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LES ENFANTS DU PARADIS-1944-
Nationalité : France
Durée : 3h02
Date de sortie en France : 22/03/1945
Genre : DRAME
Réalisation : Marcel CARNÉ
Scénario et Dialogues : Jacques PRÉVERT
Nota
- Titre de la première partie : "Le boulevard du crime"
- Titre de la seconde partie : "L'homme blanc"
- Robert Le Vigan ne tourna qu'une scène et fut remplacé par Pierre Renoir
Distributeur : Pathé Cinéma
Visa d'exp. : 271
Résumé
1ère partie : "Le boulevard du crime"
Nous sommes durant la période de la Monarchie de Juillet (1840) à Paris et plus spécifiquement sur le boulevard du Temple, qui est le lieu de prédilection, d'exhibition et de représentation de tous les artistes, forains et autres comédiens de la capitale. Jeune tragédien débutant, plein de verve et d'espoir, Frédérick Lemaitre, qui vient de croiser dans la cohue d'une foule impressionnante et bigarrée, la belle Garance à laquelle il ne peut s'empêcher de faire du gringue, parvient à trouver un engagement au populaire théâtre des "Funambules" pour faire une maigre figuration, travesti d'une miteuse peau d'ours. Alors que Garance vient de quitter son exhibitionniste interprétation de "la vérité nue sortant du puits", elle se retrouve accusée à tort par un rondouillard quidam de lui avoir dérobé sa montre en or, méfait commis par l'inquiétant et retors Lacenaire. Heureusement toute la scène a été observée du haut de son échafaudage par l'affable Baptiste Debureau, un brillant mime, qui innocentera la jeune femme en reproduisant par gestes toute la scène. Notre brave garçon récompensé par une rose, se sent désormais fortement amoureux de cette dernière, alors même que la passionnée Nathalie, fille du directeur "des Funambules" lui témoigne pourtant une intangible et solide affection. Bientôt, l'insouciante Garance, qui malgré son attirance pour le délicat mime, se met en ménage avec le séducteur Frédérick Lemaître, trouve un emploi comme "Diane chasseresse" sur la scène du théâtre, et va se faire élégamment courtiser par le richissime comte Edouard de Montray. Pendant ce temps, le rebelle Lacenaire met en place un ingénieux système pour délester l'argent de quelques encaisseurs du quartier, un coup monté qui échouera lamentablement...
2e partie : "L'homme blanc"
Quelques années se sont écoulées. Frédérick Lemaitre est devenu la coqueluche du Tout-Paris, malgré ses moult créanciers et sa débonnaire outrecuidance envers un trio de théâtreux qui le provoqueront en duel. Garance est désormais mariée avec son noble protecteur, ce qui ne l'empêche pas de suivre discrètement, dans une loge privée, le triomphe sur scène de Baptiste, maintenant marié à Nathalie et père d'un petit garçon. Chacun semble établi, rangé dans une certaine sécurité relationnelle qui va lentement s'effriter, lorsque notre mime apprendra insidieusement que sa bien-aimée qu'il n'a toujours pas oubliée, vient depuis peu, quotidiennement à son spectacle. De tardives retrouvailles vont enfin se concrétiser dans la pension du passé, toujours tenue par la libidineuse et volubile madame Hortense. Une rencontre inattendue, que le comte Edouard de Montray devra admettre, au vu et au su de tout le monde, humilié par le redoutable Lacenaire qui, plus tard, dans un accès de colère et de haine, ira jusqu'à tuer l'époux trahi, dans un compartiment privatif des bains turcs. Mais l'avenir du couple semble définitivement compromis, lorsque Nathalie, le jour du Carnaval, fait irruption dans leur éphémère nid d'amour.
Critiques et Commentaires
Critique de Jean-Claude pour Cinéfiches
Note Cinéfiches : 19/20
Incontournable et incontestable chef-d'oeuvre du Septième Art, modèle patenté du classicisme cinématographique français, cette production commencée à Nice, aux fameux studios de la Victorine, interrompue durant trois mois, à cause du débarquement allié en Sicile et poursuivi, vaille que vaille, dans les studios parisiens de Joinville, bénéficiait d'une merveilleuse conjonction entre des acteurs sublimes, un scénario splendide et les merveilleux dialogues du grand Prévert. Il est à noter que même les comédiens secondaires, dans des rôles annexes ou fugitifs, semblent profondément investis dans leurs personnages, comme Gaston Modot (le faux aveugle) ou Jane Marken (madame Hermine, la logeuse) Une oeuvre d'un charme étonnant, durable et permanent qui fascine et séduit par l'incroyable fluidité de son imposante dramaturgie et la pathétique déconvenue générale des coeurs et des sentiments.
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Critique/Commentaire
Critiques - Commentaires Public
"Je suis libre, tant mieux, j’aime la liberté"Ces paroles de Garance, égrenées sur le boulevard du crime, s’adaptent merveilleusement à l’esprit de ces "enfants du paradis" vociférant sur les hauteurs d’un théâtre, laissant voguer leurs sensibilités non structurés dans des rencontres où chacun exécute une parade d’amour, sans investissement durable. Tous ces écorchés vifs sont des marginaux talentueux, combattants démesurés pour certains, contemplatifs pour d’autres, ils s’adonnent à la prose, se libère sur scène par la pantomime, inadaptés à la normalité, ils s’extériorisent par l’extravagance et la mélancolie.Les rencontres nocturnes imposées par leur marginalité rapprochent par le verbe tous ces personnages si différents, qui le temps d’un positionnement de taverne, se neutralisent par un regard respectueux envers leurs différences.Les procédures égoïstes s’émiettent, les cœurs frigides s’éveillent à des sentiments inconnus, on flirte avec des définitions nouvelles, l’orgueil véhicule principal s’estompe, un respect soudain envers la collectivité prend vie.La combinatoire universelle associe dans une même aubade : le destin, la protection, le voyou, le rêveur, l’arriviste, l’insouciante, l’amour.Chacun défend son architecture interne, par une rhétorique adaptée à sa survie, en baissant peu à peu sa garde le temps de quelques théories.Garance est merveilleusement soumise à la contingence, ce qui sera, est attendu sans crainte et avec impatience. Frédéric Lemaître se définit par cette sublime réplique : "Mon état normal ? Connais pas".Baptiste se débat entre ses devoirs moraux et une folle envie de sombrer dans cet océan insouciant des lois de l’incontenance et de l’irrespectabilité que représente cette petite femme au sourire dévoré par une plainte interne, répétitive et intense.Nathalie représente la sagesse, un immense combat afin de faire triompher son seul amour potentiel et véritable. Lacenaire brille d'arrogance dans ses exposés sur son principal carburant: l'orgueil.Tout ce petit monde aigri, ayant condamné la société, souffre du même mal. Le manque d’affection. L’approche du monde est sévère, pas d’attaches, se servir goulûment de chaque opportunité, le bonheur n’est pas personnel, il est massif et n’est visible que par les comportements de ces grappes humaines déambulant sur le boulevard du crime. La masse incrémente la joie. L’individualité des esprits est torturé par le besoin de détruire constamment cette force compacte, soudée par le plaisir de la rue."Les enfants du paradis" est un clair obscur de références, ces libertés sont fausses, elles appellent de toutes leurs forces la normalisation qui, elle seule, mettra fin à ces dérives, les protagonistes s’épuisent dans ces nouvelles lois qui ne mettent en valeur qu’eux-mêmes.Les dialogues de Jacques Prévert sont extrêmement pessimistes, tout le monde s’affronte par des propos en chute libre sur leur environnement, au delà du réalisme le plus prononcé, "Les enfants du paradis", par ses textes, révèle un concept où les personnages surnagent dans une béatitude dramatique, un état léthargique euphorique, entretenu par un refus de s’abandonner à une éventuelle confiance.La différence s'impose en refusant de se soumettre à la loi de la normalisation.
Bibliographie