune fille, qui donne envie du dvd... Le réalisateur "brode" avec infiniment de goût pictural et sonore le périple d'une famille musicienne à travers les Cours d'Europe. Féret est convaincu que "Wolfie" a assombri l'avenir de sa soeur aînée : une virtuose interdite de violon, cantonnée au clavecin et au chant par les usages... Elle eût certes gagné à refuser de se travestir pour approcher ce fêlé de Dauphin... Si l'on parvient à dépasser les anachronismes fort dommageables à ce film, quelques lenteurs aussi, ce portrait de créatrice ciselé avec art (dont le père Leopold sait la valeur !) peut faire chavirer hommes et femmes !
  • L'ETRANGER EN MOI (2008)
    Note : 18/20
    Bouleversant Prix du cycle allemand "Univerciné" Nantes Saison 2009/2010... Quand la majorité des mères fusionnent avec leur bébé à sa naissance après à peine un coup de blues, quelques-unes se sentiraient inaptes, voire assaillies par cet étranger abrité des mois dans leur intimité ? Perdues, appelant leur propre mère au secours ? Rebekka est fleuriste, plus à l'aise avec le monde végétal qu'humain, perfectionniste, ce qu'en français on appelle "une femme maniaque" : des idées fixes du style "c'est toujours préférable d'allaiter"... La cinéaste franco-iranienne Emily Atef s'empare du syndrome postnatal, sans omettre les constats que la société traditionnaliste dresse dans l'inquiétude des lendemains, du style "tout pour être heureuse, bon sang ressaisis-toi !". Embarras, compassion, admiration cohabitent ici, tant est complet le traitement, inclus celui du père et de l'enfant. C'est joliment déroulé, avec mille petits signes à l'image (cette eau qui engloutit ou libère), on a le temps d'avoir peur malgré ce tableau d'un baiser de couple entrevu chez le vieux cousin. Beaucoup d'émotion dans regards ou évitements, la gestuelle, le réapprentissage du toucher, avec tout juste ce qu'il faut de mots... Superbe invitation à se pencher sur les tréfonds féminins !
  • UNE JEUNESSE CHINOISE (2006)
    Note : 15/20
    Tien an Men se devine en arrière-plan, derrière l'agitation estudiantine qu'on n'arrive pas à interpréter comme les premiers chagrins d'une jeunesse sans repères, à l'esprit étroit, juste capable de se raccrocher au premier amour venu, on voudrait qu'il y ait davantage à creuser. D'emblée, le corps semblerait le seul et unique baromètre grâce auquel l'héroïne exulte pour très vite s'en défaire de peur que... Et on tourne en rond avec cette notion, plaisir d'amour ne dure qu'un moment, sauve qui peut. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse en même temps, les deux partenaires de la jeune fille n'ont rien d'exceptionnel pour qu'elle en tombe à ce point dingue (pas une seconde elle se reprend, puise en elle-même de quoi contourner ce besoin pire qu'une drogue). Je retiendrai donc plutôt une allusion au contexte politique (comme dans ces films russes axés sur le thème guerre/amour, un prétexte pour contourner la censure), c'est plus le désarroi des jeunes générations chinoises face à la répression du pouvoir en place (attraction/répulsion pour son propre pays) qu'une obsession du lien amoureux en soi, les intrigues étant trop minces pour être déboussolantes, l'aspect intellectuel à peine ébauché grâce aux citations. En tous cas, la violence ne peut se transcender dans sa totalité, elle couve... L'effervescence juvénile est bien vue, de très bons moments malgré les excès, je déplore l'absence totale de philosophie des jeunes dépeints, ils ont vraiment très peu, trop peu de force intérieure personnelle. La chute du mur berlinois fait un curieux parallèle dans ce récit de comportements... L'auteur veut-il, par tous ces détours, souligner la faillite du collectivisme ou le désespoir face à la mondialisation ? Les paris sont ouverts.
  • MAMMUTH (2009)
    Note : 13/20
    Des pistes louables, mais hélas régulièrement bâclées pour se réfugier dans l'absurde. Les amorces se laissent regarder, décors, ambiances, mais que le traitement fout tout par terre ! UN message vaut le déplacement : garder tous vos bulletins de salaire pour la retraite, en Belgique je ne sais pas, mais jamais été aussi vrai en France avec le projet de réforme sarkozyste dès 2011 pour complaire aux pontes de la finance. Pour le reste, sourire, commencement de rire souvent avec ce tandem, et l'inévitable prostration. Chaque scène finit en quenouille : entre autres moments appuyés, a-t-on besoin d'un plan-séquence prolongé sur un duo de vieux ados se donnant de la joie ? En rien excusés par les "je t'aime" de consolation et malgré Isabelle Adjani en apparition, ces deux réalisateurs ne donneraient donc à voir que l'éternel spleen de gros gamins jamais remis d'avoir perdu la toute-puissance du bac à sable ? La musique et les moyens de locomotion, seuls, gardent un semblant d'éveil au monde. On sort de là comme si le catastrophisme actuel nous terrassait pour de bon. "Moche", comme dirait Yolande Moreau, trop cantonnée aux rôles de compagnes de réchappés du suicide, on est loin de la délicatesse de "Séraphine" !
  • LES FEMMES DU 6E ETAGE (2010)
    Note : 18/20
    Excellente idée de remettre les préjugés des années soixante sur l'immigration espagnole par le biais d'aristos guindés mais désireux de "faire un geste" pour les nouveaux venus, chose délicate maintenant où tout est si formaté. Entre ces avides d'échanges, l'histoire fonctionne, des temps forts et des moments où ça patine un peu... pour finalement rebondir quand on ne s'y attend plus. Les deux acteurs principaux font irrésistiblement penser à des milieux guindés non exempts de décontraction qui existent encore (demandez aux employés(ées) de maison !... J'ai trouvé le mélange croustillant, déploré de ne pas tout saisir des bribes de français prononcées par ces dames. Bien plus qu'une comédie dramatique, voilà un "bon divertissement", avec les piques indispensables, des subtilités pour ménager les deux milieux et quelques allusions déclinables à notre époque.
  • BLIND SHAFT (2003)
    Note : 19/20
    Attention chef-d'oeuvre ! Âpre, imparable. Tellement alarmant sur les dégâts (déjà en 2003 !) dûs à la propriété privée dans la Chine profonde, en l'occurrence les mines de charbon, cette caméra descendant sous terre après la dernière cigarette dans le froid met vite en condition. Patrons devenus de purs gestionnaires. Plus ou moins sympas, mais fatalement de mèche avec les autorités pour pouvoir durer (mais non, ça ne nous rappelle rien ici à l'Occident, zone d'ultralibéralisme propre et civilisé...). On paie le prix en cas de pépin et ouste, un mineur ça va ça vient ! Peu regardants sur les identités, un turn-over commode même, quant à la santé mentale de la main-d'oeuvre, aux manigances dans les cerveaux un peu frustes, des points de détail par rapport à la rentabilité. La part belle est faite à l'instruction, comme le seul espoir des Chinois de la campagne, mais un espoir coûteux... Qui force au travail rude, incite aux complots aussi, ah, se sentir exister ! Mais rira bien qui... Attention, ce n'est pas triste à mourir toute cette noirceur des puits, la chaleur humaine côtoie la scélératesse. On sait que Li Yang s'est compromis en réalisant ce long métrage interdit en Chine (comme beaucoup de dissidents potentiels, il avait déjà un pied en Allemagne)... A moins d'avoir l'âme d'un tiroir-caisse, on peut dire que ce film constitue une réjouissante condamnation du capitalisme sauvage, cette plaie mondiale. .
  • LES MAINS EN L'AIR (2010)
    Note : 16/20
    Un peu déçue du déroulement, trop axé sur les traficotages enfantins afin de ne pas trop "appuyer" en faveur de ces sans-papiers précis et des sans-papiers en général, ces "mains en l'air" venant à point nommé estomper la fugue juvénile... Désolée, je m'ennuie avec ces gosses facétieux, c'est brouillon comme approche, sauf la caméra braquée sur la petite Tchétchène qui joue très juste... Merci Mme Bruni-Tedeschi pour votre parti pris grâce à ce rôle, pensez à répercuter à votre soeur qui chuchotera dans le creux de l'oreille à notre vénérable petit père des peuples ! Prendre position ou pas, à la bonne heure ! Il s'agit des réfugiés tchétchènes, un coin du globe où ça chauffe sérieusement pour les civils (à cause d'une frange minoritaires d'extrémistes) et sans que la Russie le reconnaisse, elle en ferait plutôt une affaire privée ! Alors, difficile, oui, de voir renvoyer ces réchappés de l'horreur dans leur poudrière natale sans en être bouleversé ! Hommage surtout à la cause défendue par Romain Goupil (bien davantage qu'à sa manière d'amener son sujet) en l'occurrence l'une des pires aberrations contemporaines !
  • LA NOSTRA VITA (2010)
    Note : 17/20
    Il faudrait aller demander aux entrepreneurs européens du Bâtiment s'ils sont si loin de la débrouille de ce père matérialiste qui déjante. Que ne ferait-on en pareille situation avec trois gosses en bas âge ?... Aucune certitude que l'esprit de famille du côté des frères et soeurs soit partout à ce point présent, quoique... Tout du long, on sent cette hésitation entre appuyer ou effleurer, résolue par des focalisations sur les attitudes : une atmosphère générale qui fait penser à Ken Loach. J'ai aimé l'ensemble mais trouvé qu'un accident de la route aurait été moins atroce comme contexte de bouleversement, celui retenu pouvant s'avérer par trop indigeste, tout comme cette chanson symbole... L'interprétation est toujours attachante, tous aiment la vie à leur façon. Bien retranscrite aussi, l'ambiguïté des Roumains du film, grand moment que ce revirement du jeune, sa déduction imparable !
  • AMERRIKA (2009)
    Note : 17/20
    L'actrice principale est une merveille. Ronde comme une balle mousse, une belle tête charnue, avec ça bonne comme le pain, elle crève l'écran et on n'a qu'une envie en sortant : la revoir bientôt. Utile aussi de garder en tête que ces Palestiniens des "territoires occupés depuis 40 ans" non seulement auraient été bafoués au profit de l'Etat d'Israël, mais sont toujours à l'heure qu'il est chez eux nulle part (paradoxalement, un sort aussi atroce que le calvaire juif subi par les nazis). Merveilleux film dénonçant les amalgames du style épingler musulman tout Arabe, mettre dans le même sac islamisme, extrémisme ou terrorisme, commode pour faire dégénérer les bagarres de récréation en pugilat hautement répréhensible. A l'occasion de ce mélange de destinées, sont traités les travers de l'immaturité collective, des haines épidermiques entretenues par l'inculture à un endroit donné. Pour peu que des exilés d'origines différentes s'expatrient, hors des zones de conflit, les voilà qui s'épaulent, témoin ce Juif polonais (invité au restaurant !) : discours partageur sans mièvrerie, à en juger par ce "tahini" parvenant à dérider le collègue peu amène au départ ... Se perçoit aussi le lien familial indéfectible des communautés traquées de longue date ! Jolie musique diffusée par bribes. Large place au pays d'accueil certes, on voit trois fois rien de la Palestine, toujours assez pour en deviner l'étau et se dire que quand le pays d'origine n'ouvre sur rien si ce n'est sur des risques d'attentats permanents, laisser les check-points derrière soi pour un ailleurs peut sérieusement démanger ! .
  • HARD CANDY (2005)
    Note : 12/20
    Sans doute suffit-il maintenant de savoir filmer et de prendre des acteurs talentueux pour faire passer les pires pilules ? Voici une pub ou un clip made in America, effets de suspense, esthétisme avec musique invitant à l'effroi. Entrée percutante, après ça disjoncte sérieux... Mais côté prises de vue et du son, continuité du haut de gamme. Jolis plans sur un oeil, accélérés lors de joutes, profils d'ombre se détachant avant plongeon, raffiné.... Mais alors bonjour la complaisance ! Cette prise en otage du spectateur dans le délire de celui qui commande à la caméra dont l'unique slogan sera "il n'y a pas pires bourreaux que les victimes"... Ouais, mais vite malsain ! Un sympathique surfer du net supposé abuser des jeunes mineures, fichtre, il aime leur fraîcheur globale, se délecte à les regarder, "shame on you", nombre d'hommes devraient se trouver à l'ombre pour moins que ça ! Pater familias soigneusement évité ici ! Et l'écclésiastique, chttt.., voulez-vous vous taire ! Or donc, est-il coupable ou seulement anéanti sous torture, ce brave garçon ?... Quant à Ellen Page, la face de candide faite ado, elle incarne une monstruosité trop adulte une fois de plus, exactement comme dans le "Juno" qui suivra. Jeu excellent. A l'intention de qui gobe toute perversité comme du petit lait, les autres peuvent zapper.
  • ZION ET SON FRERE (2008)
    Note : 16/20
    C'est après coup qu'on mesure l'ampleur du combat livré entre les deux frères à partir de cette paire de baskets sans doute pas fabriquée en exemplaire unique ! Meir à la lèvre supérieure retroussée, une tête à claques dès les premières images. La préférence va tout de suite aux doux cadet, teigneux seulement à l'usure, ils se sont toujours heurtés depuis l'enfance, à présent voici l'apothéose... Quand la survie prend le pas sur les goûts, "nécessité fait loi"... Le conflit israëlo-palestinien est mis cette fois en sourdine, les frictions juvéniles fort répandues de nos jours sont seules à l'honneur : la responsabilité fraternelle repose ici sur la mère incroyablement sexy (Ronit Elkabetz dans un registre presque malsain par moments), abritée de ses garçons par un chaud prétendant, puisque les conflits usent et finissent par requérir un bouclier. D'autant que le père véritable s'est fait la malle, il n'existe plus qu'au téléphone, un fantôme de cabine publique toute proche de l'appartement familial. Le stade restreint de langage de Zion et Meir (insultes, coups, câlins de bébés) semble tenir pour beaucoup à cette absence paternelle. Une peinture de moeurs de l'Israël d'aujourd'hui, repérable à la dureté de son expression verbale !
  • GARAGE (2007)
    Note : 16/20
    V.o. obligatoire pour la saveur de ce coin de l'Eire. Josie, marcheur reconnaissable entre mille se profilant sur un paysage désert, Josie vissé devant son garage, Josie blaguant au bar, avec les gars du coin qui le charrient... Lui semble incorporé au terroir tant il en a retiré sa propre philosophie, tout juste un peu d'ennui certains soirs, encore un pub dans ce patelin, un peu de chaleur humaine, et au moins voir quelques femmes à défaut de ne jamais en toucher une : "vieux gars" mal dégrossi (ces ongles éternellement noirs de mécano), l'employé trop bon que le patron reconnaît et encourage à encore plus de dévouement... Un être ultra-accommodant, un obsédé de l'adaptation, solitaire et point fou : de quoi donner mal au ventre au voisinage, "les braves gens n'aiment pas que..." : tout trouvé pour devenir le con de service. De jolies prises de vue dans la nature encore préservée, une troublante conversation avec un vieil homme bienveillant, qui pleure et s'en excuse (annonciateur de la suite ?) tandis que Josie embraye sur la météo histoire de faire diversion. Présence muette d'un cheval mangeur de pommes une fois pour faire connaissance, noyade éclair de petits chiens encombrants... Cette caméra intimiste s'insinue dans l'Irlande profonde par une plongée dans l'hostilité irraisonnée mais affichée dans son bon droit : la mère venue présenter son fiston avec le boss, et juste après le copain et sa dulcinée, un froid qui inquiète, malgré l'apprivoisement de l'ado, Josie avec son naturel de vieux poupon grandi dans la nature, ne remarque-t-il donc pas que les filles hérissent ce jeune jouvenceau ?... Au bout du compte, est-ce une machination ou juste un mauvais concours de circonstances ?... Pat Shortt (comique très populaire en Irlande), incarne cet innocent piétiné par la bienséance locale, une imprégration de siècles de calotte ajoutée aux nouvelles normes sécuritaires des années 2000... Et pourtant un gars réputé "une crème", incapable de faire du mal à une mouche.
  • PAS SUR LA BOUCHE (2003)
    Note : 18/20
    J'y allais surtout pour voir le numéro de Darry Cowl ! D'ordinaire rebutée par la Comédie Musicale et/ou l'Opérette en tant que genres... Seulement voilà, c'est très bien envoyé si on démysthifie le premier quart d'heure assez "cucul la praline"... Ce "thé" survolé par la caméra est juste une amorce. Les roucoulades font vite place à une mordante ironie que la concierge de la garçonnière viendra signer : la joie de rire l'emporte sur les larmes de crocodile. Remuant, alerte, espiègle, jamais creux car ce qui est déclamé (chanté mais aussi parlé) fait avancer l'action. Aucun anachronisme non plus, des dialogues d'époque, et qui sont d'une grande élégance, je le précise pour ceux qui craindraient l'apport de tournures du vingt et unième siècle déplacées... Interprétation où l'on perçoit le délice des comédiens sous la houlette du Maître Amuseur... Re-survol de la caméra pour conclure théâtralement... Oeuvre exportable sans doute ent tant que parodie très frenchie des comédies musicales américaines, malgré l'acide, c'est assez gentil pour ne froisser personne. Je me suis surprise depuis à imiter l'accent de Lambert Wilson : "bien pronouncer "Pâs sû' le Bouche", tout un programme.
  • COPIE CONFORME (2010)
    Note : 17/20
    Reconnaissable à ses particularismes pour filmer l'anodin qui en dit long, Abbas Kiarostami fait craindre une balade en voiture comme dans "Le goût de la cerise". C'est un curieux périple en fait, "je ne comprends pas", disent les rationalistes... Certes, le verbiage entre original et copie peut séduire les intellectuels de haut vol, "cause toujours"... Mieux vaut se focaliser sur les attitudes du couple (à partir de ce café interrompu par le portable, quand on est encore sûr que la tavernière se trompe). Kiarostami use d'un artifice pour provoquer des lectures multiples : ce peut être l'impasse où s'engluent deux caractères mal assortis dont l'enfant illustre le ratage. Le refus de fibre paternelle pur et dur. Le renoncement suite à des étripages sans issue. L'emprisonnement de l'individu, en Iran ou ailleurs. Ou un cri de ralliement à cette désespérée ? Il faut reconnaître, et l'affiche le traduit complètement, que face à un écrivain évadé depuis longtemps dans les hautes cimes, bâton de rouge à lèvres et pendants d'oreilles font triste figure !
  • LA MOUSTIQUAIRE (2010)
    Note : 19/20
    Point stratégique du 21ème festival espagnol de Nantes 2011. Il s'agit de ces fêlés qui ont l'air de gens normaux...A l'heure où on fait tout un plat de la psychiatrie, de la tendance borderline des sociétés décadentes etc., remonte des oubliettes une folie transmise de génération en génération entre soi et qui, pour se désennuyer, contamine un peu au dehors, en catimini, les silencieux, les solitaires, le copain du fiston ou une jeune étrangère suite à une catastrophe par exemple, mais attention, en faisant d'abord mine de ne pas y toucher... Trouble de la personnalité difficile à prouver, a fortiori jamais soigné, aggravé par "des substances" qui peuvent être médicamenteuses allongées d'alcool ou non. Des déformations entretenues, souvent à l'origine du sexe "sale", du bizutage, et autres dérapages salaces favorisés par la valse des billets de banque pour toute valeur. Des dégâts tacitement reconduits de père en fils, de mère en fille, plus la réaction parfois cocasse des satellites servant de déversoirs. Ce film montant en puissance d'Agusti Vila propose une sublime caricature d'un groupe de "collets montés". C'est d'une justesse et d'une ironie qui devraient faire des émules chez les cinéastes et les spectateurs, souhaitons-le pour nous tous, encore plus quand le fait divers dépasse la fiction (famille au-dessus de tout soupçon décimée en avril 2011 à Nantes) !
  • LA TÊTE EN FRICHE (2010)
    Note : 15/20
    Les hautes sphères du cinéma "intello" condamneront cette bluette en arguant que cette France-là est une vue chimérique de bobo... Pourtant, l'intention à elle seule justifierait la bienveillance, en tous cas pour ceux qui ont raffolé du temps de Bourvil, Gabin et autres figures s'ébrouant dans le genre populaire. Discrète justice rendue à la perte affective et aussi à l'âge, en particulier du côté féminin. Audace de se pencher sur les substituts de père et mère, autant d'opportunités pour panser les plaies mal refermées de l'enfance... Hommage à la culture livresque facile d'accès et qui console des poches percées dues aux récessions économiques en maintenant vivant, voire en rattrapant les lacunes scolaires... Surjoué par moments (les scènes du café regorgent d'archétypes), avec des dialogues inégaux, parfois très convenus... On frôle la caricature de villages, promiscuité = ragots ou entraide, mais reconnaissons qu'il plane une réelle bonté, une volonté de pacification qui fait du bien en ces temps vachards... Du reste, quelques bons mots sur la fin rattrapent le décor un peu facilement planté... Résultat, grâce à ses acteurs complémentaires (Casadesus, Maurane, Depardieu, Stévenin et les autres...), de ce film estival, on retiendra les valeurs profondes. Possible de le coupler avec "Les petits ruisseaux" de Pascal Rabaté à l'affiche également : traiter du grand âge sans tricherie, sans peur, vaut de l'or en 2010 !
  • LUST CAUTION (2007)
    Note : 17/20
    La forme rappellerait assez les grands films américains sortis en fin de guerre mondiale, tels "Soupçons" d'Hitchcock, dont on voit un court extrait, et les affiches placardées dans ce Shanghaï en pleine occupation japonaise (1942). Inspiré d'une nouvelle, l'ensemble a des allures de grand classique, à part peut-être cette façon d'amener habilement le flash-back au beau milieu de l'intrigue, manière de faire d'aujourd'hui. Le fond recoupe tous les tiraillements de l'âme occupée à transgresser, sauvagerie doublée de la rage de ressentir de la compassion. Défilent sous nos yeux l'inconscience du patriotisme exacerbé, ainsi que les rouages d'une société où les chefs donnent toujours l'apparence de mieux s'en tirer, de quelque bord qu'ils se réclament. Ang Lee fait prévaloir le collectivisme sur l'individualisme (ce cacheton non consommé me reste en travers de la gorge...) mais je me demande s'il n'y a pas été contraint, de manière à être accepté par les autorités chinoises. On reconnaît bien le réalisateur de Brokeback Mountain (film censuré en Chine), la prise de possession amoureuse comme un château à assiéger et ensuite, le sentiment qui s'accroît, avec cette rage à osciller entre fondre et se rebiffer. La jeune femme touche par le fait qu'elle se prend elle-même à son double jeu, mais le plus irrésistible est bien ce Monsieur Yee, quand bien même il incarne un collabo.
  • LES PETITS RUISSEAUX (2010)
    Note : 17/20
    A part le choc des rateliers... (un peu rude pour les crocs !) la promenade revigore, jamais trop égrillarde, plutôt instructive. Davantage de piment dans les situations à partir de la renaissance n'aurait pas nui... Etant entendu que les délires de la chair usée glaceront, ou feront hausser les épaules des hercules du lit ("c'est dégueu" ou "merci, j'ai ce qu'il faut à la maison")... On baigne dans un naturalisme dont l'approche rejoint les films scandinaves. Avec de jolis effets à l'image renvoyant à la bande dessinée du même auteur : la voiture orange miniature comme un jouet sur des paysages à très grande profondeur de champ (une caméra qui balaie comme un aigle avant de piquer sur sa cible), ou encore cette halte sur un plat de poisson entamé quand devisent, au second plan "notre homme" et sa descendance en gestation... Si le deuil du copain sonne comme un réveil-matin d'autrefois, que de risques courus depuis ses affolantes peintures ! Plusieurs fois le profil (si caractéristique) de Daniel Prévost en frôle-la-mort voulant réussir sa dernière ligne droite, invite à l'observation. Guérir des deuils, saisir les opportunités... Rire garanti pour les résolus à faner comme les plantes et qui s'estiment gagnants sur tellement d'autres tableaux. Les moins prudes, quelle que soit leur avancée dans la vie, devraient s'égayer du "je suis vieux", aveu du condamné précédé d'un "merde, je bande" annonçant le fiasco ! Le regard de Pascal Baraté ose traiter de la condition masculine axée sur la performance. Il en souligne les limites mais ne sonne point le glas... Sous le côté anecdotique, c'est une fine analyse de la vieillesse au niveau sexuel, cette hantise de "ne plus pouvoir y arriver" (et qui peut parfaitement venir en complément de "La Tête en Friche" en salles aussi en ce début d'été 2010 sur le grand âge au féminin).
  • VICKY, CRISTINA, BARCELONA (2008)
    Note : 16/20
    Une balade espagnole à découvrir de préférence en v.o. (malgré voix-off impersonnelle qui nuit à l'ensemble). Attention, cette analyse peut torturer les couples les plus confiants. Etonnant comme Woody Allen semble connaître le secret désir des jeunes femmes à travers sa propre libido masculine. Il y va de son air faussement léger, ritournelle spanish scandant les étapes, moiteur barcelonienne et blondeur relâchée de Scarlett Johansson (magnifiques gros-plans sur son visage, et bravo le coup de l'ulcère !). Toujours filmé avec cette virtuosité qui déboule à pas de velours dans l'intimité de ses sujets. Très peu de bateau ici, un petit avion cra-cra pour aller sur l'île où on perd la tête. Manque la surprise du cinéaste, ni vu ni entendu, il se situe donc dans le propos. Fou comme ces peintres ont l'air de gagner leur vie en claquant des doigts... Une chance que Cristina se libère, sa comparse la fausse-mariée réchappant de justesse à un changement de cap... L'épouse hystérique (Penelope Cruz) et l'irrésistible macho (Javier Bardem) d'une franchise renversante, sont la meilleure caricature qui soit du couple esclave en pays civilisé.
  • A 5 HEURES DE PARIS (2009)
    Note : 17/20
    Délicatement mené, pas l'ombre d'une grossièreté. Incompréhensible que cette production ait pu un moment être assimilée au drame de La Flottille au large de Gaza. Elle raconte un coup de coeur sans nationalité précise débutant par une douce euphorie, la connexion entre deux êtres, on décolle loin du rationnel, la voie des airs peut perturber l'équilibre... De Joe Dassin à Alain Barrière en passant par Salvatore Adamo (et même pire !), les "tubes" illustrent la montée d'adrénaline mais comment les bouder tant ils sont valorisés par des minutes musicales brillantissimes, comme s'il y avait du sacré dans l'air... Ce qui amène ce couple à convaincre le spectateur par la gratuité de son lien : ils se plaisent, ce grand enfant ébloui, frémissant : "elle était si jolie"... et cette flanquée d'un propriétaire dont la moustache chatouille, à part ça remarquable chanteur et guitariste folk... De A à Z, la pulsion d'un éternel apprenti de la vie, chauffeur de taxi chaviré en avion, comique rentré (attention à cet acteur à l'austère calvitie, attachant en diable, regard lumineux et grande lucidité dans le quotidien de par son métier : son jeu rappellerait un peu l'innocence de Woody Allen à ses meilleurs moments... La dame fait l'effet d'une fée en stand-by... Une romance à deux niveaux bien distincts : le décollage et la fatale "chute des corps". Apolitique et tonique !
  • SERAPHINE (2008)
    Note : 19/20
    Retenu la phrase prononcée par Yolande Moreau, typique des autodidactes comme Séraphine de Senlis : "quand on fait de la peinture, on aime autrement". Malgré une lenteur un peu appliquée et un manque de fracas, quel beau film (comparable en intensité à l'Amant de Lady Chatterley) ! Puissant hommage à la peinture champêtre, aux arbres notamment, à la bonne vie de village. Touchante force de la nature que cette sauvageonne à chapeau, sociable avec ses chants à la vierge, mais si piètre gestionnaire, de l'or dans les mains pourtant... Prises de vue comme autant de tableaux, on voyage allègrement autour du patelin... Tableaux comme si Yolande Moreau les avait faits (délicieux instant où sa bouille surmonte ses bouquets)... Musique d'extase qui imprègne, suggérant sans fin Séraphine et ses doigts dans les couleurs... Un moment d'éternité. Bel encouragement à laisser vivre en soi le primitif !
  • RENCONTRE AVEC LE DRAGON (2003)
    Note : 12/20
    Quelque chose coince dans ce film. Bien que tous les ingrédients y soient ! Merveilleuse région permettant des paysages grandioses, formidable idée que ce légendaire Dragon Rouge marqué par un incendie et un secret de famille à une époque barbare, quatre acteurs têtes d'affiche, un petit garçon attachant et même un tout petit bébé... Beaucoup d'inventivité, des moyens, de la sueur. Une équipe de professionnels des plus pointus à la technique. Le pire est que le scénario se tiendrait. Sont-ce les dialogues un peu téléphonés ? Ou le fait d'osciller entre la farce et le drame ?... Trop gros traits... Au final, juste quelques fulgurances. Hélène Angel s'est emparée à grands frais d'un film d'hommes. Au gré de sa fantaisie. Sans imaginer que c'est trop personnel pour emporter l'adhésion : une mère supérieure de couvent (Emmanuelle Devos) accouchant au milieu des bois, hum ! Un cavalier en robe plissée métallique déposé avec cérémonie sur son cheval : bizarre ces attitudes et ces costumes (voulus d'inspiration orientale d'après le bonus du dvd) plutôt que d'approcher la réalité de l'époque dans nos contrées. Excès de zèle ! Un peu plus de sens commun et cela devenait une épopée grandiose !
  • APPALOOSA (2008)
    Note : 17/20
    Le western américain revisité par un contemporain inspiré : ou bien ce serait avant tout pour ceux qui, d'ordinaire, ne raffolent pas spécialement des classiques épopées de John Ford ?... Car ici, malgré la tonitruante bande-annonce, les pétarades sont modérées, on négocie avec les Indiens, les bons soldats à la misogynie de gros durs, ouste ! Seul, est invoqué le fameux calibre huit, l'arme qui tétanise... Le tout évoluant dans le décor qui s'impose (paysages étirés, félin surgissant à droite de l'image, mais aussi carreaux sales du saloon et ce train deux fois arrêté qui repart en marche arrière...). Des cow-boys new style qui n'en restent pas moins des hommes, avec de la graine d'anti-héros, pour autant on n'est pas dans la parodie totale du western. Certes les dialogues des deux amis de longue date regorgent d'humour, sentimental la plupart du temps... Si l'application des peines se heurte au passe-droit, la loyauté prévaut, (comme le feraient Costner ou Eastwood) en beaucoup plus flegmatique. D'ailleurs, si on souffre de l'étirement des images, les prises de vue et le fond sonores ravissent, aucun relâchement. Plus tard, en dvd, cela démangera de rembobiner plus d'une scène. Mâles racés, dont la caméra capte les visages sous toutes les coutures. Femme déconcertante de prime abord, attention à cette bouche en c... de poule. Sont abordés l'instinct de conservation féminin en terrain hostile et la fragilisation des vieux bourlingueurs, ce qui donne un film particulièrement équilibré ! D'intéressantes valeurs qu'on aimerait bien voir ressurgir dans notre monde actuel où l'éthique brille de plus en plus par son absence !
  • LA VIE DES AUTRES (2006)
    Note : 19/20
    Pour ceux qui ignoraient cet étau germanique qu'était la Stasi à l'est avant la chute du Mur. On est en 1984, clin d'oeil à un bouquin aussi, où il est question d'espionner autrui. Voilà à quoi les extrêmes conduisent, ça doit remonter aux cavernes... Et qu'on soit de gauche comme de droite. Mené avec beaucoup de finesse pour un premier film, suspense et coups de frein alternés, le spectateur a peu l'habitude d'une violence aussi insidieuse mais marche à fond... Parmi tous ces morts vivants qui traquent la population pour une idéologie transformée en diktat, le couple d'artistes, sensuel et qui représente l'idéal sur cette Terre, est l'unique réjouissance, jusqu'au dénouement, qui relativise tout le propos, franchement, on en reste baba.
  • SIN NOMBRE (2008)
    Note : 16/20
    Parfait pour prendre connaissance du phénomène des "Mara" et des "Dix-huit" (leurs ennemis jurés) au moyen d'une fiction, plus facile à supporter que "La vida loca" où le réalisateur y a laissé sa peau, en plein dans la logique de ces gangs ! Horreur que ces figures entièrement traversées d'un gros numéro d'identification... On déduit que ce serait une riposte possible aux ogres ultralibéraux que cette nouvelle guerre civile entre clans, une traque dont le motif initial d'inimitié échappe (il faut se pincer car on croirait lire des vieux illustrés sur les cow-boys et les indiens). Avec des "treize minutes" de castagne infligés par des détraqués (mais capables de tendresse pour leur bébé !). Adeptes du bizutage d'où l'aspirant doit sortir souriant, des litanies plein la bouche avec l'espoir de rafler l'estampille du clan sur sa carcasse... Ferait penser à la Camora italienne dans le principe, les slogans et le marquage en plus. Encore une incitation à se prosterner devant le plus fort à bras, le plus riche, le plus cynique, au vingt et unième siècle, l'esclavage est bien de retour ! Nouvelle guerre de la pauvreté par infiltration subtile dans la population nomade condamnée à errer au coeur de cette tyrannie ou crever de faim. On suppose que les forces de l'ordre sont occupées par ailleurs ?
  • CENDRES ET SANG (2009)
    Note : 14/20
    Enigmatique, à l'image de Fanny Ardant. C'est âpre, ça travaille la peau en sortant de la salle, il faut dormir et se réveiller en milieu de nuit pour trouver de la portée à ce film basé sur l'onirisme de leur auteur, elle-même travaillée par la complexité du sang dans les généalogies... Première demi-heure déroutante à souhait, on a beau scruter et ouvrir ses oreilles, il manque d'explications, on est à la limite de décrocher mais on tient bon grâce à la technique, très au point, la photo en particulier : se glissent quelques tableaux d'une grande beauté, brumeux, repoussants parfois (ou dont le sens échappe à l'entendement) mais néanmoins impressionnants. On peut aussi souffrir des accents à couper au couteau en plus du curieux découpage global, vrai puzzle éparpillé... On note deux parfaits doubles de la réalisatrice en les personnes de Ronit Elkabetz et Madalina Constantin. La marque de fabrique "du Fanny Ardant tout craché" est bien présente, perplexité à la première approche, et envie de revoir l'oeuvre à tête reposée par estime pour l'actrice, dans toute sa "sauvagerie" ici. Elle semblerait assez prometteuse comme cinéaste malgré un regrettable maniérisme (cet arbre généalogique de fin, qui donne le tournis tant on a été secoué par le drame...). Les comédiens sont bien dirigés. Manque juste que le spectateur moyen soit un peu ménagé.
  • PARTIR (2009)
    Note : 18/20
    Epouse de médecin, vingt ans au foyer pour élever les gosses, demande retour à elle-même : le mari est conciliant, va pour l'ouverture d'un cabinet, masser les autres guérit du spleen, les travaux commencent... S'amène cet ouvrier espagnol, complice d'emblée rien que dans le déménagement de vieilleries. S'ajoute, en plus d'un frein de voiture oublié, cet "encore du poulet à manger ?" qui fait lâcher le plat. Pour un(e) kiné, "le corps a ses raisons que la raison"... Radieux sur le fond, tragique sur la forme, ce film renie la fourmilière sécuritaire, l'obligation (de retour plus que jamais aujourd'hui) à rester dans son rail. Alors, la bourgeoise et le prolo, on couche une fois ou deux à la rigueur, "faut s' reprendre" ! L'alchimie physique féminine, ce détonateur, ça se rationalise, ça se combat... Filmé sous le soleil de Nîmes par une virtuose de la caméra, avec une musique plus efficace que les mots pour signaler la tragédie. Dialogues intelligents. Dépassement des seuls intérêts financiers, oui, certaines femmes se foutent du fric pour y avoir perdu leur âme, c'est Catherine Corsini, une femme plutôt aisée qui le rappelle. Le couple spanish-british Lopez/Scott Thomas ôtant un à un les oripeaux du convenable au profit de l'instant qui passe est divin... A noter que l'héroïne est marquée par une veine au front qui, loin de la desservir, lui confère une authenticité stupéfiante en plus de sa beauté au zénith ! .
  • LE DEAL (2006)
    Note : 17/20
    Serait-ce devenu un signe de fêlure latent, ou de santé au contraire, d'apprécier ce dvd en 2008 ?... Bouffée d'oxygène que cette outrance de Mocky. Il s'adresse de manière délibérée à un public d'initiés, et tant pis pour les spectateurs "raisonnables". Il y a un brin du journal "Hara-kiri"(rire du pire) avec un soupçon de Francis Blanche, Pierre Dac, Coluche, ou Siné en ce moment... Beaucoup de tendresse pour le genre humain derrière l'aspect mal élevé. Poésie et cruauté mariées, mais vers l'improbable. A moins d'être atteint de sinistrose aiguë, le gloussement est irrépressible (cette porte qui pleure comme un nouveau-né quand on l'ouvre, j'ai mis du temps à réaliser...). Dans un genre apparenté, le court-métrage qui passa à la télé : "Morts Sur Commande", un face-à-face Bohringer/Mocky, vaut également le détour. Mais il faut aimer le registre frappadingue, la dérision du moins tant qu'elle se situe à ce niveau-là, il y a des limites à la provoc'...Imaginons les parties de rigolade que ces acteurs ont dû vivre sur les tournages !
  • 21 GRAMMES (2003)
    Note : 15/20
    C'est un film à s'arracher les cheveux. Valeureux quant à ses obsessions. Ereintant de par sa facture toute en cadrages savants et surtout innombrables en première partie, où le vrac des situations jeté à l'écran peut agacer les tempéraments peu enclins au zapping télé... Fort heureusement, on peut recoller les morceaux du puzzle au fur et à mesure du déroulement. Très hollywoodien avec son côté appuyé "bons et méchants" dont seule la ferveur religieuse peut adoucir le sort. Les hyperactifs s'y retrouveront, leur hantise étant bien d'être coupés dans leur élan ! Terroriste dans le tire-larmes car on a les yeux braqués de force vers les drames les plus terrifiants de la vie courante, caméra scotchée longuement sur les charmes de l'enfance pour mieux se vautrer ensuite dans le pathos, qu'on s'imprègne bien du côté vain des rachats, de la vacherie des parcours humains, de la relativité des petits bonheurs familiaux... Du spectaculaire asséné dans l'éparpillement qu'on retrouvera au zénith dans "Babel"... Travail considérable, n'empêche... On devine un scénario très foisonnant, qui fait languir les spectateurs en étouffant l'imagination... Il faut aimer les sensations fortes. Acteurs du box-office à la hauteur de l'enjeu. Cette rage de persécuté vise le public télé dont addiction, bons sentiments et peur sont la nourriture (attention, j'entends bien que des malheurs extrêmes puissent s'abattre sur la plus paisible des trajectoires). Je déplore cette nouvelle école cinématographique, cette forme qu'Inarritu multiplie, prendre en otage les regardants (il n'est pas le seul)... En deuxième partie, les dialogues, la musique atténuent un brin la surenchère d'effets. La sobriété des films de l'est beaucoup plus avare de grandiloquence et on avait un chef-d'oeuvre !
  • TU N'AIMERAS POINT (2009)
    Note : 17/20
    . La ronde des petits chapeaux noirs dans la pénombre... Brrrrrr, des Juifs orthodoxes, les plus coincés... Voilà qu'il pleut, un portail est enfin ouvert à coups de cailloux sur une boucherie d'où toute la viande sera jetée... En plus de la qualité d'image, une onde musicale s'insinue telle un serpent rasant les murs. Délicieux et vaguement inquiétant... "Recherche employé"... Le jeune et l'ancien face à face, bougons, pas vraiment le coup de foudre... Ces extrémistes sont aussi fêtards, ils trinquent, apprécient les soirées douillettes en famille. Braillent en choeur aux cérémonies religieuses où l'on philosophe. Le rabbin mentionne avec entêtement cette jeune femme qui fricote où elle ne doit pas, l'occasion d'une visite collective rappelant à l'ordre... On raconte aussi que le nouvel apprenti boucher serait un semeur d'opprobre... En fait d'homosexualité, elle se perçoit sans flagrant délit véritable. La menace par affiches placardées à mots couverts, puis intrusion d'éléments fougueux dans le magasin, conflit entre la jeune frange contre le patriarche, tous orthodoxes pourtant... Interdiction de plaisir "impur", amants en apesanteur reprenez-vous ou circulez... Il est permis aussi de se mettre une seconde dans la peau de l'épouse et des enfants en pareil cas (hors orthodoxie). Mais c'est vrai que Madame et sa brosse à cheveux en action, ces lits à déplacer ne sont rien en comparaison d'une chair fraîche de pur sang... Ce sage boucher déclarant à son supérieur spirituel "être un mort redevenu vivant", quel aveu d'étincelles dans une existence trop morne : l'absolution plutôt deux fois qu'une !
  • SIBERIE MONAMOUR (2010)
    Note : 19/20
    Vu cette splendeur à Nantes en avant-première russe du 17 avril 2011... Slava Ross contourne la censure pour crier les maux de la Sibérie profonde. Avec une maîtrise parfaite de la mise en scène, du son (ces bruitages musicaux) et des prises de vue à couper le souffle. En plus d'une morale curieusement universelle et d'un brin de poésie. Bien que le film débute par des images crues et demeure alerte, pas du tout gnangnan, Monamour étant un lieu, on peut déplorer que ça ressemble à un conte pour la jeunesse (l'enfant incarnant la pureté, les chiens rappelant les loups, le puits symbolique quelque mauvais sort jeté. Fausse naïveté car on trouve dans le dénuement décrit, à la différence du beau mais misérabiliste "Winter's Bone" (auquel il est permis de songer), le tempérament qui permet de rebondir sur le malheur. Aucune demi-mesure... Les durs n'ont qu'à bien se tenir, les femmes se rebiffent, l'enfant lassé d'attendre son père fantôme joue sa vie. Un regard plein de perspicacité pour une histoire rude mais dont on sort gonflé à bloc !
  • LE TEMPS QU'IL RESTE (2009)
    Note : 17/20
    En gommant le contexte, pour peu qu'on n'ait jamais connu ces tiraillements de territoires, on peut trouver ces souvenirs comme trop intimes, indignes de constituer un film international. Sont posées une suite de "colles", cette voiture sous la tempête, quelques références guerrières... Puis l'auteur d'abord en retrait se plante devant la caméra avec sa silhouette souple, beau visage, regard méridional parfois humide, l'air de nous dire "est-ce que ça vous parle ?"... (Les rationalistes peuvent décrocher d'entrée de jeu)... Sont inscrits dans les gènes d'Elia Suleiman "les Palestiniens depuis 1948", sujet méconnu, à savoir des populations devenues minoritaires sur leur sol, ou bien délogées de gré ou de force de leur terre natale : et tout ça "pour que le peuple juif ait une terre"... (Ce qu'on ne sait pas : Israëliens souvent installés dans des maisons palestiniennes désertées comprenant mobilier, vaisselle, photos de famille, le chien et le chat, avec interdiction, encore actuellement, de restituer leurs biens aux Palestiniens chassés) ! L'essentiel se passe donc à Nazareth, un bien joli patelin... Flashs-back, quelques plans sur les parents (dont la vraie mère âgée du réalisateur), dans un contexte arabo-israëlien mêlant ritournelle palestinienne d'antan et refrain américain au karaoké... Coupures d'image, énigmes, pirouettes procurent la distance nécessaire au cinéaste toujours pas revenu de ce vol d'identité ! L'enfant silencieux et troublé qui survit en Elia Suleiman authentifie la douleur palestinienne une fois pour toutes... mais sans nier le peuple d'Israël. Cet homme mériterait un ministère.
  • ANIMAL KINGDOM (2009)
    Note : 18/20
    Faiblesse volontaire ou fortuite du son en numérique ? C'est presque inaudible au début pour emplir la salle par vagues phoniques de plus en plus lourdes de présage. Ce film passe pour ne pas être aimable parce qu'il pointe les dérives sociétales actuelles, je trouve pourtant qu'il ménage le spectateur avec sa bonhomie du quotidien sous la fausseté... "Parce que tu es gentille", voilà pourquoi le neveu aime bien sa copine, deux ustensiles au pays de la perversité contemporaine, quand la loi du plus fort finit par échoir au plus fourbe. Autre adoucisseur de ce bain empoisonné, le flic avenant sans enfant (entre Brad Pitt et les stéréotypes de la police Eastwood, beaux et bons). Mention toute particulière à cette mère (Jackie Weaver bluffante !) dont la survie exige mille stratagèmes. Ils tombent tous comme des mouches... Un suspense à pas de velours avec de l'action toujours bien dosée. Le sursaut dans la logique du personnage central se tient dans cette implacable horlogerie de la loi du plus fort !
  • RENAISSANCE (2006)
    Note : 16/20
    Graphisme éblouissant. Avec des vraies gueules, un sujet et des répliques du polar américain des années cinquante, mais "à la française". Ambiance futuriste, glaciale, tension et divagations, dialogues laconiques, quelques éclairs scientifiques, un travail d'orfèvre. Goûté particulièrement le style de pub de cet "Avalon" qui emprunte des bouts de Paris. Certes, l'atmosphère est pesante, entretenue par une musique aux relents d'apocalypse. Et les déductions, aujourd'hui en 2008, peuvent laisser rêveur... Qu'importe, d'un bout à l'autre l'aspect technique force l'admiration. Possible d'accélérer quelques minutes d'action qu'on voit venir de loin, sauf UNE poursuite en bolide, avec cette fillette surprise, un morceau de roi. Le bonus du dvd offre aux novices de comprendre (des dessinateurs aux acteurs en passant par les musiciens jusqu'au studio final) comment ces passionnés ont réussi leur coup. A voir au moins une fois dans sa vie !
  • YO TAMBIEN (2009)
    Note : 18/20
    Prix de la Fondation Borau Opéra Prima 2010 entre autres distinctions. Ce film fut très remarqué au vingtième festival espagnol nantais de 2010, tout en laissant un sillage plus que discret, sa sortie officielle française en plein mois de juillet dans de rares salles est suffisamment éloquente... Les deux réalisateurs passent en revue les réprobations d'usage, l'excès de bienveillance au profit d'une absence de culpabilité : on fait avec ce que la nature donne... Rien à voir avec le pessimisme flottant sur "Le Huitième Jour". En principe, rien que l'idée du désir sexuel d'un handicapé pour une jeune fille possédant tous ses chromosomes = fuyons !... Il est offert à chacun(e) le temps de s'identifier au couple formé... Trisomique "des pieds à la tête", affirme-t-il à cette péroxydée à la bouche triste... Une candeur naturelle incompatible avec ce que la galerie appelle "homme" ! Les deux acteurs, prodigieusement complices, s'apprivoisent et on se demande jusqu'où... L'équilibre possible tient aussi aux hautes études de cet handicapé qui anime des conférences (l'acteur Pablo Pineda, on n'a pas l'habitude !)... Sa partenaire finit par rayonner en sa présence, il la fait rire même s'ils en pleurent... Il faut pouvoir soutenir l'entreprise. Pour une fois, le handicap se rapproche de très près du citoyen lambda, assez pour pouvoir s'identifier. D'aucuns y voient une lourdeur insupportable autant qu'improbable. A l'inverse, on peut considérer ce film comme une rareté. Que de tabous il balaie, la bien-pensance, l'équivoque "tolérance" souvent invoquée pour amortir la répulsion est évacuée. Les corps se parlent, l'intimité se négocie en demi-teinte. Du jamais vu.
  • LA VÉRITÉ NUE (2005)
    Note : 13/20
    Vu dvd version anglaise en octobre 2008. Il s'agit des années 1950/1960 dans le showbizz américain. Accrocheur surtout par le tandem d'acteurs, deux pointures très complémentaires, les numéros volent assez au ras du sol, une castagne dans les coulisses vient soudain jeter un froid... Ensuite, j'avoue avoir été estomaquée par tous ces cachets pris avec de l'alcool pour s'adonner au sexe, vécu comme une chasse quotidienne ou un entraînement sportif, on ne sait trop. Failli tomber à la renverse en découvrant lors de scènes hot, le terme "calcer" (en sous-titre français) ! Autour du meurtre dont il est question, beaucoup de fébrilité, sans doute une souffrance, un vide, derrière autant d'ébats, pour l'un des deux hommes devenu venimeux ou apathique, quoique l'autre aussi semble avoir un secret bien gardé. Que c'est long... Quelque chose cloche depuis le début... La jeune énamourée des deux compères, le principal rôle féminin, tenu par une actrice trop quelconque, horripilante dans son application d'étudiante qui prépare sa thèse alors que l'ambiance est sulfureuse à souhait ! Dommage pour Kevin Bacon et Firth Colin !
  • TAMARA DREWE (2010)
    Note : 13/20
    C'est du lourd... Ouste la sensibilité à fleur de peau de "Liam", "The Queen" ou "Les liaisons dangereuses" ! Bien empaqueté, mais ce que le réalisateur fait dire ou faire à ses acteurs m'a refroidie. Tout d'abord, cet écrivain aux toilettes, prochain de l'épouse à l'oeil de chien battu et au popotin dans le viseur... Gros rire d'une grande "beaufitude", on sent les enjeux gros comme une maison, la seule surprise réside dans ces vaches déchaînées pour cause de chien dans leurs pattes (une scène spectaculaire, inattendue, sans doute vertigineuse à tourner). Pour le reste, je fais partie des peu emballés, et surtout pas par cette tornade de retour au bled (bien balancée, féministe mais trop minois de séries anglo-saxonnes)... On pressent aussi le clash avec ces deux pestes à l'affût, dont l'une va monter au créneau (et pourtant les avoir filmées en embuscade permanente peut raviver de jolis souvenirs de méchanceté enfantine)... Après toutes ces frictions d'un goût discutable, on doit s'attendrir, la morale l'ordonne. Alors que fait encore défaut le décollage. C'est une farce incompatible avec ce dénouement de consolation, cette façon de se rabattre sur le sentimental. Mais je n'ai pas accroché à ces arrangements de façade... Il manquait la magie, je revoyais trop le monsieur sur le trône !
  • DE L'OMBRE À LA LUMIÈRE (2005)
    Note : 15/20
    La légende de Jim Braddock, un type ayant particulièrement morflé des retombées du krach boursier de 1929 aux Etats Unis. Ce n'est sans doute pas le meilleur film sur la boxe, en particulier pour le regard sur la vie privée, avec cette bondieuserie titillant d'office la fibre charitable de tout un chacun... Un personnage force le respect : l'entraîneur, exemple de ténacité bienveillante envers le boxeur qui, lui, vit "la totale", affichant tour à tour rage et apathie : le spectateur médusé va douter de l'issue de chaque round... L'épouse en mater dolorosa joue ici un grand rôle, car elle se veut pieuse mais a aussi du caractère, en dépit de sa voix de chatte courroucée... Les petits guettent, de leurs grands yeux innocents cet Homme Cendrillon (Cinderella Man) qui rentre autour de minuit avec la meilleure ou la pire des nouvelles (le côté désespérant du crève-la-faim peut parfaitement trouver son écho en octobre 2008, où nombre de surdoués chargés de famille doivent accepter n'importe quel boulot pour tout juste survivre). Comme rarement au cinéma, l'intérêt grandit au fur et à mesure que le film se déploie, plus de deux heures durant pourtant, assez bien remplies pour que, plus notre homme prend de gnons face à celui qu'on nomme "le tueur", plus on reste rivé à l'écran !
  • TOMBOY (2011)
    Note : 16/20
    La jeune actrice Zoé Héran rappellerait presque Bjorn Andressen dans "Mort à Venise" de Visconti. Même androgynie troublante, même gracilité, même impression de renfermer les deux sexes en un. On a envie d'arrêter les pendules car peu importe qu'elle ait dix ans et un sexe de fille, on dirait un mutant dans le bon sens du terme. Plus que les bagarres avec le groupe d'enfants voisins (elles auraient mérité un fond musical plutôt que ce brouhaha), beaucoup plus que l'idylle avec la jeune Lisa (Jeanne Disson) qui fait presque passage obligé, c'est le tandem formé avec la petite soeur (Malonn Levana) qui délivre le plus croustillant si on tend l'oreille sans faiblir. Père compréhensif, mère bien dans l'ordre des choses, un peu ch... avec sa robe bleue imposée... Fichtre, que le nourrisson fait drôlement vieux comparé à ses deux soeurs !
  • CHICO ET RITA (2010)
    Note : 19/20
    Rien qu'à entendre la voix pénétrante de Fernando Trueba au Katorza de Nantes en clôture du 21ème festival espagnol 2011, on devine que ce qu'il vient présenter sera comme lui : raffiné, hors du racolage commercial. Certes classique, pour certains trop gentil sur le fond, mais au moins nous sera épargné ce piège des détraqués prompts à faire endosser au public leur obscénité : ce grand naïf déclare "filmer ce qu'il aime" ! Evaporé ? Vieux jeu ? Outre que cette animation cubaine rejoint les plus grandes productions du genre, elle possède "sa patte". On a l'impression qu'ils sont en chair et en os ces expressifs qui nous renvoient à nous-mêmes (avis à ceux qui répugnent à se déplacer pour un dessin animé) ! S'il s'en dégage la grande fraîcheur des oeuvres intemporelles, ne pas se méprendre sur les intentions profondes, ça concerne Cuba. Avec, dès l'introduction, ce transistor stoppé net au mot "se conformer". Un ensemble éblouissant qui renferme tout ce qu'on aime trouver chez les artistes en dernière ligne droite.
  • LES PETITES VACANCES (2006)
    Note : 14/20
    La Mamie, sous ses allures respectables d'instit en retraite, est une fieffée ! On suit la tignasse blanche de cette intrigante, mi-agacé, mi-apitoyé, en priant le ciel que les deux petits (un peu trop caricaturés affreux jojos...) en réchappent vivants. Quelques belles peurs, des petites joies tournant parfois à l'aigre, et une invraisemblance de taille (la jeune fille ne peut changer de cap ainsi, ça fait bizarre). N'empêche qu'au final, le personnage de Bernadette Lafont, actrice toujours excellente, finit par attendrir.
  • ZONE LIBRE (2006)
    Note : 17/20
    Christophe Malavoy, dont la famille a été meurtrie par la dernière guerre, éprouve le besoin de rappeler les aberrations qu'engendrent les haines collectives pour peu qu'un régime odieux s'installe. Mais aussi qu'il y a toujours la bonté humaine qui se faufile, telle une rose sur un tas de fumier... Ce très beau film est construit sur le mode réaliste, des images soignées, le quotidien de fugitifs et de ceux qui les cachent, mais on va à l'essentiel, des alertes suivies d'accalmies. Personnages attachants, de très bons acteurs ! Les scènes de "la soupe" et "les dominos" valent leur pesant de pommes de terre... Des critiques seraient gênés par le silence fait volontairement autour du petit garçon parti au collège : pour ma part, je le trouve très adroit, laissé pour qu'on réalise la dose de cruauté des guerres, et il y en a de par le monde, des exterminations de ce type, en ce moment !
  • CLIENTE (2008)
    Note : 15/20
    L'entreprise était hasardeuse... Et on sent bien que Josiane Balasko, si elle a des copines sans partenaire précis (ou carrément le désert), a un mari qui la bichonne, pas trop besoin de se fatiguer à "chasser" : son regard sur la solitude morale féminine est timoré, à la différence de Nathalie Baye qui elle, s'amuse comme une petite folle (et serait bien allée plus loin, vers beaucoup plus déjanté). La complicité des deux actrices se perçoit, et celle qui dirige n'est pas toujours celle qu'on croit. Bien des femmes quinquagénaires, quadragénaires même, et pas les plus décaties, souhaiteraient dans leur for intérieur, payer un type pour avoir un contact qui leur plaît plutôt que de s'échiner en palabres, ou à papillonner dans le vide, pour connaître, si ce n'est l'ennui ou les emm..., le fiasco après consommation (mais, chut, faut pas le dire, la prostitution dans ce sens-là reste taboue). Je trouve bien du mérite à ce film qui ose dire que l'argent, dans les faits, a ses commodités dans les relations de couple. En conséquence au diable la gratuité, il convient de bien rémunérer l'escort.
  • VIEILLIR FEMME (2005)
    Note : 17/20
    "Vieillir femme", la hantise, encore plus depuis la menace de sabrer les retraites ! Trois jolis portraits qui se résument en quelques déclarations, les principaux changements par rapport à "avant"... Avec des scènes du quotidien. Toujours dans des endroits de rêve grâce aux prouesses à la caméra... Points communs de ces dames : proximité de la nature, volonté d'entretenir sa vitalité, intensité du quotidien. Des livres, la plasticienne et l'écrivain les ont en arrière-plan, alors que la petite mémé dans sa bicoque en haute montagne avec "ses bêtes" prie la sainte vierge quand elle daigne s'arrêter un peu et feuillette "Le Pèlerin". .. L'une pointe un retour sur soi-même en tant qu'individu ("Mensch") un peu comme l'enfant encore vierge de tout autre rôle, l'autre préfère la tranquillité à la guerre de son jeune temps... Ces trois personnes représentent trop peu pour dresser des généralités ("Vieillir hommes", le dvd jumeau serait indiqué en complément...). Observé qu'elles ne fredonnent ni ne dansent, aucune crise de rire ni souvenir ne vient les égayer. De dignes missionnaires, une atmosphère un peu monacale par moments. Sont escamotés les souvenirs qui maintiennent en vie... Que diable, l'expérience apporte aussi le recul nécessaire, ce gain qui fait se sentir vivant, témoin de son temps, sachant qu'on peut être balayé par l'accident brutal, la maladie sournoise à n'importe quel âge. Après un bon verre de vin, la citation d'un auteur, une chansonnette de naguère eût peut-être fait sauter les verrous, oser dire les désagréments les plus criants ? Sautes d'humeur, mémoire capricieuse, tenaces bouffées de chaleur, libido fugace ou éteinte... : hélas, ces joyeusetés sont restées coinceés dans les corsets !
  • AU VOLEUR (2009)
    Note : 16/20
    Diable que c'est lent à l'allumage, point n'était besoin d'avoir toutes les magouilles en détail ! Résultat, le décor met un temps fou à être planté, la caméra stationnant de manière improductive, à la limite de l'ennui... Le film décolle vraiment quand on fonce en voiture à la campagne : la chlorophylle, l'eau vive, les animaux deviennent symboles de ce qui se trame. Le sifflement (qu'on jurerait d'oiseau) agit depuis le début comme un indicatif de changement. La bande-son inventive accroche, on glisse dans la nature comme la barque empruntée par les fugitifs. Jacques Nolot fait un peu diversion au couple explosif Florence Loiret-Caille et Guillaume Depardieu : beau duo d'inadaptés à notre chère société. Un traquenard les plonge hors du temps. Au passage, quel malheur que Florence ait un accent allemand aussi déplorable et que le film fleure autant le désespoir existentiel de Guillaume... N'empêche que d'excellents moments jalonnent l'ensemble et que la surprise est bien l'issue, habile (moins terrible qu'escomptée ?), en tous cas laissée à l'appréciation du spectateur !
  • BRIGHT STAR (2008)
    Note : 14/20
    Hélas, Keats était fauché, il n'aura de gloire que posthume... Sinon (en creux, si l'on en croit la réalisatrice), c'était mariage, peut-être procréation, voyages pour avoir de l'air, retours dans le giron féminin et la petite santé des torturés. L'acteur incarne bien ce côté frêle d'un cérébral à côté de ses pompes. Il faut dire aussi que la tuberculose commençait ses ravages. Jane Campion plante son décor insistant sur les résultats d'heures à coudre, le tout agrémenté de phrases poétiques assez décevantes... D'entrée de jeu, Fanny, "Bright Star", apparaît pourtant combative, sa soeurette rousse sur les talons, la mère admirable de tolérance. Fraîcheur, grâce, fascination pour le sexe opposé : tout facilite l'immersion britannique de milieux privilégiés en 1818, où l'espièglerie durait le temps de trouver l'oiseau rare... Joli environnement, un peu féérique, cadré comme des tableaux de maître, accompagné d'un revenez-y de "Leçon de Piano", les chapeaux ouvragés un rien plus transparents, sauf qu'ici l'envoûtement fonce vers le funèbre même si l'euphorie printanière alterne... Magnifiques choeurs en lieu et place d'instruments ou ce chat sur les genoux, sorte de continuité du temps... L'atmosphère générale continue à être plaisante tandis que le fil narratif s'effiloche, on sent trop depuis le début que ça va s'effondrer, et le pire est bien de ne pas ressentir d'émotion à proprement parler, à cause des vers débités comme une messe ! Nul doute que l'idylle offrira aux amoureux transis l'occasion de verser de bienfaisantes larmes. Mais être compassé prend tout son sens dans ce film, une impasse "à couper le souffle"... A l'inverse, le précédent "In the cut", obtus, égaré, faisait bouillir les sangs !
  • UN PROPHÈTE (2009)
    Note : 16/20
    L'analyse est complète mais pèche par sa durée, une bonne demi-heure superflue (en tous cas pour qui ne raffole pas spécialement de cogne et de valdingue). Eu du mal à comprendre l'abondance de plans ou leur redondance, cette manie propre à Jacques Audiard de partir du fouillis... Fermé les yeux aux scènes appuyées. Trouvé étranges les diversions qui feraient songer à David Lynch par leur côté équivoque. Déploré le maniérisme qui affleure par moments. Estimé que César (Niels Arestrup) ça va bien mais point trop n'en faut... On gigote donc bien sur son siège au bout d'une heure. Toutefois, l'ensemble finit par tenir la route : excellent aperçu de "la mentale" qui sévit d'un bout à l'autre de la chaîne carcérale et transpire au dehors ! Des Corses oui, ils tempêtent suite à ce portrait peu élogieux, mais ces comploteurs auraient pu tout pareil être Italiens ou Basques, c'est l'accent mafieux que le cinéaste a voulu illustrer... L'action en dit long sur les conditions de survie en milieu pervers (taules, entreprises !), suicides remontés par la presse, je vous donne du sens, ainsi qu'au titre "Un prophète", interprétable à l'envi... D'entrée de jeu, on a envie de douceur pour ce jeune et on passe tout le film à suffoquer car au bout du tunnel la lumière persiste ! Une suite, et qui expliquerait ces voitures roulant au pas des dernières images, serait dans les tuyaux ?
  • L'ARBRE (2009)
    Note : 18/20
    Qu'est-ce-qui lui prend, à ce père de famille de se jeter dans le figuier en rentrant à la maison ? La petite Simone en déduit qu'il a rejoint l'arbre généalogique (touchante Morgana Davies, astre très prometteur)... Un impressionnant "Fig Tree" de la baie de Moreton près de Brisbane en Australie, région où la nature adore les grands formats (chauves-souris, méduses)... L'enfant aux pouvoirs de réincarnation secoue sa mère effondrée, l'entraîne dans les tentacules de bois, les bras protecteurs du père nouvelle formule, ce sera leur secret... La réalisatrice Julie Bertuccelli voulait un film sur "un arbre", projection de fantasmes séculaires, elle s'inspire d'un livre sur ce sujet pour pouvoir dire bien d'autres choses... Hommage à l'enfance réfugiée là où elle peut pour avancer (en hauteur, mais la petite plongera sous l'eau aussi...). C'est une approche des pires coups du sort... Première fois qu'un cyclone (filmé en temps réel sauf erreur), transmet avec une telle justesse la peur vécue par une humaine avec ses petits (on pense aux animaux traqués lors de cataclysmes). L'ensemble dépayse, empoigne, car la photo autant que le son ravissent les sens. C'est bizarre et pourtant familier... Dans cette histoire de deuil multiplié par cinq (quatre enfants et leur mère en seront à jamais soudés), la lumière fait comme un clin d'oeil par moments (soleil, miroir) . Mais le plus beau est le sursaut de cette rescapée de l'enfer affermie dans ses choix (étonnante Charlotte Gainsbourg) !
  • LES GRANDES PERSONNES (2008)
    Note : 13/20
    L'atmosphère a un je ne sais quoi d'académique (cette chorale appliquée, vraiment dur de croire à ce professeur Tournesol en vadrouille avec son équipement) : j'ai très vite eu envie de coin du feu avec lumière jaune orangé. Aucune impulsion de visiter les îles suédoises si elles sont aussi austères. De plus, mille regrets que l'actrice blonde, avec son accent couleur locale, ait un si petit rôle par rapport à Judith Henry (filmée de plein fouet, dans toute sa crudité anguleuse) et la jeune adolescente testant ses appas personnels avec la grande illusion que, pourvu qu'il soit profond, "le regard tue". Daroussin pétri de maniaquerie, effrayé que sa fille devienne un peu trop femme par rapport à sa propre virilité en berne. Une situation plausible, mais qui fait dans l'amertume permanente. Prises de vue, gros-plans paternel et filial presque en exclusivité, dialogues de circonstance, sans surprise : on croirait un mélange de Bergman et Rohmer. Bien fait dans le genre effleuré, jusqu'au moment fatidique, ouf, quelque chose se modifie ! Manque quand même cette émotion qui vous emporte loin de votre fauteuil de spectateur... Les jeunes filles autour de 14 à 18 ans qui ont du mal à s'affirmer avec leur père peuvent toutefois y puiser quelques astuces pour préserver le lien malgré les tempêtes.
  • YELLA (2007)
    Note : 16/20
    Découvert en v.o. au cycle universitaire allemand de décembre 2008 à Nantes. Décontenancée en sortant de la séance, du fait des deux chutes dans l'Elbe pouvant faire croire à un faux-départ à l'ouest... Bon sang, mais c'est bien sûr ! J'ai mieux compris, plus tard, les deux sacs repêchés, eux seuls attestant du périple. L'histoire décrite ici évoque le risque couru - ou la nécessité maintenant ! - pour les ex-Allemands de l'Est, de passer vivre à l'Ouest. Encore plus criant de nos jours, cette obligation d'aller là où est le boulot, rarement garanti sur la durée, sans trop de filet. Soit stagner, soit se lancer afin d'avancer dans la vie. Le pont semble symboliser la tentation vers l'inconnu, et l'élément liquide le danger d'anéantissement. Nina Hoss est insolite dans son ambivalence, ulcérée par ce mari qui la colle en alternant pleurnicherie et violence. Décidée à se tirer d'affaire et à compter que la chance tourne. Drôle d'impression quand entre en scène ce "boursicoteur", un douceâtre très observateur, truand, sauveur, un peu des deux : et voilà que Yella se met à dérailler avec l'oseille ! La paumée de service est aussi comptable de métier : la voici muse de la finance, des plans d'arnaque que le profane peut comprendre à moitié, là n'est pas l'intérêt, il va y avoir un imprévu, tout cela entre rêve et onirisme, à cause de ce pont de tous les possibles. Encore un film qui en dit long sur le business !
  • CHERRY BLOSSOMS -UN REVE JAPONAIS- (2007)
    Note : 18/20
    Regardez bien le visage et l'allure de la belle eurasienne, âgée pourtant, qui ouvre le film, car soudain elle fait l'effet d'une lampe tamisée éteinte sans prévenir, le spectateur lui en veut de l'avoir lâché... Et peu importe que les radiographies du départ intriguent. Car le mari, ronchon patenté, n'a plus qu'à s'amender : il portera souvent un gilet de laine mohair, parfois une jupe... Voici un Japon sans austérité, accessible aux récalcitrants : ce "bûto", danse qu'on s'attend à trouver lancinante, quand on y est pas hermétique, est extraordinairement digeste ici, grâce au regard de la réalisatrice, Allemande quinquagénaire, et également veuve récente de son chef opérateur préféré. C'est "son Japon" tel qu'elle l'a vécu, en dépit des cérémonies funéraires ou de la jeune chair qui s'exhibe pour de l'argent, qu'elle montre aussi... Mont Fuji "timide" sur lequel une porte s'ouvre plus d'une fois, cerisiers menant à la sagesse par le biais de cette jeune pendue au fil de son téléphone, et puis ce grand mouchoir d'homme noué pour se repérer à Tokyo... Un voyage qui montre les Japonais plus riants que d'habitude. Ce voyage donne hâte que la saison froide passe pour vadrouiller sous les arbres en fleurs comme des gosses, si possible en picorant dans des petits bols !
  • MARY ET MAX (2008)
    Note : 19/20
    En v.o., c'est une exquise parenthèse de gros mots pour bien élevés en manque d'oxygène. Piétinés les codes sociaux, retour aux petites odeurs personnelles comme signe distinctifs, mais ce peut également être une torture si on est sérieux comme un moine... Derrière la caricature, place à la correspondance postale ou aux internautes nouant des relations approfondies : la fillette pose des questions existentielles, le vieux new-yorkais s'offusque puis se rattrape... Affects exprimés sur le mode rude d'aujourd'hui. Petitesse humaine au scalpel (la maman gâteau !), humour anglo-saxon noirissime plaqué sur de naïfs décors, old fashion et visionnaire en même temps : l'animalité enfantine mais filtrée par l'adulte lucide. Coup de pied dans les pièges contemporains, obsessions, normes, jeux de hasard. D'un plan à l'autre mais sans fatigue, on note les détails qui nécessiteront la relecture en dvd. Gigantisme planétaire et univers rétréci, le paradoxe que nous vivons ! La maladie "d'Asperdjeur" prononcée à l'anglaise constituerait la faiblesse du film, le sens échappe, le terme sonne autrement que "l'asperger" français cependant, mais je n'ose même pas imaginer la french version au plan auditif. Excellents extraits musicaux parfois raclés dans les tiroirs de la radio d'antan. Un genre de manège enchanté pour adultes en somme ! Attention en sortant d'éviter le bras d'honneur face à toute sinistrose rencontrée, revenir à soi peut prendre quelques minutes après la séance !
  • LE GAMIN AU VELO (2011)
    Note : 18/20
    Avec sa gueule de chat de gouttière plus le film avance, le p'tit gars suivi à la trace par une caméra portée ne lâche rien. Occasion pour les Frères Dardenne d'une ascension faite de rencontres trop pressantes pour être fiables, ou sincères plus que pressenti car bâties au jour le jour. Les petits coups de violon soulignent les étapes (dont une dans la voiture devrait conquérir les plus récalcitrants aux films dits sociaux). Malgré le titre qui fait banal, on devient vite ce gosse cavalant partout. Et ensuite on le piste à vélo, à toute bringue et sous tous les angles. Grande vitalité que ce parcours ! Cécile de France semble une autre personne comparée à ses débuts, posée, comme imprégnée du maintien d'Eastwood. Jérémie Rénier représente en plein ce que les pères du hasard ont du mal à s'avouer à eux-mêmes, alors à la société... Quant au petit acteur (Thomas Doret), beaucoup d'enfants au fond du trou vont se reconnaître en lui. Vivement qu'on retrouve sa petite bouille entêtée, cette voix de battant qui exige de trouver sa place puisqu'il a été mis sur terre !
  • MADEMOISELLE CHAMBON (2009)
    Note : 18/20
    Filmé à la manière de "Monsieur Hire" de Simenon... Dans quel état peut mettre un coup de coeur, petit trio ronronnant autour du complément d'objet direct... A la faveur d'un mal de dos maternel, l'institutrice du fiston invite le papa maçon en classe et songe à sa fenêtre "qui laisse passer l'air" : on a les yeux de l'ours Vincent Lindon pour cette biche, enseignante nomade, un an ici ou quelques mois ailleurs (fichtre, une locataire qui paie sa fenêtre sur ses propres deniers !). Les voilà en route pour une attirance irrépressible camouflée au mieux par la banalité des convenances ou de pieux regards... J'ai apprécié le couple complémentaire, des acteurs qui ont su s'incarner au-delà de leur compagnonnage passé. Douleur d'être attiré malgré soi jusqu'à en paraître vitrifié ou en sérieux décalage entre paroles et expression... Avec cette peur de se planter (pénible pour le spectateur peu enclin à pareil trouble). Plaisir de constater que le métier de maçon est jugé digne d'intérêt dans les écoles ! Les seconds rôles sont tout aussi chargés de symboles, ces soins au papa octogénaire, le regard pragmatique de l'épouse... Aussi bien envoyé que "Je ne suis pas là pour être aimé", plus triste si l'on oublie l'empreinte laissée chez ces deux êtres par cet émouvant violon (instrument appris pour les besoins du film !), de quoi sourire dans l'âge mûr !
  • OU VA LA NUIT (2011)
    Note : 17/20
    Tout de suite c'est à qui tuera l'autre dans ce couple, quelques spectateurs peuvent reculer... A moins que la sale binette du mari suffise à emboîter le pas à Rose (Yolande Moreau) pour son goût de la vie intact, ces embellies dont elle sait profiter (fréquent chez les femmes battues). On gomme l'escalade qu'elle a acceptée, ses fuites de petite souris qui ne veut pas le savoir. Les voitures se croisant en tous sens à plusieurs reprises comptent beaucoup dans la mise en scène de Martin Provost. Un peu de mal à raccorder les liens entre le fiston, l'inspecteur et le journaliste...Aux meilleurs moments, c'est comme une adaptation à l'écran de Simenon en un peu plus brouillon au plan de l'enquête. Dommage que ça manque un peu de flamboyance en dehors de l'actrice principale qu'on va voir comme une super copine qui vous regonfle à bloc.
  • PARQUE VIA (2008)
    Note : 17/20
    Peu inspirée par l'aspect huis-clos, j'avais loupé cette Montgolfière d'Or des Trois Continents nantais 2008, la crainte de m'endormir entre repassage et tonte de gazon... Voici donc Beto (acteur non professionnel jouant son propre rôle) debout à 7h15 dans la maison qu'il bichonne depuis 30 ans. Comme replié dans la forteresse qui l'abrite, journées bien réglées, nuits réparatrices, on vient à lui sans qu'il se dérange, le dehors est devenu scabreux s'il faut en croire les infos télévisées, ce ramassis de sordide. Heureux, malheureux ?... Possible que certains spectateurs languissent de la lenteur descriptive, il faut s'appuyer sur la beauté photographique et le discret grincement sous-jacent, ces sueurs de Beto aux yeux plissés, contraste avec cette raide patronne au chignon trop droit... Rites et petites diversions alternent... Enrique Rivero, jeune cinéaste espagnol déplacé au Mexique pour son film, ose l'indicible par des chemins détournés : il instaure un flou plein d'habileté mais n'en est pas moins cinglant ! Sacré Beto, qui mijote une fin dont on saisit confusément le mobile sur le moment ou alors on n'ose pas ?... En tous cas elle décoiffe !
  • DES HOMMES ET DES DIEUX (2010)
    Note : 19/20
    Merci au "Concorde" nantais d'avoir offert à quelques cinévores le 26 août 2010 ce film bouleversant autant que délicat. Une oeuvre se gardant bien de pointer un accusé précis (terroristes islamistes ou armée algérienne ?) mais où on sent la prise de position de Xavier Beauvois : prouesses que la foi permet, sans aucun doute, mais surtout avantages du bien vivre ensemble... Avec ces quelques mots sur "l'amour entre un homme et une femme", de la part de trappistes supposés vivre sous cloche... La ferveur plane sur le monastère entouré de paysages semi-désertiques... Ainsi, ces êtres qui boivent du vin en musique, mangent parfois des frites, sont épris d'absolu, incarnent l'exemplarité qui manque tellement à notre époque : tendre que les actes et les paroles demeurent en harmonie. Trop purs, ils furent sacrifiés (sauf un, leur témoin le plus fiable à ce jour) : qu'on ait pu les viser eux, les derniers hommes à supprimer, c'est cela qui émeut les cuirs les plus durs. A partir du récit de faits réels dans une région précise fort bien dépeinte, on imagine bien la tension puis la foi, implacable... On se surprend à suivre ces êtres de conviction, aussi proches que de vieilles connaissances. Leur art de cohabiter, leur fraîcheur de nouveaux-nés par rapport aux dénaturés (Ô combien majoritaires en tous temps !), remet en mémoire que "ce n'est qu'après, longtemps après...". Des joies parfois mélangées à la tristesse (vin et musique), des doutes, cet étau qui se resserre plusieurs fois. Très accessible, et point n'est besoin d'être mystique pour en sortir remué durablement.
  • LE BONHEUR D'EMMA (2006)
    Note : 19/20
    Un morceau de roi, à déguster en v.o. allemande d'urgence, du sur mesure pour les moroses, les déçus des élections, les grands malades, il vaut tous les médicaments. Vous feriez une erreur en le boudant s'il passe dans votre coin, l'affiche peut faire un peu kitch, or c'est profond et on rit. L'Emma dont il est question ici serait presque la riposte au cas Bovary... Et Max ramène au premier homme, sans tous ces hochets dont le progrès l'a affublé. Alternance d'âpreté et de douceur, à la fois bon enfant et diablement corrosif en ce qui concerne nos sociétés industrialisées, j'oserai même dire que c'est globalement... jouissif ! Le genre de film digne d'être emporté avec soi sur une île déserte ou à la place du missel dans la tombe... Chaque seconde compte, l'essentiel de la vie de couple y est, c'est bucolique comme sait le faire Isabelle Mergault, et bouleversant à la manière de Sara Polley. Courez-y ! Je guette déjà la sortie du dvd pour me le passer les jours de cafard.
  • SOLILOQUES (2008)
    Note : 16/20
    Suivi avec plaisir en v.o. sous-titrée français (cycle universitaire allemand Katorza Nantes) les trajectoires mêlées des employés de ce "Call Center", boulot alimentaire très "tendance" de notre vingt et unième siècle, où il s'agit aussi de remplir les poches des puissants en se tirant au mieux de leurs exigences par chefs interposés. Alors qu'on sentirait facilement venir le piège de la division de ces employés-robots par leur un trop décontract manager, avec mise à l'index pour certains, le réalisateur André Erkau s'arrange au contraire pour que le sort de chacun surprenne, petites misères et grosses joies, le patron comme les autres... C'est mené tambour battant, du moins si vous arrivez à tenir le premier quart d'heure, assez bruyant et confus... Contrastes des situations de tous, recoupement discrets. Mais on peut rire, espérer, relativiser avec ces précaires pleins de ressources ! En réprimant parfois une sourde inquiétude concernant le monde professionnel de demain, attention à ces 5 % brandis comme un trophée... Excellente distribution, dont l'acteur Maximilian Brückner à la gueule repérable, déjà apprécié dans "Cherry Blossoms" et "Sophie Scholl"
  • PUBLIC ENEMIES (2009)
    Note : 15/20
    Mille manières de rendre digne d'intérêt les hauts et bas d'un braqueur de banques qui a aussi un coeur, tiens donc... L'entrée s'annonce prometteuse : Diana Krall en sourdine envoie le sirop, relayée par Billie Holiday la "pieuvre" du jazz. Le bandit rencontre sa promise... S'ensuivent les échauffourées de rigueur, la passion réussit tout de même à s'intercaler, disons que la bande son y aide tout au long du film. Images léchées, un peu givrées : le moral du spectateur prend une claque (principal écueil ici). Succession d'actions sorties de tous les coins, ennui sauf si on raffole de l'action pour l'action, c'est le classique duel flics bandits... Destinée de ce feu-follet de John Dillinger, équivoque défenseur de la prise d'argent anonyme, celui des coffres-forts bénéficiant d'assurances... Johnny Depp s'en tire bien avec ses tics de héros en attente de noeud coulant, un faux-dur abrité derrière son autorité de sale gosse. L'heureuse surprise est bien Marion Cotillard en Billie Fréchette, la "douce de service qui tient bon sous les sévices" !
  • ENTRE NOS MAINS (2010)
    Note : 18/20
    Ceux qui s'estiment à l'abri d'un licenciement et exigent de se déplacer au cinéma pour de la virtuosité ou du divertissement avant tout, fustigeront la façon un peu "ras du sol" d'aborder cette banalité de nos jours : "une difficulté d'entreprise". Nulle poésie... La caméra se plante au plus près des salariés. La position des dirigeants est ambiguë. On sent une tension générée par une tactique du patronat largement répandue, de la préparation, des ménagements suspects... Le produit à lui tout seul incroyablement ironique... Fabrique-t-on des culottes et soutiens-gorges pour se retrouver en petite tenue ? ... L'intrigue rattrape les prises de vue ordinaires, donne un aperçu des raffinements contemporains en trompe-l'oeil... Des encouragements stériles, et en vis-à-vis, le dialogue entre gens qui se connaissent assez pour trouver qu'il y a du louche... Elles se sont si souvent côtoyées de longues heures à leurs postes, ces dames qui rangent ou repassent comme si elles étaient chez elles, lassées mais attentives au sort des collègues récentes. Largesse de vue et esprit vif sous la diction parfois traînante ou la référence au mari... Très justes aussi, ces syndicalistes qui expliquent d'une certaine façon... Mettre son écot dans la balance, il pouvait en résulter une embellie avant les années quatre vingts.... Mais à présent que les intouchables tapent dans la caisse comme au bon vieux temps des rois et des cours... Fou ce que ça ressemble à une charade : mon premier, donner un mois de ma paie au boss afin que la boîte continue à tourner. Mon second, ciel un repreneur, et ensuite ? Macache !... Il faut aller voir le film, pas pour sa performance technique mais pour l'horreur économique à son zénith.
  • L'ÉCHANGE (2008)
    Note : 15/20
    Est-ce inspiré ou directement tiré d'une histoire vécue ? On peut en douter, ça fait énorme, ce sur quoi on débouche : un gosse disparu remplacé par un faussaire, confié à la mère seulement cinq mois plus tard, la police fait un forcing à la limite du crédible... D'une part, "le ventre" ne peut se tromper sous un semestre de délai... Encore plus comme personne ne reconnaît ce petit dans l'entourage, où il n'a pas ses marques. En dehors de cette invraisemblance de taille (en tous cas tel que c'est amené sous nos yeux), tout baigne : les péripéties sont captivantes, les acteurs tous admirablement dirigés, la photo, la musique, les décors, tout est nickel, comme à l'accoutumée... L'indéniable talent d'Eastwood est bien présent, l'éthique aussi. L'horreur est affrontée, les pendules sont remises à l'heure. Juste un peu lassant que les gentils et les douteux se reniflent aussi vite et que l'énoncé du fait divers en question, si difficile à admettre tel qu'il s'est enclenché, soit spécifié in-extremis sur l'écran, alors qu'il aurait davantage aidé à "avaler" l'histoire en figurant en préambule !
  • ONCLE BOONMEE, CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTÉRIEURES (2010)
    Note : 17/20
    Balade dans une jungle où un murmure de basses rassure tout de suite... On vient à la rencontre de l'oncle aux reins défaillants, des apparitions tout ce qu'il y a de gentil. Il doit "naître à rebours", aller se perdre au fin fond des grottes (bien des similitudes avec "Tropical Malady"). Autant se caler dans son fauteuil, fondu dans la pénombre, faire corps avec la nature moite, arrêter de penser... S'en remettre à l'eau, les pas dans la végétation, le très lent déplacement de caméra vers dieu sait quelle curiosité... Apichatpong Weerasethakul, surnommé "Joe" ou "le David Lynch thaïlandais", aurait beaucoup puisé chez l'Américain Bruce Baillie ("Castro Street") : la passion des tunnels tourmentés ouvrant sur le soleil leur est commune. Rien n'interdit de se remémorer Pink Floyd non plus ("A saucerful of secrets")... C'est toujours beau, féérique, purifiant. On se croit dans un conte pour adulte. Las, l'animisme majoritaire dans lequel on s'est allongé, confiant, finit par décontenancer, il y a télescopage avec les éclats de mondialisation, une uniformisation de comportements devenant pesante sous toutes les latitudes... Résultat, on est zen mais avec une légère gueule de bois. A regarder de plus près la production précédente de ce plasticien, il sait pourtant raconter la Thaïlande actuelle de manière moins emberlificotée. Il gagnerait à approfondir, qu'on retienne quelque chose en plus de l'envoûtement... "L'Etat du monde" (pour la partie qui le concerne) semblerait plus engagé. "Syndromes at a century" et "Blissfully yours", enchanteurs et moins hallucinogènes. A suivre !
  • LE HÉRISSON (2009)
    Note : 16/20
    Qui a lu le livre, est tenté d'y voir une illustration peut-être appliquée, servile à ne rien risquer en regard de l'original signé Barbery... J'ai craint le pire en y accédant car j'avais volontairement évité la sortie en salles. Mais voilà que "ça se laisse regarder" et même écouter ! Quelques scènes percutantes ont eu raison de ma méfiance... Certes, un peu de redondance, la pulsion suicidaire trop appuyée, ces débuts laborieux... Mais bien des êtres revenus des apparences se retrouvent dans cette concierge foudroyée par un rival en littérature. La fillette, les chats, l'entourage en mouvement atténuent la cruauté en marche... Finalement une certaine chaleur dans cette retenue grinçante qui débouche sur une belle scène d'émotion. Des gags bienvenus (chocolat, poisson rouge) ... La vie terne des gagne-petits confrontés au quotidien régi par les nantis... Aristos, intellos pur jus, attention aux sueurs froides... Les acteurs semblent s'y retrouver totalement, rare bonheur sur le plateau si l'on en juge par les suppléments au dvd. Un premier film tout à fait respectable : loin d'y voir une démarche condescendante vers "le populo", on peut s'amuser de la petitesse humaine, constater que les petits arrangements qui protègent ont du bon. En définitive, trouver la retranscription de ce succès d'édition plus croustillante que d'autres sorties cinématographiques snobinardes encensées d'office !
  • MARGA (2009)
    Note : 18/20
    Découvert dans le cadre "Univerciné" de novembre 2010 à Nantes. Inspiré du livre écrit par "Marga" toujours en vie. Qui nous explique que le Fürher avait ses limites au plan des actions... Il y eut des récalcitrants dans ce coin d'Allemagne, quand ordre fut donné comme ailleurs de séparer le grain de l'ivraie avant de procéder à l'évacuation des "non conformes"... Grâce à une mise en scène familière mais jamais tire-larmes, au contraire assez rude, le spectateur ne cesse de s'identifier à ce père planqué de son côté (alors qu'il servit dans l'armée allemande en 1914-1918 !) séparé de sa femme, d'un blond aryen confondant et leur enfant (à cicatrice au cou) recueillies dans une famille fêtant le départ du fils aîné au Front... Une suite d'épreuves qui relativise les idées reçues... Le cheval blanc moucheté aux multiples navettes rappelle la fraternité de base, peu importe qui lui caresse l'encolure, il n'exige aucune pièce d'identité. On connaissait l'exil d'écrivains allemands, leurs suicides... Mais beaucoup moins de sourds refus dans le fin fond des campagnes westphaliennes : de 1939 à 1945, environ 450 Juifs allemands auraient été cachés par leurs compatriotes non Juifs jusqu'à l'arrivée des Américains.
  • LES BUREAUX DE DIEU (2008)
    Note : 16/20
    Il est impératif d'avoir peu ou prou connu soi-même le désarroi dont il est question dans ce documentaire pour admettre le déballage d'états d'âme, comme ça, devant une dame qu'on ne connaît pas ou bien un monsieur qui vous envoie en péninsule ibérique en planifiant tout... Peu de place pour les hommes dans ce genre d'huis-clos... Tant qu'on est à l'abri des "pépins de ventre", des confessions comme celles-ci sont indécentes. Si les apprentis de la vie sexuelle, garçons ou filles, préférant l'anonymat du planning familial français à tout autre circuit peuvent également être inspirés, l'objectif reste, suite à la pratique du sexe, les diverses répercussions d'un "spermato qui nage"... Témoignages majoritairement féminins, le ventre des dames exige surveillance et peut conduire, en catimini car c'est tabou, à des décisions d'ordre métaphysique (le souci de virginité de sa partenaire, de la part d'un olibrius survolté, fait un peu tache en comparaison !...). Quelle patience faut-il déployer ! Les surprises défilent, de l'anecdotique à la révélation, entretiens en partie inaudibles (cette manie de ne pas articuler !). La réunion et le cours représentent une diversion sur les autres angles du Planning Familial (la limite du secret pour les sans-papiers, mariages blancs, etc.). Claire Simon est d'avis que les femmes vivent beaucoup à travers parents et partenaires, qu'elles disent à la fois oui et non à leur fécondité, car pas franchement délimitées dans leur identité propre : Bureaux de Dieu, il s'agit bien d'un confessionnal des temps modernes, avec des options, mais où rien n'est jamais vraiment tranché. La présence des actrices connues ajoute un plus je trouve, car il y a des longueurs pesantes... Et puis ces quelques secondes de jazz strident en salle d'attente, fort heureusement rattrapées par la Bulgare à trois étreintes fatales (sourire permis tant que notre pays offre des solutions possibles et répétées !)... Mais déjà les violons du printemps concluent d'un seul coup, en pleine ambivalence de l'âme féminine.
  • LONDON RIVER (2008)
    Note : 16/20
    Et dire que j'y suis allée attirée seulement par le contraste entre les deux acteurs principaux... Surtout ne pas craindre de voir ce film malgré la sordide actualité : bon, l'humanité y est abordée telle quelle, avec sa part de défiance instinctive et culturelle, mais le regard du cinéaste se place à distance suffisante de l'attentat pour en dégager une analyse mesurée, jamais austère. Belles images, délicate musique originale, le spectateur est promené de l'un à l'autre des deux personnages, silhouettes profilées qui laisseraient présager un clash, disons qu'ils s'éviteraient sans doute dans des circonstances ordinaires... Se dessine vaille que vaille un apprivoisement pour cause commune... On a là matière à imaginer pareille cruauté près de chez soi, devoir tâtonner ainsi rend soit humble, soit enragé... Justement, j'ai trouvé les deux parents inégaux en douleur pour cause de situations légèrement différentes par rapport à leurs enfants respectifs... Quoi qu'il en soit, Rachid Bouchareb se range du côté de la vie, peut peser par sa volonté de bons sentiments plus l'action se déroule. Au moins il prend position (avec en balancier la guerre des Malouines tout aussi meurtrière !), fustige le fanatisme en tant que plaie humaine conduisant aux aberrations sous bien des formes.
  • SUBMARINO (2010)
    Note : 17/20
    "Submarino" signifierait dans le milieu nordique "lent étouffement"... L'âpreté d'un jeune écrivain danois aurait fortement inspiré Thomas Vinterberg... Son entrée en matière s'avère à la limite du soutenable : le pilier familial blindé réclamant son vermouth aux gosses, taloches et... Rideau... Des images très blanches, un bébé réclamant de l'attention par gazouillis ou pleurs... Quand bien même ces drames ont cours dans notre immeuble et sont camouflés au grand jour, cela reste une torture de les voir sur un écran de cinéma (le délire de "Festen" continuerait-t-il à travailler la peau du cinéaste ?)... L'étouffoir donc... Jusqu'à ce garçonnet écolier : instinctif, affectueux, qui dit ce qu'il ressent, avec lui, pour lui, ça vaut la peine de s'accrocher : "pof" (un bruit marquant !), dès qu'il ôte le capuchon de son stylo à dessin, l'oxygène est de retour... Soudain, peu importe le mystère des deux frères dont l'un irradie (gros-plan de regard d'apôtre fixant la caméra) alors que l'autre semble dans un labyrinthe... C'est assez téléphoné comme déroulement dès que ce garçonnet paraît, mais l'art et la manière, plus l'émotion qui déferle la dernière demi-heure, font que - miracle - on aime l'intégralité de l'histoire !
  • LA VIDA LOCA (2008)
    Note : 12/20
    Il y a des limites au désir de connaissance approfondie quand les extraits vidéo disponibles - on ne peut plus clairs ! - font le tour de la question. D'un côté, c'est courageux de se positionner entre police et gangs, (avec l'accord des deux gangs, il faut quand même pouvoir !) pour filmer au risque de se faire descendre, ce qui est arrivé, hélas... De l'autre, cette attitude révèle l'attirance pour la violence côtoyée jusqu'à plus soif afin d' être divulguée de par le monde : ça fait "oeuvre d'office méritante", on se sent sommé d'admirer... Soit, comme témoignage de notre époque ce film compte : la folie collective, encore plus quand les raisons du pugilat initial se sont évaporées en cours de route (tuer par habitude !), rejoint l'option kamikaze par sa préférence pour l'au-delà. La situation de ces gangs que nulle autorité ne parvient à démanteler dénoterait donc l'impuissance des gouvernants ou bien leur mauvaise volonté ? Trop apocalyptique... A la rigueur la vidéo plus tard, et encore en zappant plus d'une fois !
  • NOVEMBERKIND (2008)
    Note : 14/20
    Cycle universitaire 2008 nantais du cinéma allemand. Une entrée en douceur dans le microcosme d'Inga, ses grands-parents étriqués mais aimants, son amie bain chaud/bain froid et autres excès, leurs habitudes bientôt bouleversées... Arrive cet escogriffe d'écrivain avec sa nouvelle (bizarre qu'Inga lui ouvre son home sans se poser de questions). L'écheveau se dévide avec économie (un peu longuet...), dans une atmosphère fantomatique où la musique alerte lors des passages décisifs : mère et fille se confondraient facilement au début, il faut bien différencier les tons chauds du flash-back et les pastels de la réalité. Des plans très reposants du Lac de Constance en bleu lavande, les fonds d'images sont souvent imprégnés de sépia, raffinées, tout comme la bande-son. Il est donc question d'un réfugié russe, il arbore une expression butée forçant à une protection qui est aussi de la légitime défense !... S'ajoute une petite tête à ménager (Inga bébé). Fuite dans un coffre de voiture conduite par un autre homme... Tout cela peut faire un bon livre... Des histoires identitaires de ce genre, nul doute qu'il y en a eu entre RDA et RFA avant que ce sacré Mur ne tombe ! Dommage que l'écrivain-enseignant au visage émacié demeure une gueule coincée, rien de rien du séducteur, rien à faire, je n'ai pas su m'attacher à ce personnage beaucoup trop sévère pour un rôle de cette ampleur (et ne dois pas être la seule). Saisissant contraste d'Inga et son regard limpide, compréhensible qu'elle fuie, son teint de pêche, ironiquement conservé par l'eau froide, espère beaucoup en la vie. Beaucoup de santé à braver les éléments, LA pulsion à foncer vers sa vérité : on croirait une Hanna Schygulla en prime jeunesse !
  • JE SUIS HEUREUX QUE MA MÈRE SOIT VIVANTE (2009)
    Note : 19/20
    La "patte" appartiendrait davantage à Nathan Miller qu'à son père. Voilà qui promet du bonheur ! Inspiré d'un fait divers, la gent féminine n'en reviendra pas que ce soit deux hommes qui fouillent ainsi dans la conscience maternelle de base, bien vu le tiraillement de ces mères dépassées par la vie et qui oublient les retours de manivelle... C'est envoyé par petites cuillerées, flash-backs et présent tout sur la même note, miraculeusement fluide comme du petit lait, facile à chacun de se faire une opinion sans fatigue. Evidemment, juste après les petits frères qui attendrissent, le jeune homme Vincent Rottiers captive (c'était lui avec Eric Caravaca dans "Le Passager", lui encore avec Vanessa Paradis dans "Mon ange", une frimousse et un jeu concentré rappelant parfois le jeune Belge Morgan Marinne, ils pourraient être frères de cinoche). On se souvient des douleurs muettes de l'enfance et on comprend la crise de nerfs qui couve dans cette tête de "papa des petits frères"... Beaucoup d'images se chevauchent avec des reflets dans les vitres, le jeune gamberge, on le suit médusé, chaque plan apportant une nouvelle surprise. Une bien belle histoire, un revers de l'adoption, qu'on croirait facilement surmontable à tous les âges alors que chaque enfant venu d'ailleurs mouline aussi ce qui lui convient dans sa petite caboche : on en sort plein d'envie de dialoguer avec les petits.
  • A PROPOS D'ELLY (2009)
    Note : 19/20
    . Un titre français qui ne paie pas de mine... Que de mystère dans cette fente de boîte aux lettres débouchant sur l'allégresse d'un trajet vers la mer ! Chaque étape commence par "des clés"... Point commun de cette joyeuse bande courant vers la détente, ils ont tous plus ou moins étudié le droit. La jeune Elly semble la seule à double jeu, souriante mais un peu absente car nouvelle dans un groupe déjà constitué, on murmure dans son dos, très agréable !... Beauté et sensualité émanent de ces femmes... Sensibilité, force, aplomb même, à peine plus de machisme que dans notre Hexagone... Et puis voilà que les hommes,les enfants, vont se révéler tout aussi surprenants parce que bientôt "branle-bas de combat" ! Côté technique, du grand art, coupures impromptues d'une rare élégance, de l'anecdotique mais qui pulse ! On se retrouve dans les glouglous maritimes un bon moment, il s'en faudrait de peu que les vagues ne déferlent dans la salle ! Le spectateur est le premier avisé de bien des secrets, sauf que ça n'arrête plus de rebondir... Zéro plan fixe improductif ici, au contraire, une caméra qui crée le suspense (cette proue du bateau de retour des recherches, on a affaire à la même théâtralité de mise en scène aux moments décisifs que dans "Bashu le petit étranger", film iranien de 1986 de Bahram Beizei classé à tort "pour enfants"...)... "A propos d'Elly" a choisi la middle class iranienne (tendance aisée, intellectuellement évoluée). Regard d'un cinéaste qui vient à pas de loup vous plonger dans la tragédie. Du grand art !
  • GOOD BYE LENIN ! (2003)
    Note : 15/20
    Vu le dvd en mai 2011. Le titre déjà montre les espoirs de la jeunesse des pays de l'Est. L'intention est excellente mais sans doute faut-il être concerné de près pour embarquer et rester du voyage. J'ai fini par m'ennuyer avec le personnage de la mère (la censure longtemps pratiquée se devine bien dans ce symbole maternel figurant la RDA, mais quel dommage d'avoir maintenu l'artifice au-delà de l'aveu de la jeune fille !). Car après l'admiration pour le fiston (cette ultime scène de la mère qui regarde son fils continuant à la préserver), les dialogues et interversions agrémentent à vide en jonglant avec la période d'avant et d'après la Chute du Mur. Pour le profane il manque les extraits historiques qui feraient faire la part des choses, encore plus en regard de l'actualité depuis la Réunification des deux Allemagnes !
  • KATALIN VARGA (2009)
    Note : 19/20
    Une musique pareille est d'ordinaire réservée à la plongée dans les abysses ou dans les forêts peuplées de vampires : on est saisi mais le quotidien s'intercale avec son côté rassurant, une femme se retrouve dans une charrette avec son fiston vers une destination annoncée comme périlleuse. Elle emporte son téléphone portable... Bien regarder mère et fils de dos derrière le cheval, le fichu bleu effiloché qui tremblote... La caméra tressaute au rythme de la carriole, mais peut aussi se reculer très loin de l'action pour ressurgir en contrebas là où on ne l'attendait pas du tout... Ainsi, on déménage en douce du noir complet vers une ouverture ensoleillée, un fouillis abstrait se change en herbe au fil de l'eau. Curieux angles sur les visages où ombre et lumière sont présentes en même temps à égalité pour déguster un bon fromage de brebis... Soudain, frottements se changeant en clarines pour terminer en chansons qu'on croirait fredonnées par des elfes ou autres farfadets. Le fantastique amalgamé au quotidien... Nombreux tableaux à flanc de colline avec brouillard blanc, le réalisateur-scénariste (un citadin anglais), entretient l'étrangeté sans jamais perdre son fil narratif (les phares de cette voiture occupée à traquer). Fréquentes coupures, rythme alerte, on attend le branle-bas comme dans un western... Des moments de cinéma où on voyage loin de son siège, en plus d'être gâté ! Le fond aussi est riche, avec ce rappel de "la petite voix" intérieure de chacun dans les pires moments, l'attention à accorder à ces pressentiments, surtout quand les jambes ne portent plus... Une puissante évocation de l'escalade des vengeances entretenues par le collectif !
  • CHARLY (2007)
    Note : 16/20
    Sans doute faut-il avoir soi-même trempé dans pareille torpeur à l'âge de 14 ans ou un peu après ? Et être sensible, depuis, à cet état chez autrui dès lors qu'il est plutôt du genre cool (surtout quand on constate les suicides de gosses murés de la sorte) ? Pourquoi ce no man's land préado, cette régression soudaine ? Hormonal ? Simple peur de se lancer ? Carence affective remontant du passé ? Grosse flemme ?... J'ai personnellement ressenti une forte émotion à suivre ce "mollusque" de Nicolas dans son errance jusqu'à sa curieuse libératrice. Et - le comble ! - je trouve que les défauts techniques contribuent au charme de ce film de famille (exquise maladresse d'une réalisatrice pressée, on pourrait croire qu'elle laisse aussi les fautes parler). Certes, une vraie tête à claques, ce Nicolas avec ses grolles traînantes, une ambivalence dans le contact (mais cherche beaucoup l'adulte à sa manière de se tourner vers l'automobiliste en stop), son "je-sé-pas" horripilant à souhait, il est en pleine mue et va être servi : d'avoir mis en parallèle la maniaquerie ménagère m'a semblé une idée de génie (actrice remarquable dans sa fausse dureté) ! Idem pour l'atmosphère, ces deux vieux dans leur univers étroit, le mystère familial des père et mère, on peut en supposer des trucs !... Rien de sordide au bout du compte, Isild Le Besco sait mettre un brin de sentimentalité aux passages les plus rudes. Des espaces poétiques assez réguliers : chants d'oiseaux, éléments marins, marée montante après le moment le plus cru, la vie palpite, et tout ce qui renvoie à la matrice originelle dans ce qu'elle a de rassurant inonde l'écran. Prestation technique d'une apprentie-cinéaste, avec un étonnant recul psychique pour une trentenaire filmant son propre frère, une bien jolie histoire : j'ai affiché un demi-sourire permanent pendant tout le film. Et noté de dénicher son premier long-métrage "Demi-Tarif" !
  • LE FAISAN D'OR (2001)
    Note : 16/20
    En noir et blanc et son mono (faute de moyens), cette Montgolfière 2002 au Festival des Trois Continents a été projetée une nouvelle fois à Nantes ce samedi 29 novembre 2008 (en parallèle avec le dernier Marat Sarulu de 2008 intitulé "Chant des Mers du Sud"... Premières prises de vue, des gosses gobant avec délice des perles de rosée sur... je crois bien de l'aubépine ! Lâchés dans la nature, ils jouent et se mesurent, le plus grand commence à avoir des fantasmes, et on craint déjà pour le plus petit (nous autres occidentaux dirions vite "mais où sont donc les parents ?"). A part les coins encore boisés où oiseaux et poissons batifolent, le paysage a beau être La Route de la Soie, il y a de quoi se morfondre... Tous les espoirs sont donc dans le train que ces rêveurs espèrent stopper en posant quelques cailloux sur les rails (vite réduits en poudre !). Certes teigneux entre eux, vite émerveillés aussi, des poussins attendant un déclic quelconque... Mais voici, tout à trac, que la caméra bifurque vers les voyageurs de ce Transsibérien se faisant attendre : scènes de tracasseries du monde adulte, projections sur les enfants qui grandissent, hargnes de couples aussi, enfin à peu près tout ce qu'on ne formule qu'en cas de sérieuse attaque de nerfs... Peu habituel de voir l'intimité masculine déballée ainsi (les dames les plus retenues dans la salle ont souvent pouffé !)... Pire encore, une bande de gros malins s'acharne soudain sur le plus attachant de tous, un calme dessinateur... Ejecté du tortillard en pleine vitesse, il a peut-être perdu une chaussure mais les gosses échoués sur le bord du rail lui doivent une fière chandelle ! A déguster comme une curiosité, en pardonnant la fragilité du support (rudimentaire, donc fatigue à prévoir) rien que pour la liberté en germe du cinéaste, qui s'est bien affirmée depuis.
  • LE SYNDROME DU TITANIC (2009)
    Note : 13/20
    Oui seulement 13, n'en déplaise aux lyncheurs du Net... Parce que les belles images sur un commentaire alarmiste, allon sallons... Encore un film écolo à gros budget, il aurait subi quelques coupes afin de préserver les french lobbies d'après Le Canard Enchaîné : évacuation des dégâts causés par les grands actionnaires français. Non écrit dans le texte et hors commentaire de l'ambassadeur (qui ne fait pas ce qu'il veut dans sa cage dorée...). Des moyens contraires à la philosophie déployée, bien sûr, on peut écouter le prêcheur et lui trouver du mérite, voilà pourquoi je mets une note moyenne, en hommage à cette prise de conscience recherchée. Car les beaux plans sur les visages, la laideur magnifiée grâce au talent du cadreur et aux effets panoramiques tranchent curieusement avec ce qu'on entend, un genre de messe chargé de rendre raisonnable tout consommateur. Implacable virtuosité de caméra et voix off pour bien emprisonner le regardant (mêmes effets gros "scoop" que Yann Artus Bertrand) vous assénant avec grande dépense énergétique que, comme vous êtes quelque part co-responsable du désastre, il vaudrait mieux vous amender d'urgence, faire votre part, citoyen inconscient des malheurs de notre chère boule bleue... Trop ampoulé tout ça, quand on sait que les plus concernés se la coulent douce. Silence sur la pétrochimie française et foin des stocks-options... La bande annonce peut suffire si on s'est tenu au courant de l'écologie depuis une trentaine d'années, mais si on veut partir en croisade environnementale, on peut trouver de l'intérêt à cette démonstration ou aussi bien reprendre, à tête reposée, le livre éponyme de Nicolas, hors litanie qui finit par bourdonner dans le crâne, il fait plus authentique. Non mais des fois... La plupart des citoyens n'ont jamais voulu ce désastre largement prévisible et pourtant tu, ou raillé, ou nié depuis plus de trente ans ! Surtout que ces pieuses incantations visent une fois de plus le pognon à ramasser par les entrées en salle suvies du dvd ! A l'aide !
  • NOS SOUVENIRS BRULÉS (2007)
    Note : 19/20
    Dans quel état serions-nous à leur place ? Ce que j'aime bien chez Susanne Bier, c'est qu'elle prend son temps pour amener les pires drames et sans trop d'images en avalanche, au contraire, une douce musique de guitare ramenée du cosmos... Pour peu que le sirop vienne parfois surcharger les dialogues, on sait qu'à la première occasion, une vacherie sera dite, rattrapée dès que possible par cette douceur qui est sa marque de fabrique, tout comme ses péchés mignons à la caméra (les gros-plans sur les yeux et rien que les yeux, parfois un seul oeil, suivi de la plongée du thé dans la tasse, ou encore l'alliance qui manque tomber du doigt, se rattrape...). Les deux acteurs principaux, effondrés par la même perte, s'apprivoisent, de manière assez inégale car elle est plus dure que lui à bien des égards. Les enfants constituent le nécessaire point d'ancrage. Mais le mort aussi ressuscite à plusieurs reprises qui sont autant de régressions... Audrey, a détesté ce Jerry, grand ami de son mari, il s'intercalait trop comme un danger avec ses addictions... Alors, entendons-nous bien : "aider à dormir" se limite à un massage d'oreille. Dommage, il est pourtant bien craquant, par le fait d'être aussi faillible, rien que ça. De respirer l'authenticité dans chacun de ses actes (à mi-chemin entre notre Bedos national et un Brad Pitt au poil noir), étonnant de générosité quand il revient du pire... Dans son genre et une fois délivré de son mal, aussi attachant que "l'original" disparu !
  • BENDA BILILI ! (2010)
    Note : 19/20
    Un jour tu bouffes, un jour tu bouffes pas... Quand le handicap couplé à la misère donne des ailes.... Renaud Barret et Florent de La Tullaye ont eu le nez fin de s'attarder sur le "Staff Benda Bilili", Ricky, Roger, Coco & Co. Des tricycles de fortune. Devoir braver la dureté ambiante et tant pis s'il faut échouer la nuit sur des cartons : ils vous en bouchent un coin, ces réchappés de l'écrabouillement filmés à hauteur de tricycles avec leurs jeunes accompagnants, autant dire des "pages" new style... Les uns et les autres évolués dans leur tête. Une rage qui rappellerait assez les premiers bluesmen noirs américains en plus communicatif. En quelque sorte, les messagers du Congo et du peuple africain tout entier qui disent "nous continuons à vivre !". Quelquefois à flanc de train d'ailleurs, au péril de son existence (et sans doute pas pour espérer passer à la télé un jour !). Au diable les intentions de façade ("les autorités se foutent de nous") ! Place à la survie avec les moyens du bord ! Travailler sur soi... Ils ont la musique dans le sang, comme leurs ancêtres, apprennent en se trompant. S'exercer seul, ensemble, sauter les obstacles... Le studio, premier cap... Les faux-départs... Les pièges déboulent en même temps que les honneurs (fumette, alcool, hélas, planent comme un bémol)... Décollage en règle à Belfort lors des "Eurockéennes"... La récompense, une pause méritée... "Buena Vista Social" traverse aussi l'esprit. C'est ressemblant, en plus resserré. Davantage une transe installant les spectateurs dans une admiration éperdue (exception faite des esprits obtus qui y voient une illustration pour associations caritatives)... Crénom de nom ! Les yeux mouillés, un sourire de bambin vous anime, ainsi que l'envie de danser si ce n'est de créer un instrument dérivé de cette enchanteresse boîte de lait (ce serait un calvaire d'en sortir les notes épurées qu'on finit par entendre)... Assez optimiste pour qu'on sorte de là au pas de charge, prêt à en découdre. Le dvd avec ses bonus est attendu de pied ferme !
  • SOLDAT DE PAPIER (2008)
    Note : 15/20
    Pour resituer "la guerre froide", mieux vaut se souvenir que les russes ont conquis l'espace les premiers, en 1957 : le satellite Spoutnik 1 d'abord, la chienne Laïka perdue sur Spoutnik 2, la triomphale mission de Youri Gagarine le 12 avril 1961 sur Vostok 1 suivie, le 5 mai de la même année, par l'Américain Alan Shepard... Pour autant, aucune certitude que cela rende ce film plus sympathique. Car si c'est le cri d'un dissident (au demeurant palpitant à suivre et qu'on pourrait largement entendre puisque l'eau est passée sous les ponts), il s'agit d'un dialogue de sourds. Et ce, malgré le charme certain du héros. Mais voilà, on n'embarque pas... Erreur de jeunesse que d'oublier l'empathie, ce petit plus à l'intention des regardants (je pense au grand public) et qui aurait pu se trouver dans des dialogues d'une autre trempe... La facture soignée, cette mise en scène méticuleuse, les éclats de poésie ou de loufoquerie, l'ambiance tarkovskienne qui sied à ce "désert rouge" des glaces... Pour finir par s'ankyloser. Une merveille picturale, aucun doute, tous ces panoramiques d'un Baïkonour de fin du monde attestent d'un talent juste un peu trop replié sur soi... Trop de considérations rabâchées, solidarité terre-à-terre plutôt que rivalité féminine assumée, perspectives nulles déjà dans ces années-là... Quand même, des visages en gros-plan, le spectateur pouvait attendre plus de proximité d'âme ! L'angoisse de ces obligés de Khrouchtchev se dilue dans le brouillard, les volutes alcoolisées, les poses... Alors que nous devrions être touchés en plein coeur par un sujet pareil, il demeure loin de nous, faute d'identification possible. Une prochaine fois peut-être !
  • STELLA (2008)
    Note : 16/20
    Bien aimé ce regard féminin retourné sur sa préadolescence de fille de bistrotiers pas nets nets... C'est mené avec brio, peut-être quelques longueurs pour en arriver au fait et toujours le manque de clarté dans l'élocution de la jeune enfant-femme, de ses douze/treize ans à environ quinze, avec un éveil vers le partenaire plus rêvé qu'appréhendé... Magistrale présence de Benjamin Biolay, il n'a qu'à paraître et bouger le moins possible, fou le charisme naturel de ce chanteur souvent inégal, mais un véritable acteur à propulser ! L'attitude du regretté Guillaume Depardieu en dit long sur sa profonde capacité de délicatesse intérieure... J'ai trouvé les deux scènes avec le fusil inoubliables : plus faiblarde en revanche, celle avec le jet d'eau. L'émotion est souvent présente, en tous cas si on a vécu des trucs un peu analogues à cette période de sa vie...Une oeuvre qui apporte sa part de subtilité éducative sous ses airs de ne pas y toucher !
  • CRIME D'AMOUR (2010)
    Note : 14/20
    Divertissement télé honorable pour une soirée d'hiver. Le début et l'issue à eux deux suffiraient presque. Mais si on est armé de patience, tout peut se regarder car l'image est toujours de qualité, le décor se plante gaillardement, fond de jazz et carillon chinois du plus bel effet pour ponctuer les scènes. Petite faiblesse des dialogues parfois, les déclarations d'amour pleuvent dans ce milieu très bcbg. Autrement plus intéressant, le harcèlement hiérarchique, ce lent empoisonnement arrivé au stade "quitte ou double"... Le regretté Alain Corneau raffolait des duels de femmes à l'écran. Mais que Christine (Kristin Scott Thomas) bien que minaude à l'excès ici, lâche le spectateur aussi vite, c'est une faute de goût... Au profit d'un système d'horlogerie "tiré par les cheveux" (rappelant dans sa minutie la poursuite de véhicules de "La menace"), déconcertant... Pour en venir à un machiavélisme orchestré par la fragile Isabelle (Ludivine Sagnier, mais pourquoi donc laisser cette jeune actrice s'ébrouer dans un seul registre ?) : si son dernier chevalier-servant remet le doute à l'honneur lors du dernier plan, sa démarche de vamp, sourcil ahuri et moue enfantine, non seulement tapent sur les nerfs mais sont inappropriés pour une comploteuse de ce calibre !
  • GARDIEN DE BUFFLES (2004)
    Note : 16/20
    Si l'on visionne le film en 2008 sur dvd, il importe de se transporter dans cette "Indochine" de 1940 (la discrète présence française peut faire un peu folklorique en comparaison des aléas du climat...). Zone inhospitalière en diable que ce Viet-Nam du Sud recouvert d'eau une partie de l'année, alors qu'on est encore loin du réchauffement climatique amplificateur d'inondations d'un côté du globe et générateur de sécheresse de l'autre... Le jeune homme dont il est question ressemble à s'y méprendre au réalisateur, sans doute y a-t-il une bonne projection de sa part, c'est son premier film, en co-production avec l'Europe, et la censure est sévère dans son pays. Ainsi, la difficulté économique taraudait bien avant notre époque dans ce coin, les buffles étant le principal atout pour payer l'impôt surhumain, mais qu'on ne discutait en aucun cas. Le film vaut par sa photographie très soignée, ainsi que le mérite qu'il y a à filmer dans l'eau, avec une équipe technique locale imposée : il s'agit d'un mix de nouvelles sur l'adaptation aux circonstances décrites, une éternelle oscillation entre putréfaction et renaissance, comment tirer son épingle du jeu. Le regard est réaliste mais subtil, invite à prendre le temps de s'arrêter sur cette philosophie très sage, notamment l'acceptation de la mort et ses rituels de fortune, placée au même niveau que les petites joies et la bagarre de tous les jours ! Les acteurs sont beaux, il plane une part de romantisme, des comportements tout ce qu'il y a de contemporain (cette femme âgée plaquant son homme, le garçonnet naturellement proche du héros). Un voyage en clair-obscur certes humide, mais lumineux quant à la philosophie.
  • 36 VUES DU PIC SAINT-LOUP (2008)
    Note : 15/20
    Laisse un souvenir attendri, je m'en aperçois en retrouvant mes notes un mois après la projection. Dommage que ça soit si étiré, avec ce côté récitant appliqué, presque scolaire de Rivette. Sinon, irréprochable sur le plan technique comme d'habitude. Un petit cirque itinérant, un grillon qui lui court derrière, on est accroché... Les pics, la verdure où cavalent et stationnent ces aventuriers du lendemain, le traumatisme de la dame face au Milanais de passage, surtout qu'il offre du vin... Du mal, par contre, à avaler ce drame né d'un papa hostile aux attirances de sa fifille au sein du cirque (vieux c... ?), l'histoire que Jane Birkin confie à Sergio Castellitto, d'où cette culpabilité tenace, l'ornière d'office entretenue... L'intérêt se maintient grâce au tandem d'acteurs, les sketchs autour des assiettes, l'ambiance soudée d'une équipe qui en voit de sévères... En revanche, l'insolite, le laconique, c'est agréable un moment, mais si viennent se greffer, sur une base aussi mince, les grosses ficelles du théâtre, le spectateur avide d'un fracas quelconque se languit comme la chèvre au bout de sa longe dans son enclos !
  • PAULINE ET FRANÇOIS (2010)
    Note : 17/20
    Un goût de trop peu ou alors un défaut d'assaisonnement ?... Hyperactifs, cartésiens, citadins allergiques à la campagne, allez voir autre chose, ou alors déplacez-vous pour les acteurs, tous dignes d'intérêt dans cette histoire... Film de pure atmosphère, ce qui s'appelle "un joli film". Le quotidien dans nos chaumières, le déclic causé par un changement dans l'entourage. Toujours agréable, on ne peut plus juste... Les personnages dignes d'un peintre naturaliste. Tout est à fleur de peau. Des instants de grâce réguliers, et cette lumière délicate (mèches dorées de dos en clair-obscur, yeux clairs de Laura Smet fondus dans le décor, ou le petit constructeur de lego filmé en temps réel). Bande-son folk du meilleur goût aussi, avec la voix de Jean-Louis Murat ressuscitée dans le genre Manset... C'est le premier film de Renaud Fély, également deuxième assistant de Pascale Ferran dans "L'amant de Lady Chatterley" : même réédition de sous-bois où trouver paix et fortifiant. Le déroulement fait qu'on oublie où on est, les non-dits, les élans contournés, tout s'avère langage accessible... Un lent tissage qu'un choc devrait venir justifier, on l'attend comme la récompense à notre patience de spectateur qui n'en a pas perdu une miette. Mais, surprise, au lieu de la décharge électrique escomptée, une pirouette et vlan, déjà le générique !
  • FISH TANK (2008)
    Note : 17/20
    Mystère que cette jument de 16 ans bloquée dans son champ, symbole de l'absence de repère masculin dans l'enfance de Mia (la tempête Katie Jarvis crève l'écran, belle et décidée !). C'est aussi la hantise de cette adolescente de tout juste 15 ans : soit se projeter dans un avenir dare dare, soit clouée sur place pour son seizième anniversaire ! Ambivalence des adultes, perfectionnisme amical débouchant sur la solitude morale, quelques spectateurs se reverront à cet âge du désespoir faute de références fiables, plus que jamais béance paternelle ici... Alors quoi, soudain c'est le trouble, cet homme à la maison, torse nu ! Joueur, sévère et accrocheur, qui invite à danser, qui prête son camescope ! Si ce film réaliste fait penser aux Dardenne ou à Ken Loach, l'approche frontale rappellerait assez l'oeuvre russe récente "Ils mourront tous sauf moi" en plus abouti. La réalisatrice britannique Andréa Arnold décrit avec minutie le vertige saisissant hommes et femmes hors des contingences et comment ils s'en extirpent... Remarquable efficacité du langage des corps, au-dessus des mots mais sans le sordide toutefois, on a droit aux "insultes affectueuses" ! Un peu longuet comme démonstration (2 heures de projection !) pour en venir à l'ouverture pressentie. Beaucoup de tendresse sous la rudesse.
  • TONY TAKITANI (2004)
    Note : 19/20
    Enfin une analyse juste de la solitude apprise dès l'enfance et qui donne le vertige à l'idée de toute attache... Indispensable de se laisser porter par ce film (tiré d'une nouvelle écrite en 1996) sorti en France en 2004... Le style se situerait dans le "majestueux-fataliste-funèbre". Il emprunte un brin du recueillement de la cérémonie du thé nipponne, le temps s'étire en peu de mots, les lourds silences donnant envie de rire font place à une délectation aussi contagieuse que muette... Un petit tour de l'Histoire japonaise = "guerre sur guerre" dont, avant la paix actuelle, des enfants sont nés un peu perdus... L'écran peut rester d'un noir d'encre quelques secondes, la caméra se plaît à tourner en rond... Si on n'est pas conquis, il sera toujours possible de penser aux jumelles à diapositives circulaires d'antan... Le réalisateur Jun Ichikawa entrelace passé et présent, jour et nuit, exactement comme un enfant ressent notre monde, les notes de piano lancinantes s'arrêtant s'il y a un fait nouveau marquant... Vrai que c'est lent si on n'est ni mélomane, ni poète, ni enfant blessé, ni parent attentif... Images ralenties, flottantes, dans un demi-sommeil mais il va y avoir plus percutant à partir de la jeune épousée, apparition comme la mère évaporée, sauf que celle-ci aura le temps de se chausser, ses adorables petits escarpins jaunes s'agitent, à la recherche de nourriture vestimentaire. Singerie de nos villes où les fringues sont censées remplacer la matière grise ?... Les contemplatifs, les curieux raffinés, les sociologues, ainsi que les bambins dont la menotte n'a pas trouvé où s'agripper en temps opportun trouveront leur bonheur dans ce flash du Japon aisé happé par la gadgétisation états-unienne. Amer comme un vieillard ou arborant le petit sourire des nouveaux-nés, quoi qu'il arrive, Tony Takitani rebondit.
  • LEONERA (2008)
    Note : 17/20
    "Leonera" sonne comme un prénom féminin (au point qu'en sortant de la salle je restais persuadée qu'il s'agissait de l'amie et ex-compagne de cellule si précieuse) : ce mot désignerait le lieu où les prisonniers attendent leur transfert : que de tranferts justement dans cette histoire ! Talentueux couple de Pablo Trapero réalisateur argentin dirigeant son actrice-épouse (Martina Gusman) enceinte et accusée de meurtre, dont la mère (très complémentaire Elli Medeiros) détient le rôle ingrat de compatir sans étouffer. L'entourage est composé de vrais matons et de vrais incarcérés dans une vraie taule... Toutefois, sous la rudesse, perce une relative bieveillance (suivi médical respectueux, césarienne en milieu hospitalier...). Le plus terrible pour le spectateur est d'être ni dedans, ni dehors, mais un voyeur tiraillé par la cruciale question (un enfant en prison = raison de vivre de l'adulte ou "prise d'otage", sachant que le petit s'avère de plus en plus bouleversant...). Autre poids à porter : cette Julia pleure toutes les larmes de son corps mais sait aussi être violente, équivoque, a-t-elle tué ?... Côté ambiance, le réalisme quotidien du milieu carcéral aurait pu gommer certaines répétitions (ces incessantes navettes et bruits de grilles métalliques), ou alors c'est amplifié de manière à énerver, suprême habileté dans ce cas : car cela ne pèse plus rien en effet, dès que cette caméra à l'épaule cherche la sortie de l'appartement, direction le taxi, le car, la promenade à pied sur un sentier bucolique, jeune femme détendue causant à son petit dans les bras, un dernier contrôle, n'ont plus que la rivière à traverser. De quoi avoir des ailes, et quel hommage au peuple argentin qui en a tant bavé !
  • ROUGE COMME LE CIEL (2004)
    Note : 15/20
    . Découvert avant sortie officielle (au Cinéma Concorde de Nantes le 26 août 2010). Voilà une pertinente étude sur l'enfermement longtemps réservé aux jeunes aveugles italiens. Mais c'est avant tout un vibrant hommage à un ingénieur du son lui-même non voyant. J'ai admiré le formidable transfert d'énergie, mais trouvé le montage des bandes magnétiques un peu longuet... Et eu mal pour ces parents privés du jour au lendemain de la présence de leur fils mis dans la seule institution spécialisée possible : face à l'enseignant ouvert, un directeur fermé... Les personnes handicapées pourront puiser un réconfort certain dans ce long chemin vers une manière d'exister qui en vaut largement une autre. Sur l'aspect éducatif, le message est bienvenu alors que tout porte à durcir le ton à notre époque. L'aventure est menée de manière classique, avec des intervenants très typés car c'est plus pour enfants que pour adultes. Drôle d'idée pourtant de distribuer pareil message en version française alors que la langue italienne est si musicale !
  • BERLIN - ECKE SCHÖNHAUSER (1957)
    Note : 16/20
    Présenté à Nantes sous le titre allemand "Berlin Ecke Schönhauser", cycle de décembre 2008. L'atmosphère rappelle "La Fureur de Vivre", même transgression, universalité de la jeunesse des fifties et sixties. Mais ici, contexte particulier, le pays est écartelé entre bloc de l'est ressenti comme bureaucratie lugubre et espoir du monde libre deviné dans la culture filtrant de l'ouest... En 1957, tentant en RDA de rêver sur la RFA ! Le jazz, la mode vestimentaire, la langue anglaise si musicale, des signes évidents d'une vie riante. Bien penser que la construction du Mur aura lieu en une nuit d'août 1961 seulement... Film en noir et blanc, qui a viré au gris. Perce quand même, outre des images instructives, notamment du bouillonnement industriel avec ses risques, une grande fraîcheur de ton. Camaraderie, tentative de raisonnement d'un flic modéré, l'adolescence est la période exaltée par excellence... Des jeunes gens incroyablement insolents (peu réprimandés en proportion par les adultes), qui ne savent pas dire merci mais arrachent un papier des mains, cela sans qu'on les reprenne... Rancunes intergénérationnelles résultant d'une enfance sur fond de guerre, idéaux tués dans l'oeuf... Il s'avère, hélas, que déjà à cette époque, le passage à l'ouest ouvrait (sauf exception) sur la désillusion... L'unique jeune fille du lot, bouille ronde, petite queue de cheval, suit le groupe masculin en minaudant, vite retranchée dans la grossesse et l'espoir de cocon. Son petit ami revient de l'autre côté comme résigné, très embarrassé de lui-même, le film tait son avenir et on le comprend !
  • PROFILS PAYSANS : LA VIE MODERNE (2008)
    Note : 18/20
    La désertion des zones rurales est un fait dans notre beau pays, encore plus en territoire accidenté comme les Cévennes : prendre la suite de la ferme parentale devient un sacerdoce et s'imposer quand on vient d'ailleurs, quel cran ! Raymond Depardon, occitan d'origine, invite à l'accompagner dans sa "croisée des chemins". Comme à bord d'une quelconque charrette n'en croisant aucune autre, partons voir où en est "son coin"... Il avait en germe, dans son désir d'évasion adolescent, cette capacité de savoir immortaliser un moment, aurait certainement dépéri recroquevillé sur son lopin... Chemins vicinaux menant à des demeures silencieuses, quelle que soit la saison, à chaque arrêt, suspense... Le narrateur (Raymond Depardon excelle dans le commentaire et les interventions, rien de trop... Les paysans très près de leur nature aiment avoir la paix, cette caméra leur rend hommage tout en les dérangeant. Ont parfois un fort accent et l'air de vivre sans la civilisation ou presque... Ce qui surprend est leur vocabulaire français précis, et cette lucidité, en aucun cas de lourds péquenots ! On assiste à des silences têtus débouchant sur des aveux lâchés avec rage... Quelques minutes encore pour briser la glace (chien sur la chaise, café-petits gâteaux pris aux aurores, tête émue qui se retourne, yeux rougis du vétéran détrôné...). Chaque vache ou cheval qui part laisse un vide que moutons et chèvres peinent à combler ... Reste l'énergie de ces femmes, à qui il faudrait bien davantage pour renoncer tout à fait ! Une virée cévenole pour la postérité dont on sort ébloui tant les images sont soignées mais, n'empêche, désolé, fataliste vu l'habitant au kilomètre carré... Monsanto qui fait peur d'un côté, marché du bio en hausse de l'autre, il est encore permis de compter sur un compromis vivable !
  • NUE PROPRIÉTÉ (2006)
    Note : 18/20
    L'inscription "à nos limites", sorte d'épitaphe à droite de l'écran au début du film, laisse perplexe. D'abord la mère dont les paroles jurent avec les actes, en compagnie de ses jumeaux, demeurés en barboteuse sur le plan affectif. Ensuite, le père fugace, reconstruit ailleurs, fileur de biftons à défaut de pouvoir s'impliquer davantage. Crispants tous autant qu'ils en sont ! Vient le jules de maman qui fait un semblant de morale aux deux grands puis se trouve déplacé : dès lors, le regard devient tiraillé... Et ça n'arrêtera pas. On s'engouffre dans le huis-clos, aidé par les acteurs mais aussi par cette mise en scène façon documentaire, et des dialogues qui sonnent juste. Car ce drame, pressenti comme tel grâce à la bande-son, "parle" au spectateur passé par des crises inter-générationnelles, la maison n'est qu'un prétexte.. Admirables techniquement, cette musique et cette caméra tout ensemble, qui invitent tout d'un coup à quitter la bâtisse dont on s'aperçoit que les dépendances n'en finissent pas !
  • LE CHANT DE LA FIDELE CHUNHYANG (2000)
    Note : 14/20
    Cela a beau être une merveille picturale, je continue à nourrir une allergie à l'arrière-plan litanique, en droit fil du "pansori" (tradition orale musicale coréenne), sorte de théâtre chanté, dans le genre monocorde de vieilles voix, interminable... L'action se situe en pleine féodalité coréenne, on va passer d'un régime jugé modéré à la tyrannie dans ce qu'elle recèle de plus cynique. Il faut donc affectionner les fables, la tradition populaire, les rituels collectifs, pour vraiment adhérer. Mais on peut aussi se contenter de la beauté des plans (architectes, historiens, décorateurs...). Possible qu'une fois les beaux paysages visités, l'intrigue nouée, le couple identifié, on s'attarde encore sur les étoffes, la délicatesse du déplacement d'objets, toujours à grands renforts de commentaires récités sur le même mode... Ultime recours sur le dvd : accélérer, en privilégiant l'avancée de l'intrigue, cette dernière héroïque, bien plus gratifiante que notre Roméo et Juliette occidental... Un titre difficile à retenir, la scène autour de la balançoire résumant à elle seule la difficulté de braver les usages reste gravée, commode pour resituer le film.
  • GOLDEN DOOR (2006)
    Note : 16/20
    A voir en v.o. anglo-italienne pour ajouter à l'impression de voyage, notamment pour les claustrophobes... Car ceux qui s'attendent aux grands horizons maritimes habituels risquent d'être déçus. Sauf s'ils ont aimé "Respiro", puisqu'ils retrouveront le côté âpre du cinéaste italien, sa sauvagerie, cette façon de suggérer le sentiment et de ne jamais s'y perdre. D'abord une escalade symbolique, assez longue et pieds nus, de pauvres hères indécis, la distribution toujours aussi rude de hardes, quelques salamalecs suggérant la misère locale... Enfin, le périple collectif, les premiers contrôles, une voie d'eau, un bateau quitte une terre, mais aucun plan d'ensemble... C'est amené avec une infinie lenteur, toujours cette caméra en permanence tournée vers l'intérieur des situations, comme soulignant l'absence de perspectives tant que toutes les épreuves ne sont pas surmontées, elles seront nombreuses, dont une tempête inattendue ! Fort heureusement, il y a aussi (outre des mirages de récoltes grand format et de trempette lactée) cette intrigante rousse Anglaise jouée par Charlotte Gainsbourg, et toutes les réactions des passagers à son égard, agrément indispensable à cette traversée repliée sur elle-même. Ce film a le mérite de livrer les coulisses d'un voyage de l'Ancien Monde vers le Nouveau, comment, alors qu'on ne s'aime pas sur commande, il faut bien s'apprivoiser vers le but commun. Et imaginer, notamment pour les femmes, des astuces permettant d'espérer rester une fois débarquées... Le spectateur peut au moins apprécier son confort de n'être pas contraint à l'exil.. Les tests interminables infligés à ces émigrants frôlent le tragi-comique. Mais on constate que les plus vaillants en apparence restent de tout temps et n'importe ou, d'office favorisés.
  • BELLE TOUJOURS (2006)
    Note : 19/20
    Ah, le vieux Husson, avec son ricanement de moraliste et la vieille Esther, élégante rangée des amours tarifées ! Manoel de Oliveira sert un condensé de ses meilleurs moments. Un bijou qui s'imbrique naturellement à la suite de "Belle de Jour" (alors que très casse-gueule comme procédé). Je m'attendais à plus pompeux, à beaucoup moins décapant. Certainement pas à autant de subtilité dans tous les domaines, dialogues, son, cadrages, lumière, impressionnant silence de la dégustation, jusqu'à cette pénombre avec la boîte rouge du grand enfant, ce sifflet dévastateur... Je n'aurais jamais deviné non plus où allait déboucher l'humour corrosif de l'ensemble... Merci au volatile lourd de symbole de remettre l'amour courtois à l'honneur en offrant ses quelques pas de promeneur... Une histoire contée par un homme au soir de sa vie : au mieux de sa forme ! On peut même avancer qu'il est "tout sauf amer"
  • AIME TON PÈRE (2002)
    Note : 18/20
    Vu en dvd en juillet 2007 et agréablement surprise ! En effet, cabotinage absent, tiens donc, au contraire, admirablement joué par Depardieu père et fils, avec Sylvie Testud en travers de leur délire, dans cette Suisse qu'on croit toujours aseptisée... C'est le père du réalisateur qui est visé dans le propos. Et pourtant on jurerait que ces deux rivaux à l'écran rejouent leur propre parcours ! Tout du long, une oppression due à la façon de filmer, avec ce fond musical très atténué, calqué sur des bruits de véhicules, plus des échanges verbaux comme si on y était. D'accord, le spectateur est assez voyeur, ça chauffe en gros plan sous notre nez, mais après tout, c'est très bien mené et si l'identification le temps du film opère, apporte une nuance à sa propre vie, ça vaut un médicament. Idem pour cette audace d'avouer qu'on n'est pas tous nés pour éduquer ses enfants (plus ou moins doués ou autre passion qui tenaille !) et pas plus qu'on les aime d'office et tout le temps parce qu'ils sont issus de nous : évidemment, au prix de comptes à régler plus tard. Le film met le paquet pour offrir une piste dont on peut s'inspirer, sachant que mille autres resteraient à explorer afin de parvenir à s'arranger de sa propre condition d'adulte.
  • MES PLUS BELLES ANNEES (2008)
    Note : 15/20
    Bien qu'il risque de passer inaperçu, voilà un excellent divertissement familial en cette fin d'année 2008, encore qu'il porte sa part de tragique, amplifiée par un indicible secret entre l'un des jumeaux et la virago rousse qui met le feu aux poudres... On peut redouter que ça reste un peu conventionnel (sacro-sainte famille avec ses éternelles tares, non merci !)... Disons qu'il y a des temps forts et des temps un peu plus niais, Ezer étant pour moi le personnage-clé, par sa réserve, on sent qu'il va incarner une fracture : bien des émotions masculines autour des femmes, toutes laissées en arrière-plan, à l'exception de Neta la pulpeuse... Le sursaut paternel par nécessité autant que par amour (face à la débâcle maternelle) est la minute la plus intense, souffrance ramenant à l'essentiel, penser à "sa pomme" et, partant, redonner vie autour de soi. Des "tubes" musicaux à foison (un peu trop), je me souviens de "Will you" (de Hazel O'Connor, cet inoubliable saxo) ou "Forever Young" d'Alphaville... Eparpillée dans tous les sens, cette saga peut plaire à toutes les communautés alliant modernité et traditions. Le réalisateur fait partager sa nostalgie. Il en profite pour revisiter la fibre paternelle et dénoncer les travers de la guerre. Dialogue, dialogue même houleux, car le temps, lui, n'attend pas !
  • JERICHOW (2008)
    Note : 18/20
    Vue sur un cimetière et un grand coup de sang entre frangins pour commencer ! Mais comme la cible a une tellement bonne gueule, et qu'il lâcha l'Afghanistan pour des raisons d'honneur, on le trouve d'office fiable, avec quelque chose de Paul Newman, en peut-être encore mieux même, oeil bleu de lynx, profil racé, une belle façon de marcher, d'entourer de ses bras... Halte-là, voici la gazelle fétiche du cinéaste, ici flanquée d'un compagnon inqualifiable, tour à tour odieux ou grand copain, une débrouillardise parfois culottée, quel est le secret de ce couple si mal assorti ? ... Exactement comme dans "Yella", le train passe et repasse, il y a encore un pont, une rivière. Et la mer aussi avec une falaise Ô combien friable ! Aperçu des boulots de maintenant outre-Rhin, l'immigration, tout y passe mine de rien, la pire suspicion, la peur, une grâce infinie aussi... Interprétable de mille façons, c'est vraiment un morceau de roi que ce nouveau film de l'Allemand Christian Petzold, réalisateur qui devrait faire beaucoup plus de bruit !
  • DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE (2009)
    Note : 18/20
    Adaptation de l'oeuvre d'un écrivain qui ne s'est pas offusqué, semble-t-il, des fantaisies rajoutées à son histoire, au contraire. La grande droiture de l'acteur principal et cette manière classique, eastwoodienne, de présenter les événements font qu'on embarque sans trop de crainte. C'est pourtant une curieuse plongée dans un marigot où quantité d'aspects de notre monde en perdition défilent, l'air de ne pas y toucher. Très astucieuse boisson traficotée et non moins palpitant général fantôme, sans oublier l'ouragan de 2005 dont quelques-uns tirèrent profit. Ce qui m'a le plus accroché, en dehors de la somptuosité picturale et sonore, et en plus des solidarités humaines aussi (le couple et l'enfant), est bien le refus on ne peut plus net de la corruption ultralibérale actuelle, c'est devenu tellement rare que ça fait un bien fou de le voir affiché aussi clairement à l'intérieur d'une fiction !
  • VIEILLIR HOMME (2004)
    Note : 19/20
    Dvd visionné en avril 2011. Beaucoup plus emballant que "Vieillir Femme" de la même réalisatrice (qui taisait complètement la libido sexuelle et/ou les petites gênes de l'âge en repoussant la mort, cette traîtresse). C'est un plaisir de découvrir l'état d'esprit de ces trois hommes : André, 86 ans, le plus attirant dans sa manière de s'exprimer (mal aux jambes, me casse la gueule au jardin) les révélations sur son lien avec sa compagne. Ensuite, Camille, 83 ans, en direct d'un roman de Proust, peintre sans trembler, accompagné d'une dame lui aussi et qui, tellement en acceptation de son sort, se dit "émerveillé chaque fois qu'il y arrive"... Plus terre-à-terre est Bertrand le bûcheron, 75 ans en paraissant dix de moins. Trois indépendants qui tâchent de se maintenir corps et âme. Revenus de l'hyperactivité par prudence. Trois exemples seulement, certes il en faudrait d'autres pour dresser des statistiques... Déjà bien, à l'heure du jeunisme, de l'activisme, du retour puissance mille du sexisme, que ce documentaire mette en scène le grand âge masculin. On a l'impression de découvrir l'homme dans ce qu'il a de plus noble et qui le rapproche de la femme.
  • L'AQUARIUM (2008)
    Note : 14/20
    Vu en v.o. au festival des Trois Continents nantais 2008 (serait passé sur Arte quelques jours plus tard ?). "L'Aquarium" est un jardin avec quelques poissons dans l'eau au centre : on les voit nager au ralenti dans une atmosphère musicale invitant à se laisser flotter, belle apesanteur qui promet (la bande-son ravit les oreilles d'emblée si bien qu'on décroche tout de suite du monde concret)... Quelques images du Caire la nuit, un grand malade avec des tuyaux dans le nez... Une voix féminine suave recueille à la radio les confidences masculines, entre autres celles d'un anesthésiste aux allures mécaniques, très intrigué par les secrets qu'on confie "entre deux eaux" : deux trajectoires pouvant conduire à un télescopage des plus fracassants. Mais hélas ce sera pour une autre fois, de belles images très travaillées se succèdent, un va-et-vient entre les univers respectifs, entrecoupés de plongées dans "L'Aquarium", et cette mise en parallèle avec un élevage de poules blanches en batterie. Le Caire est donc une ville grouillante de gens qui se frottent les uns aux autres en restant murés. On revient à soi quand la demoiselle danse sur une déferlante de rap égyptien (beau moment du film) : séduisant, et cela vous sort de la torpeur fatale, et ce malgré l'excellence du fil narratif. C'est pourtant fouillé, intelligent, des répliques qui accrochent, mais hélas l'ensemble reste desservi par une mise en scène beaucoup trop statique pour retenir l'attention du spectateur moyen. Comme c'est le genre de film-culte à promouvoir dans les milieux avertis, les professionnels de la technique du cinéma devraient raffoler en revanche !
  • LES AMOURS IMAGINAIRES (2010)
    Note : 17/20
    On fume vraiment beaucoup dans ce film. Le premier et le dernier ralentis, très appuyés, ont leur raison d'être, les autres beaucoup moins... Idem pour le tube "Bang bang" en v.o. italienne, il eût été préférable de placer une autre romance plutôt que d'en remettre une couche... Toutefois, c'est plaisant à suivre, on ne s'ennuie pas dès lors que le côté "plus fort que soi" dans un contexte quelque peu vertigineux est entériné. C'est une histoire à l'intention des amoureux de l'amour, ces partenaires prêts pour le duel sans merci. Pour qui s'est sorti de ce genre d'impasse dans l'un et l'autre sens, un sourire béat pendant toute la séance : joie de revisiter la niaiserie de la victime et la prétention des cibles en se disant à part soi : "c'qu'on est-y bête !". Xavier Dolan situe bien l'aveu verbal, cette imprudence sans laquelle la parade durerait sans péril pour bifurquer en douce ensuite vers une autre proie... Un regard sans concession, très personnel, qui devrait faire hausser les épaules des durs, des costauds.
  • CHANTS DES MERS DU SUD (2008)
    Note : 18/20
    Déjà primé en 2002 à Nantes au Festival des Trois Continents pour "Le Faisan d'Or" (un somptueux noir et blanc aux uppercuts tant verbaux que physiques), voici Marat Sarulu version 2008 : un cinéaste sorti de ses gonds ! Toujours autant de finesse à filmer en couleurs, par séquences entrecroisées très subtiles (jamais de longs plans fixes...), il sait comment captiver : familles qui se rentrent dedans (toutes les choses taboues sont carrément dites) et, sans trop tarder, cette fuite de l'égaré de service, hélas, que n'est-il né cheval !... Quelques informations sur des images animées de très bon goût aussi pour étayer le propos. Jusqu'à ce court morceau d'histoire qui provoque une rupture de rythme, un ton nettement plus grave. Ainsi, la difficulté de cohabitation est bien inscrite dans les gènes humains, avec mention spéciale de partages familiaux dans cette région tourmentée, aux populations écartelées par le régime en 1916... Mais retour à la verve entre les échauffourées (chants et danses, les acteurs ont dû s'aider de quelques boissons pour avoir autant de conviction à communiquer aux spectateurs !).Ce cinéaste reste fidèle à lui-même en plaçant d'un côté "le troupeau" et de l'autre, l'être à part, trait d'union pourtant... Ce film qui exprime l'indicible fait l'effet d'une drogue sans les inconvénients ! Il mériterait dans un proche avenir une diffusion grand public !
  • SAMARIA (2003)
    Note : 17/20
    Mieux aimé au plan philosophique que "Printemps, Automne, Hiver, Printemps". Pourtant, autant de cruauté, mais envoyée de manière plus universelle (sans cette impression d'ancestral ou même de féodal asiatique qui ajoute de la pénibilité). Il s'agit d'un microcosme coréen contemporain. Deux enfants-femmes tellement elles font jeunettes, la prostitution décidée par des lycéennes (aucun souteneur ici) à partir de rencontres organisées sur le Net pour s'offrir un voyage. Un adulte, le père de l'une d'elles, veuf (important aussi). J'ai trouvé capital qu'il soit flic (le réalisateur déclare dans le bonus que c'est accessoire pour lui), car ses attitudes jettent un trouble bien spécifique : on baigne dans l'esthétisme, toujours dans la demi-mesure... En fait, jamais sûrs de quoi que ce soit, les spectateurs étant promenés entre tous les tiraillements moraux possibles, chaque bilan de situation toujours interprétable. Devrait peser aux trop rationalistes qui jugeront que cet excès-là ne peut exister grâce à la police justement. Pour tempérer le brin de machiavélisme que le réalisateur laisse planer, le bonus du dvd gagne à être visionné, Kim Ki-duk est un pragmatique, observateur de son époque, ferme hors de tout sadisme, beaucoup plus humain que la face sombre de ses oeuvres... On le voit assis face à l'une de ses petites actrices en larmes, trop pétrie du personnage qu'elle joue, il lui explique que la destinée les a amenés à tourner ensemble, que c'est un rôle inspiré de la réalité, que si elle est triste, alors il est triste aussi... Voilà qui met du baume !
  • LES REVES DANSANTS SUR LES PAS DE PINA BAUSCH (2010)
    Note : 19/20
    Merci au Cinéma Concorde de Nantes de m'avoir fait découvrir le 26 août 2010 cette pépite... Pina Bausch, voix presque mâle, beau visage altier, toge blanche en scène, souvent en noir à la ville... Foudroyée en 5 jours à l'hôpital à l'annonce d'un cancer généralisé : quand on le sait, ce documentaire (déjà intense par lui-même) vous l'attache pour le cadeau qu'elle laisse au monde. Quelle somme de travail ! Quelle passion dévorante aussi ! Pina semblerait avoir retenu de son passage ici-bas, l'alternance d'attraction-répulsion avec son semblable, vite apprise dans le bistro parental où elle vivait petite, dans l'observation des autres, que l'alcool rend toujours plus expressifs... Mais même sans raffoler de la "Tanz-Theater" sa spécialité, ces grands levers de bras, le visage de Pieta qui fait souhaiter que le mime Marceau débarque avec un gag, on peut apprécier la compagnie de ces êtres encore neufs dans une révélation à eux-mêmes. La bande-annonce reflète parfaitement l'esprit ludique, les trois chorégraphes à l'unisson... Aucune longueur. On fredonne, on sourit face à ces garçons et filles si nature, illustration des premiers émois (voire réellement ressentis ?). Heureux d'être là sans préparation particulière, dans l'émulation (le fait d'ignorer qui sera choisi pour figurer au premier plan les motive)... De brèves confidences, des images plaquées sur des rengaines sentimentales des années trente, quelques envolées... Une fraîcheur permanente, tous s'avérant dignes du flambeau qui leur est transmis... Quant à Pina Bausch, elle surveille attentive, amusée, souvent radieuse... Sans doute la meilleure image d'elle pour le grand public.
  • UNE SÉPARATION (2011)
    Note : 17/20
    Contrairement à l'intensité du précédent "A propos d'Elly", pas de choc qui saisit mais des conflits "par le petit bout de la lorgnette" si jamais on oublie qu'il s'agit d'une vision de l'Iran contemporain. Asghar Farhadi met en scène deux femmes au visage de madone dans leur débrouille personnelle (voile étendu à la fillette !), sauf que les maris ne restent pas les machos de départ. Chacun biaise à sa manière, le regard de la jeunesse en dit long... La censure est toujours habilement contournée, modernité de surface, l'uniforme avec le sac à dos... Un alzheimer crée certes la zizanie, un médiateur affable joue son rôle, mais pour peu qu'on jure sur le Coran, patatras (et pourtant nous avons nous aussi occidentaux nos blocages collectifs idiots à bien des égards). Filmé de manière alerte et des plus habiles malgré une impression de piétinement, il y a des gros plans sur les moments cruciaux et des moments de castagne ne débordant jamais sur la foire d'empoigne gratuite. Manquerait juste un flash-back sur l'escalier... Garder les lunettes de l'ado Termeh (Sarina Farhadi) comme boussole en pensant aux 60 % de jeunes iraniens peut également avoir son intérêt.
  • LE RUBAN BLANC (2009)
    Note : 18/20
    Une neige éclatante saupoudrée sur le pays, le même blanc que le ruban satiné dont on affuble les enfants pour les préserver du malin, mains liées au lit (interdit de se gratter !), tissu enlevé, remis selon les règles édictées par le pater noster... Film noirissime, mais facile d'y entrer grâce au noir et blanc qui étincelle, ainsi qu'à la voix-off du sympathique instituteur. Glaçant comme "Fanny et Alexandre" de Bergman, nettement plus vivant dans son déroulement. Ces villageois traversent des moments de grâce, on chante et on danse, et pourtant la faim et l'humiliation tenaillent. Aucune scène insupportable cependant, la dureté intervient par saccades dans les occupations quotidiennes. Le pompon revient au notable censé être numéro un dans toute société par sa mission hautement morale, à lui seul il cumulerait presque toutes les tares humaines malgré une chute de cheval qui sonne comme un avertissement... Mais il y a du baume aussi dans ce film : le blondinet demandant s'il mourra un jour, ou qui offre à son père un oiseau de rechange dans une cage. Ce même petit surprend une fausse séance de perçage d'oreilles... "Faites ce que je dis, pas ce que je fais"... Rien de mieux pour révolter à l'âge adulte, voire commettre à son tour quelques actions revanchardes. Extrapoler sur le nazisme à partir de ces rigidités éducatives est une piste mais ce serait réduire le film qui mérite une portée infiniment plus vaste !
  • UNE FAMILLE CHINOISE (2007)
    Note : 18/20
    Wang Xiaoshuai entend par "famille" un microcosme recomposé face à la leucémie d'une fillette. Quatre adultes soudain interpellés par la maladie gravissime. Titre chinois laconique "Droite, gauche", titre anglais "In love we trust", sans doute le plus approprié... "Une famille chinoise" en français, dommage que ce titre rétrécisse la portée de l'oeuvre (Chine ressentie par les occidentaux de 2008 comme impitoyable, archi-polluée, avec ce contrôle des naissances à partir des années quatre-vingt : aux dernières nouvelles, la diminution des filles compromettant l'avenir du pays, le rejeton unique par foyer resterait certes "encouragé" en milieu urbain, mais il serait permis d'avoir deux enfants si on vit à la campagne, et deux en ville également si le premier est une fille ou que le père et la mère sont enfants uniques). L'histoire s'annonce assez casse-cou d'emblée, Ô que la situation est délicate... Ce serait compter sans le talent de ce réalisateur, aidé par des dialogues tirés au cordeau et un art consommé du fil narratif, faussement nonchalant... Figure aussi un mélange d'ancien et de nouveau côté décor qui fait réfléchir (barres citadines d'un Pékin en perpétuel chantier, plaques de verre sur dentelles des tables, et puis ces draps rouges !). L'impression d'une caméra parlante par moments : appuyée sur un visage avec une rare intensité, ou bien annonçant l'essentiel en une seconde, jamais de plans fixes où on baîlle : quant aux personnages, ils en voient de toutes les couleurs, toujours en gardant une noblesse globale impressionnante !
  • POUR ELLE (2008)
    Note : 16/20
    Travail très soigné. Remarquable pour un premier film ! On sait grâce à une mise en scène raffinée, à rebondissements, que le noeud coulant est mis sur la belle prisonnière. Le petit bonhomme a les yeux maternels... Quant à l'ours de mari qui donne une sorte de confiance, cette dernière doit tout à la personnalité de Vincent Lindon, ici il atteint au mutisme pataud de Bacri... Donc, après quelques secondes où on serait tenté de croire à un ensemble cousu de fil blanc, surprise, rien n'est joué... Seconds rôles (les parents de Julien) très crédibles, et tacitement respectueux de ses secrets. Dialogues intelligents, ça grince juste ce qu'il faut. Musique qui colle bien aux étapes... A un moment, ça pulse, la précipitation est très bien rendue sans qu'on soit soûlé !!! Ne pas craindre non plus les scènes de violences, rendues largement supportables (encore plus en regard de l'actualité réelle) grace à une manière de filmer qui ménage le coeur. Car le fond est très sentimental sous la rudesse. En même temps un excellent thriller. Toute la famille peut aimer, disons à partir de douze ans.
  • JUNO (2007)
    Note : 14/20
    La jeune actrice est craquante naturellement, commode pour faire passer un message sur lequel je reste partagée. Sous des allures faussement détachées, on est à deux doigts du plaidoyer contre l'avortement, le mauvais goût est évité de justesse. Somme toute, un sujet à moitié traité, mais un discours 100 % bien pensant ! Je mets 14/20 parce que c'est bien démontré, que ça cadre avec une réalité d'aujourd'hui en territoire privilégié : pourquoi refuserait-on une grossesse au profit de l'IVG tandis que tant de couples échouent à concevoir un petit ?... A seize ans, encore toute neuve et sous abri grâce à son père et sa seconde femme qui assurent, Juno peut, à défaut de la pilule du lendemain (même pas mentionnée !) opter pour un acte héroïque, tant qu'à faire dans la bonne humeur, et qui vivra verra... Attention aux réparties de la demoiselle, ce n'est pas elle qui parle ainsi mais les scénariste et dialoguiste qui glissent leurs propres convictions dans sa trop jeune bouche d'ado encore biberonnante... Avoir à cet âge-là un bébé qui bouge à l'intérieur de soi et en faire don à un couple d'inconnus, pour rien, me semble peu probable, même si on peut dire à l'enfant "tu comprends, ta mère était si jeune"... Car la mère adoptive est ici quelconque, limite crispante (un peu ogresse avec son mal de maternité) et son musicien de compagnon tellement plus sympa, de plus en plus gêné dans son sauve-qui-peut, il pourrait très bien se mettre avec la petite... Reste que l'ambiance est plaisante, techniquement bien fichue, la jeune actrice cartonne à coup sûr dans sa détermination, son côté petite sainte des temps modernes oblige force l'adhésion... Pour oublier les zones d'ombre, j'aurais aimé un "plus", par exemple un générateur d'émotion dans le couple des adoptants, ou une ado au vécu différent. Mieux, une femme ayant déjà eu l'expérience de la maternité. Car pour moi, l'impression de se faire faire un enfant par une enfant prévaut : trop facile, et la porte ouverte à toutes les récupérations possibles, comme des agences pour aider cette new generation de mères méritantes... Or, on est déjà trop nombreux pour l'environnement dégradé de cette planète, tous les paramètres l'indiquent... Donc, plutôt que d'encourager à procréer, mieux vaudrait faciliter l'adoption dans le pays où on se trouve, toujours honteusement récupérée financièrement et qui force les couples en mal d'enfant à crapahuter loin de chez eux, parfois pour des clous (voir "Holy Lola" de Bertrand Tavernier) !
  • I FEEL GOOD ! (2007)
    Note : 18/20
    Les coeurs les plus durs devraient se laisser emporter par ce groupe inédit de "jeunes vieillards" transfigurés par la musique. Il faut voir cette ancêtre barbichue entonner "Should I go or should I stay" du haut de ses 93 ans ! Cela donne des idées pour ses propres dernières années, en soufflant une possible reconversion pour les musiciens talentueux à qui prendrait l'envie de "coacher" des anciens voulant s'investir ailleurs que dans des clubs sportifs où ils s'esquintent mécaniquement (remarquable entraîneur de 53 ans ainsi que les musiciens d'accompagnement, tous de très haut niveau). La qualité va crescendo, il faut parfois souffrir aux répétitions en plus des pépins de santé intercalés comme une fatalité, et toujours le "show must go on"... Si les interprètes se fourvoient de temps à autre, quelques-uns ont le feeling naturellement, c'est toute leur âme de vieux bourlingueurs qui se lâche, ça se lit sur la tête du public en pleine jubilation lors du concert final ! Tonique, bourré d'humour, émouvant (la scène avec les prisonniers et leurs matons). Ce n'est jamais compassé pour autant. Ce film s'adresse à nous tous, d'urgence et sans restriction ! Vivement le dvd !
  • YOUNG ADAM (2002)
    Note : 17/20
    Toujours agréable en 2009, grâce au dvd, de se laisser dériver sur, dans et aux abords de cette péniche appartenant à une dame à l'expression rude dans son genre, elle devient pourtant l'attraction irrésistible (sur fond de noyade d'une autre femme "en pettycoat")... Se superpose le flash-back d'une liaison qui s'avéra houleuse... Ewan Mc Gregor incarne ce "Jeune Adam", le specimen des "oiseaux de passage" dans les trajectoires féminines, il ne s'embarrasse jamais, aujourd'hui ici et demain le sac sur l'épaule, bye-bye. Mais coupable ou pas coupable pour ce fait divers ? Voilà une scabreuse histoire écrite par un écossais des plus tourmentés disparu aujourd'hui (Alexander Trocchi)... Les dernières scènes atteignent une intensité dramatique qui fait s'agiter sur son siège... En parallèle, on vit une belle balade dans la campagne britannique, avec cette succession de plans toujours impeccablement amenés, dans un déluge d'ombre et de lumière parfaitement accordé au sexe, une fois admise que l'inconfort physique fait partie des fantasmes des personnages). Côté bande-son, elle distille juste ce qu'il faut pour qu'on s'attache à l'escalade qui fait froid dans le dos quand on y repense. Un thriller de grande valeur datant de 2002, fort méconnu : on peut le trouver lent à l'allumage, court côté action.. Ah, cet emballement collectif à se restreindre à une attitude afin de punir dare-dare le premier tombant sous la main ! Dans les années cinquante, la peine de mort sévissait encore largement en Europe ! .
  • COPACABANA (2010)
    Note : 18/20
    Avouer à sa mère qu'elle nous fout la honte, on le pense parfois... De là à le dire en face... Les mères faussement fofolles, juste un peu créatives, trop libres face à des jeunes raisonnables, seront stimulées... Ce film, sur fond musical brésilien prometteur, avec de la couleur là où on crève de froid, est fait pour celles qui sortent d'un blocage comparable ou qui sont pieds joints dedans (Isabelle Huppert jouant ici avec sa vraie fille dans la vie). L'allumage tarde un peu... On déplace et replace un canapé chez la copine... Et puis ce prétendant va-t-il vraiment convaincre avec sa noce guindée ?... Ostende, son port, son Casino... Bigre, le marché immobilier prend une belle claque au passage ! On rit ! C'est d'une omniprésente vitalité, avec des vagues d'émotion qui n'empêche pas le mouvement ! Une comédie estivale piquante, profonde, inclassable. Le spectateur devient funambule, où va cette bourlingueuse Babou dont on ignore de quoi elle vivait avant ?... Marc Fitoussi, en braquant l'attention sur son double-portrait, instille l'essentiel des dérives actuelles (travail, marginalité) sans oublier "le grand jeu" !
  • QUATRE MINUTES (2006)
    Note : 17/20
    Les mélomanes, les musiciens studieux, respectueux des traditions, mais aptes à déjanter à leurs heures, devraient apprécier ces deux harpies que sont Monica Bleitbreu (la vieille prof) et Hannah Hertzsprung (la jeune enragée). Milieu carcéral tel quel, avec les cruautés, tant du côté des détenues que des matons, on croit survoler un camp de concentration. La livraison du piano semble miraculeuse, avec sa part de transgression. Dans la mesure où on accepte quelques libertés envers Schumann, Schubert, Beethoven, l'histoire se tient, bien menée sur le plan technique, avec des images qui parlent autant que les dialogues, des à-coups suivis d'accalmies (un peu comme Sophie Scholl, ça pulse !). Il est nécessaire que ça cogne, saigne, les plaies sont ensuite pansées afin que ces dames fassent connaissance par biais. Des moments peut-être un peu délayés pour expliquer le passé, flash back d'un côté, papa de l'autre, déséquilibré. C'est rattrapé par un humour très subtil, en particulier concernant la vieille prof, moins racornie qu'il n'y paraît. Quant à la jeune élève, elle en a bavé, quel crime a-t-elle commis au juste ? Dès que la musique atteint ses oreilles, de boxeuse suicidaire, elle devient immensément radieuse, assénant un vrai coup de poing au clavier... Espérons que les prisons s'ouvrent à des pratiques aussi défoulantes envers les détenus possédant le feu sacré !
  • PATER (2011)
    Note : 19/20
    Rassurants planchers qui craquent autour des dégustations de truffes, adorable félin ignorant du Cac40, cravates douces comme la peau d'Inès... Avec un faux cérémonial de gentlemen loin d'être dans la dèche, des hommes rien que des hommes sabrent nos enjeux électoraux actuels sur le mode candide : on dirait qu'on aurait un président et son premier ministre soucieux de limiter les hauts salaires... La base du discours qui s'autorise ensuite à balayer large. Un peu de patience s'impose quant à la forme du film, des petites scènes indépendantes très soignées réclamant indulgence pour quelques digressions qu'on comprendra moins bien. Qu'importe, à force de découvrir sur écran les audaces qu'on gardait tapies au fond de soi tant notre prochain est devenu frileux, le tandem Cavalier Lindon (ce dernier avec tous ses tics intacts !) inciterait les foules à s'enhardir. Non que les deux compères gomment les travers que tout haut pouvoir ramène à la surface ni le vieillissement ravageur tant redouté des politiques... Leur point fort est d'appuyer sur la fraternité humaine de tous temps à l'origine des réveils de masses. Ouste le "no alternative" actuel bouchant l'horizon et effaçant l'histoire. Et pas plus "vous me réciterez trois pater et deux ave"... De l'audace pour les prochaines présidentielles !
  • TOUS MES PÈRES (2010)
    Note : 16/20
    Découvert lors du cycle allemand Univerciné de Nantes novembre 2010. Dans les petites bourgades de l'ex-RDA allemande, les années 80 signifiaient encore pressions familiales, peur panique du qu'en dira-t-on, un peu comme en France dans les années 50/60 (silence sur la contraception ou l'avortement dans ce documentaire). On arrangeait en catimini la grossesse extra-conjugale, les grands-parents au secours de la jeune femme féconde, tout sauf l'opprobre... Bien avoir cela en tête pour découvrir Jan Raiber, 30 ans (et père d'un tout jeune enfant à son tour), faute de quoi sa résilience ferait banale recette de télé-réalité tant elle en rappelle les façons. Histoire d'illustrer son récit, l'acteur-réalisateur toujours bien attaché, monte et descend un pic surplombant son village. Les freins de l'entourage sont entendus mais vite changés en "cause toujours"... Outre que ce secret familial peut servir à rompre des silences lancinants dans les foyers, c'est le dialogue mère-fils qui est ici remarquable : foin du "je suis ta mère, j'ai fait comme j'ai pu et n'ai pas de comptes à te rendre" ! Le rejeton preneur de son et son copain à la caméra renversent la table, emportant l'adhésion du jeune qui sommeille en soi. La conscience du parent gamberge pour cause d'esquive de test ADN. Tandis que la pension alimentaire continue de planer, débarque "la surprise" annoncée par téléphone et aussitôt mise en pratique. On passe à deux doigts d'une crise cardiaque.
  • YUKI ET NINA (2009)
    Note : 16/20
    Les enfants de divorcés ou séparés quand ils étaient petits garderaient tous au coeur une plaie difficile à refermer mais, Ô consolation, ce choc leur ferait cadeau d'une maturité affective au-dessus de la moyenne toute leur vie. En découvrant "Yuki et Nina" se dire qu'on va, comme le petit poucet, se perdre au fin fond de la forêt et sans le moindre caillou blanc. Voilà qui change de ce qu'on a l'habitude de voir en matière de séparations parentales. Métissage entre un français et une japonaise, amour puis désamour malgré cette petite Yuki refusant d'aller au Japon (Webcam et ticket d'avion indiquent le milieu, favorisé, ouf !)... Dommage que les deux fillettes soient difficiles à suivre dans leur verbiage. Toutes deux filles de ménages fracassés, avec père en retrait. Le père de Yuki estime carrément "avoir eu une vie avant" (à la différence des mères ?...). Le spectateur se tient à hauteur de Yuki et Nina, école, jeux, inconséquence ou cruauté de leurs 9 ans (la logique implacable, l'envie de rire face au parent désarçonné). La propre enfance du spectateur est capitale pour s'identifier ou non. Le plus intéressant est bien de sentir les personnalités masculines des deux réalisateurs, sobres en épanchements physiques, désireux d'agir vite malgré la douleur... Double regard viril (et non l'éternelle empoignade pour "avoir" l'enfant). Témoins suprêmes du déroulement ici, de grands arbres sous le vent, on déambule entre conte et fantastique, rien n'indique la peur à avoir, la nature conduirait plutôt l'enfant à "recoller les morceaux". J'avais raffolé du percutant "M/other" de Nobuhiro Suwa (chatouilleux quant aux rôles parentaux ou extra-parentaux japonais). Accompagné d'Hippolyte Girardot, acteur tout juste passé derrière la caméra, il resterait qu'ils trouvent de quoi embarquer les réfractaires aux méandres métaphysiques. Le grand public risque de s'ennuyer malgré d'excellents moments et ce point de vue global qui transparaît avec élégance. Pour une fois qu'on entend "la voix des papas"! .
  • TWO LOVERS (2008)
    Note : 17/20
    Envoûtant par la manière dont c'est traité ! Sans doute, les plans en surplomb du début du film, les ralentis et la musique (un rien "In the Mood for love" !) sont pour beaucoup dans l'embarquement immédiat. Le héros serait atteint de la maladie de "Tay-Sachs", comme son ex volatilisée, très important pour comprendre qu'il a des exigences, avec désir intact de s'affirmer, par exemple "protéger" (la blondeur d'une silhouette juvénile en perdition reste tentante) : sans cette fêlure génétique, on pataugeait dans l'adolescence attardée, comble d'ennui... Ce Léonard - un gros ours qui sait aussi se mettre beau, attachant en diable - vit et travaille au pressing de ses parents... Cru voir Ingrid Bergman ressuscitée tant Isabella Rossellini devient copie conforme. Les amateurs des films d'action du réalisateur seront surpris par cette romance desservie par une affiche faussement légère. C'est une histoire assez noire, romantisme et cruauté ne cessant de se donner le change. La façon d'amener les péripéties est en tous points séduisante, que ce soit par l'exploration des petits gestes qui trahissent, ou sous des angles détournés, à la manière asiatique (draps en mouvement sur le miroir). Les femmes échaudées peuvent aimer, les hommes à l'aise avec leurs pulsions aussi.
  • UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE (2008)
    Note : 14/20
    Comme "Les gens de la rizière" m'avait emballée, j'attendais une qualité globale : image, retranscription d'époque, moiteur... Effectivement, un beau décor pour un retour sur les années Trente dans la campagne saïgonnaise. C'est admirable, lisse, un trio de Français plutôt las entouré d'autochtones menacés par les nouveaux riches venus de Chine (résonnance possible en 2008, où l'expropriation sans discussion possible sévit plus que jamais). Flotte une rudesse de contact, chacun défendant son bastion (intéressant sur le plan historique)... Cette veuve de fonctionnaire (Isabelle Huppert) quasi-amoureuse de son fiston musclé et affichant presque le mépris de sa fille en pleine éclosion, captive par sa détermination à vouloir garder son bien. Mais voilà, en dehors des brimades de l'envahisseur et quelques pans éblouissants de résistance, ainsi qu'un bref retour en 2007 dans ce coin, c'est "sage comme une image" : respect pour la léthargie du livre de Duras ? Un bon scandale eût pourtant fait décoller l'ensemble !
  • KEANE (2004)
    Note : 19/20
    Visionné le dvd (v.o.) en octobre 2007. Pour ma part, je n'ai pu y voir un psychotique, un homme qui se serait inventé une fillette disparue. C'est un type fou de douleur, il en a tous les stigmates. Pour avoir moi-même failli perdre ainsi un être cher, il me semble que si la situation se prolonge, arriver à déjanter ainsi fait partie du processus de révolte contre le sort. Pendant longtemps, j'hésitai à voir ce film, de peur d'avoir mal, justement. Mais au contraire, si on reste rivé à ce père déboussolé d'un bout à l'autre, la petite Kira, par l'adultisme dont elle fait preuve, et sans perdre de son charme enfantin, vient mettre un sérieux baume sur tout ça... Une caméra penchée à hauteur d'homme sur la fillette, bouleversante scène où le drame va jusqu'à se rejouer afin que le deuil se fasse. Des émotions amplifiées par le talent exceptionnel du tandem, la mère comme avant tout "une intendante". Et dire que ces disparitions d'une seconde à l'autre existent, le plus terrifiant réside bien dans ce constat que nous pouvons tous faire, bien davantage que dans les excès de cet homme meurtri ! A voir en urgence, pour la compensation que cette histoire offre face à un drame, que trop fréquent.
  • LE PÈRE DE MES ENFANTS (2009)
    Note : 16/20
    . La bande-son de départ donne l'envie de swinguer dans Paris ensoleillé et de "filer" cet homme, notre homme... Un genre de BHL producteur de films, souple, élégant, toujours pendu à son double portable, j'ai ça à faire et encore ça... Patron affable, roublard seulement faute d'autre alternative, mais bon père, bon mari, bon copain, adepte de la qualité de vie, les week-ends en famille au vert, on échange en jouant, en nageant, on s'écoute (malgré l'ado qui s'émancipe). Hyperactivité en semaine, comme quantité de businessmen croisés, exposés, ils ont opté pour des attitudes mécaniques : sauf que celui-ci ne vocifère pas, à bout de nerfs il encaisse toujours, une sieste et soudain la réalité professionnelle, matérielle, prend le dessus... J'ai trouvé l'ensemble brillantissime, inclus les moments précédant le choc et son impact dans l'entourage : et après plouf, l'impression d'avoir changé de film, terne, poussif... La promenade féminine sur la rive dans un sens, puis l'autre s'avérait prometteuse du dernier volet, c'est elle que je vais retenir, ainsi que la prouesse d'acteurs inconnus au charme infini. .
  • OXHIDE II (2009)
    Note : 16/20
    Vu au 32ème Festival des 3 Continents nantais (2010). Il faut avoir dormi tout son soûl pour "attaquer" ce long-métrage statique. Pas indispensable d'avoir vu le premier intitulé "Oxhide" pour comprendre. La scène se passe sur et sous une lourde table en bois autour de laquelle tous traînent les pieds : comme nous à entrer dans leur intimité (le résumé mentionne les chats qui auraient pu adoucir l'ensemble, l'un mordille mais ils restent hors champ). Travail du cuir par le menu puis préparation de raviolis viande et ciboulette, tout cela en temps réel avec des moments lancinants, d'autres plus subtils, entre raillerie à l'encontre des vieillards idiots de méticulosité et abêtissement généralisé du monde d'aujourd'hui (la règle graduée pour couper tous les quatre millimètres...). La réalisatrice (29 ans) s'est réservé le rôle d'empotée de service, dieu qu'elle s'amuse... Dommage que la caméra fixée au ras de la table fasse album réservé à la famille. Néanmoins, une fois rodé, même en s'endormant quelques secondes par ci par là, possible de trouver son compte chez ces héritiers de Confucius pas si froids que pressentis... Ils incarnent les métiers menacés de disparition, ouvrent l'étude des manies humaines, en particulier la friction inter-générationnelle, ici autour de la cuisine, cette familière exclamation de la jeune fille : "du gras, au secours !"
  • LE DERNIER VOYAGE DU JUGE FENG (2006)
    Note : 17/20
    Profitez-en avant que ce petit bijou (en v.o. sinon aucune allure) soit retiré de l'affiche ! Il est lourd d'enseignement quant au respect des lois, arrangées selon les circonstances, mais en tous cas, on juge ici, avec les moyens du bord, le souci d'avoir la paix, un peu comme des parents le feraient d'enfants chahuteurs. C'est en plein vent comme dans le film malien "Bamako", avec des péripéties un rien déconcertantes, toujours entre archaïsme local et ce qu'on devine de récente importation occidentale (jeans sous la robe de mariée, par exemple, découverte de l'existence des voitures à la télé). Le démarrage est un peu déboussolant, mais le conflit entre le vieux juge et le jeune étudiant meuble largement, avec cette greffière toujours très digne et qu'on jurerait l'épouse et la mère... Dialogue croustillant, somptueuses images de la région, angoisse permanente des chemins sans balises, porcelet renifleur et cheval fugueur, ça se passe là-bas très loin au bout du monde, là où on ne sait rien des violences de la civilisation pour cause de difficultés d'accès : une parenthèse insolite, que vous auriez tort de louper.
  • SANTIAGO 73 POST MORTEM (2010)
    Note : 14/20
    Découvert au Festival des Trois Continents nantais 2010. L'image est beige rosée, parfois belle, parfois fade... Le degré de tension monte avec ce plan séquence de la douche tandis que ça castagne, que ça gémit de l'autre côté de la rue : Santiago du Chili lors du Coup d'Etat de 1973 contre Allende avant la dictature de Pinochet. C'est une simulation des violences arbitraires car le cinéaste n'a pas lui-même vécu ces horreurs. Il faut lire entre les lignes (manqueraient quelques explications sur l'écran, trois fois rien et ça ferait tout de suite moins nébuleux). On saisit bien les "descentes" chez certains habitants, le personnel de l'hôpital se voit sommé d'obtempérer, le fonctionnaire des pompes funèbres entasse pêle-mêle des morts qui tombent de son chariot tout en remettant sur pattes un caniche blanc rescapé d'en face... Une scène de révolte féminine tout à fait remarquable réveille de la gestion mécanique hospitalière... Dommage qu'ils soient si glauques les personnages du cinéaste Pablo Larrain. La voisine qui cherche à sauver sa peau, les couteaux à dissection d'autopsies.. A quel moment le cerveau finit-il par déjanter ? Des portes, en voici une entrebaîllée : la voisine qui trouvait faux le chat n'osant pas regarder celui qui lui donne à manger est là avec le petit chien (qui va où on le met) et un quidam plutôt jeune... A la manière du Mexicain Enrique Rivero dans "Parque Via"(également distingué à Nantes en 2008) on assiste alors à un de ces coups de sang !
  • EN EAUX TROUBLES (2008)
    Note : 16/20
    Somptueuse avalanche sonore et visuelle autour d'une disparition : "l'expiation", terme employé par l'avenante pasteure, l'inverse d'une grenouille de bénitier avec ses affolantes tenues d'été. On va jouer "Bridge over troubled water" dans cette église offrant de rebondir à un organiste engagé à force de talent et de charme... Manqueraient juste quelques retours en images sur Jan-Thomas enfant ou quelque chose précisant cette pulsion d'enlèvement (à deux) d'un innocent dormant dans sa poussette : le jeune homme confie qu'il a été déboussolé par la mort de sa propre mère à l'adolescence, mais silence complet sur le complice de ce jour maudit, évaporé du film... On s'acclimate bien volontiers à la vraie blondeur et aux vrais yeux couleur d'eau nordiques en revanche. Grande qualité picturale, des mouvements amples de la rivière aux intérieurs, tous les jaunes orange au bistre et comme voilés, jusqu'à cette blancheur extrême, ces pieds sur les draps au petit matin... Aucune ambiance réfrigérante prolongée (les films nordiques "Festen", "Mifune Dogme III", le bijou de cruauté "Open Hearts" distillent aussi cette chaleur picturale par rapport aux drames traités). La souffrance se communique sans entrave aucune par l'orgue de cette église du bonheur, qu'on rêverait tous de fréquenter. Passé et présent s'enchevêtrent en constants allers-retours un peu longuets, les craintes de la mère du disparu, le suspect qui dépasse sa terreur d'enfant abandonné sont dans la balance... Traumatismes bien décortiqués. Invitation à cogiter sur la durée des peines par rapport à la responsabilité sur toute la ligne. Rappel que nous sommes tous faillibles. .
  • LE BEL ÂGE (2009)
    Note : 17/20
    Avec sa petite frimousse aux yeux asymétriques, elle renvoie chacun à la complexité ado, le voeu d'être un petit animal sauvage qui prend et laisse au gré de ses intérêts. Trop lourd de vivre sous le toit de son grand-père suite au décès de maman, quand on sait qu'ils ne se parlaient plus, autoritaire le vieux... Et puis, horreur que cette blonde créature (Johanna ter Steege) lui prodigue des soins équivoques ! Ah, qu'il s'avise de monter l'escalier, vite je fonce sous le lit... Grand retour cinématographique de Michel Piccoli, ici superbe entre son devoir d'éduquer et de chérir, face à cette sauvageonne (Pauline Etienne), elle mise sur la natation afin d'avoir un but personnel (Eric Caravaca en maître-nageur, on dirait qu'il a fait ça toute sa vie)... Premiers émois d'une toute jeune gazelle et dernières palpitations d'un vieillard parfois guilleret (le numéro de danse chanté aurait gagné à être prolongé !) : l'évitement est tentant afin que les joutes s'espacent, elles seront fort bien rendues par des images duelles, une partie éclairée, l'autre dans l'ombre. La natation permettra au petit coeur de battre à nouveau suite à un décisif malaise... Le télescopage se ferait désirer (au goût d'un septuagénaire dans la salle !)... Enfin, à la faveur d'une égratignure nocturne, on parle d'une certaine balle depuis la dernière guerre dans un poumon... Très agréable surprise de cette fin d'année 2009 ! .
  • LE DERNIER VOYAGE DE TANYA (2010)
    Note : 17/20
    Après ce flash pour situer les personnages, faisons confiance aux deux passereaux transportés dans leur cage en voiture, suivons ces deux taciturnes devant et, allongée à l'arrière, le cadavre d'une bienheureuse qui semble dormir : la route est longue... S'assoupir légèrement (pas trop) n'aura que très peu d' incidence. Surtout ne pas quitter la salle ! Car une seconde tranche de vie commence à partir du feu. Il crépite au bord de l'eau, des bruants sautillent sur les branches dénudées. Jouez violons, et vlan, l'alliance à la flotte ! Etrange "tristesse mêlée de gaité", les traditions finnoises ont une curieuse logique... Tant pis pour eux, quelques spectateurs lassés sont partis et voilà que ça déménage : glissant avec la grâce du cygne de la droite, ce garçon en bateau. Un écran banc laissant croire à une panne... Mais non, si l'on en juge par ces deux mini-silhouettes tout en haut à droite... Comme souvent dans ce genre de quête initiatique slave, le dénouement tient sur la toute dernière phase... Le romancier et scénariste Denis Osokin brille une nouvelle fois aux côtés d'Alekseï Fedorchenko (44 ans), un audacieux qu'on aurait tort de prendre pour un freluquet même s'il fait dire à un veuf que les femmes sont des fleuves.
  • IL DIVO (2008)
    Note : 14/20
    Cette virée dans les coulisses politiques italiennes actuelles me laisse partagée à cause de son traitement à grandes louchées qu'on a à peine le temps d'ingurgiter. On se doute bien qu'à l'ère berlusconienne, la perversion du pouvoir est à son paroxysme, en Italie juste un peu plus qu'ailleurs de par l'officielle Mafia. Ici, le personnage d'Andreotti est presqu'une marionnette avec ses oreilles en anse d'amphore, d'un comique funèbre au bout de ses monologues (le pire étant que le vrai est vivant et en fonction !)... Certes beaucoup de mérite à dévoiler les complots dans les hautes sphères, des fulgurances ici, mais c'est vite fatigant sous cette forme, comme le sont ces perpétuels "déconneurs" qui vous obligent à leur sens de l'humour (sans vous demander le vôtre), et sinon vous n'avez pas d'humour. Dans le genre hautement réaliste de la rouerie humaine, moyennement raffolé de "Gomorra" à cause de l'outrance aussi : deux oeuvres indiscutablement courageuses !... Mais je reste plutôt adepte de "Romanzo Criminale", non pour un parti pris d'un bord ou de l'autre de l'échiquier politique, mais parce que c'est romancé afin que ça reste supportable, encore plus quand c'est aussi contemporain !
  • PIANOMANIA, A LA RECHERCHE DU SON PARFAIT (2009)
    Note : 15/20
    Découvert à Nantes dans le cadre du Cycle allemand Univerciné de novembre 2010. Voilà un film qui repose des longs métrages en série, l'attention peut se relâcher mais on ne dort pas : balade sans à-coups sur et dans les instruments, notamment des "Steinway" somptueux comme des parquets cirés. On s'immisce dans les touches feutrées, au coeur des marteaux. Une invitation à comparer les sonorités après intervention du mage et tant pis si notre oreille saisit mal l'infime différence d'un son à l'autre... La démonstration possède quelques fulgurances dans un ensemble fluide comme les interludes télévisés d'antan, en tous cas pour qui n'est ni accordeur de pianos ni pianiste. Je répugne à en dire du mal pour autant, à part regretter que les pièces musicales soient toujours de l'ultra-court, jamais une suite de mini-concerts. Que du classique bien sage, une seule scène ébouriffante, mais quoi, quelques secondes, alors que le jazz, entrevu le temps d'une respiration, aurait ouvert d'infinies perspectives. Point le but ici... Ni de songer écologie (tous ces arbres abattus !), encore moins ivoire de pachydermes... Convenons que c'est beau comme milieu, convivial. Gloire aux musiciens et aux fabricants de ces merveilles que sont les pianos. Sans oublier le travail des réalisateurs pour "rendre" le son dans les salles de cinéma. La personnalité de l'accordeur fait tout le prix du film. Bon pianiste, cela s'entend. Equivalent d'un horloger dans l'art d'amortir, vissons, redévissons... Sollicité à outrance mais sans jamais se départir de son sourire de spécialiste, il fait plaisir à voir.
  • FROZEN RIVER (2008)
    Note : 16/20
    Il flotte une grande tendresse sous-jacente dans ce film grelottant, catalogué "thriller" plus par le fait de cette rivière gelée à franchir, que par les sueurs froides habituelles, et ce malgré la présence d'une arme à feu. Quel bled ingrat au solstice d'hiver, seul rayon de soleil dans ces contrées, les petits humains ! L'actrice principale porte tout le film avec son désir d'un Noël convenable malgré la fuite paternelle, consommer est ici crucial (possible quand même de se poser la question du choix de ce compagnon accro aux jeux d'argent, car tout oscille autour de la possession matérielle, ne vivent plus que pour consommer)... La jeune Indienne dans sa caravane porte sur les nerfs un bon bout de temps, on est loin des clichés angélistes sur les réserves d'antan... A déplorer, quelques longueurs toutefois... Le discours inviterait, de prime abord, à s'arranger des dégâts collatéraux d'une mondialisation du tout économique, du style "si ce n'est pas toi qui claque c'est moi"... Fort heureusement, c'est racheté par un sursaut de générosité universel, qui fait qu'on adhère ensuite à la démonstration ! Sera palpitant en dvd !
  • HUACHO (2009)
    Note : 16/20
    Petite perle projetée au Festival des 3 Continents 2009 dans le cadre de l'Aide nantaise "Produire au Sud" : une famille dans la campagne chilienne le temps d'une coupure d'électricité. Soudée entre rudesse et tendresse, c'est comme si on était invité à leur lever, leurs repas, leur coucher. Très jolie lumière sur les personnages, un petit charme parcourt l'ensemble qu'on jurerait un documentaire. Braves gens dépossédés qui ont encore de quoi subsister tant que des ponts demeurent avec l'extérieur les grignotant toujours plus... On suit avec intérêt chacun dans son emploi du temps. Le garçon à l'école et sa mère employée de maison, très complices, doivent se démener. On comprend le réveil laborieux du jeune lycéen, cette main sur l'épaule du citadin réticent fait mal, comme ce coup de barre dans les transports... Ecart grandissant entre très haute société et crève-la-faim ! Quelques passages longuets auraient pu subir des coupes, les jeux vidéo, les cheminements presque en temps réel... Toutefois, les fromages faits maison de la grand-mère et leur vente avec ses copines en bordure de route, après quelques secondes de frayeur, valent qu'on s'y attarde, tout comme la sieste du papy radoteur ! .
  • BARRIERE (2010)
    Note : 17/20
    Découvert au Cycle allemand Univerciné Nantes de novembre 2010. On est intrigué par ce bébé qui pleure comme s'il avait des dons de voyance. Brève présentation des neuf acteurs (dont trois seulement seront retenus) dans leurs répétitions :"Hamlet", une oeuvre grandiose... Déjà, l'hébergement jure par rapport à la qualité requise. Les neuf collègues doivent s'allier un metteur en scène caractériel quoique réceptif à leurs particularismes (attachant Matthias Habich) et contourner l'étrangeté du vraiment très jeune projectionniste... Sauve qui peut, l'une veut refaire sa valise... Réflexion faite, chacun jouera des coudes, en se ménageant des récréations diverses, parfois jusqu'au délire suraigu... Le spectateur est gâté côté photo, un noir et blanc pur, lumineux, chatoyant (Visages en plans rapprochés, esthétisme des corps dont la plastique parfaite de Klara Manzel !). Du sordide interfère, ce couple de Bidochons avec bébé (souvent en larmes lui aussi). Il faut attendre les derniers plans, Ophélie entre réalité et mythe, pour apprécier le scénario, bien boutiqué finalement. Sans être frontal comme Dennis Gansel dans "La Vague", Andreas Kleinert décrit avec beaucoup de subtilité comment un concours de circonstances peut privilégier l'instinct de conservation de l'individu par rapport à toute autre chose et sans état d'âme particulier.
  • LA DOMINATION MASCULINE (2009)
    Note : 16/20
    Les mâles dominent les sociétés, la loi des gros bras... On part du zizi jugé trop court par son propriétaire dont l'identité s'affirmerait davantage avec une rallonge... Eric Zemmour amalgame force et violence virile, d'ailleurs, les femmes disent qu'elles veulent un costaud, protecteur, bravache, qui gagne plus qu'elles, tout est mis en place pour "le revers" à cette situation... C'est une énième démonstration que les rôles dévolus à chacun des sexes seraient prémâchés dès le berceau, pas un mot sur la polyandrie des coins reculés, ni "des femmes qui portent la culotte" sans que leur homme en fasse une jaunisse, ni des couples globalement équilibrés en forces, fou ce que le courant majoritaire des sociétés ultralibérales va dans le sens du film... Le regard, très argumenté canadien, recentre son propos sur une fusillade à Montréal de 14 jeunes polytechniciennes : le silence, le peu de protestations qui s'ensuivirent, valent ici pour du machisme, des féministes étant allées beaucoup trop loin (meurtres prémédités, mais on apprend pourtant qu'il s'agissait d'un déséquilibré mental ayant retourné l'arme contre lui pour finir)... Nul doute que la masculinisation renforcée découle de la paupérisation. Soit l'un des dégâts collatéraux de la Mondialisation... Que les progrès sociétaux accomplis, parfois en dix ou vingt ans génèrent leur contraire, la technologie toujours plus ignorante des moeurs... Très américain du nord comme déferlante internationale... Série de femmes battues par leur compagnon (impasse totale sur les agressions féminines hors de ce cadre). Nous voici aux créatures de rêve caressant des bolides : elles ont mal aux pieds en talons aiguilles et, si ça se trouve, de la peine à boucler le mois : quant aux galopins en costard les prenant par la taille, charmante représentation esclavagiste, bof... Silence sur l'adultère véritable, devenue impardonnable si on lit la presse people états-unienne... L'aspiration de tous et qui conduirait à répéter les impasses séculaires, vraiment ? Ou plutôt le malheur d'accouplements irréfléchis, de solitaires mal assumés ? Les témoignages comptent, mais pointent les plus "timbrés", les plus excessifs, les plus caricaturés d'entre nous (pas loin de "Barbie" et "Ken" par moments).... Je trouve qu'ils appellent des angles supplémentaires dans d'autres milieux, d'autres civilisations, pour faire le tour de la question cruciale du film concernant les femmes : "s'il y a retour du machisme, qu'est-ce-qu'on nous a fait et qu'est-ce-qu'on s'est fait aussi ?" !  .
  • L'ETREINTE DU FLEUVE (2010)
    Note : 18/20
    A décroché la Montgolfière d'Or au 32ème Festival des Trois Continents Nantais (2010). Cela part d'un brouillard qui serait déménagé d'un conte nordique en Amérique Latine. Dans une brume bleutée, on devine des offrandes au monstre, un rite donnant l'occasion au cadreur de s'attarder sur la végétation à fleur d'eau. Seul petit défaut peut-être, la lenteur à en venir au fait... Sinon,c'est complètement envoûtant, l'espace de quelques secondes, on jurerait une aquarelle. Une atmosphère voisine de "L'Oncle Boonmee" mais à des fins différentes : "Magdalena", fleuve traversant la Colombie du Sud au Nord, autorise les populations à circuler et même pêcher entre les turbulences. Il se chuchote qu'un ferry se déleste de curieux poids, rien que d'en parler, les femmes sont prises de panique... Pas de police. On survit grâce à l'imagination collective. Depuis 2002. Et même des décennies en arrière au dire de personnalités lasses des affres de dictatures successives...Le réalisateur Nicolas Rincon Gille traduit le malaise en un documentaire éblouissant Il est à la fois journaliste, peintre, sociologue. Les spectateurs sont particulièrement ménagés dans son récit. Il s'agit d'horreur bien réelle, mais toujours amortie et sans pour autant sonner faux. Devrait rester en tête cette petite lumière clignotant sur l'eau noire.
  • FEMMES DU CAIRE (2009)
    Note : 14/20
    Déroutant "Prix du Public" au Festival des 3 Continents nantais 2009. Yousry Nasrallah possède l'élégance picturale (beaucoup de raffinement dans le genre Almodovar en oriental). Il sait susciter une atmosphère intrigante, enchaîner avec un déroulement heurté, un peu tordu, sans fluidité entre les plans. Beau, lent, des à-coups, un brin de "la pompe" de nos romans-photo d'antan ? Le réalisateur de "L'Aquarium" traverse d'étranges remous avant d'en venir aux faits... Plusieurs situations sociales enfin se dessinent : au centre, une émission télé modifiée pour ménager les susceptibilités masculines... Des démonstrations de qualité inégale, je pense aux longueurs de cet épisode "les trois soeurs" ... Les fans gloussent, d'office séduits, quelques récalcitrants quittent la salle, mon voisin de siège alterne réveil et ronflements... C'est une parodie, mais il faut quand même raffoler du linge sale "people", affectionner les révélations intimes du petit écran populiste (genre TF1 chez nous), ces modernes Scheherazade parlant au micro "pour rester en vie". Archaïsmes égyptiens transcendés en arrière-plan : le fond est magistral, jamais encore une présentatrice télé n'était allée aussi loin dans "la réalité" ! Relevé une erreur de traduction en sous-titre, des femmes "oppressées" au lieu d'opprimées (sous-titrage anglais "oppressed", légère différence). On a plaisir a suivre l'actrice principale, une vraie mécanique qui ne perd jamais le nord sous ses allures de mignonne au service du public. Plus femme de tête qu'il n'y paraît, elle réserve une surprise de taille à la fin, dommage qu'il ait fallu autant de salamalecs pour y arriver ! .
  • À LA DÉRIVE (2009)
    Note : 15/20
    Chuyên Bui Thak, cinéaste viet-namien ménage quelques temps forts qui rachètent le ronron apparent, d'une rare violence intime. Bien amorcé pour ensuite se diluer quelque peu. Ces braves gens sont-ils donc cadenassés dans leur terreur du sexe ! Ainsi, on suppose que ce mariage arrangé n'est pas du tout consommé, simple compagnonnage d'êtres très jeunes, ou tempéraments trop mal assortis, aucun étalage surtout, sacrilège, enfin on ne divorce pas pour si peu dans cette communauté-là... La jeune sensuelle, plus mère qu'épouse, sent soudain son sang chavirer pour de bon, elle se trouve en quelque sorte livrée par une amie (intello plus mûre qu'elle, pas forcément lesbienne refoulée, elle cherche surtout matière à écrire), à un beau partenaire, du genre troublant d'emblée mais pervers si l'on en juge par le sort d'une précédente conquête... Connaître quelques émois par personne interposée, dérive comparable à cette escapade en robe tranchée au couteau pendant que "gros bébé" (le mari) à la maison s'éclate lui aussi... Mouais, ils sont pitoyables avec leur double jeu tout en sauvant les apparences. Splendides images grâce à l'éclairage des intérieurs raffinés, du pastel sur soie, ce rose buvard des rideaux d'intérieur irradiant la pièce entière fait partie des moments de grâce de ce film déconcertant... Franchement, on a mal pour eux d'être aussi coincés dans leurs traditions. Opiacé et soporifique. Une dérive méticuleuse, distinguée dans son traitement, sauf que l'amertume colle à la peau si les moeurs en sont à ce stade encore maintenant au Viet-Nam !
  • L'ENFANT DU PAYS (2002)
    Note : 16/20
    Exactement les hauts et les bas des familles dans ce qu'elles peuvent recéler de plus intime autour de la table ou en visite. Avec ici un accident qui ne cesse de miner tellement il est arrivé de façon culpabilisante. D'une facture soignée, le fouillis des scènes jetées pêle-mêle gêne un peu par son côté naturaliste flirtant avec le trivial. Toutefois, quand on fait le compte des émotions traversées par le réalisateur (le bonus du dvd y aide amplement), c'est tellement universel, bien interprété aussi, que l'adhésion l'emporte sur les petites réticences de départ.
  • BASSIDJI (2009)
    Note : 17/20
    Un documentaire bouleversant, trop peut-être, les 3 Continents Nantais ont été trop saisis par ces témoignages successifs, ils ont quand même eu tort de laisser Mehran Tamadon, cinéaste à double culture (française-iranienne) si ouvert, partir sans récompense...Ce documentaire au démarrage martial avec son drapeau vert qui claque sur cette terre jaune triste, s'humanise au bout de quelques minutes... L'ensemble est tourné avant le grand chambardement post-élections iraniennes cet été. Interminables hommages mortuaires, martyrs érigés en saints pour la postérité, slogans ancestraux intouchables, il est bon que le peuple pleure ensemble au lieu de se débaucher avec les apports extérieurs. On va même jusqu'au conte de fée tellement les prédicateurs voient le salut dans la mort (dur pour nous autres occidentaux)...Le réalisateur (présent en ouverture) semble ouvert et doux, respectueux de ses racines mais revenu des croyances qu'on endosse les yeux fermés (sa compagne est Française, il vit bien davantage en France qu'en Iran). Il offre une série de rencontres avec des sympathisants du régime conservateur, une milice faisant songer à d'autres politiques de l'extrême : tous évolués, propres sur eux, très copains même, sauf que leur sang ne fait qu'un tour à certaines questions, mettez votre voile les filles, l'homme est fragile de nature et l'Islam ne souffre aucune contradiction sur le sol islamiste. Suivez "Le Guide", lequel peut être remis en cause par "Le Conseil" s'il se trompe, ledit Conseil acceptant les changements de politique mais ouste la moindre dissidence ! On voit aussi la population vaquer à ses affaires, une décontraction permise tant qu'elle reste cadrée... J'ai souvent pensé à la petite actrice iranienne jouant dans "A propos d'Elly", interdite de séjour dans son pays pour comportement subversif !
  • FRAGMENTS (2009)
    Note : 18/20
    Projeté au 32ème Festival des Trois Continents Nantais (2010). La voix off de Yonathan Haimovitch a quelque chose d'un grand enfant perdu. Né en 1976, année où ses parents ont quitté la Russie pour cette zone désertique d'Israël, au ras de Gaza mais sans le religieux d'aujourd'hui (et notamment les ultra orthodoxes, selon sa présentation avant la séance). De l'eau en gouttelettes sur des vitres... Un paysage enneigé... Puis des intérieurs, les chères odeurs d'antan, couleurs et motifs d'étoffe, le chien sous le fauteuil... Visages heureux sur des photos sépia... Diapositives visionnées en plein soleil devant la fenêtre... Le 33 tours d'Albinoni... "Comme nous avons été naïfs" déclare par deux fois la plus ancienne ... Ces dames semblent échouées d'une certaine façon... La folie a emporté la plus fragile. Une veuve aux cheveux flamboyants s'avoue "contre la mort", son mari l'ayant précédée dans le trépas... Frissonne au souvenir de l'aube, quand sa mère partait s'éreinter puis jubile en pensant aux soirées autour du feu... Un vétéran se déplace à l'école pour assurer la transmission à des petites têtes encore peu soucieuses de leurs racines... Le réalisateur s'est réinventé un passé proche du sien. On se croit davantage en Russie qu'en Israël. C'est chaleureux, émouvant, trop court !
  • LA DERNIÈRE PISTE (2010)
    Note : 18/20
    Convoi restreint aux jupes traînantes et aux chapeaux ronds à oeillères, avarice de dialogues, musique faisant des signaux. On détecte les petits détails de très loin grâce au format carré (réputé plus favorable à la profondeur de champ). Sous la beauté picturale indéniable, c'est un pur western bien rude avec de la crasse sur les peaux et sur les tissus, les rivalités de pouvoirs. Premier western entièrement conçu par une femme (curieux que cela soit tu...). On est dans la lignée de "Appaloosa" et "True Grit" par la modernité de ton. Quelques outrances signant la féminité de base : face au trappeur qui dragouille, l'indien séduisant de bestialité, le droit de choisir son apprivoisement en fonction de son flair... Voici une femme qui tire sans se poser en virago une seconde ! C'est longuement statique à la manière des films de l'est mais attention aux branle-bas de combat au plus fort des tensions. Proche des films sur le désert avec l'impression de mirages successifs, la soif, et pourtant on commence par laborieusement traverser une rivière... Les images ultimes laissent leur marque, en pleine contradiction avec ce qu'a véhiculé longtemps la culture anglo-saxonne. Et pourtant tout reste ouvert !
  • THE FOURTH PORTRAIT (2010)
    Note : 19/20
    Prix du public au 32ème Festival des Trois Continents. En découvrant le jeune Xiang, on songe à tous ces gosses livrés à eux-mêmes. Petite bouille craquante bien qu'en deuil...Se fait remonter les bretelles par un vieux revanchard. Tout le monde va se retrouver dans les histoires de familles recomposées qu'un secret empoisonne pour sauver l'honneur adulte. Toutefois, il faut être aveugle pour manquer la seconde lecture à ce discours, confirmée par le réalisateur et le producteur ainsi que leur interprète, présents dans la salle du Katorza nantais (on ne peut rêver meilleurs ambassadeurs pour une promotion cinématographique, bien qu'ils n'éludent pas la réticence de leurs compatriotes à devenir amnésiques)... Ce "quatrième" portrait peut échapper tellement la double interprétation du récit occupe les méninges. C'est plaisant à suivre, tendre aussi, et pas du tout statique. Quelques mémorables étincelles, ce petit est adulte avant l'heure en gardant la spontanéité de l'enfance (la rampe d'escalier en marbre pour toboggan) et la scène en plongée sur les deux comparses aux toilettes, on a le vertige... En attendant le dvd, une excellente occasion de se pencher sur l'histoire : revoir pourquoi Taïwan (ex Formose = "La belle île"), entre Japon et Chine, a dû batailler ferme depuis toujours.
  • PEAR (2010)
    Note : 16/20
    Projeté au 32ème Festival des Trois Continents nantais (2010). Double lecture, chaque rôle figurant les différents tiraillements de la Chine d'aujourd'hui... Voici la "Maison de Joie" (!) avec sa façade de bonbonnière : au menu, télévision, provisions de bouche à volonté, plus si les travailleuses sont disponibles (l'art de doser labeur et détente...) = un bordel glamour. La jeune tenancière, proche de ses employées, materne ou rudoie. Les excès sont tolérés... Mais aucune mention de contraception ni préservatif.... Le couple dont il est question souffre, si l'on en juge par sa physionomie sous les lampes roses. Chacun s'ébroue pourtant comme il peut. Défilé de cigarettes. Rage sur ce briquet nerveusement actionné... Entre deux "siestes", on déguste les poires, ramenées de la campagne, la seule douceur véritable d'ailleurs, sauf qu'elles finissent par donner une vague nausée malgré toute la convivialité de ces estropiés du coeur. Triste visage féminin condamné à l'absurde. Longs tunnels traversés : le communisme puis l'ultralibéralisme, on est ankylosé comme ce bébé maintenu debout par sa chape de bois.
  • LOUISE-MICHEL (2008)
    Note : 13/20
    Quand rire devient douleur... J'ai eu l'impression d'un énorme gâteau empoisonné envoyé à la figure, au prétexte que l'époque est devenue irrécupérable... Hélas, je n'ai pas ri, tout juste souri. Car si cet humour-là colle à l'actu de Groland sur Canal, pour un film, je demande autre chose, des trucs plus fins peut-être ?... Le couple est peu attachant, la psychologie est à ras du sol et c'est plein de surcharges, avec cette guitare gratouillée en ponctuation, ou ce sifflement répété, on se sent forcé à l'adhésion pour la bonne cause. Mal à l'aise avec le sardonique, je me suis sentie égarée dans ce labyrinthe d'angoisse, dans une salle, vraisemblablement au même diapason, mes voisns ont à peine gloussé... C'est bien filmé malgré tout, et j'opte sans hésiter pour la dénonciation des impostures actuelles. Dommage que ce soit non-stop le style "Hara Kiri" dans ce qu'il avait de pire, c'est-à-dire "le bouchon trop gros poussé trop loin". Plutôt que de nier le bien-fondé de la démarche, il est permis de se questionner : de quoi rit-on instinctivement dans une époque précise, dans quel registre le rire stimule et quand commence-t-il à donner un vertige inquiétant ?
  • LITTLE WHITE LIES (2006)
    Note : 16/20
    Découvert au cycle britannique nantais "Univerciné" de décembre 2009 (où il a d'ailleurs remporté la palme !). Le spectateur est petite souris qui s'introduit dans cette famille de la classe moyenne galloise où couvent bien des conflits, dont la xénophobie de comptoir, qu'on pourrait croire banale, un mouvement d'humeur d'ivrognes occasionnels ne prêtant pas à conséquence. Le plus fort, le pilier, et d'entrée de jeu, est cette femme, épouse et mère, mais aussi psychologue, la conscience générale. Bonne jusqu'à faire abstraction d'elle-même une bonne partie du film, l'énergie faite femme, sauf qu'elle en aura un jour sa claque... Une fois habitué à la bande-son quasi constante (bien que discrète) avec ces alertes aux moments cruciaux (un cinéaste sans doute jeune pour appuyer autant, ou alors la musique évoque l'indicible par mesure de précaution ?), c'est plaisant à suivre, joliment filmé d'un bout à l'autre, mais, je le répète, l'actrice jouant "la mother" porte le film sur ses épaules, hyper attachante ! Heureusement, car si la fille laisse perplexe avec son chemin tracé d'avance, père et fils sont à claquer !  .
  • MAR ADENTRO (2004)
    Note : 17/20
    Revu en v.o. sous-titrée au 18ème Festival du Cinéma Espagnol de Nantes (mars 2007). On répugne tous à imaginer la dégradation physique sévère pour soi-même ou un de ses proches, un retour au néant semble doux en comparaison (bien dans l'air du temps en France actuellement avec ce scoop journalistique d'une malade incurable demandant qu'il soit légiféré, un genre d'autorisation avant passage à l'acte, ça remue les tripes des autorités, on est à cent lieues du Droit !). L'instant du passage sur l'autre rive ne saurait être légiféré, y participer au grand jour (et en dehors des guerres !) implique qu'on n'en pipe mot, à la rigueur, invoquer le "cas par cas"... En dehors de la souffrance décrite ou sous-entendue ici, s'ouvre cette fenêtre sur "celui d'avant l'accident", serait-ce un petit fil vital suffisant ?... Pour l'ultime vieillesse, quand les jours sont comptés, que "le corps n'est plus votre copain", admettons. Mais rien à voir comparé au calvaire d'un être encore jeune, sans autonomie depuis des années et qui réclame l'apesanteur une bonne fois pour toutes. Dans les esprits, la personne l'aidant à passer de l'autre bord oscille, quoi qu'on y fasse, entre la damnation pure et simple et la fraternité absolue, je pense à cette mère d'un jeune accidenté de la route du Nord de la France réduit à l'état de légume... Autre traitement de ce sujet qui attire et fait fuir en même temps, le film canadien "Les invasions Barbares". Mar adentro est une prouesse d'acteurs indéniable, les dialogues aussi sont de haute volée, rien d'étonnant que Javier Bardem ait été récompensé de toutes parts.
  • ALAMAR (2009)
    Note : 19/20
    En plus d'être un hymne à la nature, c'est le rappel que les très jeunes enfants souffrent en silence quand les parents se trouvent trop éloignés géographiquement l'un de l'autre... Très conscient de devoir s'en arranger, le père assure son rôle, sent qu'il doit faire vite. On le voit valser avec ce bébé né de l'amour entre elle, scientifique de Rome et lui, Mexicain, surtout sauvage des mers... Beau comme une figure mythologique, il s'appuie sur ses instincts, dépasse l'absence physique à venir (ce pacte verbal) déjoue l'agressivité (corps à corps dans la cabane). Sous le regard bienveillant du grand-père en arrière-plan avec ses belles dents blanches. Il plane une rageuse oscillation entre l'élément liquide et les femmes dans ces esprits baignés de lumière et d'embruns. Le petit Natan, d'abord circonspect, s'ouvre à la vie hors du nid : guilleret mais prudent (l'oiseau en visite et l'avertissement "le crocodile va te manger"). Miracle de la pellicule fixant à jamais un moment-clé pour ces gens en même temps que la menace. Aux dernières nouvelles, la barrière de corail dans ces parages serait touchée par "le scandale BP" ! Un coin qui nourrissait si bien son homme !
  • LES NOCES REBELLES (2008)
    Note : 18/20
    Surprise du titre français (un rien moralisateur ?) par rapport au titre original "A revolutionary road"... Satire impitoyable du couple embarqué dans le conformisme familial, ce "tue-l'amour" progressif des êtres à fort idéal affectif. Les années cinquante, et même soixante (1961, sortie du livre ayant inspiré ce film) constituent la période d'éclosion de ce sacro-saint modèle de société : difficile, dans les fifties, d'essayer de s'en extraire : père nourricier libre de ses fredaines, poids moral sur l'épouse, et surtout poids encore plus lourd sur la mère : ça s'est arrangé depuis ! Le film dessine bien le piège tendu d'avance et beaucoup moins l'usure de gens "pas assez forts", nécessitant un psy (!) pour s'accommoder de la médiocrité. Des moments exceptionnels : ce cinéaste détient l'art de tout déballer, de traquer l'hypocrisie mais toujours avec élégance (biais de ce détraqué en visite avec papa et maman)... Jubilatoire pour les célibataires endurcies (coups de gueules qui retournent les sangs !). Remarquable interprétation des héros dont on attendait la remontée à la surface de l'eau froide du "Titanic" : à peine le temps de se rincer l'oeil : Leonardo di Caprio ici macho en droit fil des traditions mais capable de s'amender, face à une Kate Winslet d'apparence lisse, plante exigeant de toujours pousser pour elle-même, si maîtresse femme dans son refus (elle est pourtant dirigée ici par son mari dans la vie) ! Feutrée plutôt que tapageuse, c'est une oeuvre qui soit replie sur sa sécurité ou réveille comme un défibrillateur !
  • CUCHILLO DE PALO (2010)
    Note : 17/20
    Montgolfière d'Argent du 32ème Festival des 3 Continents nantais et Prix du Jury Jeune (2010). Le thème est généreux, rarement abordé de cette façon. A déplorer quelques redondances avant d'en venir au fait... La toute jeune réalisatrice (trentenaire) joue elle-même le rôle de la nièce cherchant à comprendre pourquoi l'oncle était, de son vivant, regardé de travers : ainsi, on apprend que, dans les eighties (ce n'est pas vieux !) "108" homosexuels auraient subi les sévices de la dictature paraguayenne d'Alfredo Stroessner. Le récit montre bien, que ce soit dans le tête-à-tête d'un père et sa fille ou les célébrations collectives, que l'on ne parle pas de ça, que si c'est arrivé c'est parce que c'est "contre nature" parce que "croissez multipliez"... Bref, la vérité de siècles d'obscurantisme. Un aperçu des mentalités d'Amérique Latine entre crucifix et chapelet, la difficulté pour la jeunesse qui s'est émancipée d'admettre les idées reçues générant l'exclusion... C'est déroulé avec minutie et soudain, une femme parle et nous autres spectateurs, entendons l'indicible... Renate Costa aurait dû sauter à la gorge de son père à l'écran, insupportable rabâcheur de "nul n'est prophète en son pays" !
  • UNE VIE TRANQUILLE (2010)
    Note : 18/20
    Refait à neuf dans le secret, le héros sait ce que vie normale veut dire. La chasse au sanglier et les lettres rouges "Da Rosario" sont ses points d'ancrage. Un restaurant isolé de tout, on pense à "Avant l'aube" pour l'intrigue retorse, ou à "Soul Kitchen" pour le muscle ! C'est aussi un conte noir à rembobiner en fredonnant la chanson finale "A quiet life", voix grave du mutant hors de l'armure. Quand les trois lascars débarquent à l'écran, on se demande bien lequel va écoper le plus. L'étau progressif amène à gigoter sur son siège, vraiment embarrassé...En même temps on en redemande car suspense et plaisir se mélangent. Film rude, vachard, avec des parenthèses et ellipses d'une logique qui peut heurter mais que vient compenser la grande douceur de fond : bruitages musicaux, règlements entre quatre zyeux et traque dans la pénombre, qui va trahir qui et quand... Un régal !
  • CARTOUCHES GAULOISES (2007)
    Note : 16/20
    On met du temps à bien "entrer" dans cette suite de scènes présentée de manière sobre, nul doute que ça a été vécu. Mehdi Charef déroule tranquillement son écheveau, chaque plan de souvenirs amenant son énigme. Peu à peu, le spectateur s'habitue à patienter, n'est jamais tranquille... Le jeune Ali (et surtout les acteurs adultes qui l'entourent, les enfants plus ou moins...) incarne les enfants dans les guerres, ce regard trop tôt acéré mais toujours espiègle ! Un témoignage relativement modéré, Charef a su situer l'enfant, l'adulte et le parent dans son propos, il montre mais n'accuse pas. Son film, par son côté instructif, trouverait toute sa place projeté dans nos écoles à l'appui des cours d'Histoire.
  • FAMILY PHOBIA (2009)
    Note : 18/20
    Projeté au 32ème Festival des Trois Continents Nantais pour les courageux ou très curieux de la Chine contemporaine "bas de la middle-class". En noir et blanc de qualité variable, c'est un remarquable documentaire de trois heures pour décrire une famille chinoise de 2002 à 2008. Les grands-parents sont logés correctement dans un intérieur anonyme... C'est là qu'on se rend compte à quel point la mondialisation a vite fait de rendre uniformes les grandes villes de la planète : même décor, mêmes joies, mêmes peines, même linge sale en famille qu'en France, qu'en Europe sans doute... Une caméra portée, d'escaliers en couloirs pour repérer les discordes à venir (la grand-mère débranchant l'ordi !). Caméra fixe, braquée sur les repas où on jacasse devant la télé... Et ce sas étonnant, où on va se retrancher cinq minutes... Ils se parlent tous, beaucoup, ces gens élevés à la dure. On sent les petites rivalités à la faveur d'une maladie qui vient jeter le trouble... Les crises de nerfs ramènent au théâtre asiatique tellement c'est à fleur de peau, couinements et un genou en terre pour supplier... Vieux couple au bout du rouleau, rivalités mère-fille, parfois la larme à l'oeil (le grand-père furieux que l'hôpital sélectionne les soins selon le porte-monnaie). Ils ont du mal avec les ultralibéraux... Et aussi avec le petit-fils rivé à l'ordinateur : il agace mais résiste par mille bêtises... Trop investi de la déférence due aux anciens. Cible des projections maternelles (ces énièmes allers-retours lors de son entrée au pensionnat !). Caricature de la toute jeune Chine en marche ?... 2002 à 2008 défilent sans qu'on s'en rende compte... Le jeune grandit et se normalise, les anciens s'adaptent (vélo et nombreux étages sans ascenseur !)... Gros plan sur les habitudes, les expressions des visages... Et soudain, la politique au menu entre les deux enfants les plus ouverts et leur père fan de Mao, l'assaut juvénile contre l'histoire enseignée aux foules... On ne sait si le niveau de vie a dégringolé ou remonté au contraire, mais ces gens semblent reprendre confiance au fil des changements... L'essentiel se joue sur la dernière heure, ces trois débatteurs autour de la table : l'équilibre du monde... Ah ces jeunes qui vous tiennent tête... Hu Xinyu semble jouer l'avenir de la Chine sur le conflit de génération (venu d'occident) comme si c'était l'ultime espoir de libération de ses compatriotes.
  • A MOMENT IN JUNE (2008)
    Note : 15/20
    Techniquement très pertinent, plans aux couleurs toujours archi-travaillées, finesse dans le mouvement de la caméra, par exemple, cette esquive, dans le train, d'une scène dure, on la devinait mais elle sera juste amorcée à l'image, la déduction se fait d'office... Des personnages au physique attachant, des dégaines féminines frôlant le style "Bollywood". Des intrigues subtiles, entre autres, un fond d'adultère culpabilisant suivi d'un veuvage difficile à digérer. Des coeurs tourmentés, trop inégaux en armes affectives, ou déjà engagés, donc hésitants. L'homosexualité masculine se traduit ici par le désarroi du coeur conduisant à faire basculer le plus épris, un sentiment, pas le désir physique brut et bien viril dont on a l'habitude au cinéma gay... Très intéressant rapprochement de ces deux êtres abîmés dans un train, une femme et un jeune en pleine dévastation et qui vont s'apporter un soutien temporaire. Gros handicap de ce film, l'excès de "larmes de crocodiles" en temps réel, pitié, ça fait beaucoup d'eau... Car une fois le décor planté, l'insistance sentimentale en pleine débâcle, le bouleversement pressenti est loin de créer le suspense. Succession d'allers-retours interminables, gros-plans sur les visages défaits et, en plus, du théâtre interférant avec le quotidien... Sur le fond, très fine juxtaposition de détresses affectives intergénérationnelle. La forme lancinante est probablement due à l'extrême jeunesse du cinéaste thaïlandais O. Nathapon (si j'en juge par les photos récentes !), il devrait découvrir qu'écourter les démonstrations permet un public plus large. .
  • LA PRIMA COSA BELLA (2010)
    Note : 15/20
    Vu à Univerciné italien 2011 à Nantes sans en être marquée outre mesure. Evidemment, on brûle de savoir si la belle est bête ou pas si bête... Chacun en prend pour son grade dans son entourage dès qu'elle paraît : trop belle donc. Hélas, inutile de croire la comédie italienne ressuscitée pour autant. La magie de la bande-annonce s'envole très vite, c'est trop brouillon et bien trop bavard. Encore plus pour tenir le choc quand la poupée se rabat sur son fiston en mille et une nostalgies. Hormis cette belle plante à admirer, sorte de Sofia Loren recyclée en nettement moins charismatique, c'est un divertissement bien fait qui aurait gagné à en faire moins.
  • MY SECRET SKY (2008)
    Note : 17/20
    Le film s'ouvre sur la tante acariâtre, intéressée et qui les plante finalement là dans la case... Des enfants livrés à eux-mêmes, ils n'ont plus qu'à se mettre en marche s'ils veulent survivre dignement... Direction la grande ville à pied pour le frère et la soeur, au petit bonheur la chance, au gré des rencontres, silence sur leur détresse, ils sont tous deux bien vivants, donc ce sera pile ou face... La rencontre avec un gamin des rues loin donne soudain le vertige, bonne gueule de gavroche qui craquerait bien pour la petite demoiselle, l'occasion de se montrer chevaleresque... Hormis le danger de dormir dans un sous-sol sordide, de vivre de rapines, d'être cible de trafics, la chance ne peut que tourner, sinon il n'y aurait pas ce joli tapis zoulou symbolisant les ancêtres qui veillent... Excellente direction des jeunes interprètes, le tandem principal est crédible, le petit frère a le blues par moments, mais la fillette déjà très au fait des magouilles possède, dans sa petite robe jaune, cette droiture probablement héréditaire. Une situation critique - ce sont quand même des enfants à la merci de tous les dangers - mais émaillée de dialogues pleins de fraîcheur. Allusion au commerce équitable aussi : encore vivaces entre villes et campagnes, le troc des talents pour que chacun mange, rend moins lourd le sort de ces deux orphelins pour le spectateur : ou l'Afrique du Sud possède encore ce type de ressources, ou Madoda Ncayiyana est un optimiste né... .
  • BLUE VALENTINE (2010)
    Note : 16/20
    Blue Valentine, titre de Tom Waits ou "le blues des amoureux"... L'enfant étant le lien, le sort du chien la hantise. Unis par leurs désirs de bâtisseurs, ce jeune couple des classes populaires étasuniennes s'est pourtant juré "fidélité pour l'éternité". 4 à 5 ans plus tard, le spleen. En d'incessants va-et-vient entre passé et présent, leur intimité à la loupe est dévoilée en une successions de scènes très racoleuses dont le mérite est de remonter à la surface le premier vrai couple sommeillant en chacun(e), du feu aux joues aux soupirs de rage, en passant par la culpabilité sur fond d'entraide et l'espoir que l'autre change. Jusqu'à l'explosion, l'attitude saine malgré le tiraillement d'avoir tranché non sans dégâts... Acteurs inégaux pour des rôles eux aussi en net déséquilibre. Michelle Williams (héroïque dans son épreuve hospitalière !) beaucoup plus palpitante que Ryan Gosling dont on repèrera la très jolie voix chantée.
  • VIVA CUBA (2005)
    Note : 19/20
    Toujours plein de santé, ce road-movie de 2005 projeté au Festival des Trois Continents Nantais en 2009 (applaudissements dans la salle) ! Il faut dire qu'on se rue sur les oeuvres les plus vivantes, le bouche à oreille y invite : splendeur que cette aventure de deux enfants en désaccord avec leurs parents, toute la tragédie cubaine à présent, rester sur l'île telle qu'elle est ou prendre le risque de s'expatrier... On rit, on s'étonne et on fond devant tant de créativité, la meilleure musique accompagnant chaque étape franchie par les deux fugueurs. Virtuosité de caméra, dialogues truculents, c'est familier et il n'y a pas une seconde d'ennui. L'art de rendre ludique un drame plus que jamais d'actualité.
  • COURS SI TU PEUX (2010)
    Note : 14/20
    Film-culte au cycle allemand Univerciné nantais de novembre 2010 : la misère existentielle d'un paraplégique par accident, le jour où son auxiliaire de vie lui fait voir de près la jeune fille qu'il convoite de son perchoir. Ils dorment tous les trois comme des braves... Dans la salle, les jeunes adhèrent tout de suite, rient beaucoup, totalement identifiés. Plus grande réserve des adultes... Car on peut trouver niais ce langage codé, languir de ces méandres immatures vers l'ultime vérité (à deux doigts de la fin seulement)... L'eau envahit ou engloutit... Quelques scènes intenses maintiennent en éveil, le ton change souvent, du léger au pertinent, j'aurais aimé davantage d'épaisseur... Une deuxième lecture se superpose, ces lugubres immeubles figurant l'économie actuelle, la solidarité d'une jeunesse prostrée en attendant le saut d'obstacles de la vie active. Ce jeune réalisateur est plein d'imagination à l'image mais m'a donné le tournis avec sa démonstration qui n'en finit pas. Je peux comprendre que ce type d'ambiance soit prisé avant d'affronter les obstacles de la vie d'adulte. On est plombé en plein vol et on reste "biberonner" parce que c'est la fin du monde... Oui, une vie avec un handicap lourd semble LE fardeau. La dernière demi-heure abonde d'effets faisant parfois penser aux énigmes de 2001 de Stanley Kubrick, tout aussi "barré"... Fan ou éreinté, en sortant de la projection, chacun devrait apprécier ce dont il dispose dans la vie réelle.
  • NAOMI (2010)
    Note : 18/20
    La mère, personnage central, rappelle à son grand fiston que rien ne l'a obligé à pareil choix, qu'il lui faut donc s'armer en travaillant ses points forts. Justement, outre la sublissime avec son grain de beauté à gauche sur la lèvre supérieure (que fait-elle avec cet "ancêtre" ?), le personnage de cette mère ne lasse pas d'étonner, son langage savoureux semblant représenter la distance qu'on peut avoir en découvrant Agecanonix et Falbala en chair et en os. D'autant plus raffiné que ça se passe en Israël sans la guerre. Sauf que ce n'est jamais irrévérencieux car ce couple, en dehors d'une inégalité qui fait sourire, a une réelle complémentarité. C'est faussement lent. Attention, ça couve : première partie d'un stoïcisme trompeur. La scène haletante autour d'un calumet témoigne d'une violence intériorisée qui n'arrêtera pas.
  • TREELESS MOUNTAIN (2008)
    Note : 17/20
    Kim So-yong est cette frêle et toute jeune femme en casquette irlandaise et bottes de cuir clair au Festival des Trois Continents Nantais ce lundi 30 novembre 2009 pour dire quelques mots de son film "Treeless Mountain", tissé à partir de son vécu... On découvre ensuite à l'écran un splendide duo de fillettes, naturelles, avec cette grâce tranquille des enfants s'en remettant à l'adulte qui les guide. Très jolis plans... On peut reprocher que l'histoire s'étire avec ses interludes successifs (c'est ça la petite enfance), la réception des nouvelles maternelles apparaît rare... Reste ce car, vénéré régulièrement... Sans que ce soit tire-larmes, la tristesse s'empare du spectateur, on devine le drame de ces deux jeunes êtres, aucun coup de fil, des calculs de cette tante qui boit, serait-ce un abandon pur et simple ? Où diable sont les hommes du film ? Si le père demeure mystérieux dans son lien à la mère, le grand-père est ressenti comme fuyant la caméra (on "l'entraperçoit" une seule fois à récriminer...). La vieille dame à la serviette éponge sur la tête apporte enfin l'éclaircie de substitution. Raffolé du cochon en plastique comme gage d'attente, la charge des mots maternels (repères cruels s'ils durent !),les sauterelles grillées... Les spectateurs ballottés petits entre plusieurs adultes vont s'identifier, on sent bien l'angoisse enfantine tournant à vide... Parallèle avec tout parent actuel en difficulté matérielle croissante de par le monde, contraint de faire échouer leur progéniture un mois ici, un an là... Femmes seules à se dépêtrer de tout, pays sans contraception... Consolation et pas des moindres : si l'on se réfère à la réalisatrice entrevue avant le film, le résultat de pareil traitement semble bien être la force de caractère !
  • LE VOYAGE DE LUCIA (2010)
    Note : 16/20
    Anciennement titré "L'Appel", Prix du Public au Cycle italien Univerciné Nantes 2011, les deux actrices principales font tout le prix de ce film gracieux. Elles peuvent tout se permettre sous ce regard fin, distancié, décortiquant l'attitude des compagnons, ce qui fait qu'hommes ou femmes sont sous le charme, très intrigués quant à l'issue. Si le naturel de Léa, Argentine et bohème va de soi, Lucia, hôtesse de l'air est avant tout pianiste (point culminant du film, ce "vivre l'instant" de l'aïeule !). Prises de vue, son, dialogues, d'une délicatesse constante virent aussi vers les dures réalités. On patine sur le rafiot en Patagonie mais la morale sera sauve : les dernières minutes récupèrent magistralement les spectateurs et spectatrices qui auraient été tentés de décrocher.
  • BANDHOBI (2009)
    Note : 19/20
    Gloire à "Bandhobi", Montgolfière d'Or du 31ème Festival des Trois Continents nantais ! Ce petit bijou coréen garde éveillé en inversant le discours misérabiliste, l'élément féminin de petite constitution représente la puissance : une jeune pimbêche du coin face à un grand discret d'ailleurs, attention, il a du répondant... Le schéma idéal pour évacuer LE tabou actuel grâce à la distance, ça se passe là-bas en Asie... La famille en prend plein les mirettes, elle a beau se recomposer gentiment, un beau-père à partager avec Môman pousse une ado exigeante à faire crise sur crise... Pour les Français empêtrés dans leurs différences mal assumées du fait d'un ministère excessivement zélé, ce film donne un grand coup de pied dans la fourmilière de l'immigration et de l'identité nationale et permet de comparer les sorts de sans-papiers d'un pays à l'autre... Il pointe le désastre des populations clivées du fait de la volatilité du travail, de la quête incessante de sous, de la loi du plus malin... Ô que c'est délectable ce rejet bien net puis ce lent apprivoisement, qui ne sera pas capitulation non plus... Boudeuse sud-coréenne moderne (actrice reconnaissable entre mille) dont le jeune Bengali habitué à la dure et à l'éphémère, sourit... Vivement que cette oeuvre tonique trouve producteur en France !  .
  • ACCIDENT (2009)
    Note : 15/20
    Le démarrage de "Accident" de ce réalisateur aux 3 Continents nantais 2009 coupe le souffle. On dirait une horlogerie de précision. Les premiers détails conduisant à ces fameux accidents envoûtent, du cousu main qui pourrait inspirer les malfrats en mal d'inspiration. Après, comme le déballage de coups fumants n'a plus de cesse, on décroche, à moins d'aimer l'action pour l'action. Attentes et filatures, filatures et attentes... dans cette ville, d'une inhumaine noirceur... Voilà que, surprise au final, l'histoire se tiendrait malgré la surenchère d'effets, superman touché en plein coeur revient de ses obsessions, s'amende ?... Spectacle raffiné, un peu téléphoné mais dont l'ironie qu'il fallait en fait garder depuis le début, fait prendre l'intégralité au second degré... Entre bande dessinée et clip de pub. Ce pourrait être carrément du virtuel, sans nécessité d'acteurs à payer tant c'est lisse et bien propret dans le genre ! .
  • LE VIEUX JARDIN (2006)
    Note : 16/20
    Admirablement filmé, comme apparenté, au plan cinématographique, au film "Les climats" de Nuri Bilge, autre virtuose de la caméra. Et encore une fois sur le thème du tiraillement séculaire, cette difficulté à concilier l'amour pour une femme (qui finit par emprisonner) et la pulsion de mouvement vers la communauté (risques inclus). Evidemment ici, l'emprisonnement de 17 années ravive la flamme amoureuse au détriment de la conviction politique... Quelques images dures, un peu trop appuyées parfois pour nous autres occidentaux (ce côté hara-kiri du cinéma coréen), pour illustrer la guerre, les luttes sociales, et aussi pour massacrer un prétendant trop gamin (les crachats répétés) et cette pauvre cancéreuse par accumulation de chagrin... Mais l'ensemble est bien cohérent et conduit vers une réflexion élargie (couple/société)... Les deux acteurs principaux ajoutent au questionnement par leur charme indiscutable, le héros ayant gagné en séduction avec l'âge, ce qui est rare au sortir de prison ! Les retrouvailles avec l'enfant apportent une note tonique imprévue, cette ressource qui bouscule le père, et devrait faire rire toutes les mères !
  • ELEVE LIBRE (2008)
    Note : 16/20
    Rencontre d'un jeune et d'un trio prompt à "confondre l'amour et la gymnastique" ? Les coups de raquettes pourraient faire croire à quelque toux nerveuse... Le blond Jonas, cadré en tout par des adultes en mal de projections à plaquer, plutôt que de redoubler et se retrouver avec les tout jeunots, préfère étudier en candidat libre. Le dénommé Pierre l'accueille chez lui pour cet enseignement : une maison où on parle à coeur ouvert, de soi, comme de la copine Delphine, le premier amour, fortement idéalisé. Les trois hôtes émoustillés semblent fins connaisseurs, devanceurs de désirs, la dame est particulièrement à l'aise... Repas, baignades, soirées discothèque et études constituent le programme. Parfait, ne serait ce léger malaise global... Une histoire plus gonflée que je ne l'aurais cru ! Sur l'air du mythe soixante-huitard "être libéré", le leurre du siècle précédent... Pareil rite d'initiation existerait encore dans de rares tribus, à Bali je crois bien, mais sous nos latitudes, du fait de la socialisation, ces fantaisies primitives désarçonnent. Pour preuve, une franche tension vient s'abattre sur le spectateur à partir de Delphine à table avec la maisonnée... Et ça n'arrêtera plus ! "Plus entraîner que forcer", dit le précepteur... Armes inégales, pouvoirs incomparables. Le plus pénible pour l'adulte est bien le contraste de Pierre, être bien intentionné aux vues pertinentes avec son revers, la chair triste, cette contamination, les répercussions à imaginer peut-être sur des générations ensuite... Joachim Lafosse dénonce, il prend un discret parti pris, pas si neutre que cela... Techniquement, même art des prises de vue, même acuité que "Nue Propriété", même étau... C'est riche de détails, ça fait gamberger longtemps après la projection. Et espérer des soins pour les égarés du désir !
  • MELANCHOLIA (2011)
    Note : 19/20
    D'ordinaire, j'évite Lars Von Trier par instinct de conservation. Mais cette prédation cosmique attire. Des mariés patinant dans leur voiture avec force bisouilles, tandis que la petite étoile rougeoie, bientôt boule bleue géante et perturbante avec son souffle menaçant, ça promet... Des embourbés au ralenti dans leur dernière occupation, de bons uppercuts sur les convenances et le pouvoir en roue libre. Des dames exultent. La science masculine prend une claque. Très peu de soufre, la petite phrase de la mère, ou la mariée qui se fait la malle, le foin aussi posé sur le cadavre dans l'écurie. Du réalisme mixé à du fantastique fait que c'est proche. Ces gens nous ressemblent, ressemblent à ceux que nous côtoyons sauf le garçonnet emprunté à Tarkovski dans "Le Sacrifice". "Impossible de se cacher" dit-il. Le trash auquel les personnages arrive est acceptable puisqu'ils sont condamnés. On peut aussi visualiser sa propre mort à travers ce film. Ou y trouver une allusion aux tsunamis, éruptions volcaniques, Fukushima, et autres réalités apocalyptiques peut-être lointaines mais néanmoins réelles. Le rire s'invite pour certains sur les derniers plans, tellement ils ont l'impression de se faire absorber pour de vrai. On sort de la salle bien sonné. Bref coup de blues ensuite (en regard de l'actualité) duquel retenir, après sommeil, l'image des deux planètes... à deux doigts de s'embrasser. Un merveilleux malheur. Ouf, c'est une fiction tout de même. Et déjà un classique !
  • POTICHE (2010)
    Note : 19/20
    Parfaite caricature des entreprises familiales des années 70 présentée avec le piquant des comédies américaines d'après-guerre 39-45. Une fabrique de parapluies : rien qu'à voir l'enseigne, mes zygomatiques entrent en danse... Peu d'atteints de sinistrose grimacent autour de moi dans la salle, les petits patrons seraient autorisés à tiquer mais rien de sûr... Pour qui a approché les contradictions d'une entreprise familiale, jubilation presque obligatoire. Luchini et Deneuve s'étripent, dans un tac au tac bien ajusté qui prélude à un renversement de situation... Depardieu en rajoute une couche... Les enfants se rallient au parent préféré... Mémorable apparition éclair de Sergi Lopez en chauffeur poids lourd... Du diable si ça fait un peu "Au théâtre ce soir", toutes les vieilles ficelles : on éclate de rire parce que ça pulse de tous les côtés ! A peine une petite baisse de régime avant l'explosion finale. Un registre certes emprunté à une époque révolue, "naphtalinée" selon certains internautes. Etrange comme cela rencontre un écho en 2010. Ozon évite (une nouvelle fois !) de nous inonder de personnages malsains ou qui ont un petit pois... Au passage, quelques relents de campagne présidentielle 2007 ou même de mandat présidentiel tout court. "C'est beau la vie" chanté autrement, on y croirait presque tant Catherine Deneuve est épatante dans ce style-là !
  • VOLEM RIEN FOUTRE AL PAÏS (2006)
    Note : 15/20
    Une analyse nécessaire pour tous ceux qui, plutôt que de s'exporter au gré du marché, restent dans leur coin et font des boulots sordides comme scier un porc en deux à longueur de journée. Peut-être chaotique, tellement on passe d'un essai d'autarcie à l'autre, mais enfin, après la précédente caricature "Attention danger travail", celle-ci est une autre facette de ce désir émergent à condition de refuser d'être un commode parasite qui ne tente rien : rester créateur (ou à peu près) de son cheminement personnel, refuser de devenir ces éponges qui absorbent ce qu'une élite marchande a décrété. Les pistes explorées ici, crédibles pour certains d'entre nous, qui ont déjà bien bourlingué, ramènent toutes aux sources. Tout cela reste relatif, maladroit, pourrait même faire "grand luxe des pays civilisés décadents". Soit, mais loin d'en sortir désespérée, j'y décèle un instinct de conservation réjouissant : ON RIT FRANCHEMENT d'un bout à l'autre, de la petitesse et aussi de l'ingéniosité humaines !
  • PERSEPOLIS (2007)
    Note : 16/20
    En découvrant ce dessin animé pour adultes en avril 2008, comme un tas de gens plus attirés vers les acteurs en chair et en os, je me dis "que ne l'ai-je vu plus tôt !"... Voilà d'adorables dessins, rien que de gracieux dessins, ingénieusement déménagés de la version papier vers la toile, grâce à l'alchimie Satrapi/Paronnaud. Et qui en racontent ! Avec toute la technique empruntée aux studios du genre mais en faisant dans le sobre, le tout simple expressif, comme les gosses : on se balade et on est surpris autant qu'instruit. Et ça cause comme la jeunesse européenne d'à c't'heure ! Le regard étant toutefois celui d'une femme assez sereine finalement. Bien des grands-mères délurées se reconnaîtront. On comprend la complexité de l'Iran, les liens lors d'exils, avec ce fol espoir que les pays réputés libres soient plus stimulants. Etonnante fragilité de Marjane, une fois adulte, d'avoir été choyée même en territoire miné de l'extérieur. Le plus terrible est de devoir passer de la joie à la déprime, passé houleux et lendemains hasardeux. La voix de Danièle Darrieux incarne la grand-mère (mais j'ai irrésistiblement pensé à Denise Grey...), les voix parlées de Catherine Deneuve et de sa fille, Chiara Mastroiani se confondent par moments, c'est troublant comme un fil inaltérable entre générations.
  • LA PETITE FILLE DE LA TERRE NOIRE (2007)
    Note : 16/20
    Découvert au Festival des Trois Continents nantais en 2008. C'est une ville minière dans la montagne coréenne, avec des fumées et crachotements d'un autre âge, enfin pour nous autres Français... De plus, il fait toujours froid si l'on en juge par la neige en contraste avec le noir ambiant, triste patelin ! Pourtant l'on y chante (magnifiquement !) de retour du fond de la terre, devant la télé ou en sillonnant le village en voiture... Zoom sur la petite famille monoparentale, un papa et ses deux gosses scolarisés (le garçon retardé dans son développement). Le père, pour une fois, plutôt gentil (à la différence de nombre de rôles masculins asiatiques lâches, désespérants)... Un père responsable, il "assure". Nulle information sur la mère. Quoi qu'il en soit, la jeune Young-lim, 9 ans, devient une aide précieuse pour le mineur le jour où une sale pneumonie vient tout compliquer... Une torpeur alcoolisée peut ulcérer un tout jeune cerveau... Il faut bien suivre la fillette dans son parcours à l'image... Une sacrée petite bonne femme, plutôt tendre, d'une lucidité qui saisit... Etonnant comme Jeon Soo-il embarque le spectateur dans un long processus descriptif, jusqu'à le faire se morfondre dans ce pays de malheur... Mais c'est pour mieux le piéger, toujours dans le monocorde (peut-être un peu terne comme mise en scène quand ça se gâte, les plans fixes demandent de la patience !)... Les spectateurs restent vissés à leur siège ou alors quittent précipitamment la salle pour prendre l'air car "la petite" dans sa très forte envie de survivre, ne fait pas dans la dentelle... Derniers plans hallucinants.
  • THE HIGH LIFE (2010)
    Note : 19/20
    "La grande vie", titre ironique qui tient ses promesses, est repartie bredouille du 32ème Festival des Trois Continents nantais 2010 : la énième rengaine de l'enfermement d'un peuple lasserait-elle les esprits occidentaux ?... A Guangzhou, le recruteur de rue (apparenté à nos assureurs ou à une agence d'intérim en plein vent) fait venir à lui des passants avec cv, sans même bouger de sa chaise. Il attend... Nonchalant et cynique. Le soir dans son home, Jia Ming, le même, punaise les photos de ses victimes avec sa régulière. Mais le voici soudain touché par la candeur d'une créature débarquée de la campagne, plus naturelle, moins pot de colle que l'autre, il se sent retrouver des forces, sauf qu'il a mal calculé sa reconversion...On se souviendra du personnage principal avec sa "gueule" si caractéristique, incarnation de l'ennui au pays de la débrouille. Plus sympathique que bien des héros de films chinois contemporains. Restera dans la mémoire également cette douche collective féminine, incroyablement joyeuse bien que sous le regard du maton... Les scènes de prison, ces filles à toute épreuve malgré leur conditionnement hallucinant, l'injonction de réciter des poèmes d'un goût douteux pour cet égaré de la vie, tout cela incite à penser que les Chinois en milieu urbain en sont vraiment au stade de la folie douce.
  • LA DAME DE TRÈFLE (2009)
    Note : 16/20
    Quand il lui dit, après lui avoir demandé de se garer "viens voir", on commence à serrer les fesses... Car c'est un peu lent à l'allumage, bien qu'accrocheur grâce à ce choix de frère et soeur soudés "on sait pas jusqu'où" et à l'arrivée du trouble-fête (Darroussin nouvelle gueule !). Une atmosphère plaisante, des plans silencieux sur les visages qui en disent long, un joli travail de suspense, c'est vrai qu'on est du côté d'Aurélien,le plus touchant de tous car la sister, facétieuse, hâbleuse, use son monde, à l'écran nous sommes ravis, mais l'avoir chaque jour pour de vrai à ses côtés, il faudrait qu'elle mange de la soupe en plus du roquefort (à noter qu'il s'agit de deux orphelins pauvres, pour mieux comprendre ce qui les unit)... Malik Zidi et Florence Loiret-Caille révèlent ici leurs mille et une facettes, par le verbe (quand on parvient à saisir le rude jargon qui fuse), de joyeuses répétitions d'anglais ar-ti-cu-lées à l'inverse ! Le non dit l'emporte en émotion, c'est LE domaine où Jérôme Bonnel fait des étincelles !
  • TOLSTOÏ, LE DERNIER AUTOMNE (2009)
    Note : 17/20
    Sympathique découverte du Cycle Univerciné britannique 2010 de Nantes, cette adaptation de la nouvelle "The last station" de l'Américain Jay Parini (né en 1948) : ce drame historique obtiendrait l'approbation sans concession des descendants de Tolstoï ? Doit-on en déduire que, matériellement, ils se sont bien remis d'un héritage qui leur est passé sous le nez ?... Le film démarre comme un grand classique naturaliste. Avenants l'un et l'autre, Monsieur et Madame Tolstoï. Mais Léon, autonome et père nourricier, entend garder ses prérogatives. Il estime sa famille bien lotie (le formule dans le film), alors que sa femme mère de famille nombreuse attend le retour sur investissement de sa personne (remarquables Hélen Mirren et Christopher Plummer !). Les enfants sont partagés... En effet, il est question de léguer l'héritage au domaine public sous la pression d'un obscur intrigant. Toutefois, on ignore dans quelles proportions. Vraiment tout ou partie ? Tolstoï signe, quasi contraint, avec les mines d'un tiraillé qui craint de le payer au prix fort... Entre les éclats, le quotidien ne manque pas de sel. Pathétique scène de basse-cour autour du lit, caquètements que la bande son reprendra ensuite en sourdine avant chaque minute d'intensité... Si les scènes de ménage ont une truculence (un peu Taylor et Burton dans "La Mégère Apprivoisée" à l'envers), l'équilibre, et l'intérêt aussi, résiderait plutôt dans les personnages secondaires décidés à aimer différemment.
  • GESHER (2010)
    Note : 19/20
    Temps fort et comme suspendu des "3 Continents nantais 2010" : le gesher est un animal sud-iranien à peau douce et lisse qui devient carapace à pointes tranchantes (et accessoirement, un parti politique iranien tendance centriste autodissout ?)... Le réalisateur trentenaire Vahid Vakilifar et son équipe, disposait de 20 fois 24 heures pour tourner ce docu-fiction (inspiré de situations bien réelles). S'ajouta vite la hantise que les industriels sur place retirent l'autorisation de filmer au moindre faux pas... On découvre Ghobad, Jahan et Nezam dans "le paradis du Gaz", Oslouyeh, sud de l'Iran contemporain. La raffinerie permet de ne pas crever de faim moyennant escalades, débouchages, suffocation suivis d'un sommeil dans un bout de pipeline à claire-voie. On sent bien qu'en comparaison, la cigarette, le plongeon dans la mer, le frisson de la transgression ou l'envoi d'argent à la famille font figure de loisirs. Trouver des astuces afin de respirer, arriver à tenir dans ce bout du monde dénaturé... Une créature chahutée traverse la pénombre, vite repartie. Chaque matin, retour de la côte avec sa lumière si particulière (un éclat déjà observé dans d'autres perles cinématographiques iraniennes comme "Le coureur" d'Amir Nadéri). C'est une vidéo d'un grand raffinement pictural et sonore. Les portraits de ces mâles esclaves sidère car ils n'affichent ni religion ni stoïcisme entretenu. Juste la sérénité dans ce pari de composer avec l'industrialisation aussi outrancière soit-elle, j'entends encore ces bruitages grinçants valant n'importe quelle voix-off.
  • LA PETITE VILLE (1998)
    Note : 19/20
    On sent le photographe épris d'absolu derrière la caméra de Nuri Bilge Ceylan. Découvert en dvd ce film en noir et blanc salué à Nantes, Angers et Berlin à sa sortie en 1998. Le réalisateur turc revient sur les sensations les plus marquantes de sa jeunesse. Jamais de béatitude mais un sentiment que tout file entre les doigts et qu'on n'est jamais à l'abri d'être déraciné, exilé de force et tous ses biens perdus au retour. En aucun cas album de famille. Des bribes qui tranchent avec une musique semblant ordonner de bien se fourrer dans la tête ces instants-là. De fantomatiques portraits tard le soir dans la nature, à peine un rayon de lumière, mais c'est toujours du grand art. Le dvd permet d'observer la minutie déployée pour placer la caméra exactement là où elle doit être et pas à côté (les enfants attendent sans bouger, on pourrait les croire punis si on ne voyait ensuite le cinéaste plaisanter avec eux)... Plus personnel mais de la même veine que "Climats" (2007) qui a fait couler bien plus d'encre.
  • SOME DOGS BITE (2010)
    Note : 14/20
    Prix du public Univerciné Nantes 2010. Les intentions sont louables, c'est un hommage rendu aux détresses juvéniles mais si j'ai admiré la façon de filmer ces traumatisés émergeant directement de la route ou de la nuit noire comme s'ils n'avaient nulle place sur terre, je n'ai pas réussi à me faire aux lenteurs ni aux enchevêtrements de situation, persuadée que la même histoire se déviderait sans qu'on s'en aperçoive traitée par d'autres cinéastes dont je raffole et qui se situent plus à l'est. A retenir tout de même, la scène du train. La difficulté entre jeunes gens et jeunes filles, un suspense très bien rendu mais ensuite une tournure d'événements déjà moins palpitants. Le must est bien évidemment le bébé, d'abord assis sur un carton tout seul. Ses rires et ses larmes, un vrai baromètre, bien qu'incroyablement mal porté sur le dos du cadet, bonjour les colonnes vertébrales... Nombreux moments d'attendrissement lui sont dus à ce petit, presque tout d'ailleurs et en particulier ces minutes où le grand frère le soulève en silence, on voit ses petites chaussures dans le vide, ouaille, que ça fait mal... Une grande recherche picturale, mais on ne pleure pas assez. Il manque un déclic pour que ces bonnes bouilles d'enfants perdus bouleversent pour de bon le public de tous âges, pas seulement les jeunes auxquels ce film parle forcément, rien de tel que de leur offrir du compassionnel pur, ouste les efforts et les remises en cause !
  • LE MUR (1990)
    Note : 19/20
    Les manuels d'histoire enseignent que le mur de Berlin fut "érigé en une nuit de juin 1961" : une trame bien métallique (esprit "Rideau de Fer" !) qui rendit la casse laborieuse ! Des passants s'arment de marteau et burin afin de prélever des morceaux comme on le ferait des fragments d'une météorite... D'autres se recueillent, telle cette dame collant son oreille pour capter une dernière fois les frémissements de l'autre côté, zone encore en pénitence... La scène se passe entre le Reichstag et la porte de Brandeburg... Quartiers et parfois familles coupés en deux, emplois perdus, fuyards fracassés sur ce mur, abattus ou bien arrêtés derrière les trois mètres, où existaient des dispositifs encore plus radicaux ... C'est très émouvant... Vagues silhouettes très loin de la caméra côté Est... Bien plus de vie en RFA, devant les brèches, on échange avec les gardes de RDA dont l'un manque donner ses coordonnées à une belle jeune femme blonde, la caméra l'a freiné... Passons aux lugubres sous-sol : "Alexanderplatz", qui fut une station de métro grouillante avant la séparation, surveillée nuit et jour, la grille descendue sur la sortie... Bruit de moteur qui se rapproche, mauvaise plaisanterie du cinéaste ? Non, c'est le tortillard, à vive allure sans s'arrêter, avec des voyageurs, même répétition sans doute depuis 1961 ?... Des messages d'espoir recueillis ça et là, une savoureuse tirade journalistique pour CNN, quelques blocs de pierres à graffiti sont enfin par terre ! Premier cris de libération, feux d'artifice, bière gratuite, un baiser symbolique et... la liesse ! La grande porte s'ouvre sur une marée humaine en ce novembre 1989, certains plantés devant l'objectif, conscients que c'est historique... Vue d'avion, une foule dense, des méga-concerts sont annoncés... Sauf que voici, "à même Le Mur", d'autres découvertes : entre autres, les premiers barbelés d'avant sa construction, une armée au pas de l'oie, le Berlin d'avant la seconde guerre, la montée nazie voulue par "la majorité", des personnalités au maintien raide, au passage "le petit monsieur à moustache" à l'origine des folies du monde (fracas de pierre en guise de bande-son, surréaliste mais petite oeuvre d'art !) : ces projections improvisées en attente du bulldozer permettent de réaliser la portée de cette page de l'Histoire, dont subsisteraient maintes traces encore aujourd'hui çà et là... Plus loin, quelques gravats épars en pleine campagne, là où les clochers égrènent les heures au milieu des gazouillis d'oiseaux, une frise proche des dessins d'enfants : six pans de mur dressés vers le ciel témoignent... Imaginons "die Mauer" debout en 2009, la Russie demeurée URSS, le monde entier aurait quel visage ?... Certes, là ou ailleurs, on mesure la lâcheté d'enceintes érigées pour enclaver les populations égarées par le discours économique de sanguinaires, voire de psychopathes... Cependant utile de se remémorer le "Pont Aérien" berlinois par les alliés en 1948 afin d'éviter le blocus, la fuite incessante des populations allemandes d'est en ouest jusqu'aux années soixante et qui conduisit les pouvoirs de RDA (très "russifiés" comme on sait...), à couper Berlin en deux le 13 août 1961 : du moins, le "Mur de la Honte" empêcha-t-il les autorités soviétiques de s'accaparer la ville en totalité !
  • ANOTHER YEAR (2010)
    Note : 18/20
    Très appréciée en avant-première au Cycle britannique Univerciné Nantes 2010, cette intrusion dans l'intimité d'un couple à grande santé psychique : Tom et Gerri (on jurerait un vrai chat et une vraie souris !) sont conscients d'être en dernière ligne droite et tiennent à faire au mieux avec leurs acquis. Soudés par le même amour de la vie et un intellect entretenu hors des croyances abêtissantes. A l'image de leur potager inondé de lumière quelle que soit la saison. Chez eux, de fins repas, de bons vins, des conversations fructueuses, autant dire la maison du bon dieu. Le climat habituel de Mike Leigh est présent mais la caricature est beaucoup plus fine que ce que j'en connaissais. Par exemple, au lieu de la pétillance de "Be happy" qui bousculait le mal-être avec son juvénile "je sais être heureuse moi", on a la tranquillité de deux âmes aguerries, sans illusions, persuadées qu'on peut transcender bien des situations avec de la chaleur humaine, au besoin un peu d'adresse (malins aussi les deux vieux !). Un humour débonnaire, des balises pour éviter la fausseté, et surtout cette volonté de compromis. Se glissent quand même des minutes graves, la confidence d'une éclopée dont on se demande si elle se souvient seulement d'une seconde de joie dans sa vie. Evidemment, "nobody's perfect" même le plus charitable... Les travers de tous, inclus le couple modèle se révèlent par la caméra qui s'approche doucement sur un visage, s'attarde... Entre autres Gerri, l'épouse raisonnable, y a droit et forcément la célibataire Mary, si avenante mais plombée d'avance par sa mendicité affective (un rôle en or pour Lesley Manville) !
  • JOUER LES VICTIMES (2006)
    Note : 18/20
    Pièce de théâtre à l'origine : une reprise du genre alerte, avec plusieurs scènes franchement hilarantes. Ensemble filmé avec beaucoup de finesse, l'image est remuante mais lisse, quelques dessins animés intercalés, au trait vengeur : il est question de meurtres à élucider, humour noirissime sur le mode comique de situation, avec des dialogues souvent cocasses, à moins d'être vraiment mal luné ou très très raisonnable...Le point culminant est bien la diatribe de ce policier, ah, si les flics disent ce qu'ils ont sur le coeur ainsi, il y a de l'espoir ! Avec l'air de traiter le conflit de génération, celui-ci crache tous les maux des sociétés actuelles se vidant de leur histoire en même temps que de leur sens (la Russie, mais pas seulement), le travail d'aujourd'hui peut rendre stupide ou fou, le pire est bien que sa tirade provoque toujours plus de rigolade dans la salle... Voici maintenant que le jeune Valentin, "spécial" mais bosseur, se voit reprocher par son oncle (et beau-père) son gagne-pain, soi-disant "indécent pour se marier et avoir des enfants"... Aïe-aïe-aïe, la jeunesse doit travailler, prendre le boulot qui se présente sans discuter... Exécution ! Mais le revers est qu'à force de répéter des consignes absurdes, créer un numéro bien à soi peut devenir réflexe!
  • MICHEL PETRUCCIANI (2011)
    Note : 18/20
    Excellent documentaire qui replace le personnage de Michel Petrucciani. Le plongeon dans son passé aide à comprendre ce miracle de la volonté (alignant plus de 200 concerts annuels d'affilée quelque temps avant de se résigner à sombrer, exténué, à 36 ans...). Les extraits de concerts vont crescendo, c'est de plus en plus émouvant, jamais tire-larmes... La caméra s'accroche au jeu des deux mains dont les os plus légers que la normale auraient permis cette prestidigitation aux claviers. Porté comme un enfant par son entourage, célébré partout jusque chez le pape, le prodige, travailleur acharné pour gommer ses misères internes, avoue avoir d'abord été stimulé par les touches du piano qu'il prenait pour des dents rigolardes. Il commettait aussi de petites méchancetés et de sérieux écarts, autant de coups d'accélérateur pour accomplir ses rêves dans une existence d'avance périlleuse. Une certaine exemplarité au bout du compte, impression renforcée par les images finales, d'une élégance qui désarme.
  • NE TIREZ-PAS SUR LE CERF-VOLANT (1989)
    Note : 19/20
    Classé parmi les oeuvres pour la jeunesse, voici un plaidoyer pour les tout-petits (2 à 3 ans d'âge) vivant en prison pour raisons familiales. Les adultes seraient bien inspirés de s'attarder sur les trésors d'imagination déployés par la détenue Inci pour garder en vie Baris, une chance que leurs âmes se répondent, car il faut faire avec les moyens du bord, en particulier une mère qui a ses nerfs et, comme modèles d'hommes, les chasseurs de ce cerf-volant, symbole, avec les oiseaux, d'un semblant d'extérieur. Emouvant au possible, jamais misérabiliste, ce voyage dans l'incarcération aide à mesurer combien c'est cruel d'enfermer les jeunes cerveaux dans un univers réduit, mais aussi que la créativité peut avoir son mot à dire, y compris lors des adieux à la bienfaitrice libérée, suffit que les symboles s'animent des meilleures intentions... L'interprétation du petit bonhomme est remarquable de naturel. Sa silhouette trottinant dans les couloirs les mains dans les poches et son visage en gros plan aux moments de vérité resteront longtemps hanter le spectateur. Sorti à la Médiathèque des Trois Mondes en vidéocassette, dommage que ce film se restreigne au seul public de l'enfance car il constitue un enseignement sans prix pour l'âge adulte !
  • 7H58 CE SAMEDI-LÀ (2007)
    Note : 18/20
    Grands cabossés de la vie, vieux dinosaures, adeptes du mémorable "Douze hommes en colère" notamment, vous devriez vous cramponner à votre siège devant ce hold-up surréaliste et ses répercussions... Humour macabre indispensable. L'histoire s'adresse moins aux spectateurs lisses (risques de baîllement, sauf exception, vous l'apprécierez sans doute ultérieurement). Sidney Lumet, 83 ans au compteur, s'attaque à la déchéance du monde des affaires outre-Atlantique par le biais d'un chagrin juvénile mal digéré, qui conduirait à comploter entre frères en faisant abstraction de tout sens moral. Une santé consternante ! On se croirait avec Woody Allen par moments, des scènes de panique pimentées comme jamais... Surprise, au début, par ces retours en arrière impromptus et surtout leur réajustement en douceur avec l'intrigue : se laisser guider, tout est comme pré-mâché... On est proche d'un classique des années cinquante/soixante dans la façon de filmer, mais la technique d'aujourd'hui est omniprésente. Une construction remarquable, des méandres trompeurs, il n'est pas possible de deviner à quel point Lumet va ruer dans les brancards... (Je trouve que la bande-annonce, peu attachante, ne reflète absolument pas l'ambiance du film). Ensemble d'une grande finesse, acteurs tous exceptionnels, bande-son très douce, trop douce, la v.o. est indispensable pour capter chaque seconde, relayée en cours de route par l'oeil paternel implacable, que je n'aurais jamais osé imaginer. Ce thriller d'un noir d'encre semblerait boudé par les grandes salles, trop corrosif ?
  • GRAN TORINO (2008)
    Note : 19/20
    Il donnerait envie de chiquer, tellement on n'est pas à ça près avec Clint Eastwood... Beaucoup d'autodérision délibérée, ça fait du bien par les temps que nous traversons, où bientôt dire "un juif" ou "un noir" sera insultant ! Walt, natif cabossé plus à l'aise avec sa douce chienne Daisy qu'avec ses propres enfants ou petits-enfants, souhaite qu'on lui foute la paix depuis son veuvage récent, sauf que la communauté asiatique est majoritaire dans le quartier, pavillons à touche-touche, plus tous ces gangs de jeunes en recherche de sensations... Si on est poli et bien lisse, qu'on ne rit pas du tout de ces aversions spontanées, on peut s'en tenir au cabotinage eastwoodien testamentaire et croire tout plié dès les premiers plans... Ce serait escamoter cette distance que le cinéaste prend avec lui-même pour entraîner vers des observations sur l'art de transmettre dans nos sociétés cosmopolites... Un humour grinçant, mais qui fait respirer... Les prises de vue semblent sortir du sol, on croirait notre homme mort, allongé caméra à la main, en train de servir ses observations. Ici cinéaste autant qu'acteur : un faciès de pittbull grommelant, l'oeil aigu du vieux fauve marquant son époque... Il a bien noté le penchant humain primitif, asticoter autrui, surtout s'il est calme, indépendant, ou encore appuyer les faiblesses plus par rapacité que charité... Le cigare mâchonné s'est changé en une chique crachée en larges salves brunes. Seule la voix, révélatrice des séquelles globales, va faiblissant, prête à l'extinction. Qu'importe, il a beau faire dans la malséance, dans le masochisme aussi, le bonhomme est presque plus fringant à 78 ans qu'à 60. Ce film rebat les principales cartes qu'il a jouées, le cow-boy, le flic implacable, le flegmatique irrésistible : une tôle dure abritant un palpitant qui l'est beaucoup moins.
  • LES CHATS PERSANS (2008)
    Note : 17/20
    Iran 2009, la population actuelle compterait environ 60 % de moins de trente ans, tous ou presque idéalisant la modernité d'occident (un peu comme les Pays de l'Est du temps de l'emprise soviétique ?). Bonne humeur globale. Les musiciens "inspirés par le diable" se lâchent devant l'objectif : au verdict "prison et coups de fouets", pleurnicher s'avère payant (ou l'équipe de jeunes réalisateurs s'est fait plaisir ?)... Une caméra pleine de fougue suit ces baîllonnés qui n'en sont pas, de sous-sols divers à une étable contaminée, on se hisse à des hauteurs sans balustrade pour l'éternelle course après visas et passeports. Mais l'espoir semble plus feint que réel... Quelques pépites dans le fourre-tout musical : une voix soul féminine prend aux tripes, une gueulante façon blues américain retourne les sangs, idem ce chanteur-guitariste avec ses tout petits élèves, transmission d'une passion en lieu et place de religion ? Nettement mieux dans la langue locale, plus authentique tout en gardant la fluidité de l'anglais). Peur d'étouffer, d'être oublié par le reste du monde, de n'avoir pas vécu en somme... Les Beatles et dérivés les ont bercés, on entend aussi une version de notre "anti-social" métal, un somptueux "rock-indie" cool avec ballet masculin, leur revendiqué "rap-kon" aux accompagnements chaloupés, d'autres moins inspirés ou franchement mauvais : un ensemble toujours sacralisé parce qu'interdit !... Bien capter les paroles sous-titrées, "des voix remontées d'un puits", ou "des rêves pour réalité"... Certes enfermés sur leur sol par d'irascibles conservateurs et tricheurs, mais j'y retrouve aussi l'illusion adolescente, croire à l'eldorado systématique hors de ses chaînes originelles, si c'était aussi simple ça se saurait !... .
  • REBELS WITHOUT A CLUE (2009)
    Note : 13/20
    Projeté à "Univerciné britannique" Nantes décembre 2010. Ces copains à l'affût d'un bon coup à faire font un peu far west, c'est assez attirant d'entrée de jeu. Or, même s'il y a de l'action, du dialogue, on peut s'ennuyer ferme après un quart d'heure. Les acteurs campent pourtant très bien ces jeunes de seize ans. On croirait un Ken Loach "pour exercice". Ou alors en se bouchant les oreilles afin de focaliser sur les beaux paysages en plans extra-larges, couleurs éclatantes et mouvements de caméra judicieux ? Je me souviens qu'ils ont juste un tout petit peu avancé dans leur tête, que les dégâts sont considérables parce que les parents hein, fallait se les farcir. Sauf que "l'âge ingrat", la grosse crise ado décrite par le menu, s'il n'y a pas autre chose, bof... Le regard d'adulte m'a paru beaucoup trop identifié à la psychologie juvénile. On sent la volonté de séduire ce public-là, sûr de pouvoir s'identifier et tant pis pour les autres. Trop réducteur.
  • OCTUBRE (2010)
    Note : 16/20
    Sur la table en travers de l'écran (cinémascope), une première ironie : la chaise de gauche à ras du sol par rapport à celle de droite sur laquelle trône l'apparent décisionnaire... Ensuite, où qu'il soit, chez lui, sur un lit de passage ou dehors, la douceur de la photo fait qu'on lui emboîte le pas. Il y a cette rue sombre avec plein soleil en arrière-plan. Cette paroi turquoise fluo ou ce blanc nacré qui tranche avec les bruns rosés déclinés sur tous les tons. La disposition de chaque objet vise l'épure. Pire qu'un peintre jamais satisfait. Cette ambiance de spécialiste lasserait sans le détail qui vient émoustiller : au premier plan, un panier qui bouge. Ah ah, cette découverte, couteau en main, d'un être innocent ! Tout comme l'arrivée de la mante, la taille ceinte d'un cordon de moine... Beaucoup de chaleur humaine dans ces portraits finalement. La fréquente plongée dans la chambre fait comme si on était chez soi, surtout quand la petite tête s'agite sur l'oreiller... Quant aux processions, aucun malaise, elles durent peu et enveloppent de leur halo orange ces solitaires en recherche de béatitude. Le seul reproche serait ce rythme du début, il faut s'y faire. A retenir la photo de famille, elle vaut son pesant de "touron". Egalement au rendez-vous cette caractéristique d'Amérique Latine de partir de la vertu pour rallier l'obscène (le verre d'eau !).
  • LE RÊVE DE CASSANDRE (2007)
    Note : 16/20
    Différent des deux précédents de la british trilogie : un autre revers de la délinquance est traité. Une forme de variante de "Matchpoint", dont la morale était d'un cynisme sans doute pesant pour le cinéaste. L'ambiance en est toutefois comparable : la jeune fille jouant au théâtre, on dirait Scarlett Johansson version brune, par exemple. Mais alors ici, l'anglais parlé par les deux acteurs, dont l'un est irlandais et l'autre écossais, a un de ces accents de faubourg ! Découvrons ces deux frères avec leurs dulcinées, l'un peu sûr de lui qui craque tout et l'autre, qu'on jurerait plus solide, ce petit magouilleur d'hôtels américains... Le suspense se situe dans les préparatifs, dont chaque détail compte, cette famille tributaire du Tonton made in China a un côté conte de fées... Arrive un étrange complot à trois sous les arbres pour se protéger d'une pluie battante, drôle d'idée, qui sent le soufre. Après, rien ne se passe comme prévu, le pire c'est que j'ai atrocement jubilé ! Grâce à l'alchimie du pince-sans-rire Woody, et pourtant il fait une nouvelle fois dans le tragique... Cette saga serait éventuellement à rapprocher du dernier Lumet "7h58 ce samedi-là", deux frères également accrochés au magot familial. Les deux dvd peuvent offrir l'occasion de charmantes discussions dans les chaumières et, pourquoi pas, dans les voiliers !
  • NOS RÉSISTANCES (2010)
    Note : 17/20
    Les anciens combattants, les résistants de tous bords vont hurler face aux libertés prises par ce cinéaste de 25 ans avec la Résistance française... Moins les sceptiques, les convaincus que l'humain est un être double si les circonstances s'y prêtent, les documentés personnellement hors des manuels scolaires : ils devraient se dire "enfin" ! Enfin un film osant montrer qu'on n'a pas tous le patriotisme automatique. La jeunesse goûtera particulièrement la mise en scène, habile à capter au vol le dialogue dont le sous-titrage n'aurait pas nui... Quand même un brin "gore" le soin au blessé (images hilarantes à force de réalisme !). N'empêche, les secousses vécues par François (19 ans dans le film) chavirent bel et bien le spectateur le plus endurci. Des façons empruntant à la jeunesse contemporaine mais qui tendent vers l'universel. On sent la grande maîtrise photographique de Romain Cogitore. D'un côté les Vosges sous tous les angles et de l'autre des intérieurs labyrinthiques avec ces surprises derrière les portes... Ce réflexe de se terrer... La bande son de hip-hop et classique personnalise l'ensemble sans jamais heurter l'oreille. Finalement beaucoup plus respectueux qu'il n'y paraît.
  • JE NE PEUX PAS VIVRE SANS TOI (2009)
    Note : 18/20
    Découvert au 32ème Festival des Trois Continents nantais (2010). Quand la télé filme le duo prêt à se jeter dans le vide sur le pont (inspiré d'un fait divers de 2003), il plane une façon de filmer "années Cinquante". Que ce soit le travail sordide chez ce patron qui s'endort ou le deux-roues brinquebalant, on se demande bien à quelle époque on est au début. En même temps, on apprend que "c'est illégal qu'un père vive avec sa fille", la bureaucratie taïwanaise exigeant double autorisation pour l'école. Le statut de père-célibataire ne peut être invoqué à Taïwan tellement la féodalité a laissé son empreinte... En attendant, le père (acteur non professionnel !) et sa fille (petite perle d'eau toute en retenue) constituent un tandem attachant. Ils échangent peu mais assez pour s'imprégner mutuellement face à l'adversité qui les frappe depuis qu'on fait payer aux pauvres... l'abomination d'être pauvres. Ainsi, le spectateur a tout le temps de désespérer dans le labyrinthe de l'aide sociale, entre hôtesses récitantes et vieux copain influent mais mollasson. D'autres plongées en apnée avec le visage de la petite fille en flash-back rapprochent de l'issue... Des ralentissements un peu forcés parfois, mais la finesse des derniers plans et même le sirop musical qui l'accompagne forcent le respect... Par ailleurs, rien n'interdit, dans ce désir de soudure inconditionnelle à un "enfant-moteur", de voir la volonté de résistance du peuple taïwanais (sortie du film en 2009, l'Ile de Taïwan venant d'être à son tour touchée par la récession économique).
  • INCENDIES (2009)
    Note : 15/20
    Quelques moments bouleversants (l'incendie du bus, les cris féminins, la naissance) et une photo superbe dans des paysages où on se sent aussi minuscule qu'une tête d'épingle. Il y a aussi un instant de vérité saisissant : ce visage masculin en gros plan, plus ferme que tous les autres. Se glissent des minutes intenses sur un ensemble finalement un peu raide. Bien trop lent, amené de manière artificielle : car le parcours se devine un peu trop comme un jeu de piste avec étapes bien visibles, trop... Les raffinements de cruauté des guerres sont pourtant envoyés en pleine face tels quels (mais ça ne suffit pas pour captiver)... Les portraits en pâtissent, comme s'il était obligatoire d'être ternes quand on représente socialement la marque de l'ennemi. Un genre d'insulte à la maternité ? Si on n'était pas féministe, l'occasion de le devenir. A déplorer, que les jumeaux soient aussi peu attachants. On compatit mais sans entrer vraiment dans le film.
  • JOUR ET NUIT (2004)
    Note : 16/20
    Stimulant de revoir un tel chef-d'oeuvre, en plus que ça permet une seconde lecture : certes toujours un peu lancinant pour nous autres occidentaux, mais carré, très au point : photo parfaite, aucune surcharge, l'action se déroule en toute logique, à l'exception de ce nuage noir tout au fond de l'image, qui surprend... C'est toujours bourré de générosité, encore plus palpable sous l'austérité des rôles à tenir, et de la rudesse du froid en Mongolie (l'équipe de tournage aurait souffert mille morts des conditions climatiques)... Incroyable scène de l'aide à s'habiller contrastant avec les privautés nocturnes, mais on sent bien qu'il y a accord tacite (le chef dit carrément à sa femme quoi faire !). Charmant rappel aux consciences : toujours écouter sa petite voix intérieure si jamais se pointe le "tu ne dois pas"... Wang Chao filme la crudité des situations que la pulsion de vie engendre (brutalité des ébats avant civilisation progressive !). La gueule du fils, d'une tristesse de basset sur fond de mine ferait presque rire s'il n'était aussi gentil... La notion de destinée très présente au départ semble laisser place à davantage de libre arbitre. Etonnant comme le personnage principal va trouver à s'affranchir de sa faute à l'initiative de la jeune promise, l'ultime entorse vers une élégante éclipse !
  • UN JOUR SUR TERRE (2007)
    Note : 15/20
    il est trompeur avec sa bonhomie séculaire. Toutefois, à mon avis, du temps des reportages de Frédéric Rossif, on pouvait croire que l'ours polaire folâtrait au soleil, la chasse étant l'exercice bienvenu pour des repas réguliers. Moins aujourd'hui, en tous cas si l'on parvient à croire à ces images et au commentaire plaqué dessus, la nourriture deviendrait inadaptée, la banquise se rétrécit de toutes parts. Au sortir d'une instinctive hibernation = mourir noyé ou de faim, pire, finir tué par ses proies ! Voilà pour le Pôle Nord... Bien plus au sud, des éléphants en marche longue distance trouvent au bout d'une trotte conséquente, l'eau, non sans avoir bravé, de nuit, les lions... Ces deux situations résument la grande modification en cours. Renversement de tendances, les animaux jusque-là sans prédateurs, de plus en plus fragilisés, et ça fend le coeur ... L'observation des autres catégories animalières est spectaculaire, mais sans de telles "remises en question" ces dernières années (caribous, grues, baleines). Nouveauté commençant à faire du bruit, sur notre planète coutumière de variations de températures au fil des siècles : le réchauffement climatique serait monté en flèche à partir de 1850, début de l'industrie à haut rendement. Nulle accusation directe susurrée par la voix de fée d'Anggun, sa pointe d'accent dans un commentaire français feutré, digne d'un conte pour la jeunesse (au moins, c'est accessible à tous, aux petits notamment) : beau voyage en même temps, avec ces plantes poussant en quelques secondes, les nuages vite balayés... Rappel que le temps passe, inexorable, sur notre triviale actualité et, en simultané, sur cette nature qui n'a rien demandé : miraculeuse, cocasse, pas toujours tendre, mais en péril certain, sans doute avant l'heure, par l'entremise des nouveaux penseurs du CAC 40 pour une large part (et si peu par les robinets laissés ouverts lors du brossage de dents, entre autres couleuvres à avaler)... Des fous inconscients, sado-masochistes, sauf que la nature aura le dernier mot, voilà ce que j'en retiens, avec aucun besoin de me flageller. La présente ausculation de notre Globe, laisse entendre qu'un virage à 180 degrés serait encore possible... Moins impressionnant que "La Planète Bleue" (vu en v.o.)avec son terrifiant périple dans les abysses, ce serait plus une variante de "La Planète Blanche". S'en imprégner au mieux, pour affronter la suite, en particulier pour les générations en marche.
  • LA PLANÈTE BLEUE (2003)
    Note : 17/20
    dans le genre, c'est à ce jour ce que j'ai vu de plus saisissant, et tout n'est pas forcément alarmiste, quantités d'espèces resteraient toujours à découvrir (le tout est de croire ou non à ce qui est raconté, ça ne se commande pas)... Disons que, tant pis pour les perfectionnistes, les froussards (?), s'ils s'ingénient à prendre pour des faussaires les intrépides se risquant à ce genre d'exercice à l'heure où la Terre a une petite fièvre, qu'ils aillent faire le planton avec leurs caméras et leurs micros devant ces paysages, qu'ils descendent donc eux-mêmes dans les abysses, qu'ils trouvent les meilleurs commentaires et les musiques les plus appropriées ! Pour ma part, je reste baba face à cette actualité-là, admirative des auteurs de la démarche, indulgente sur les à-côtés, encore plus quand je me dis que ça se passe simultanément à notre petit passage d'humains un rien somnambules, toutes ces merveilles et toutes ces horreurs... Il semblerait que la notion de territorialité reste un trait commun entre l'homme et l'animal, quelle que soit l'époque. La v.o. anglaise m'a à la fois éblouie et terrifiée (les orques d'entrée de jeu, par exemple, et aussi cette caméra au fond de la mer, noirceur et bestioles translucides multicolores, brrrrrrrr !!!).
  • DESSINE-TOI (2010)
    Note : 15/20
    Rêvons un instant que les adultes s'y collent, dessinons notre moi intérieur représenté par un corps, un habitat... Trêve de plaisanterie, il y a des hauts et des bas encore dans cette escapade au gros feutre noir sur vitre. Certes, ils sont tous craquants ces petits, qu'ils rient, se fassent prier, ou laissent deviner leur malheur, cette difficulté à représenter quelque chose ou alors si minuscule... Dommage de s'être cantonné à un style de feutre sur une vitre. Passé une demi-heure, l'attention se relâche, on veut l'animation après l'esquisse, ce tracé blanc sur fond noir qui ouvre sur tous les possibles. Beaucoup plus palpitant. Mais hélas avec un goût de trop peu. Car retour au carreau et rebelote le gros feutre noir. Plus d'une fois, on a envie d'apporter sur l'écran une boîte vide de camembert, un bout de carton, du papier d'emballage et surtout des feutres couleurs.
  • LA PIVELLINA (2009)
    Note : 17/20
    Oeuvre italo-autrichienne projetée au dernier "Univerciné" nantais et repartie bredouille, quelle erreur !... La dame aux cheveux rouges appelant son Hercule tenait pourtant ses promesses dès la première seconde... A peine deux personnages frôlé du côté des balançoires et on se dit qu'on aurait nous aussi parlé à la petite, et sans doute gardée la nuit... Pour moi, ce film, d'un naturalisme dardennesque flirtant avec le néoréalisme italien, anticipe sur les liens familiaux hors du sang, postulat d'une société plus adaptée, pariant sur la pulsion d'embarquer les enfants perdus (on ne le fait aujourd'hui que pour les animaux !)... Avec une bambina craquante comme Asia Crippa (grands yeux tristes emportant immédiatement l'adhésion !)face à une matrone de cirque comme Patrizia Gerardi (bourrue au grand coeur), cette complémentarité dès la première seconde va de soi : appeler la police serait sacrilège (d'autant plus que ce couple de forains traverse une mauvaise passe). La manière dont c'est filmé, caméra portée au plus près de l'action ou de l'inaction, attache à cette famille réinventée mais qui marche mieux que bien des vraies. Une fillette parachutée dans la débrouille, chez de faux-durs structurés... (Voilà qui peut faire penser à des parents de substitution momentanés de sa propre enfance qu'on a trouvés plus capables - voire plus aimants - que les légitimes). Non seulement il lui est fait une place, mais on lui parle, elle n'avait pas l'habitude ! L'issue, toujours ouverte, laisse le spectateur à ses pensées. .
  • DES TEMPS ET DES VENTS (2006)
    Note : 16/20
    A la fois tendre et redoutable. Filmé avec minutie. Infinie poésie des cieux nocturnes et de ces vents diurnes, autour de cette tour parlante (rappelant les petites églises hexagonales). Finesse picturale de ces enfants figurés "à terre" suite aux chocs. Pépiement des oiseaux rappelant que la vie s'égrène... Naissance d'un veau plus riante que reproduction des humains, présentée comme source d'émotions perturbante (adorable petit favori du père, mais aussi ce bébé qui pleure et finit par tomber des bras de sa jeune soeur d'office seconde maman...). La nature, l'intérieur des habitations bien mis en valeur, peut-être enjolivé, la niaiserie toujours évitée grâce à une ironie sous-jacente, par exemple autour de l'institutrice. Etrange qu'ils soient en bord de mer sans jamais aller à la plage ou pêcher... Atmosphère entre fraîcheur enfantine et ténèbres (monde adulte pas très affriolant !). La dramaturgie musicale figure le poids de naître près d'adultes terre-à-terre pleins de projections... Fibres paternelles plus ou moins réussies, les femmes s'en arrangent, seule l'aïeule ose enfin l'ouvrir... Traditions ancestrales possédant aussi une part d'altruisme mais on devine que "l'extérieur" pointe le bout de son nez (radio et télé absentes toutefois) : j'ai beaucoup aimé qu'après chaque éclat, le réalisateur prenne une position d'homme adulte. Dommage qu'il y mette autant d'âpreté avec cette manie de marteler au lieu de faire diversion, mais c'est le grand défaut du jeune cinéma turc actuel !
  • LA ZONA (2007)
    Note : 15/20
    Rediffusé dans cadre Festival du film espagnol, 17 mars 2009 au Katorza nantais. Description d'un microcosme privilégié vivant en surplomb de "la pègre" : caste réglant tout en privé, des pots-de-vin si jamais la police se pointe, le big boss des flics fixe lui-même le montant des chèques. Un milieu qui donne envie de cabanes en haut des arbres, loin de la civilisation... D'instinct, on va s'attacher aux rares vertueux de l'histoire, tout est fait pour... Jeunes envahisseurs écrasés, nantis têtes à claques, oui mais pas tous, dans chaque camp se trouve une âme plus pure que la majorité. La palme revient forcément à cette bouille craquante échouée là, il a besoin de baskets, fichtre, attention au protocole... J'ai mis du temps à accepter l'étau (démange une furieuse envie d'ouvrir en grand toutes les voies privées de nos villes avant que cette exclusion inhumaine devienne la norme, comme un jet de "fly-tox" sur moustiques)... Va et vient de l'écran de contrôle au noir dédale, tension dans les appartements, désaccords de ces messieurs-dames dans une salle réfrigérante, l'apnée est presque totale, à peine le temps de reprendre ses esprits : l'anniversaire, ce papa jouant au légo avec fiston... L'art de vivre traqués, sciemment, collectivement, nous devrions saliver en principe, Big Brother se charge du reste... Etant donné l'aspect enchevêtré, bien vu de revenir sur l'épisode déclencheur, ce pan de mur qui tombe... Par contre, la musique funèbre tout au long de la démonstration est en surdose et j'ai trouvé grotesque de faire du flic le plus droit un pourri de dernière heure, les femmes de toutes conditions devraient lever le poing !
  • UNE EXÉCUTION ORDINAIRE (2009)
    Note : 18/20
    Premier mais impressionnant film en droit fil du livre (il faudrait choisir l'un ou l'autre car ils seraient copies conformes ?). La peur qui cloue sur le siège, sans effusion de sang, sans artillerie lourde. Juste des effets d'étau, on est d'abord moyennement serré (avec des bémols pour reprendre son souffle...), on ne mesure pas la machination du système tout de suite. La facture peut paraître classique à certains, je trouve que cela colle bien au début des années cinquante soviétiques. Etrange, mais aucune souffrance du fait que tout soit en bon français, avec l'ambiance de polar noir... C'est, paradoxalement, un film qui semblerait ennuyer les amateurs de terreur à grand renfort de tumulte et effets spéciaux. Glacial, statique, au contraire, qui glace les os (2010 s'accommoderait-il mal de ses hantises ?)... Superbe échantillon de ce qu'un régime totalitaire fabrique par les caprices d'un seul ! Staline, ici vieille mécanique froide, suggère un autre tortionnaire à moustaches. On sue pour cette belle jeune femme (Marina Hands) et son mari (Edouard Baër). Quant au sort des parents de la dame, le trou noir... Lorsque "purger" devient un feuilleton intime palpitant... L'acteur André Dussolier, pipe mâchonnée, oeil torve, campe le sidérant patriarche, le chef des rats dans le labyrinthe. Ses tirades donnent la nausée. Autre bon point en plus de l'ambiance à la frontière du fantastique par moments, les personnages secondaires (Denis Podalydès, Tom Novembre, et cette tête à claque de médecin intermédiaire...). Une tenaille qui rafraîchit la mémoire et autorise à s'estimer heureux dans son coin tant qu'un psychopathe reste à l'abri du pouvoir absolu.
  • LES ÉGARÉS (2003)
    Note : 17/20
    Loupé en salle à sa sortie, je suis enchantée de la découverte en 2008 grâce au dvd (que je vous recommande aussi pour l'explication énergique de l'auteur du livre, Gilles Perrrault, favorable aux modifications que demande l'adaptation au cinéma). L'action démarre assez lentement mais avec ce réalisme qui flanque la terreur, sans scènes trop effroyables toutefois, la petite fille, son pouce et sa litanie rassurent. Et plus l'action se déroule, plus on a peur de nouvelles violences... Réussite picturale totale dans cette campagne ensoleillée, avec ces bains et le linge sur le fil. Jeu parfait des acteurs. Dialogues intelligents, cette instit répond aux gosses sans complaisance, pète-sec par moments... Lucide mais animale comme on l'est en pensant mourir à la minute suivante. Au chapitre sexuel (qui a tant froissé les Cannois), Ivan ébloui par la féminité se réfugie dans la seule pratique qu'il connaisse afin d'éviter aussi une maternité peut-être ! Enfin, le dénouement et le mensonge maternel signent le retour à la vie réglementée : là aussi, le dvd est un baume rien que pour l'interview commune de Téchiné avec le jeune Gaspard Ulliel, jeune homme bien en vie et très prometteur, je regrette son absence du grand écran depuis !
  • LA RÉGATE (2009)
    Note : 19/20
    Palpitant à suivre, l'aviron en intérieur pour la performance, en eau douce ou sur mer, bref, l'aviron comme si on y était ! Certes, gla-gla pour qui a le malheur de tomber souvent dans le bouillon !... A graver dans les mémoires (d'ici le dvd) la liesse de cette course avec les vélos sur la rive de concert avec les pirogues mais en sens contraire des rameurs, très jolis cadrages, ces bruits des pagaies sur l'eau, une musique comme sous tension légère, voilà que ça déménage, coach qui s'égosille, encouragements des amis, quel magnifique moment ! Pas une seconde d'ennui, car le lien paternel occupe, donne la rage. Père refusant que son fils lui échappe, caractériel, armé de l'indigne "on avait dit qu'on n'en parlait plus" après ses frasques... A moins d'être masochiste au dernier degré (ceux qui le disent "aimant quand même"), chacun brûle de le conduire d'urgence chez le psy ! D'un côté le sport et l'amitié progressive, et de l'autre ce venin supposé "taquiner" le jeune en construction... On admire et on peste sur son siège... Enfin une crise, les plus durs ne sont pas ceux que l'on croit... Très attachant Joffrey Verbruggen, vite qu'on le revoie bientôt ! Grande sensibilité globale, Bernard Bellefroid "vide son sac" avec un naturel confondant : on jurerait qu'ils ont tous fait équipe sur les plans d'eau depuis toujours, Sergi Lopez en tête !
  • J'ATTENDS QUELQU'UN (2006)
    Note : 17/20
    Caravaca/Devos/Darroussin magnifiques de justesse... Mais c'est surtout Sylvain Duaide et Florence Loiret-Caille qui entêtent pendant et après le film (personnalités très bien mises en valeur par les plans de visages et de silhouettes). On voudrait les voir et les revoir encore, sublimes dans leur tristesse de beaucoup tâtonner et ce doute qu'une bonne fée passe les arracher au vide répété des jours ou à des attirances stériles. Contrairement à l'innocent chien noir qui traverse l'histoire avec bonhomie, tous les personnages veulent garder l'amour une fois qu'ils l'ont éprouvé (au besoin par une fuite très digne). Jérôme Bonnell a beaucoup de classe et ce don de consoler du banal quotidien qui inquiète, patine, chagrine... en donnant à voir, plutôt que des psychopathies, ces miracles que sont les rencontres avec l'autre, muré autant sinon plus que soi-même dans sa solitude intérieure.
  • CIAO STEFANO (2007)
    Note : 15/20
    Le titre français sera finalement "Ciao Stefano" : sous des dehors loufdingues et avec plein d'accolades méridionales, on suit ce dernier dans son pélerinage familial à la suite de sa déconvenue sentimentale. Les parents retraités loin d'être des monstres, ont délégué l'Entreprise de cerises à l'alcool à son frère, bon gros dépassé par le burlesque professionnel berlusconien actuel, mais contaminé par les ambiances "grand huit" dans les foires. Chacun des membres de la tribu affirme que tout va bien, toujours suspect... Somptueuses actrices à regarder : Caterina Murino et Anita Caprioli, les dauphins aussi sont vibrants à leur manière... Beaux spécimen masculins aussi, je pense au prêteur de la dernière chance et surtout au ténébreux suicidaire avec ses yeux clairs et humides dans son cuir noir... Sauts au ralenti, complicité avec les enfants, nécessité du défoulement face au vide ?... Le spectateur rit mais se demande s'il a quarante de fièvre ! Je trouve qu'il y a UN moment pathétique concernant l'identité du héros, cela en dit long sur l'autorité féminine suprême, celle du ventre, et qui fait aussi du dégât... A travers Stefano, j'ai situé le désarroi de l'Italie actuelle, les adultes lucides qui morflent du néo-libéralisme fou, avec sa perte de sens, pas le libéralisme des parents, la petite affaire familiale est présentée comme respectable. Une réflexion profonde derrière cette confusion (un peu pesant de ne comprendre qu'au fil répété des à-coups...) une ironie à décrypter par chaque spectateur, heureusement le quotidien reste assez bon enfant.
  • LE REFUGE (2009)
    Note : 19/20
    Depuis "Sous le sable", j'attendais aussi bien mais ne trouvais que fulgurances ça et là chez Ozon... C'est enfin chose faite avec ce "Refuge" qui, malgré son volet "junkies", semble un hymne à reconsidérer les familles, des liens du sang aux apports extérieurs, ce sujet que la disparition brutale d'un pilier force à explorer. A coup sûr dérangeant pour les belles et grandes familles où tout marche comme sur des roulettes... Une fois la chambre fatidique quittée, presque tout est filmé dans le sud de la France, de très beaux plans avec éclairage naturel, une scène forte devant les vagues... Aperçu du caractère versatile des grands drogués au passage, leur prostration, leurs sautes d'humeur : on ne s'attendrait pas à une embellie sans le personnage de ce frère, douceur incarnée. Certes, il s'agit d'un film, pas de la vraie vie faite de pressions multiples. Il n'en reste pas moins qu'Isabelle Carré et son beau autant qu'insaisissable partenaire (le compositeur Louis-Ronan Choisy) donnent à voir l'amour véritable "qui apprend à vivre seul", vaste programme !  .
  • LA TISSEUSE (2009)
    Note : 16/20
    Plusieurs lectures possibles, on peut étendre cette catastrophe au peuple chinois actuel, ou même à davantage si l'on considère les ravages réels de "la mondialisation". A la limite du soutenable et soporifique la moitié de la projection, mieux vaut y aller bien dispos... Cela démarre pourtant "du côté de la vie" avec cette sanction pour avoir mangé au travail : diminution de la paie... Grosse colère. Et peu à peu, l'énergie se délite tandis que la maladie gagne avec ce secret médical qui n'en est pas, ces tentatives d'accélérer le sablier... Quelques éclairs au milieu de l'inéluctable qu'on sent se pointer (à la différence du "Mariage de Tuya", où la femme est autrement plus combative malgré les malheurs cumulés et qui font s'effondrer son mari). On est dans la Chine de la culture soviétique, un patelin voué à l'industrie mais on y chante, le collectif réchauffe les plus meurtris, le dancing local offre une remémoration régulière des premières amours, période bénie puisqu'après ça devient routinier, sans saveur... Les autres couples semblent au même point de désenchantement que le couple central. Ils en sont à l'amour rêvé ou usé. Ce qui frappe est cet enfant déjà endurci, trop indifférent à son prochain, un petit silex malgré le piano censé éveiller son âme, rare au cinéma ! Bien fichu dans l'ensemble au plan technique, des cadrages acrobatiques, je pense à cette course dans les couloirs, cette plongée sur les yeux pleins de larmes, j'avoue avoir compris la religiosité comme soutien dans ce cas précis. On en apprend, de belles, en dehors du drame intime vécu... Les tissus sur les métiers ont beau être splendides comme toute la photographie, c'est une histoire "à pleurer", et toutes les larmes de son corps ! .
  • LIBERO (2006)
    Note : 19/20
    Quel talent (v.o. obligatoire) !... On est embarqué dans cette famille aimante et Ô combien tourmentée... La mère enfantine, responsable trop tôt et "qui a le feu au c..." au dire du père désespéré (craquant, Mesdames !) qui sort de ses gonds, les deux enfants sont comme deux otages... Le jeune Alessandro Morace, acteur non professionnel dans le rôle du fiston mène le film de bout en bout avec son petit visage sensible, sans concession si ce n'est "pour survivre" en collectivité. Ce vertige symbolique... Mettre sur le grill ces petites perfidies qui empoisonnent l'enfance, résultats des projections parentales, merci d'avoir osé ! Nous sommes bien secoués (l'atmosphère rappelle Nanni Moretti en beaucoup plus clair) entre tendresse et violence, la peur commence à contaminer la salle : ce jeune cinéaste serait-il plus implacable qu'on l'aurait cru ?... Voici la nuit décisive pour le petit bonhomme, si peu de clarté tout d'un coup... Bon point pour la musique de Bando Osiris, ces larmes libératrices donnent envie d'applaudir... Il s'agirait d'un premier film ? L'acteur Kim Rossi-Stuart était déjà une merveille (il ne joue pas n'importe quoi !) : le voici doublé d'un réalisateur audacieux, sain dans sa tête, sachant s'entourer, pourvu qu'il aille loin !
  • QUAND TU DESCENDRAS DU CIEL (2002)
    Note : 16/20
    Encore un petit bijou sorti en 2003 passé inaperçu ! Découvert en dvd en 2007 : après l'incident "Malodor", curieuse résonance ! Un jeune paysan quitte les jupons maternels, deux jumeaux (ressemblant aux Dalton à s'y méprendre) et son décor sécurisant de la ferme où il travaille, il a des dettes et mise sur le travail en ville... Gentil, pas que des bons sentiments, c'est brusque, avec une certaine crudité, non sans rappeler Bertrand BLIER parfois. Des vérités dures à admettre (fausseté du maire pour plaire à ses électeurs, femme à l'embonpoint ulcérée par une plaisanterie, stagiaire-journaliste reportant à un rédacteur suffisant, clochards souffrant du froid et du mépris, mais pouvant aussi en profiter largement...). Quelques maladresses dans le dosage des situations, ce qui peut froisser, ou représenter un charme supplémentaire. Beaucoup aimé la petite musique "bienveillante" et la couleur des images, ce filtre jaune/orangé qui réchauffe l'ensemble et fait "péter" bleus et verts, la fraîcheur générale... Ce cinéaste est bien intentionné. Il invite à se ressaisir avant que ça dégénère encore davantage. Non qu'il ait des solutions, mais on peut saluer cette bonté consistant à alerter ses compatriotes sur la folie d'une société à deux vitesses.
  • LA JOURNEE DE LA JUPE (2008)
    Note : 16/20
    note attribuée plus pour le fond que la forme, assez brouillonne, et aussi parce qu'il s'agit d'un angle complémentaire à "L'Esquive" et "Entre les Murs", entre autres... Isabelle Adjani fait son retour : pistolet éternellement chargé en main... Le fantasme de "leur rentrer dedans" domine, c'est probablement davantage pour les enseignants que pour les élèves... Focus sur l'enseignement laïque banlieusard. Bravo pour ce Directeur d'école caricaturé, son objectif principal "être bien noté par sa hiérarchie", en droit fil du business ultra-libéral, il faut contenir ses équipes chaque jour dans l'arène : les profs soudés, et ça se comprend s'ils doivent s'arranger de "la diversité", cette bluette des campagnes de communication = sur le terrain, une bande de chiots à dresser ! Bien entendu, de l'autre côté, ce refus d'apprendre par coeur des tirades de Molière est bien sympathique pour qui n'a pas raffolé du procédé, surtout avec ce tout ou rien de la prof qui veut gaver des métis à cent lieues de nos Ancêtres les Gaulois. Cerise sur le gâteau : ce collègue usant du Coran pour argumenter en cas de controverse (même tactique que le commerçant ou l'avocat), deux signes que les programmes mériteraient "un toilettage"... Viennent ici curieusement s'imbriquer les histoires privées du flic, de l'enseignante... Jusqu'à cette affolante apologie de la jupe, à l'heure où leggings et caleçon peuvent être portés avec jupe, une mode pas si bête... Voici qu'un portable apporte d'autres révélations sur ce huis-clos donnant le tournis... Profs à bout, parents dépassés par leurs rejetons, ici fort peu attachants, excepté au dénouement. Exemplarité où es-tu ?... Plutôt que de focaliser sur foulard et casquette loin d'empêcher la transgression des adolescents fâchés avec l'autorité bornée, à quand en France les moyens financiers réels, sur le terrain, pour une éducation civique "new generation" de grande ampleur par des sociologues éclairés du style Obama ?
  • GAINSBOURG (VIE HEROIQUE) (2009)
    Note : 16/20
    Joann Sfar s'approprie Gainsbourg et le restitue, on a envie de dire "déjà" ! De ce portrait personnalisé, j'avoue avoir nettement préféré la star enfant et jeune adulte que sur le déclin : comme beaucoup de fans, j'exécrais ce qu'offrait de lui le Gainsbarre public devenu épave, son billet de cinq cent francs brûlé sur un plateau télé ne me faisait pas rire... Le défilé de dulcinées est un régal (pitié pour France Gall !) : jusqu'à l'arrivée de Jane Birkin fictive (qui aurait fait beaucoup rire la vraie !), j'ai eu du mal à y croire pour m'être remémoré le couple lors d'invitations télévisées, autrement plus détonant. Par ailleurs, les dessins intercalés, les ombres dodues, tout cela ajoute au mythe. On a les excentricités de Gainsbourg, probablement pas dues seulement à l'alcool et à la fumette mais à plus corrosif... Quelques scènes musicales et ses notes, si caractéristiques, tout le film en est baigné. Mais silence sur les coulisses de l'auteur-compositeur, ses échanges avec d'autres musiciens, je pense par exemple à la rencontre Bashung-Gainsbourg. Eric Elmosnino incarne certes à la perfection le personnage, inclus ses manies sulfureuses de façade, qui glaçaient tout le monde en comparaison du talent indéniable du bonhomme. Un Gainsbourg fantasmé avec pertinence, mais dont il manque des pièces. Il devrait laisser surtout l'empreinte de sa musique en France, par rapport aux pays anglo-saxons par exemple. Nul doute que d'ici vingt ans, relié à de bonnes interviews, à des images d'archives inédites aujourd'hui, ce film aura beaucoup de gueule. .
  • LA SICILIENNE (2009)
    Note : 16/20
    Toujours périlleux de dénoncer ses proches, aussi malfrats soient-ils... Ce film projeté au cycle Univerciné italien nantais de 2010, serait inspiré d'une réalité sicilienne des années quatre vingt dix, exemple typique de la fameuse "loi du silence"... Malgré un doute sur un viol commis dans le village, l'attention est captivée par l'enfant en parfaite osmose avec son père (jolie scène des deux à moto jusqu'à ce règlement de compte sur la Place). La petite protégée se change soudain en jeune fille de 17 ans, acier trempé et timbre rauque (puissante Veronica d'Agostino !), prête à tout pour "racheter le sang de son père puis de son frère", supprimés successivement, dans la logique mafieuse (juste un peu dommage que l'enfant et l'ado se ressemblent aussi peu physiquement)... Ce film agité décrit ces familles entières engluées, sur des générations, pour l'intérêt d'une frange d'autoproclamés, qui s'entredévorent On ne sait plus qui est faux de qui est sincère (à part Rita Atria incarnée ici, et peut-être aussi ce petit juge, sous les traits bienvenus de Gérard Jugnot à l'italien impeccable)... Des lois claniques, celles-là même que nombre d'adolescents exècrent tant qu'ils croient encore leurs idoles sans défaut... Mère déshonorée, cet aspect est on ne peut plus clair en revanche, elle avoue le renoncement à sa progéniture avant sa naissance !... Le petit ami de retour éclaircit un instant l'horizon de l'assignée à résidence, attention à la dernière carte encore possible. On retient son souffle à suivre Rita, la femme forte... .
  • DARATT SAISON SÈCHE (2006)
    Note : 15/20
    il importe de dormir son content avant de voir ce film lancinant mais somptueux (ça démangerait d'accélérer le rythme). Un vieux sage intime l'ordre à un jeune buté de supprimer quelqu'un. C'est filmé dans le détail, avec de courts extraits musicaux (Wasis Diop et une chanteuse à la voix remontant des tripes). Je n'ai pas trouvé que les péripéties soient violentes en elles-mêmes, aucune scène qui peut vraiment heurter, il est question de l'honneur familial, incarné par le grand-père, une stature pleine de noblesse, ce jeune au front vertical, à la mine mi-butée, mi-effrayée, a tout à gagner à se colleter aux duretés de la vie, donc on s'y fait, à cette mission pour le moins barbare... On se demande juste comment va être le troisième homme, "la cible", le voici : un gars qui distribue du pain, il a vécu et semble revenu de bien des certitudes : la rencontre est impressionnante, du coup, le spectateur ne peut croire au pire, les alternatives à la peine de mort commencent à tarauder... Les dernières images coupent le sifflet, dans le bon sens du terme !
  • DELTA (2008)
    Note : 16/20
    Dans ce Delta du Danube qu'on perçoit ouvert à l'économie de marché, mais aux mentalités primitives, le temps s'étire, heureusement il y a la musique pour maintenir en vie... Le fils de la tavernière locale revient les poches pleines de billets, avec un projet personnel. Abrupts, "taiseux", ces gens ignorent le charme léger d'une conversation dans un café, préfèrent agir que causer... Plane une impression d'hostilité envers le nouveau débarqué... L'inceste ne l'est qu'à demi sauf obsédé du genre, car le frère et la soeur semblent se découvrir comme au premier jour et, chose troublante, la jeune fille ressemble plaqué à son beau-père. Sommes-nous plutôt en pleine consanguinité de microcosme, celle des bleds perdus où la culture brille par son absence ?... Stupeur qu'un liquide tabou coule soudain, que des passants ont pu deviner sans réagir... Là aussi se forment des barbares enragés qu'une proie leur échappe... Cette eau purificatrice serpentant dans les herbes, la tortue fétiche, la noblesse du bois, tous ces clous plantés avec patience pour rien d'autre que faire corps avec la nature, enfin pour un être content de ce qu'il a sur cette terre... On songe aux petites productions très contemplatives de l'est, par exemple, "Des chiens dans la neige", "Koktebel", la photo rejoignant la virtuosité du Turc Nuri Bilge Ceylan, beaucoup de finesse dans les cadrages, de la poésie, des violons qui signalent que le suspense a assez duré... Un peu lent à se dévider, on s'élève au paroxysme du contemplatif (ne pas dormir surtout) : tous ces malaises sous-jacents, l'alerte progressive de la bande-son ne sont pas des effets de style, ils conduisent bien tranquillement à une fin... fracassante !
  • MA VIE SANS MOI (2003)
    Note : 19/20
    Toujours aussi bouleversant de regarder en dvd cette préparation au pire mijotée par une partisane d'aménagement de destin, aussi cruel soit-il. "Encaisser le choc, ne pas se cabrer, oeuvrer". Sarah Polley et Mark Ruffalo sobres, équivoques, éblouissants de présence. On plonge dans le drame de cette jeune femme qui, pour tenir son pari intérieur s'octroie aussi une friandise, non sans avoir appréhendé la voisine, frais visage de fillette (Maria de Medeiros), dont le lourd secret laissera une empreinte à la limite du supportable à son tour ... Il faut le génie d'Isabel Coixet pour faire passer autant de drames sans basculer dans l'indigeste (on comprend qu'elle ait pour défenseur Almodovar lui-même) ! A l'image, au son, l'ensemble vous agrippe en douceur, cette maladie qui gagne, la joie et les énervements du quotidien déjà assez scabreux. Seul, le spectateur est mis au courant du travail souterrain de cette femme soudain réveillée et qui prépare des cassettes et encore des cassettes... Dépouillement total déclenchant émotion et admiration, surtout qu'aucun rite mortuaire ni d'allusion à la religiosité n'appuient le propos !
  • WELCOME (2009)
    Note : 17/20
    L'immigration clandestine en France en 2009. Circulez ! Soit on se drape dans l'étendard tricolore aux côtés des autorités chargées de sévir (peinard !), soit on manifeste trop d'empathie pour l'étranger à la marge (renégat !). Dans un juste milieu, Philippe Lioret offre à réfléchir sur la pulsion d'héberger "l'intrus", l'enjeu étant d'avancer dans son lien à autrui, laisser la peur de côté (on est au cinéma, ce n'est pas un documentaire mais une fiction)... Quelques failles: non pas les échanges en anglais sous-titrés, mais les conciliabules du couple français, ils sont marmonnés, on devine grâce aux expressions des visages ! Quelques clichés aussi, amortisseurs nécessaires pour entrer dans le vif du sujet : la limitation d'immigrants quand l'économie chancelle, couplée à l'injustice de la naissance, qui rend enragé... On peut toujours éviter de soutenir le regard de ceux qui fuient leur lieu de naissance, se dire "à chacun sa destinée" ! Vincent Lindon (Simon) face à Firat Ayverdi (Bilal), avec la belle Derya Ayverdi (Mina) comme enjeu outre-Manche, tournent bien les sangs... Non qu'il faille absoudre d'office le clandestin en fuite, affamé de tout, vite enclin à transgresser, etc. Mais enfin, le coeur se serre en approchant le sort de ce jeune échappé du Kurdistan, un bien joli pays où, depuis le cauchemar "Saddam", c'est la dèche... Car les nouveaux dirigeants politiques, ex patriotes maquisards, se seraient changés en odieux "bling-bling" locaux (vite, un vaccin pour cette contagion pire que la peste !), occupés qu'ils sont à se partager la manne régionale pétrolière... Ainsi, "l'oasis démocratique" espérée par les électeurs avoisinerait les 500 % d'augmentation du coût de la vie, accès à l'eau courante tous les quatre jours, entre autres joyeusetés ! De quoi relativiser ses vues concernant les "flux migratoires" !
  • BELLAMY (2008)
    Note : 15/20
    En sortant de la salle en ce Printemps du Cinéma, nombre de spectateurs commentent : "pas mal QUAND MÊME"... En effet, les dernières oeuvres de Chabrol peuvent gêner aux entournures... Talent de cinéaste indiscutable, à présent faussé par cette manie de surenchérir, pour enfin placer sa chute, forcément marquante après tant d'artifices : j'aimais mieux ses démonstrations par paliers bien pesés, quand, un peu comme Hitchcock, on devinait le grigou ravi de toujours bien placer ses pions... Encore que j'aie nettement préféré ce film à "La fille coupée en deux" (avec Ludivine Sagnier en cruche perverse face à Berléand et Magimel, à claquer ! )... Bellamy recèle encore de cette exaspérante facilité, intrigue faussement productive, qui ennuie... Ce réalisateur plus tout jeune deviendrait-il un vieux dragouilleur en sabots ? Toutes les comédiennes de cette histoire se répandent en démonstrations pour des hommes fadasses (Marie Bunel séductrice à grands frais face à Depardieu en bourgeois lourd vaguement allumeur de minettes, ces dames flattées de l'intérêt du commissaire "étant donné sa notoriété"... Un bon bougre de flic en vacances, qui se voudrait apparenté à Simenon... Un peu sentencieux avec son "envoyé ad patres" débité au moins trois fois... Derrière ces petits travers qu'on digère plus ou moins, le lien des deux frères (touchant tandem Gérard Depardieu/Clovis Cornillac) soutient le film davantage que la tricherie d'assurance-vie (Jacques Gamblin plus rare qu'espéré mais insolite en mangeur de cachet sans eau !). L'ensemble se suit sans déplaisir pourtant grâce à la complicité d'acteurs, au côté "chaleur du foyer" aussi, cet attirail du petit-déjeuner (les deux bols fraternels) et enfin cette chute, comme Chabrol sait si bien les faire.
  • LE GARDE DU CORPS (2005)
    Note : 17/20
    Réservé à ceux qui ont éprouvé la solitude du larbin, celui qu'on voit quand c'est nécessaire ou qu'on oublie comme un meuble. Non que Ruben soit à proprement parler "maltraité", jamais en paroles, juste de petits dérapages quelquefois dans les comportements, mais il les perçoit au plus profond de lui-même, enfin de ce qu'il lui reste de vie personnelle, car il travaille quasiment non-stop. Il doit veiller sur son ministre, et aussi sur sa progéniture, l'innocence teintée de perversité. Comment évacuer son mal-être ? Un bon bain de mer froid ou autre chose ? A voir en v.o., cette étude de moeurs se passe en Argentine, mais ce pourrait être n'importe où. C'est un film lent, méthodique, efficace, aux prises de vue (caméra féminine) remarquables. Peu bavard, une musique savamment dosée. A découvrir bien réveillé et à voir une deuxième fois pour apprécier la poésie de la mer, qui a ici un rôle inédit.
  • CAMPAIGN (2007)
    Note : 12/20
    La voiture-balai sillonnant le patelin avant le cirque ou le carnaval dans les années soixante chez nous ? Sauf qu'ici, il s'agit d'une campagne électorale japonaise actuelle ! Les porte-voix, la camionnette avec toute l'équipe de "Com" en vêtement jaune fluo, aux aurores, en s'excusant pour le dérangement ! Les photos du candidat placardées partout (l'envie de se boucher les oreilles démange), le même stationnant, micro en main, pour élucubrer en groupe sous les fenêtres des "braves gens" ! Un candidat parce qu'il en fallait un, baîllant en visite, à moitié raillé par les siens, s'affirmant inexpérimenté mais téméraire, il fait tout ce qu'il peut, répandu en slogans à poignées de main (rappelant certains personnages bien réels hexagonaux...), avec une voix rauque à force de brailler, et ces yeux presque fermés sur les photos... Bref, une crédibilité d'enfer : mais en faut-il vraiment dès lors que dans le parti, les forces en place sont à toute épreuve pour la suite des opérations ?... Cacophonique, brassant beaucoup d'air, dommage ! Car des spectateurs abasourdis quittent la salle, lassés des redondances... Il eût été possible de décrire la même campagne non pas en deux heures mais en une seule ! Instructif cependant, peut être retrouvé en dvd.
  • UN COUPLE PARFAIT (2005)
    Note : 13/20
    Vu au cinéma à sa sortie en 2006... et failli m'endormir...A la différence du splendide "M/OTHER" de 1999 dont le dvd peut être dégusté en deux temps pour bien apprécier, il est aussi long mais plus vivant (grâce aux enfants, notamment "le petit Shun" qui ne fait pas ses 8 ans !), celui-ci est éreintant de statisme. Que les acteurs japonais tournent à démonstration modérée passe, c'est davantage dans leurs gènes et leur culture, mais les occidentaux font tout de suite constipés, pas sympas, sauve qui peut !... Dommage car le propos est digne d'intérêt, mais alors ce couple que forment Valéria Tedeschi-Bruni et Bruno Todeschini donne envie d'être secoué comme un cocotier !
  • MASQUES (2009)
    Note : 14/20
    Des fulgurances (je pense à cette tirade concernant l'aviateur Lindbergh), quelques révélations certes sur le monde intérieur des artistes, mais il faut être fan d'Orson Welles pour vraiment s'éclater à suivre José Maria Pau dans sa préparation. Intérêt de la démarche pour le spectateur lambda = oser "cracher" sur une scène ce qu'on a peine à effleurer dans la vie quotidienne, offre un équilibre de la santé globale. Un peu monocorde à mon goût comme démonstration, en dépit des colères du comédien (feintes ou ressenties vraiment, on ne sait trop)... Gens de théâtre, acteurs passionnés, poètes, toute la gamme des psys, apprécieront probablement davantage que le grand public.
  • CHOUGA (2007)
    Note : 18/20
    Vu en 2007 au Festival des Trois Continents nantais en v.o. sous-titrée. Le genre de regard qui accroche : très personnel, à énigmes constantes (le voisin de siège dans la salle peut interpréter différemment de soi, comme une poésie). Et pourtant, cette histoire librement inspirée du roman de Tolstoï "Anna Karénine" s'avère simple si on y repense, juste brumeuse dans la manière de planter le décor et de ne pas boucler les situations. Aucune longueur interminable ici, l'économie de dialogues (ils suffisent amplement) est compensée par les délices de l'image et du son. Que ces gens apparaissent réservés, un brin traqués, on est à l'Est où c'est monnaie courante... Il filtre un petit filet de chaleur diffuse, dans les intérieurs, les couleurs des vêtements de Chuga, ou l'arrêt sur une plante à différents stades de sa floraison pour indiquer un laps de temps, de quoi fournir la certitude que le coeur bat à l'intérieur de ces êtres un peu statiques. En voyant ces gosses postés devant la télé, on intègre que le matérialisme règne en maître par fatalité à Astana, grande ville du Kazakhstan, un pays détaché du bloc soviétique... Première image : un jeune garçon arrivant de loin à vélo, pour pêcher, zoom sur le bouchon... Le même, adulte, ensuite chez lui, déprimé, puis si gauche avec son bouquet de fleurs face à un concurrent. Il faut accepter de se laisser embarquer avec ces bribes. Et, petit à petit, l'intérêt du spectateur grandit. Voici la somptueuse Chouga (le côté racé de l'Orientale Nadine Labaki et un peu le jeu de Romy Schneider quand elle simulait l'indifférence), elle semble invincible, faisant partie de la haute société, et réputée "très intelligente", on la croirait solide comme un roc sans cette inquiétude dans le regard... Darejan Ormibaev sait intriguer, en rendant les atmosphères équivoques, tenir en haleine par une alchimie des couleurs, d'excellents cadrages, que ce soit cette scène nocturne bleutée avant que Chouga, encore maîtresse d'elle-même, monte dans le train, ou ce plan-séquence résumant la rencontre de deux hommes dans un rétroviseur (un "oeil" qui rappellerait Nuri Bilge Ceylan dans "Les climats"). Il a aussi une façon divine de filmer la neige à gros flocons, ou de fermer des portes successives pour exprimer un constat... Beaucoup d'idée, du goût, sans jamais devenir maniéré. L'insistance sur le train, en vrai ou en jouet ne lasse pas de tourmenter... Les personnages secondaires sont tous diablement efficaces, ces deux jeunes prétendants mis en balance en jouant sur l'effet de surprise du spectateur, ce père s'avouant volage devant sa progéniture, la mère d'un stoïcisme presque inhumain, cette autre fille, plus jeune, enceinte et qui avorte : là aussi il est permis de tout supposer, jusqu'à l'inceste même, puisqu'on n'a pas de "clé"... Rien de sûr jamais, et pourtant pas le malaise du doute non plus, la tristesse est transcendée par une petite note astrologique, franchement, j'ai adoré !
  • QUATRE FEMMES (2007)
    Note : 14/20
    Vu en 2007 au Festival des 3 Continents nantais en v.o. sous-titrée. Ces quatre mini-portraits féminins se situent autour de 1940 en Inde, pays sous domination anglaise qui souhaitait ardemment l'indépendance. Le sort des quatre "suppliciées" défile devant nos yeux. Leur bonheur passe par la norme que la communauté a fait sienne : épouse, mère, servante. Une prostituée trimballe son passé comme autant de casseroles, la justice la ramène à sa condition au moindre prétexte. Pas touche à la ménagère ou à la mère de famille, modèles d'altruisme garantes de la trajectoire du sang. Celle qui accroche le plus le regard est pourtant la "vieille fille", cette jolie vierge qui commence à faner, bien pratique pour garder les enfants dont elle est proche, coquette, mais un personnage à part. Que peut-on en faire ?
  • UNA PALABRA TUYA (2008)
    Note : 15/20
    Dommage que l'on navigue sans arrêt entre macchabées et vie de m... ! Car c'est joliment démontré, interprété, profond, expliqué par le recours au flash-back régulier, classique quoi. Mais alors, ça vous borde bien serré ! Ce que c'est que de voir ces deux copines tout le temps "à rebours", rivées qu'elles sont à leur enfance, avec des carences affectives les rendant esclaves, au lieu d'envoyer valser les convenances pour se prendre en main... On rit grâce à la vieille mama qui fout le camp et aussi à ce prêtre au bon visage lumineux... Mais sinon c'est du gros traditionnel, vénération aux morts plus qu'aux vivants, élément mâle présenté comme le seul existant sur la terre, dans un microcosme où on quitte poubelles et balais pour tourner en rond sous le regard des autres, cette communauté décidant pour tous. Une histoire qui emprisonne le spectateur dans la vieille rengaine qu'une femme étiquetée "jolie sans plus" doit s'assouplir, sinon disgrâce... Peuh !
  • PERFECT LIFE (2008)
    Note : 13/20
    Tout de suite, il saute aux yeux que les trois acteurs principaux sont capables, par leur présence à l'écran, de créer une intensité dramatique, raison pour laquelle les mouches volent dans la salle, un éclat narratif ou un télescopage confirmant l'impression favorable vont venir... Cette jeune à l'allure décidée qu'incarne Yao Qianyn observe, veut savoir et aider, la tête sur les épaules, ne s'en laisse pas conter. Ce drôle d'homme d'affaires boîteux : ambigu mais toutefois bon bougre, de la bonhomie et de l'humour, même après s'être fait abîmer le portrait (Cheng Taishen), un peu d'amour flotte, intéressant... Quant à cette jeune mère en instance de divorce (Jenny Tse), elle reste sensible aux mirages, va-t-elle à nouveau se faire broyer ?... Filmée dans une pénombre qui séduit et intrigue, toute cette belle présentation se délite au profit d'une vision rationaliste de la Chine actuelle (et la place forte qu'est devenue Hong-Kong), des allers-retours où il faut jongler de plus en plus serré pour survivre. Mondialisation et traditions, ces dernières très ancrées (on ne le sait que trop bien !) : stupeur alors, quand la délurée jeune fille du début se change au bout de cinq ans en épouse coincée dans son mariage avec un rondouillard possédant magasin, business. Du coup, tout le reste passe à la trappe... Des deux autres personnages du début, l'un se retrouve aux oubliettes et l'autre noyée dans la masse des gens tous occupés à se débattre avec le système... Trois trajectoires bien cadenassées. Possible de déduire que "seul l'exil" ?... Car frilosité ou manque d'imagination plombent ce film au démarrage accrocheur... Vraiment dommage, d'autant plus que c'est bien filmé !
  • ETRANGERES (2003)
    Note : 16/20
    Qu'elles viennent des pays de l'Est, du fin fond de l'Orient, d'Amérique Latine ou préfèrent se réclamer "d'Afrique", ces immigrantes légales en Espagne de 2001 à 2003 défilent... Présentation discrète puis sérum de vérité... Ne pas se méprendre : fardées ou portant voile, elles décèlent du machisme et de l'obscurantisme là où on est réputé les combattre... D'autres, déçues en entrant, se rattrapent, telle cette jeune Polonaise ravie du changement, au diable ses compatriotes... Des rencontres collectives ont lieu entre déracinés pour parler, quand la police ne vient pas interdire de vendre sa production familiale... Aucun trafic louche de mentionné dans ce documentaire. Si certaines cumulent trois métiers, en voici une qui placarde "Flor de Canela" sur son restaurant, son rêve enfin réalisé (le milieu d'origine est aisé dans bien des cas). Rarement dans l'ombre d'un homme, elles pleurent de laisser leurs petits au loin mais s'occupent des enfants d'autrui à la place... Les repas, la messe, la musique rassemblent et mélangent les genres... Patientes pour se fondre dans la population et contourner la bureaucratie (visa maternel suivi de plusieurs années pour le visa de son bébé pourtant né en Espagne)... Mais les portraits brossés par Helena Taberna de ces conquérantes semblent encore "soft" comparés à l'immigration clandestine venue s'y rajouter avec toujours plus de trafics louches : un véritable dilemme pour le gouvernement Zapatero, encore plus depuis la récession économique. .
  • LE MARCHÉ DE LA FAIM (2006)
    Note : 18/20
    Voilà un documentaire pour réduire "la politique de l'autruche" (= se fourrer la tête dans le sable en comptant sur la Providence). C'est inquiétant, mais j'y verrai un avantage global, une mise en garde nécessaire : le titre est "WE feed the world", il s'agit de nous-mêmes, les populations de ce globe, notamment celles qui peuvent encore se payer une place de cinéma...Voulons-nous continuer à servir de hochets à des stéréotypes comme "Monsieur Nestlé" ou prendre notre destin à bras-le-corps pendant qu'il en est encore temps ? Comment ? Cette suite d'infos offre juste à se creuser le ciboulot à ceux qui, pour l'heure, ont encore la faculté de penser, de consommer aveuglément ou avec ne serait-ce qu'un soupçon de discernement. D'autres documentaires, plus saignants, devraient suivre, pour bien enfoncer le clou... et je m'en réjouis.
  • LE BAL DE LA VICTOIRE (2009)
    Note : 19/20
    Vue panoramique de la Cordillère enneigée... Un visage de jeune fille en gros plan, le ciel, et de nouveau la chaîne montagneuse... Les grands espaces ainsi balayés, les plans rapprochés font immédiatement penser aux westerns, aux épopées du cinéma chinois, russe aussi, en plus familier, quelque chose du cinéma argentin récent. A la tête de l'entreprise, se devine un artiste archi-cultivé, aux dons inépuisables. Il crée la complicité immédiate des films d'ordinaire dédiés à la jeunesse. Fluidité, plans raffinés, un regard de peintre, une oreille de musicien... On embarque sur ce cheval aux chaussettes bleues qui ouvre toutes les perspectives... Ravis mais inquiets juste ce qu'il faut, suivons le bien nommé "Angel" entiché de sa danseuse, deux écorchés vifs prêts à tout... Pour autant, on respire mieux quand l'expérience faite homme, décrite en parallèle, se joint au duo, le regard lumineux de ce rescapé des geôles ajoutent le scepticisme indispensable. Des clins d'oeil au spectateur, une sentimentalité comme celle du cinéma muet. La dictature chilienne en prend pour son grade tandis qu'en arrière-plan se dessinent les couples chahutés d'aujourd'hui, la génération d'enfants robots, avec des numéros de danse qui laissent pantois... 2h07 de projection d'où on émerge plein de forces nouvelles ! .
  • ODETTE TOULEMONDE (2006)
    Note : 16/20
    Ce petit divertissement n'a qu'une parenté restreinte avec l'esthétique mais creux "Amélie Poulain", loin d'être ces cartes postales alignées : entre autres, on y apprend comment venir à bout d'un oeil au beurre noir, enfin, d'une porte, et que si femme n'accepte pas qu'homme "renifle", qu'elle prenne un chien ! J'ai beaucoup ri, Catherine Frot, aussi réaliste que candide (elle semble une "Yoyo" qui se referait une santé en Belgique, au point qu'une bande dessinée pourrait commencer à partir de ce film)... Bref, ça suggère le cinéma francophone du temps de Bourvil, Gabin, Pauline Carton, Raimu... Quant "une bonne histoire" consistait à mettre en situation des comédiens dont le public raffole en le tenant en haleine par de bons dialogues et quelques surprises. Très agréable moment donc pour ceux qui s'en contentent, et facette étonnante de la part de Schmitt l'écrivain... Bluette, futur film télé du dimanche soir repassé chaque année ? C'est tout ce que je lui souhaite.
  • DE L'AUTRE CÔTÉ (2007)
    Note : 15/20
    Pâlichonne, cette image du fils attendant face à la mer dans un silence à couper au couteau... Après le flamboyant "Head on" (dont j'avais trouvé les deux acteurs principaux archi-crédibles, très attachants), j'avoue rester sur ma faim... La fulgurante emballée lesbienne de ce film, trop partie de rien et juste bien jouée sans plus, n'a rien à voir avec le suspense hétérosexuel suivi de l'apothéose du précédent. Ici, c'est davantage la mère survivante, jouée par Hanna Schygulla, qui va rester gravée en mémoire, sa sagesse d'ancienne éprise de l'Inde y est pour beaucoup... Le point fort résiderait dans les allusions politiques : la question européenne, la revendication d'égalité des citoyens, avec insistance sur l'éducation pour tous, voilà bien ce que tout Européen moyen peut intégrer, du fait de la mondialisation qui conduit au travail de sape de ces droits élémentaires pour les moins nantis, dont les rangs grossissent... Manquerait quand même le distinguo entre Kurdes et Turcs pour avoir une vue complète, (et peut-être aussi le point de vue d'habitants de Turquie sur ce film ?...). Les allers-retours abondent entre Brême et Istambul, parfois on ne sait plus très bien où on est car intrigués par la tournure des événements... C'est toutefois difficile de saisir l'enjeu véritable, tout est effleuré, approximatif, on devine dans sa globalité, plus qu'on ne cerne dans le détail, que la toile de fond est l'amour de la Turquie pour elle-même. Avec volonté de fraternité appuyée (ce fils voulant payer les études d'Ayten pour racheter la faute paternelle, la mère sortie de ses larmes sans même une crise de rage contre celle qui a causé la perte filiale, aide et pardon au premier plan...). Ce que le cinéaste vit aussi lui-même dans son tiraillement entre Allemagne et Turquie, et qu'il illustre dans une trilogie dont "Head on" est le premier volet, "l'amour", celui-ci étant "la mort"... Et pour finir, tous ces cabossés se mettraient ou essaieraient de se mettre ensemble... Alors là, j'avoue avoir eu du mal à croire en la durée de pareil aménagement vu le peu de passion ambiante (principal reproche que je continue à faire au film), toutefois, je mets une bonne note car la générosité reste louable en l'occurrence.
  • BONHEUR PARFAIT (2009)
    Note : 16/20
    Lors d'un attentat en milieu scolaire, à quinze ans, elle passait par là et son cerveau reptilien décide qu'elle ne prendra pas ses jambes à son cou (moment gigantesque du film !)... Aucun détail sur l'Organisation ETA : on devine bien qu'au pays basque, c'est un poids de tous les instants... Avec la machine policière, relayée par les médias locaux, tous deux prompts à sonder ces jeunes étudiants suspectés d'office, des boucs-émissaires tout trouvés de toute façon, du chiffre, du chiffre... Une douce lycéenne, pianiste par projection parentale à l'âge où on rêve aussi d'émancipation, se fait prendre en photo par surprise, l'occasion d'aléas qu'elle n'avait pas imaginés une seconde.... Bien plus tard, elle vivra une deuxième secousse au hasard d'une lecture de presse gratuite le temps d'un jogging. Les deux traumatismes vont pousser l'intrigue vers une rencontre trait d'union... Bien mené, sans misérabilisme (de la mesure en milieu scolaire, on sent la prise de position du cinéaste, il analyse les différentes facettes de chaque situation). Un ensemble qui laisse chacun dans l'expectative... Consolation, ce piano toujours enchanteur, comme en survol des divisions humaines. .
  • HORS JEU (2006)
    Note : 18/20
    Surtout courez voir ce film étonnant, que vous aimiez le foot ou pas. Pour nous autres occidentaux, l'interdiction de stade aux filles laisse ahuri, mais de façon sous-jacente, ici, ce grand match est le point de ralliement des sexes : une certaine tendresse plane entre ces flics hommes arrêtant leurs "frangines", un genre de marivaudage s'instaure, ils ont du mal à sévir, elles semblent à moitié les narguer dans leur rôle de garde-chiourme, seul un papa égaré ramène un semblant de protocole. Peuple paternaliste, fier, dur au mal, mais qui sait aussi faire exploser sa joie pour peu qu'on lui en laisse l'occasion !
  • MICHOU D'AUBER (2005)
    Note : 16/20
    Hommage à ces gosses déménagés et ré-emménagés de par le monde, une tendance encore actuelle et qui pourrait bien s'amplifier ! C'est inspiré d'un fait vécu, et ça se termine en queue de poisson, une fin logique, ça me démange de dire "dommage" en même temps... Joliment tourné (un quotidien bon enfant mais où l'instinct de destruction couve toujours prêt), ponctué par les doctes discours télévisés de notre Général... Certes, Depardieu pèse une tonne quand il siffle directement au goulot et qu'il casse tout... Le petit décoloré fait un peu baigneur en plastique quand il sort de dessous la table... Quant à la mère de remplacement Nathalie Baye, charmante, active à son foyer mais jamais soumise à son ogre de mari (excellent Mathieu Amalric en pourvoyeur d'oxygène), elle serre le coeur : point fort de cette histoire : la fin touchante. Et aussi le fait d'afficher en ce printemps 2007 mais par un chemin détourné, la tendance humaine première mais qu'on peut combattre, qui est de rejeter celui qui est trop différent de soi. Souhaitons que les écoles l'expliquent et le projettent largement !
  • CARTE DES SONS DE TOKYO (2009)
    Note : 15/20
    Découvert dans le cadre du cycle espagnol nantais 2010, ce petit dernier d'Isabel Coixet : elle a certes fait mieux dans la progression d'intrigue. On est davantage chez Wong Kar Wai ou Sofia Coppola côté ambiance. C'est infiniment sophistiqué, plein d'exotisme, avec des bruits de petite souris qui gratte, on se demande si on rêve ou si cet ingénieur du son s'amuse avec nos nerfs... Des minutes torrides entre Sergi Lopez et Yuriko Kikuchi. Du bon vin. Des signes annonçant que ça va se gâter malgré le pistolet non utilisé... J'ai failli m'endormir sous ces décors somptueux mais statiques. De cette réalisatrice, on attend l'habituel couperet, d'habitude c'est plus étoffé avant d'y arriver, marre de languir dans son Tokyo mythique avec ces tiraillements... Ciel, ça se précipite soudain, et là stupeur que cette fin digne des tragédies antiques et qui rachète la totalité de ce qu'on a vu ! .
  • LA MACHINE A PEINDRE DES NUAGES (2009)
    Note : 15/20
    Cycle espagnol nantais 2010 : une réalisation 2009 sur la fin du franquisme. On est en 1974 à Bilbao. Pour une région réputée industrielle, moche au possible, la photo fait des prouesses : elle garde du début à la fin un voile chocolaté, comme si on avait des lunettes de soleil marron rosé, vraiment très agréable. Franche camaraderie générale, mais le ton monte par moments, la misère matérielle est frôlée de justesse, c'est plutôt expressif, vachard aussi (le fonctionnaire zélé hémiplégique, le secret salarial...), chaque étape franchie se conclut par un trait dessiné ou peint et puis arrive ce drame, sans lequel tous les protagonistes n'auraient pas autant mûri !... Romantisme très judéo-chrétien (cette extase méridionale devant les tourtereaux), ennui au travail, bonnes tables, excès de boisson, sang chaud et partage d'automobile... Dommage que le milieu du film subisse une telle baisse de régime par rapport au début et à l'issue ! .
  • LES SENTIMENTS (2003)
    Note : 14/20
    Assommante chorale, non qu'elle soit mal filmée, mais elle casse les oreilles ! Autre bémol, le côté excessivement nunuche d'Isabelle Carré, l'ingénuité trop insistante, on n'a qu'une hâte c'est qu'elle redescende de son cocotier vite fait. Un peu de ce surjeu aussi chez Nathalie Baye, l'épouse très classe qui boit chez elle en dansant comme une folle après avoir tiré les rideaux (drôle d'idée de la faire se trémousser telle une pauvre ado sortie de ses gonds)... La réalisatrice Noémie Nvovsky a des choix musicaux et des outrances pour ses actrices qui peuvent faire hérisser le poil féminin. En découvrant le film, on peste ! Au diable ces parasites qui font patiner l'action plus qu'ils ne la servent ! Beaucoup mieux goûté l'ensemble à la deuxième lecture donc, sur dvd, zapping de tout ce qui porte sur les nerfs. De très bons moments pleins de tension, avant de déboucher sur la question cruciale : comment faire le moins de dégâts quand quelqu'un d'autre que sa douce moitié s'installe dans votre périmètre et vous tape dans l'oeil ? Melvil Poupaud fait merveille par sa discrétion, sa capacité à tempérer. Bacri au contraire, fend le coeur ici du fait qu'il passe d'homme ranimé à ni plus ni moins forçat.
  • STILL LIFE (2006)
    Note : 15/20
    J'ai largement préféré "The World" de Jia Zhang Ke, je m'y étais amusée, parce qu'il est moins pénible (grâce aux musiques sirupeuses et aux pirouettes animées qui interfèrent), et tout aussi dénonciateur d'un système qui n'a plus d'âme. Ici, hormis l'ambiance panoramique des prises de vues, l'alternance du moderne et du décrépit, on baîlle un peu, que va-t-il arriver au bout de tout ça ?... Le fait que le héros, qui a une bonne tête et ne se laisse pas impressionner par l'adversité, surplombe le barrage à plusieurs reprises, laisse pantois, puisque ce qui prévaut, c'est le poids de la chaleur, avec ce boulot bête et usant auquel il va être convié. Long, appuyé, oh que ça ne rigole pas... Deux images se veulent poétiques : la tour qui s'envole et le funambule... Elles relativisent ces portraits de travailleurs qui peuvent tout juste boire, manger, fumer à tour de bras, autant de moments de convivialité de pris. Aucune philosophie ne sous-tend quoi que ce soit, la seule loi de la jungle (est-ce dû la jeunesse de ce réalisateur de 36 ans ?). Enfin, le fait de bosser ensemble, à la fin, laisse supposer qu'au moins l'amitié soit possible, question de survie. L'homme et la femme qui cherchent chacun leur repère familial dans le même coin, sans jamais se rencontrer, illustrent bien la déshumanisation ambiante. Il est dit aussi qu'on achète les femmes, dont certaines sont également jugées valeureuses... Barrage maudit, empoisonné, constructions méritant de la dynamite pour qu'on bâtisse autre chose. L'ensemble reste tout de même très instructif. Du sordide, esthétiquement filmé.
  • RIPARO (2007)
    Note : 18/20
    Découvert ce sidérant film en v.o. italienne à Nantes dans cadre Cinépride : par son alchimie à se dévider tranquillement, il prend en tenaille de façon comparable à "Respiro" ou "Libero", autres joyaux italiens récents : le sujet en est l'IMMIGRATION sous tous ses angles, et en dépit des idées toutes faites qu'on puisse entretenir de quelque bord qu'on se situe... Résultat, j'étais d'une manière au début du film et puis, bien baladée sans m'en apercevoir, j'ai presque viré de bord ! Avec la toujours excellente méridionale Maria de Medeiros face à la fille de l'est non moins sublime Antonia Liskova. Point n'est besoin d'être homosexuel(le), aucune scène dérangeante pour les hétéros. Intercalé entre les deux monstresses, le jeune Mounir Ouadi vous tanne avec ses questions qu'en principe nul n'ose étaler... Dialogues d'un infini toupet, charme et distinction, fond de cruauté des temps que nous vivons, attention vous qui partez en vacances à bien vérifier vos bagages avant les frontières... Un regard délicat, loin de la bien pensance affichée, voilà une équipe de virtuoses qui mériteraient beaucoup plus de reconnaissance médiatique ! En dvd, idéal pour les soirées philosophiques entre amis de longue date ouverts mais bourrés... de contradictions.
  • ILS MOURRONT TOUS SAUF MOI (2008)
    Note : 18/20
    Banlieue moscovite d'aujourd'hui. Logements gris alignés, la classe moyenne née de Poutine. Du mieux (par rapport aux années noires Eltsine), malgré le chômage d'un père ne lâchant pas sa fille d'une semelle : à manger sur la table, l'ado habillée comme elle le souhaite, qui a sa chambre, va au collège, copie les façons occidentales, liberté d'action, amitié sacralisée... Cette toute jeune cinéaste de 25 ans en 2009, insiste sur cette frénésie de sortir qui vous prend un beau jour comme un réveil-matin ravageur. Encore plus quand on s'estime séquestrée à quinze ans. Aubaine donc que cette boum organisée par l'école (stupeur, en effet, qu'il n'y ait aucune sauterie mixte l'un chez l'autre au stade de leur développement !). Les spectateurs(trices) marqués(ées) par ce cap peuvent revivre la soudaine allergie aux parents, eux-mêmes virant de la panique à la franche ulcération (on jurerait que l'adolescence féminine vient de naître en Russie...). Des tensions et des coups, comme dans bien des banlieues de par le monde, avec cette lubie féminine : être enlevée par le coq de barbarie du coin, s'en remettre à l'autre sexe, complètement idéalisé. Certes, des particularismes russes (dureté, obstination, si nécessaire rouerie...). Caméra nerveuse d'une échaudée brûlant de raconter telle quelle sa dégringolade de l'étagère, à une époque où se scarifier est proche de remplacer les mots... De vrais gnons, de vraies chutes pour les acteurs et actrices, on surfe à des années lumière de Mademoiselle Âge Tendre !
  • MOTHER (2009)
    Note : 16/20
    Actrice principale qu'on sent ravie de réaliser autre chose qu'un rôle de mère classique à la télé. Sa personnalité porte le film. Le fiston est surtout simplet, d'office protégé par sa génitrice (ils dorment ensemble pour avoir moins froid), une dame sexuellement saine mais qui a quelque chose à se reprocher. Extrême pauvreté, corruption des pouvoirs en place : cynisme, misère, délinquance : un veuvage et peu de moyens, voilà qui oblige à l'héroïsme, une chance encore qu'il y ait l'acupuncture pour pouvoir se régénérer. En parallèle, la prostitution de retour sur le devant de la scène se filme désormais au téléphone portable... Joon Ho Bong fait visiter son pays fracassé en créant une tension tant par les cadrages très étudiés que par la hardiesse à montrer in-extremis la face cachée des événements. Il rend somptueux les aspects les plus laids, la bande-son n'étant pas en reste (splendide scène des funérailles, ces femmes se ruant sur la mère du présumé coupable !). Mais j'aurais préféré découvrir ce film de 2h10 en dvd car je l'aurais visionné en deux temps pour en apprécier "les derniers tiroirs" scénaristiques, ces derniers débarquant alors qu'on croit rester dans le flou... D'une seule traite ainsi en salle, et malgré la beauté de l'ensemble, le récit m'a semblé interminable (ai failli m'endormir). Dommage, pour une oeuvre aussi bien emberlificotée ! .
  • ENTRE ADULTES (2006)
    Note : 13/20
    Ce déballage, aux antipodes du fascinant "Je ne suis pas là pour être aimé", consiste en un défilé de couples avec une petite ritournelle de boîte à musique entre chaque, le spectateur, devenant voyeur de duos à moitié branchés ou débranchés et qui se racontent des salades. C'est une caméra résolument machiste dans le choix des situations et dans les déductions(mais tout est bien ficelé sur le plan technique et les acteurs amateurs jouent à merveille). Donc, haro sur les stéréotypes homme et femme, ce qui les a toujours séparés : la façon d'appréhender le sexe et les sentiments, le premier les différencie facilement, pour la seconde, c'est autrement plus complexe.Peu séduisants ces acteurs aux fusibles qui lâchent, j'avoue que ça aide (le recruteur et sa candidate, en particulier, atteignent des sommets). Une suite plus réjouissante s'imposerait à cette intrusion forcée, afin que les couples encore complices évitent le retour au célibat.
  • LA PERTE (2009)
    Note : 18/20
    Découvert au festival du cinéma espagnol nantais 2010. Les médias préfèrent traiter d'une seule partie du monde, on pense donc que l'Argentine est un modèle pour se remettre du malheur, que ses électeurs votent majoritairement pour des régimes politiques fascistes, à moins d'admettre un genre de secret-défense made in USA... Quoi qu'il en soit, utile de se rappeler les argentines "purges" dignes de l'ancienne URSS... Survivre grâce au droit d'asile quand on est nié sur le sol ancestral... D'éminents scientifiques, chirurgiens, sociologues, écrivains, exilés ou plus ou moins de retour au pays, racontent l'interdiction de s'opposer (des années 1955 à 1978 environ). Cet effroyable Coup d'Etat Militaire de 1976 qui permit à de tout-puissants psychopathes de s'acharner sur la population : du jour au lendemain, se trouver congédié de toute activité, la mise à l'écart de son travail, les divisions créées dans les populations par la terreur, seule porte de sortie (sans trop tarder) l'exil pour espérer se refaire... Certains, enlevés brutalement par des hommes en civil, ont enduré la torture à petit feu, souhaité la mort. D'autres dénoncent la disparition des leurs, dont beaucoup d'enfants, simplement parce qu'ils étaient de la famille d'une cible... Fuite des cerveaux, impression de sentir "le sol se dérober sous ses pieds". Et la peur qu'un jour ça recommence... Un documentaire plein d'enseignement sur la tentation de supprimer le trop différent de soi. .
  • MOLIERE (2006)
    Note : 8/20
    Encore une oeuvre bien troussée sur le plan technique, la faiblesse est dans le scénario, avec ces sorties qui tombent à plat sur des situations peu convaincantes. Le Grand Homme doit se retourner dans sa tombe tellement cet hommage est vain ! Car l'idée de reprendre des extraits de son oeuvre sous forme libre est bonne, mais un rien scabreuse : résultat une grosse farce ! J'avoue y être allée par curiosité, beaucoup pour les comédiens, or, à peine sur l'écran, ils sont massacrés ! Après bien des rallonges pour masquer la vacuité des propos, la séance où Duris et Luchini jouent interminablement "au cheval" m'a achevée. Allez-y seulement si vous collectionnez tout ce qui a trait à Molière.
  • LA VAGUE (2008)
    Note : 18/20
    Oser dire qu'un retour des régimes politiques extrêmes peut encore arriver invite presque à se détourner. On peut trouver la bande-annonce exécrable... De bonnes âmes rajoutent que le prof force le trait, les étudiants sonnent faux, que mettre mondialisation et nazisme dans le même sac c'est quand même gonflé... L'avenir le dira. Ce film imagine, dans un lycée allemand une semaine de cours d'autocratie, un genre de vaccin. Ouaille !... Carte blanche à un prof "plutôt cool" (il se présente comme anarchiste !) et des jeunes, non teigneux a priori, ils aiment bien ce prof apte à les stimuler sans hypocrisie et c'est réciproque. Cours présenté comme un jeu de société : déserter d'emblée, on passe pour mauvais perdant, l'émulation joue à plein... Les élèves appliqués sont à leur affaire, quelques-uns dansent d'un pied sur l'autre... Une escalade se dessine... C'est l'âge des bandes, d'une certaine démesure qui ne demande qu'à être stimulée. Avec tout ça, voilà encore un volet de plus sur les méthodes d'éducation ! En dépit de quelques plans lancinants pour en arriver au fait parfois, au moins c'est frontal comme discours, le prof annonce la couleur à chaque séance (aucun arrêt sur signes religieux, couleur de peau, sexisme, baragouin de jeune, ça aussi ça fait du bien !). "Polizei" de circonstance, sans plus. Aspects tribal, sentimental des élèves, parallèle avec le sport de compétition. Prise au dépourvu des encadrants, ces sacrées limites qu'il faut toujours penser à poser tout de suite ! Le cinéaste va bien au-delà de l'école pour qui lit à travers les lignes cinématographiques. Il clôt son analyse par le fracas des masques qui retombent. J'en suis restée toute retournée. A "voir pour savoir" dès douze ans.
  • THE GHOST WRITER (2009)
    Note : 15/20
    . Bien fait, cadres audacieux, acteurs bien dirigés, du suspense, quelques étincelles, on suit sans peine Ewan Mc Grégor en villégiature avec vue sur mer... Et puis, je trouve que ça s'essouffle, ou alors le malaise crée trop de tension stérile... Comme dans un bon Hitchcock, l'atmosphère intrigue au départ, c'est historiquement validé, on se doute bien que pareils plans sont monnaie courante et pas, comme une presse bien-pensante le brandit un peu vite, l'apanage russe. Oui, sauf que le traitement de tout ça à travers cet "écrivain-fantôme" m'a paru infiniment glacial et lancinant côté déroulement ! Un scénario qui mise trop sur l'attente pour l'attente, une infinité de rebondissements tous présentés sur le même ton, désolée, mais je me suis ennuyée... Une histoire inspirée d'un livre. Etonnant comme le film recèle de multiples lectures : difficile par exemple, pour qui a lu "Roman" de Polanski, de nier une perceptible identification du réalisateur à son récit côté exil, traque quasi permanente. Impossible d'escamoter la plongée dans l'univers des personnalités coupées en deux entre vies privée et publique. En spectateur ouvert, autonome avec toute sa tête, pas le moins du monde en justicier comme semblent le craindre quelques professionnels empressés d'estampiller "chef-d'oeuvre" certes un grand classique mais qui, à mon goût, manque de sel !
  • JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS (2006)
    Note : 18/20
    Déjà, j'avais apprécié "L'Equipier" du même cinéaste, et je dois dire que celui-ci m'a conduite - avec joie ! - là où je ne pensais pas aller, mais alors pas du tout ! Sacrés parents ! L'absence du jumeau auprès de sa soeur "paumée" est compensée, pour le spectateur, par un jeune homme tout à fait bien dans ce rôle, ça aide à faire face aux événements ! Un beau et grand film intimiste, à ne pas louper !
  • SALVAJES (2001)
    Note : 16/20
    Projeté au festival espagnol nantais de mars 2010. Si en 2001, ce film frôlait le grand-guignol par excès de noirceur, il passe peut-être mieux aujourd'hui que le stress est devenu une seconde nature ... Une fois la rudesse d'ensemble admise, j'ai bien aimé "le fond" en forme d'avertisseur concernant cet "autre", que les économies vacillantes exhortent à affubler de tous les maux comme si colonisation, esclavage étaient dans l'ordre des choses. Certes, des maladresses à vouloir trop appuyer le propos, je pense au documentaire final bizarrement plaqué sur la fiction, mais c'est quand même assez bien enlevé si on l'entend comme un polar (caricatural du réel)... D'autant que Carlos Molinero filme bien et a le mérite d'alerter sur ce qui peut déferler à toutes époques sans prise de conscience suffisante. Grâce à la vieillissante mais encore très attirante Marisa Paredes en infirmière et son patient machiste irrésistible, il est possible de gommer le néo-nazisme et autres dérapages d'un inconfort total.
  • PARIS - MADRID, ALLERS - RETOURS (2010)
    Note : 15/20
    Cette oeuvre d'Alain Bergala, projetée au festival de cinéma espagnol nantais de 2010, est entièrement consacrée à Victor Erice : ses expériences, sa philosophie. Le personnage dit des choses palpitantes mais, du fait d'un ton monocorde, on devient l'étudiant luttant pour rester attentif... N'empêche qu'on balaie les origines du cinéma espagnol : en particulier, cette absence paternelle qui était la règle à cause des événements (guerre civile, franquisme, exil...), et qui explique que la plupart des premiers cinéastes espagnols, même s'ils avaient connaissance des fictions étatsuniennes avec les bons qui gagnent sur les méchants, se sont davantage rapprochés du néoréalisme italien... A déplorer que l'ensemble de cette rétrospective frôle l'académisme (long passage sur "cinéma classique et cinéma moderne", ainsi que sur "la nouvelle vague française" façon intello un peu raseur... Heureusement, la photo accroche suffisamment, on guette les intermèdes, ils auraient pu être plus nombreux d'ailleurs : telle cette rencontre éclair avec Michel Piccoli et ce flash non moins splendide sur la petite Anna Torrent (héroïne de "Cria Cuervos") dans "L'esprit de la ruche"
  • LA HONTE (2009)
    Note : 17/20
    Une des fulgurances du Festival cinéma espagnol nantais mars 2010. Tout se passe pendant une coupure d'eau. Au début, l'ambiance est un peu froide, avec ce gosse bougon, un couple très inégal : une certitude, elle semble plus patiente que son mari... Débarque cette employée pour s'occuper de l'enfant, tous deux péruviens (tiens donc !)... Plus ça avance, plus la tension monte dans la maison, elle atteindra des sommets avec cette blonde reprenant le dossier d'adoption depuis le début, car il faut scruter le passé du couple pour enfin valider le dossier d'adoption... Deux malheureux qui éprouvent facilement de la honte, surtout lui, qu'un rien mortifie... Des dialogues tirés au cordeau pour un cheminement toujours plus sévère pour les intimités, bien que l'on puisse avoir du mal à croire au "méga artifice" servant l'intrigue car nul ne pourrait "bluffer" un enfant de la sorte : Rosa dans sa double fonction.
  • VILLA AMALIA (2008)
    Note : 15/20
    Un traitement minutieux et la magie Huppert bien entendu. Elle est ici peu loquace, le sourcil accentué, la chevelure en ponctuation, un visage exprimant plus une farouche détermination que la dépression, d'emblée surmontée. Privilège des musiciens qui peuvent déceler dans leurs notes qu'ils sont faux... Par ailleurs, toujours intéressant de voir une femme dire non et encore non. Qu'elle aille donc se promener, et même se perdre dans une cabane surplombant la mer, qu'elle joue à se mettre en danger histoire de renaître, son magot lui garantit gîte et couvert (d'ordinaire, ce délire vous prend autour de vingt ans)... Tout cela est bien empaqueté, fréquentes baignades, les sens se relâchent. Un ami précieux, la mère qui part peu à peu, le père déserteur lui aussi... Beaucoup de charme s'intercale dans ce lent retour sur soi-même dont on ressort partagé.
  • TROIS JOURS EN FAMILLE (2009)
    Note : 16/20
    Découvert au cycle espagnol nantais de mars 2010... La réalisatrice, à peine vingt ans, toute simple, est là devant nous dans la salle archi-comble du Katorza en ce mardi 22 mars... C'est elle qui a mijoté ce film incroyablement abouti pour une si jeune personne, et sur tous les plans ! Un style à la fois recherché et minimaliste (quelques effets empruntés au meilleur cinéma asiatique). C'est alerte, somptueux, charmant aussi, je pense à cette manière de laisser parler l'image... Un regard sans complaisance sur ces rencontres familiales à l'occasion de grands événements, quand chacun s'exprime mais que les gestes seuls révèlent. La jeune héroïne de l'histoire vit une impasse momentanée. Fausse dure tantôt amusée, tantôt révulsée, elle doit faire avec le protocole.
  • LOUP (2009)
    Note : 15/20
    Choc par rapport à d'autres productions tournées dans ces glaces ! Avoir à s'habituer à la langue française moderne parlée dans ce coin reculé (même si les acteurs se mélangent à une tribu locale en grand danger de disparition). L'accent "djeune" collant aux baskets jette un froid... Vite suivi d'indulgence (tant qu'on n'a pas connaissance du livre aussi...), car on "rentre" dans l'histoire grâce aux autres apports, et c'est un beau cadre pour le message laborieux à transmettre au jeune enfant encore proche des peluches, se sentant frère ou soeur d'un animal domestique... Petit louveteau deviendra grand, aïe... Les gigantesques moyens servant ce film (pour peu qu'on se penche sur ses secrets de tournage) ne le hissent probablement pas à la crédibilité du "Dernier Trappeur", pour tous et d'une autre trempe. N'empêche qu'on baigne dans l'observation d'animaux en décor naturel, avec cette prédation incontournable, en laissant Nicolas Vanier l'enseigner à notre place à la génération qui monte... Les parents accompagnés d'enfants à partir de 5 ou 6 ans, outre qu'ils apprécieront les péripéties, peuvent ainsi économiser une explication des plus embarrassantes.
  • STILL WALKING (2008)
    Note : 18/20
    Découvert au dernier Festival des 3 Continents nantais. Sous ses allures bon enfant, cette oeuvre japonaise de 2008 fait dans le vitriol. Le rythme serait plutôt nonchalant, on voit bien qu'on est en Asie, mais attention, c'est familier, bien que nullement complaisant... Jamais triste non plus, on rit avec ces gens qui se retrouvent, parce qu'on se voit nous, les occidentaux, nos tiraillements sont identiques, camouflés derrière les petites attentions mutuelles, un éternel aller-retour d'affection teintée d'énervement, voilà nos familles la plupart du temps. Le tout décuplé par le drame d'avoir perdu un des membres qui voulait sauver quelqu'un (pourtant une drôle de tête à claques invitée annuellement à contre-coeur) ! De cette merveille de l'intimité, on sort étrangement ragaillardi.
  • HARRAGAS (2009)
    Note : 17/20
    On peut ne pas y croire, dire "tout ça pour ça ?" comme je l'ai entendu, avancer qu'il n'y a pas matière à faire un plat du sort de hors-la-loi, bien fait pour leur g... !). Le scénario aurait devancé les réalités d'après Merzak Allouache. Ces dernières années, des milliers de morts ou reconduits case départ pour cinq ans de prison... Idéalistes, affamés de tout, bravant l'hiver rude car persuadés d'un eldorado obligatoire au bout des sacrifices. Les traits de la belle émancipée (splendide Lamia Bouskine !) en gros-plan, la fraternité à toute épreuve du narrateur avec l'élégant Nasser (classe et droiture que ce trio filmé de façon attachante), aident le spectateur à soutenir l'entreprise, cette fuite vers l'eau glacée, la mer est ici une pieuvre aux caprices infinis (et le contexte, à moins d'un cynisme ultralibéral aigu ou d'une conscience brouillée, souffre difficilement le rapprochement avec l'excellente fiction d'Hitchcock, "Lifeboat" !). Gravitent d'autres ombres autour de l'embarcation mille fois imaginée dans les cerveaux... Coquille de noix au ras des côtes espagnoles, dont GPS, téléphones portables, boussole, constituent le grincement humoristique. En creux, j'y ai trouvé : pourquoi une répression aussi impitoyable de l'Europe ? Pourquoi cette inertie des hautes sphères algériennes (ou d'autres pays voisins) ? Pourquoi cette surdité entre les puissances politiques concernées au lieu d'un accord sur des valeurs humanistes ?... Relents de colonisation embarrassants ou simple réflexe d'application de la loi du plus fort ?
  • COMBIEN TU M'AIMES ? (2005)
    Note : 17/20
    Bertrand Blier, tout particulièrement dans ce film, est bien le fils de son père, grinçant de tous ses gonds, avec ce kidnapping improbable, mais tellement bien amené... Ici, il est toujours question du désir éprouvé par l'homme (hétéro), cette perpétuelle usine à fantasmes féminins. Le gars quelconque qui va oser le grand jeu parce que ça fait un bout de temps qu'il est fasciné par une icône (Bellucci) et se dit qu'il doit se foutre à l'eau... Personnellement, j'ai bien ri, sur ces envolées d'opéra aux moments les plus truculents, ou bien cette ritournelle classique du grand Chopin qui donne une note très romantique ... Depardieu, cette baraque, a dû aussi beaucoup s'amuser, il offre là de très bons gags, seuls les vraiment très coincés devraient le bouder. Campan dans un registre inédit, et une tirade de Daroussin, grandiose, l'apport d'un revers tragique dans cette course à décrocher la timbale. Légèreté de l'excellente petite Sara Forestier, échappée de son trop habituel registre banlieusard. Peut-être une petite faiblesse dans l'hystérie de Monica Bellucci, sa façon de prononcer le mot "manteau" jette un froid, mais comme sa plastique est admirablement mise en avant, ça passe, elle est comme sacralisée, loin de l'horizontale peinturlurée à porte-jarretelles... Un ensemble caustique à souhait, on arriverait presque à admettre l'horrible sentence "toute femme (attitrée d'un compagnon) est toujours femme et aussi "un peu pute", hum !... Une boutade qui cacherait ici, au contraire, une forme de vénération doublée d'une interdépendance séculaire qui va de soi. Jolis échanges verbaux, la vulgarité passée du cinéaste semble désamorcée, le temps où il poussait un peu trop le bouchon, créant une vraie dégringolade juste après des scènes sublimes. L'ensemble reste déjanté en permanence, à ne pas trop prendre à la lettre par les spectateurs réservés. Le mérite est de laisser chacun et chacune penser au besoin instinctif de "l'autre", différent de soi, périlleux, jamais acquis mais qui change un peu de s'occuper encore et toujours de sa propre gueule !
  • CELLULE 211 (2009)
    Note : 18/20
    Hésité longtemps avant d'aller voir ce film présenté au Vingtième Festival Espagnol de Nantes (2010) car je craignais de m'infliger un excès de violences invitant à cauchemarder ensuite : à tort, c'est palpitant de bout en bout grâce à la caméra de la "régie policière" qui suit les détenus dans leurs transactions avec les autorités. Où l'on comprend le poids supplémentaire d'une organisation comme l'ETA en plus de l'ultra-libéralisme incitant encore davantage à magouiller, la loi du plus fort mariée au chiffre. Mené tambour battant, avec ce "Malamadre", sorte de minotaure des geôles face au christique futur papa qui va en voir de sévères... Double lecture si ce n'est triple, car le réalisateur nous promène par tous les angles en ne laissant deviner sa préférence qu'à la fin, sous forme de questionnement. Une issue impitoyable, un peu trop radicale (de mon point de vue) par rapport à la promesse d'ensemble.
  • LA PISTE 98 (1928)
    Note : 19/20
    Ah, l'impressionnant "Excelsior" débarquant à San Francisco sous l'ovation "Gold Klondike !" en cet août 1897, de quoi oublier le marasme économique, chômage, horizon menaçant... Les voilà tous pris de frénésie, hommages aux découvreurs et vite en route pour l'Alaska ! Allons dénicher là-bas, au loin, la solution à nos maux... L'occasion pour Clarence Brown (d'abord assistant de Maurice Tourneur puis l'un des réalisateurs les plus prolifiques de son temps), d'imaginer le quotidien de ces populations, des inconscients... Il détache quelques croustillantes figures du lot des cent mille à se lancer dans l'aventure (dont seulement quarante mille seraient revenus)... On jurerait un documentaire tant ça semble pris sur le vif. D'abord cette file humaine, mince filet de fourmis noires accrochées à la paroi de glace, une motivation... démente ! Légère ironie du cinéaste qui précise que TOUS visent les pépites, au mépris des hauts et des bas que l'existence réserve, appât du gain surhumain... Musique et bruitages font qu'on ne s'aperçoit pas que c'est du muet. Sous-titres bien explicites. Démarrage fulgurant, sans cesse émaillé de petites scènes familières, avec ces sublimes gros-plans sur l'expression, les dégaines... Chaque seconde crée son suspense. On est loin des effets faciles, c'est tourné dans un vrai froid. Véritable magie du cinéaste apte à doser la causticité et le romantisme. Pour tous, au premier chef les grands gestionnaires de 2009 et années suivantes !
  • SHUTTER ISLAND (2010)
    Note : 14/20
    Horreur d'être mise dans cet état de cette façon-là... Hum, minoritaire, je le constate ! Toute la foule des rompus du genre s'extasie ! Séduite moi-même par la concertation en fonçant sur l'île par les deux stars Mark Ruffalo et Leonardo Dicaprio dans le même bateau... Et patatras, cette musique lourdingue martelant l'entrée en terre inhospitalière, ils vont vivre l'enfer au cas où on ne l'aurait pas deviné... Léger trouble dans les attitudes : l'indice qu'on aura en permanence à douter de qui est le plus fou... Et voilà que ça s'enchaîne sur cette interminable purée de poix : flashs-back en avalanche, Shoah, épouse détraquée, l'illustration de ce qui se passe dans la caboche de l'un des enquêteurs (2 heures 17 de projection en allers-retours de l'onirisme aux réalités, pas une seconde pour reprendre souffle). Epuisante recherche d'individus mythiques, tout un délire mélangé aux découvertes sur place... J'ai mal ressenti ce froid défilé d'informations du virtuose Scorsese, qui ne lésine sur aucune prouesse technique afin d'épauler ses acteurs. Il est pour la première fois secondé par la scénariste Laeta Kalogridis (action et séries télé étatsuniennes) : si je suis réservée sur la brutalité de l'ensemble, les amateurs de sensations fortes tiennent le coup, prêts pour une deuxième projection à cause de l'issue, particulièrement "soft", ils pensent avoir manqué quelques détails. Hormis les gros effets (maquillage du sang sur les jambes de la fillette sortie de l'eau par exemple !) c'est une illustration assez fidèle du livre (parcouru depuis) sauf que l'imagination, privilège du lecteur, n'y a aucune place.
  • LA FEMME SANS PIANO (2009)
    Note : 13/20
    Vu au Festival espagnol nantais de 2010 : le réalisateur, présent dans la salle, en recommandait une lecture comique. Certes, bien agréable côté image. Pour le reste, absurde jusqu'à en être éreinté. C'est "piqué" au cinéma nordique par bien des aspects, amusant au début parce qu'on est intrigué... Mais que l'on languisse indéfiniment dans l'inabouti, il y a des limites... Pas le tout de faire dans l'insolite (cette chaussure trouvée, ce laconisme facile)... Rosa de nuit, femme sans clavier sur talons hauts jusqu'à épuisement, promettait pourtant au public de vertes et de pas mûres avec ses cognacs sifflés. Or, elle accumule les mystères mais sans faire décoller le spectateur d'un iota. Les snobs crient au génie ? Certes, quelques éclairs dans les dialogues, du cocasse cousu main, mais il s'agit juste d'une déambulation pitoyable (pas très intéressante pour le spectateur) aussi bien filmée soit-elle. Musique froide, martiale, tout dans un seul style. Rien à quoi s'accrocher. Dommage pour l'actrice principale (qu'on voudrait s'attacher), mais si son escapade lui remet la cervelle en place, il manque l'essentiel à son errance, peut-être un bon coup de théâtre plutôt que ces demi-événements ?
  • CHRONIQUE D'UN SCANDALE (2006)
    Note : 13/20
    Encore un film où tous les ingrédients figurent mais où la surcharge nuit. Trop d'images en avalanche, une musique dramaturgique : que de foin sur un incident qui n'est pas si gravissime en soi, une fois le choc encaissé, les protagonistes se reprennent, pas de grossesse, pas de maladie honteuse... Autre bémol : la perte féline chez le vétérinaire est triste, mais de là à devenir cette furie qui s'acharne sur la famille constituée pour capturer sa proie,pitié ! Les deux actrices, talentueuses et complices pour pareil sujet, méritaient mieux comme situation, les seconds rôles aussi !
  • LA PRINCESSE DU NEBRASKA (2007)
    Note : 17/20
    Fichtre, suffit-il donc d'être femme, avec des angoisses de ventre, est-ce que je le garde est-ce que j'aurais à assumer seule ou avec qui, pour rentrer dans le sujet ? Car cette jeune gâtée-pourrie semble taper sur les nerfs un bon moment avec ses faux-ongles et ses airs nunuches. On peut rester là-dessus. En fait, la TRES JEUNE Sasha "décolle" en même temps que le ballon de baudruche, grand temps sinon on virait vers un remake américano-chinois d'une certaine " Sue" perdue dans l'immensité urbaine... Admirables cadrages, et jamais gratuits (bien aimé ces pieds nerveux qui arpentent), la caméra, parfois réduite à un écran de mobile, pour qu'on voie avec les yeux du personnage) traque la toute jeune demoiselle, du genre impassible, comme savent l'être les Asiatiques) ou ronchons (comme le sont facilement les ados des pays industrialisés, même invités). Les dehors de petite pétasse s'estompent, il faut décider. De plutôt évaporée, la voilà qui se prend en main, terrible ce visage de gosse tournée vers l'échographie... Précieuses infos sur la démographie inversée chinoise (plus assez de filles bientôt ?) et apports américains de modernité jamais trop kitch, ce magnifique Noir penché et soudain redressé, perplexe, la gynéco en écoute active, sans leçon de morale, comme une mère aimante. Ce cinéaste avoue implicitement qu'il a pris aussi ce que l'Amérique a de bon ! Voilà une réflexion très indirecte sur la nouvelle jeunesse chinoise en refus du passé, attirée par le piège matérialiste occidental, dépendance totale du gadget-portable, ça peut hérisser... Mais à y regarder de plus près : un coup de gomme magistral des racines, Tien An Men ignoré, Confucius aboli... Pour boucler, la jeune fille semble une boussole apprenant à chanter, elle est éclairée davantage du côté droit. Wayne Wang suggère toujours, par touches délicates, avec plusieurs lectures possibles, pour ma part, j'ai bien aimé cette suite de non-dits.
  • C.R.A.Z.Y. (2005)
    Note : 16/20
    A part quelques sous-titrages qui manquent pour les durs de la feuille - je n'ai pas saisi par exemple ce que la psy dit sur Jésus dans le désert et ça m'a gênée - c'est mené d'un bout à l'autre de main de maître, avec sensibilité, ce n'est jamais bête, et qu'est-ce-qu'on rit ! Langage cru, vocabulaire pittoresque, chansons bien posées sur les situations, je suis moi-même retournée un instant à cette époque où les disques vinyl étaient un genre de baromètre, une référence sociale, que je qualifierai presque "d'inconscience" certainement disparue à jamais ! La famille vaut son pesant de cacahuètes, le regard est réaliste quant à la fratrie cependant, bref, qu'on soit plus parent qu'enfant ou ado, plutôt homo ou hétéro, on replonge dans le labyrinthe de l'adolescence sans se faire prier ! Le constat de l'homosexualité masculine, au milieu des bondieuseries (choeurs excellents !), avec cette lutte terrible, c'est remarquable !... Quant au portrait des parents, le bonheur total, autant la mère que le père, je retiendrai cette scène particulièrement croustillante de leur conversation à deux dans l'intimité d'une salle de bains, brosses à dents en main !
  • CLARA (2008)
    Note : 15/20
    Les tempéraments artistes peuvent vraiment trouver de l'intérêt à cette histoire bien filmée, mais au traitement empesé comme rarement, au point que la musique est la seule à quoi se raccrocher... Dialogues en français souvent inaudible (mauvaise prise de son) au lieu d'une bonne version allemande avec sous-titres... Entêtement à montrer Robert dans l'ombre de son épouse et trop souvent le jeune (et beau) Brahms inhibé, excepté les plans où il occupe enfin et longuement tout l'écran, très touchant. Remarquable aussi l'impact féminin comme chef d'orchestre ou pianiste, une petite révolution ! Cette Clara (impressionnante Martina Gedeck) ambitieuse, généreuse, scotche le spectateur, beaucoup plus que son époux, ici dans sa phase la plus corrosive (Pascal Greggory). Nombreuses scènes avec les enfants, mais qui nourrissent peu l'intrigue... La réalisatrice, archi-documentée pourtant, s'est empêtrée à imaginer en situation ces trois monstres sacrés, et ce bien qu'il y ait quelques fulgurances dans le puzzle, cette vieille cuisinière très émotive par exemple... Seulement, ça traîne la patte... Les musiciens, les pianistes notamment, les mélomanes, rentreront tout naturellement dans cette fusion des sensibilités, y débusqueront la profondeur qui fascina ces trois êtres (d'autant qu'il y a d'excellentes pièces musicales), mais le grand public, sauf exception, risque de s'ennuyer ferme.
  • ANDER (2008)
    Note : 19/20
    Découvert au cycle espagnol nantais 2010, une petite oeuvre d'art ciselée... Contrairement à son cousin "Le roi de l'évasion" d'Alain Guiraudie avec Ludovic Berthillot et Hafsia Hersi, le film "Ander" de Roberto Caston évite "le tringlage à qui le tour entre hommes" ainsi que des relents bouseux teintés d'ésotérisme qui peuvent réjouir ou mettre mal à l'aise. Rien de tout cela ici : il existe bien dans l'entourage "une femelle" sans propriétaire précis sur laquelle s'épancher (vite cataloguée par la populace !), mais la finalité n'est pas de s'octroyer des débordements crescendo... Le personnage d'Ander émeut hommes et femmes par le choc qu'il n'a pas une seconde vu venir : au stade des concours scolaires du jet le plus performant, ça le chavire d'avoir à assumer une vérité aussi terrible. Attaché au sens moral du petit patelin, des droits, quelques débordements d'usage, mais surtout des devoirs au sein d'une famille où on ne saurait déraper au grand jour... C'est pourquoi spectateurs et spectatrices apprécient au centuple le révélateur qu'est ce jeune Péruvien, sérieux au travail et d'une patience d'ange... Assez pour contourner la matriarche, un regard pénétrant chaque oscillation autour d'elle... Avec cette soeur sur le départ, embellissant de s'être mariée... Beaucoup de verve de la part du réalisateur autour du "cas" Ander, on rit ! De plus, l'issue trouvée réjouit par sa pertinence !... Un suspense agricole palpitant, le fait d'interpeller avec douceur chacun(e) sur son ambivalence (ne serait-ce que sentimentale) n'étant pas des moindres !
  • VILLAGE PEOPLE RADIO SHOW (2007)
    Note : 10/20
    Vu en 2007 en v.o.au festival des 3 Continents nantais. Entrée en matière très prometteuse, image soignée, rengaine musicale pleine d'allégresse... ça se passe dans la forêt thaïlandaise, il fait chaud sur cette petite route, singes bondissants, végétation abondante, des enfants splendides sourient à la caméra... Un interlude se pointe souvent, ça contraste avec l'ensemble. Enfin, les bons visages burinés des ex-communistes de Malaisie, ils vont en raconter de belles... Hé bien non, ce qu'ils disent est plat, récité, l'interlude revient beaucoup trop souvent sans qu'on comprenne pourquoi, l'adultère de la radio fait penser à TF1, les images léchées commencent à faire tapisserie. Vraisemblablement, le feuilleton inspiré de Shakespeare que la radio diffuse partout n'a pas la même symbolique pour le profane que pour le Malaisien ou le Thaïlandais... J'ai recherché quelques détails par moi-même et, sauf erreur, avant l'indépendance de la Malaisie, pendant la traque aux communistes orchestrée par l'Armée britannique dont c'était l'obsession (Maleysian Emergency) de 1948 à 1960, il existait une radio... Le fond du propos demeure donc nébuleux, (qu'est-ce-que Amir Muhammad veut raconter aux occidentaux au juste, à part qu'il y avait des communistes déplacés au Sud de la Thaïlande ?). Rien de marquant n'en ressort, la petite musique de fin, la même qu'au début, fait l'effet de revenir d'une balade exotique à deux doigts d'une sieste... Le documentaire serait interdit en Malaisie. Est-ce une des raisons de son hermétisme global pour nous autres occidentaux ?... Résultat, ces "gueules" qui ont souffert garderont leurs anecdotes, grosse frustration pour le spectateur désireux de comprendre de façon détendue.
  • UN FIANCE POUR YASMINA (2008)
    Note : 15/20
    Vu au festival espagnol de Nantes 2010. La raison doit prendre le pas sur la passion de bonne heure : la jolie Marocaine Yasmina veut continuer d'étudier en Espagne, le plus simple = un mariage blanc... Le prétendant sera trouvé, qu'elle dispose enfin de papiers en règle. La réalisatrice, Irene Cardona, décrit une jeune femme encore lisse, déterminée, peu sentimentale, les traditions féminines sclérosantes ayant eu raison de sa patience. Toujours polie et sûre de ses droits, cette jeune personne semble conclure une affaire. Le couple qui l'héberge offre, en revanche, plus d'intérêt par son réalisme, ces doutes entre partenaires prenant de l'âge, quelques petites épreuves bien décrites. Large place aux secrets du monde associatif aussi. Dommage que le parcours de Yasmina reste bien dans ses rails : on finit par la trouver "intéressée" (celui-là ou un autre) ou bien désabusée avant l'heure, comme s'il suffisait de regarder dans la même direction, celle de l'état civil, et après on verra. C'est oublier les surprises que la vie réserve sur d'autres plans !
  • DÉMENCES (2006)
    Note : 18/20
    Vu en v.o. tunisienne sous-titrée au Festival 2007 des Trois Continents nantais. S'accrocher à son fauteuil pour tenir pendant les 104 minutes que dure cette pièce théâtrale adaptée au cinéma, ça chauffe !... Nul doute que la prestance de la psychiatre (Jalilia Baccar, épouse de Fadhel Jaïbi et co-réalisatrice) contribue pour une large part à soutenir certaines scènes particulièrement fracassantes, encore davantage du fait du décor, où les vides sont la règle, immenses salles dénudées, déambulations d'êtres en perdition rien de tel pour une angoisse entretenue... "Nun" ce diagnostiqué schizophrène hurle, bave, prisonnier de son imposante carcasse, qu'il apparaisse et c'est le commencement de la fin... Circonstance atténuante : sa famille, autant dire un concentré de toutes les "tares" sociales possibles, plus le fantôme paternel en arrière-plan. La troupe masculine des psys fait bloc (et ça démange de les assimiler au gouvernement tunisien actuel, façade officielle tournée vers la modernité depuis vingt ans, et dissidence interdite sous peine de représailles musclées). Madame la Psychiatre, sous sa tranquille assurance, incarnerait plutôt les opposants une fois poussés à bout. Convaincue que la parole extrait de l'individu les pires blocages. Ce "cas" la passionne. La voilà trahissant ses pairs, démissionnaire, mais investie dans les soins du monstre, qu'elle sort du bastion maudit pour des rencontres à la limite du rendez-vous galant, à moins qu'elle se positionne comme mère courage... Quelle audace, c'est effrayant, mais quelque chose dans ses éternels "pourquoi" donne espoir. Atmosphère certes agitée, parfois à la limite de la surenchère, mais prise de position à plébisciter par ces temps de répression rampante !
  • LE BRUIT DES GLAÇONS (2009)
    Note : 17/20
    Très bien "envoyé" dès les premières images. Efficacité de la mise en scène pour créer l'étau... Les dialogues comme les corps abattent de la besogne, le seau à glace prend tout son sens... Un scénario caricatural dans un univers familier : rire un bon coup si le cancer en est au stade de la petite hantise existentielle. Mais si la maladie a frappé trop fort, rire jaune probable, malaise en tous cas... J'ai un peu souffert des cris stridents. Me suis focalisée sur les rémissions, elles justifient le déballage. Alors, au bout de cette agitation fébrile toujours menée de main de maître, on est avec les deux cibles devenus des fugitifs... On meurt d'envie que les deux silhouettes rappliquant dans le lointain vers l'embarcation aillent au diable !
  • LA FEMME SANS TETE (2008)
    Note : 16/20
    Ce film très intrigant risque d'embarrasser le grand public, comme s'il manquait de codes d'accès. A moins d'avoir connu soi-même "le coup sur la tête" au propre comme au figuré ?... Avoir réchappé d'un choc violent, cette rupture soudaine, l'effroi doublé de douleur, passer du rire au pleurer, incohérence, hébétude (coma, traumatisme sévère)... Pris de panique, on s'extirpe du contexte à toute berzingue, sonné, et puis on se surprend à retourner sur ses pas. Véronica, l'accidentée dont il est question, fait partie d'une classe sociale privilégiée, elle pense avoir commis un meurtre involontaire : son entourage s'active autour de sa crainte en laissant supposer qu'il la ménage, sauf qu'on n'est jamais certain de ce qui se camoufle derrière chaque geste de ces drôles de gens à jardins secrets très comme il faut... La caméra, petite souris, focalise sur le personnage principal en espérant qu'on devinera... C'est très bien suggéré, avec des subtilités d'images, je pense à ces traces de mains bien visibles sur la vitre avant de la voiture juste après l'accident et qui me confortent dans mon interprétation... Dommage qu'à force d'équivoque de nombreux spectateurs s'égarent et détestent ça : l'un y voit une féroce satire sociale, son voisin de siège, lui, voit juste une femme qui divague... Difficile de toujours gratter derrière les images à partir de ce visage plutôt aimable, souvent servi en gros plan, blond et soudain brun... Pour public averti donc, les assommés de façon mémorable ou les intellos !
  • 20 CIGARETTES (2010)
    Note : 17/20
    Réjouissant "Prix des Lycéens" du cycle "Univerciné Italien" à Nantes en ce soir du 20 février 2011 ! Ambiance incroyablement légère en première partie pourtant, au point qu'on se sent chloroformé pour errer dans le désert en comptant les cigarettes. Tout commence avec la pancarte "Nassiriya". Après quelques vues de l'endroit, grand sursaut dans la salle (j'ai même vérifié sur ma gauche, croyant à un impact). Non, ce ne sont pas des blagues, plutôt un puissant rappel qu'en ce moment-même et depuis déjà pas mal d'années, des "raclées" de cette ampleur arrivent aux tout fous croyant à un quelconque ange gardien. Film déroulé comme un reportage dans l'urgence (cet attentat de 2003 aurait d'ailleurs bouleversé l'Italie). On est cette main dans le sable, on pousse ces petits cris... L'écran littéralement labouré, la rage au coeur ! Reconnaissons que ce qu'on voit et entend est un peu appuyé... Mais grâce à l'alchimie générale, au ton de sincérité impossible à mettre en doute, tout se tient dans ce film coupé en deux où trouve moyen de se glisser une pointe de sensualité sans oublier la dérision des soignants habitués au pire. Le regard d'un tout jeune cinéaste terriblement attachant.
  • LE RETOUR (2003)
    Note : 18/20
    Une splendeur cinématographique, lente à se dévider la première fois qu'on la voit, le grand public est rebuté. Passionnant à redécortiquer si on a l'âme esthète. Le dvd est assorti d'un précieux moment d'interview extrait de "Tam-tam" (France Inter) avec Pascale Clark... Portrait d'un père de retour au foyer après 12 ans à faire on ne sait trop quoi (autre femme, prison, travaux forcés, métier dans la Marine russe ?...). Tension tout de suite perceptible dans la maison. Il embarque ses deux fistons pour renouer, l'un conciliant, voire admiratif, le plus petit carrément hostile (manque de souvenirs paternels, admet mal ce retour équivoque), pour aller vivre "à la dure" sur une île récupérer une cassette enfouie (on doit à nouveau supposer ce qu'on veut, en Russie, fréquent de "se débrouiller" !). Ce cinéaste reconnaît s'inspirer d'Antonioni et Tarkovski, disons qu'il en a pris le côté énigmatique et le même soin dans le traitement. Cameraman dans l'épure également... Scénario et dialogues au cordeau, un plaisir de chaque instant pour peu qu'on ait la volonté de ne pas en perdre une miette. Envoûtant, mythique, ce beau travail force le respect, chaque instant a du sens, il n'y a vraiment aucune surcharge complaisante... Si tous les photographes issus de la pub étaient aussi rigoureux, on saliverait plutôt deux fois qu'une devant le grand écran. On perçoit l'enseignement sévère, le respect du spectateur comme leitmotiv... On nage dans l'ambiguïté avec ce paternel (qu'on exècre de prime abord) se rendant touchant, jurant avec sa dureté de façade : j'en veux pour preuve ce moment où il est désemparé devant le feu... L'apprivoisement pourrait se faire après ces deux grosses crises par lesquelles les trois personnages doivent passer. A noter qu'un an jour pour jour, après le tournage, l'un des jeunes acteurs s'est noyé accidentellement (il avait 16 ans), petit détail mais qui vous attache le film une fois que vous le savez. Musique aux frontières du bruitage mais toujours fluide comme l'eau habitant l'histoire (ça ne tonitrue jamais), le son s'imbrique au drame inexorable, une atmosphère de "conte noir" mentionne le bonus... Long-métrage délectable, surtout en dvd !
  • MONICA DEL RAVAL (2008)
    Note : 16/20
    Documentaire projeté et primé au vingtième festival espagnol nantais... Très attachante entrée musicale dans les rues de Barcelone (un peu à la manière néoréaliste italienne) jusqu'à ce qu'on découvre l'incroyable physionomie, pour cause de maquillage renforcé, de la dame, un moulin à paroles... Plus de dents de devant mais le front demeuré innocent, elle témoigne d'une trajectoire de débrouille comme une autre, son gagne-pain étant aussi défendable que de servir de bonniche à la noblesse du coin... Au moins, ne peut-on lui reprocher de manquer d'authenticité et de sens du comique, le geste parfois joint à la parole... Gravitent autour de Monica beaucoup d'hommes à la trouble sexualité, dont elle semble s'arranger, infiniment maîtresse d'elle-même. Un personnage à la fois touchant et repoussant. Qui devrait laisser rêveur la gent féminine à l'heure où l'exhibition des corps peut rejoindre le glamour et qu'une députée UMP française pencherait pour la réouverture des maisons closes !
  • AFTER (2009)
    Note : 15/20
    Reparti avec un prix au festival du cinéma espagnol de Nantes 2010. Etrange salle pleine, n'applaudissant pas, trop estomaquée.... Le désarroi de ces trois quadragénaires demeurés au stade adolescent au plan affectif laisse supposer une prime jeunesse trop retenue... Le titre du film, "After", offre au moins deux lectures possibles, si on parvient à dépasser un exhibitionnisme récidivant. "Des enfants perdus" en quelque sorte, symbolisés par la chienne, un animal mal à l'aise, en fuite puis fragilisée par son accident. Bien vu également la vie de bureau où il est interdit de se relâcher mais où des libertés extraordinaires se prennent. Autre point fort, la détestation précoce du garçonnet mortifié par la double personnalité qu'il devine chez son père. Et, cerise sur le gâteau, ces trois coeurs lumineux (trois appels au secours dans leur fuite en avant ?). Tendresse, cruauté envers autrui ou soi-même dignes du bac à sable ! Fébrilité dans "les lignes" sniffées à grand bruit sur tables basses (toujours hors champ, la caméra ne descend jamais, elle se réserve la remontée, la cloison nasale à deux doigts de claquer !). Une illustration d'Espagnols lâchés comme des fauves depuis que Franco n'est plus ? Il manque à ces jeux de l'extrême un événement percutant, une quelconque morale pour emporter l'adhésion. De nombreux spectateurs, choqués, sont sortis, écoeurés du déballage. C'est un film à partager avec des sociologues, des soignants, d'anciens drogués ou familiers de grands drogués (il est impératif de comprendre l'escalade des drogues dures).
Notes de L.Ventriloque
(par valeur décroissante)
FilmNote
LIBERO (2006) 19
LA VIE DES AUTRES (2006) 19
LE BONHEUR D'EMMA (2006) 19
KEANE (2004) 19
ENTRE LES MURS (2008) 19
SERAPHINE (2008) 19
LE MUR (1990) 19
NE TIREZ-PAS SUR LE CERF-VOLANT (1989) 19
GRAN TORINO (2008) 19
LA PISTE 98 (1928) 19
BLIND SHAFT (2003) 19
MARY ET MAX (2008) 19
JE SUIS HEUREUX QUE MA MÈRE SOIT VIVANTE (2009) 19
A PROPOS D'ELLY (2009) 19
KATALIN VARGA (2009) 19
VIVA CUBA (2005) 19
BANDHOBI (2009) 19
LA RÉGATE (2009) 19
LE REFUGE (2009) 19
MA VIE SANS MOI (2003) 19
LE BAL DE LA VICTOIRE (2009) 19
ANDER (2008) 19
DES HOMMES ET DES DIEUX (2010) 19
NOS SOUVENIRS BRULÉS (2007) 19
BENDA BILILI ! (2010) 19
TONY TAKITANI (2004) 19
BELLE TOUJOURS (2006) 19
LES REVES DANSANTS SUR LES PAS DE PINA BAUSCH (2010) 19
THE FOURTH PORTRAIT (2010) 19
ALAMAR (2009) 19
POTICHE (2010) 19
THE HIGH LIFE (2010) 19
GESHER (2010) 19
LA PETITE VILLE (1998) 19
LA MOUSTIQUAIRE (2010) 19
SIBERIE MONAMOUR (2010) 19
CHICO ET RITA (2010) 19
VIEILLIR HOMME (2004) 19
PATER (2011) 19
MELANCHOLIA (2011) 19
IRENE (2009) 19
LES VIEUX CHATS (2010) 19
PETITE AFGANISTAN (2011) 19
PEOPLE MOUNTAIN PEOPLE SEA (2011) 19
LES ENFANTS INVISIBLES (2010) 19
ELENA (2011) 19
80 JOURS (2010) 19
UN POISON VIOLENT (2010) 19
LE PRÉNOM (2011) 19
BARBARA (2011) 19
IN AMERICA (2002) 19
LE SOMMEIL D'OR (2011) 19
QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS (2012) 19
ON THE ICE (2011) 19
OH BOY (2012) 19
TRANSPAPA (2012) 19
THE WORLD (2004) 19
WADJDA (2012) 19
SLEEPLESS NIGHT (2012) 19
LE PETIT LIEUTENANT (2005) 19
BLANCANIEVES (2012) 19
L'INCONNU DU LAC (2013) 19
BENDING THE RULES (2013) 19
A LONG WAY FROM HOME (2013) 19
OS INQUILINOS (2009) 19
THE HAPPY LANDS (2012) 19
UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY (2013) 19
DIPLOMATIE (2012) 19
BENVENUTO PRESIDENTE ! (2013) 19
MY SWEET PEPPER LAND (2013) 19
WEEK-END (2011) 19
WINTER SLEEP (2014) 19
MOONWALK ONE (1970) 19
LEVIATHAN (2014) 19
IN THE FAMILY (2011) 19
LA RIZIÈRE (2010) 19
HORS JEU (2006) 18
JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS (2006) 18
NUE PROPRIÉTÉ (2006) 18
LE MARCHÉ DE LA FAIM (2006) 18
AIME TON PÈRE (2002) 18
7H58 CE SAMEDI-LÀ (2007) 18
CHOUGA (2007) 18
DÉMENCES (2006) 18
10 + 4 (2007) 18
RIPARO (2007) 18
PAS SUR LA BOUCHE (2003) 18
CHERRY BLOSSOMS -UN REVE JAPONAIS- (2007) 18
PROFILS PAYSANS : LA VIE MODERNE (2008) 18
CHANTS DES MERS DU SUD (2008) 18
UNE FAMILLE CHINOISE (2007) 18
I FEEL GOOD ! (2007) 18
LES NOCES REBELLES (2008) 18
JOUER LES VICTIMES (2006) 18
ILS MOURRONT TOUS SAUF MOI (2008) 18
LA VAGUE (2008) 18
STILL WALKING (2008) 18
LE RETOUR (2003) 18
DEPARTURES (2008) 18
PARTIR (2009) 18
MADEMOISELLE CHAMBON (2009) 18
JERICHOW (2008) 18
LE RUBAN BLANC (2009) 18
UNE EXÉCUTION ORDINAIRE (2009) 18
LA PERTE (2009) 18
CELLULE 211 (2009) 18
LES ARRIVANTS (2009) 18
L'ETRANGER EN MOI (2008) 18
YO TAMBIEN (2009) 18
L'ARBRE (2009) 18
ENTRE NOS MAINS (2010) 18
L'ETREINTE DU FLEUVE (2010) 18
FRAGMENTS (2009) 18
FAMILY PHOBIA (2009) 18
ANOTHER YEAR (2010) 18
JE NE PEUX PAS VIVRE SANS TOI (2009) 18
TRAIN DE NUIT (2007) 18
PAIN NOIR (2010) 18
UNE CHINOISE (2009) 18
LES FEMMES DU 6E ETAGE (2010) 18
ANIMAL KINGDOM (2009) 18
LE GAMIN AU VELO (2011) 18
MARGA (2009) 18
DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE (2009) 18
COPACABANA (2010) 18
LA DERNIÈRE PISTE (2010) 18
UNE VIE TRANQUILLE (2010) 18
NAOMI (2010) 18
MICHEL PETRUCCIANI (2011) 18
MINUIT À PARIS (2010) 18
HABEMUS PAPAM (2010) 18
BIGAMIE (1953) 18
TU SERAS MON FILS (2011) 18
L'EXERCICE DE L'ÉTAT (2011) 18
ENTRE VOISINS (2011) 18
MICHAEL (2011) 18
LES HOMMES (2006) 18
LE POLICIER (2010) 18
GUILTY PLEASURES (2010) 18
LES NEIGES DU KILIMANDJARO (2011) 18
CARNAGE (2011) 18
LE HAVRE (2011) 18
SUR LE CHEMIN DU RETOUR (2011) 18
ALBERT NOBBS (2011) 18
BONNE ANNEE GRAND-MERE ! (2011) 18
LA ROUILLE (2011) 18
LE FUSIL DE LALA (2008) 18
EN ECOUTANT LE JUGE GARZON (2011) 18
QUERELLES (2010) 18
TROIS ENTERREMENTS (2005) 18
LA PART DES ANGES (2011) 18
TÉLÉPHONE ARABE (2010) 18
HAPPY TIMES (2000) 18
LA FOLIE DES HOMMES (2001) 18
TEMPETE SOUS UN CRANE (2012) 18
LE SENS DE L'AGE (2011) 18
NOUVEAU SOUFFLE (2011) 18
LA GRACE (2012) 18
LES TROIS SOEURS DU YUNNAN (2012) 18
ALCESTE A BICYCLETTE (2012) 18
LES BEAUX JOURS (2013) 18
THE BLING RING (2013) 18
CHASSE FERMEE (2012) 18
POUR TON ANNIVERSAIRE (2013) 18
SUZANNE (2013) 18
TEL PERE, TEL FILS (2013) 18
PHILOMENA (2013) 18
LULU FEMME NUE (2013) 18
LE FACTEUR HUMAIN (2013) 18
NEBRASKA (2012) 18
UNE PROMESSE (2013) 18
LE PROMENEUR D'OISEAU (2013) 18
MAGIC IN THE MOONLIGHT (2013) 18
GRAVITATION (2009) 18
ZONE LIBRE (2006) 17
J'ATTENDS QUELQU'UN (2006) 17
LE GARDE DU CORPS (2005) 17
COMBIEN TU M'AIMES ? (2005) 17
LE DERNIER VOYAGE DU JUGE FENG (2006) 17
LA PLANÈTE BLEUE (2003) 17
INTO THE WILD (2007) 17
LUST CAUTION (2007) 17
QUATRE MINUTES (2006) 17
MAR ADENTRO (2004) 17
LES ÉGARÉS (2003) 17
LA PRINCESSE DU NEBRASKA (2007) 17
ILS NE MOURAIENT PAS TOUS MAIS TOUS ÉTAIENT FRAPPÉS (2005) 17
APPALOOSA (2008) 17
LE DEAL (2006) 17
LEONERA (2008) 17
TWO LOVERS (2008) 17
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LITTLE CHILDREN (2006) 17
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TU N'AIMERAS POINT (2009) 17
LE TEMPS QU'IL RESTE (2009) 17
PARQUE VIA (2008) 17
FISH TANK (2008) 17
SAMARIA (2003) 17
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LE BEL ÂGE (2009) 17
BASSIDJI (2009) 17
MY SECRET SKY (2008) 17
TREELESS MOUNTAIN (2008) 17
LES CHATS PERSANS (2008) 17
LA PIVELLINA (2009) 17
LA HONTE (2009) 17
HARRAGAS (2009) 17
LES JOIES DE LA FAMILLE (2008) 17
LES INVITES DE MON PERE (2009) 17
INVICTUS (2009) 17
COPIE CONFORME (2010) 17
LES PETITS RUISSEAUX (2010) 17
A 5 HEURES DE PARIS (2009) 17
VIEILLIR FEMME (2005) 17
ONCLE BOONMEE, CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTÉRIEURES (2010) 17
SUBMARINO (2010) 17
PAULINE ET FRANÇOIS (2010) 17
LES AMOURS IMAGINAIRES (2010) 17
LE DERNIER VOYAGE DE TANYA (2010) 17
BARRIERE (2010) 17
CUCHILLO DE PALO (2010) 17
TOLSTOÏ, LE DERNIER AUTOMNE (2009) 17
NOS RÉSISTANCES (2010) 17
LE BRUIT DES GLAÇONS (2009) 17
20 CIGARETTES (2010) 17
TOUTES LES CHANSONS PARLENT DE MOI (2010) 17
L'ETRANGE AFFAIRE ANGELICA (2010) 17
LA NOSTRA VITA (2010) 17
OU VA LA NUIT (2011) 17
UNE SÉPARATION (2011) 17
DANS PARIS (2006) 17
LA VIE SUR L'EAU (2005) 17
AU REVOIR (2010) 17
APRÈS LE SUD (2011) 17
L'AMOUR ET RIEN D'AUTRE (2011) 17
KINSHASA SYMPHONY (2010) 17
MISS BALA (2011) 17
TATANKA (2010) 17
JEUX D'ETE (2011) 17
SCIALLA ! (2011) 17
CORPO CELESTE (2011) 17
PORTRAIT AU CRÉPUSCULE (2011) 17
POURQUOI TU PLEURES ? (2011) 17
LA VOIX ENDORMIE (2011) 17
LES ADIEUX À LA REINE (2011) 17
UNE SECONDE FEMME (2012) 17
JANE EYRE (2011) 17
KYSS MIG : UNE HISTOIRE SUÉDOISE (2011) 17
CHERCHEZ HORTENSE (2012) 17
J'ENRAGE DE SON ABSENCE (2011) 17
LES SAVEURS DU PALAIS (2011) 17
JOURS DE PECHE EN PATAGONIE (2012) 17
LES BÊTES DU SUD SAUVAGE (2011) 17
LA RELIGIEUSE (2012) 17
UNE VIE SIMPLE (2011) 17
JIMMY P. (PSYCHOTHÉRAPIE D'UN INDIEN DES PLAINES) (2013) 17
LORE (2012) 17
THE DEEP BLUE SEA (2011) 17
BLUE JASMINE (2013) 17
GLORIA (2013) 17
ITALY : LOVE IT OR LIVE IT (2011) 17
AQUADRO (2013) 17
15 ANS ET UN JOUR (2013) 17
LA CHAMBRE BLEUE (2014) 17
LE SANG DE KOUAN KOUAN (2008) 17
L'UNIVERS N'OUBLIE RIEN (2010) 17
LE SKYLAB (2011) 17
ODETTE TOULEMONDE (2006) 16
MICHOU D'AUBER (2005) 16
GOLDEN DOOR (2006) 16
LE VIEUX JARDIN (2006) 16
CARTOUCHES GAULOISES (2007) 16
CHARLY (2007) 16
LE RÊVE DE CASSANDRE (2007) 16
QUAND TU DESCENDRAS DU CIEL (2002) 16
INTERDIT D'INTERDIRE (2006) 16
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GARAGE (2007) 16
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DES TEMPS ET DES VENTS (2006) 16
BACK SOON (2006) 16
VICKY, CRISTINA, BARCELONA (2008) 16
RENAISSANCE (2006) 16
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SOLILOQUES (2008) 16
LES BUREAUX DE DIEU (2008) 16
LE FAISAN D'OR (2001) 16
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GARDIEN DE BUFFLES (2004) 16
BERLIN - ECKE SCHÖNHAUSER (1957) 16
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LA PETITE FILLE DE LA TERRE NOIRE (2007) 16
JOUR ET NUIT (2004) 16
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UN MARIAGE DE RÊVE (2008) 16
PONYO SUR LA FALAISE (2008) 16
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SWEENEY TODD, LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET (2007) 16
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PIECES DETACHEES (2007) 14
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